1760, bataille navale à Neuville

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Lorsque les Québécois se déplacent dans leur quotidien, très peu songent aux événements antérieurs s'étant produits sur le sol sous leur pieds ou les roues de leur automobile. Le village de Pointe-aux-Trembles (Neuville) est l'un de ces endroits qui semble aujourd'hui n'être qu'un simple village près du fleuve Saint-Laurent. Très peu de gens savent que l'endroit a déjà entendu le bruit fracassant des batteries de canons navaux et les cris de marins se noyant sous les eaux de sa rive. Ce fut pourtant le destin du navire l'Atalante, qui y brûla et sombra sous ses eaux en 1760, peu après la victorieuse bataille de Sainte-Foy.

Afin de faire revivre le souvenir de ceux qui y ont péri, faisant ainsi un clin d'œil à nos aïeux qui ont longtemps pu voir l'épave sous les eaux, voici un texte des plus intéressants qui relate les faits s'étant produits à l'époque.

Transcription par la F.Q.S.

 

 

v2_c1_s23_ss02_01Nous connaissons presque tous la statue de Jean Vauquelin, lieutenant de vaisseau, que les touristes américains photographient dans le Vieux-Montréal. Par contre, les habitants du village de Pointe-aux-Trembles pourraient raconter que leurs ancêtres virent le combat de l'Atalante. De même que par temps clair, on voyait au 19e siècle, lors des parties de pêche, l'épave se dessiner très nettement au fond. Cette épave est presque devenue un monument historique et une plaque commémorative posée sur le mur de l'église rappelle son souvenir.

Après la prise de Québec et la retraite de Lévis, l'Atalante et lePomone hivernèrent en Nouvelle-France. Au printemps de 1760, on les employa pour transporter les munitions de l'armée près de Québec afin de hâter la marche des troupes qui, on le sait, livrèrent la bataille de Sainte-Foy. Peu après cette victoire, les navires s'ancrèrent près de Québec, mais les choses ne s'arrêtèrent pas là.

Le 15 mai, le Vanguard et le Diana venaient renforcer la flotte anglaise; l'occasion de poursuivre les navires français devenait réalité et, le lendemain, un vaisseau de ligne et deux frégates anglaises donnent la chasse à l'Atalante et au Pomone. Ce dernier appareille et, sous un coup de vent, s'échoue à l'Anse-au-Foulon, tandis que les petits bâtiments précédent l'Atalante. Vauquelin les protège du mieux qu'il peut, mais voyant que l'ennemi avance rapidement, il leur ordonne d'aller s'échouer dans l'entrée de la rivière du Cap-Rouge. Ils seront récupérés le 17 mai, selon les écrits du Chevalier de la Pause(10).

Les navires anglais ne se préoccupent pas de cette manœuvre et continuent à poursuivre l'Atalante, qui canonne en retraitant. L'avantage de l'ennemi est certain et Vauquelin n'ignore pas qu'il n'a qu'à le suivre dans son sillage pour éviter de s'échouer. La seule perspective offerte est de se saborder assez près du rivage pour sauver l'équipage. Deux endroits sont désignés par le pilote, soit Portneuf, à cinq lieues, soit la Pointe-aux-Trembles, deux lieues (6 milles) en avant. Vauquelin opine pour le second site, sachant qu'il sera rejoint bien avant Portneuf et, d'autre part, aller plus loin indiquerait aux navires anglais le chenal à suivre.

L'Atalante fait encore route jusqu'à la Pointe-aux-Trembles où Vauquelin la lance à la côte, à près de vingt toises (120 pieds) du moulin du village. Deux navires ennemis se placent à demi-portée de canon et tirent sans arrêt sur la carcasse qui émerge encore. Les artilleurs de l'Atalante rendent chaque coup, tandis que Vauquelin prépare l'évacuation des marins. L'eau abîme les quatre derniers barils de poudre et les hommes en sont réduits à s'armer de mousquets.

L'eau continue de monter dans la cale pour atteindre huit pieds et la frégate penche sur le côté, le plat-bord au niveau de l'eau. On décide d'abattre le mât de misaine afin de la rétablir. Les Anglais continuent de canonner les marins qui débarquent et lorsqu'ils constatent que l'Atalante ne tire plus depuis longtemps, ils envoient des chaloupes à bord: il ne reste plus que 11 personnes, dont six marins qui tentent de s'agripper malgré l'inclinaison du navire.

Vauquelin fut fait prisonnier avec « les sieurs Sabourin et Thomas, lieutenants, Deshaix, enseigne, Chaumillon, écrivain, et le sieur Bossens, aumônier. »(11) Ils furent conduits à bord du Diana et du Lowestoff. Le capitaine Schomberg, du premier navire, envoya le 17 mai quelques marins pour incendier ce qui émergeait encore de l'Atalante.

On tenta de récupérer quelques cordages et les voiles, mais les cordages étaient tous hachés et les voiles en lambeaux; c'est pourquoi les Anglais y mirent le feu. Nous savons que l'Atalante possédait onze canons de 8 par bande (22 canons en tout) et qu'ils s'enfoncèrent avec les débris. Les Anglais n'y voyant aucune utilité et les Français arrivant trop tard, on finit par les oublier.

(10) RAPQ-vol.12- p.117
(11) Relations de Vauquelin: CML -vol.1- p.270

Référence: LAFRANCE, Jean, Les épaves du Saint-Laurent(1650-1760), Éditions de l'Homme, Montréal, 1972. pp. 129-133.

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