25 avril 1849, Incendie du parlement de Montréal

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1849_incendie_parlement_vinhAfin de situer les événements, voici un extrait du point de presse de la Société Saint-Jean-Baptiste, soulignant le 160ème anniversaire de l’incendie du Parlement de Montréal incité par la Montreal Gazette :

Rappelons qu’à la suite des Rébellions de 1837-1838, la répression menée par l’armée britannique avait été terrible, des villages entiers ayant été rasés. Lord Durham recommande alors l’union du Bas et du Haut-Canada pour minoriser les francophones. L’Acte d’Union est adopté en juillet 1840 et Montréal devient la capitale de la « Province of Canada » en 1843. En mars 1849, Louis-Hippolyte Lafontaine fait adopter l’« Acte pour indemniser les personnes dans le Bas-Canada, dont les propriétés ont été détruites durant la rébellion dans les années 1837 et 1838 ». Furieux, les orangistes accusent Lafontaine de « récompenser les rebelles ». Le 25 avril 1849, il ne manque plus que la sanction royale du gouverneur Elgin pour que la loi entre en vigueur. En ce jour parmi les plus sombres de notre histoire, la Montreal Gazette publie une édition spéciale appelant la population anglaise de Montréal à se soulever. « Anglo-Saxons, vous devez vivre pour l’avenir ; votre sang et votre race seront désormais votre loi suprême, si vous êtes vrais à vous-mêmes. Vous serez Anglais, dussiez-vous n’être plus Britanniques. À qui et quelle est votre allégeance maintenant ? Que chaque homme réponde pour lui-même […] La foule doit s’assembler sur la Place d’Armes, ce soir, à huit heures. Au combat, c’est le moment ! », publie le quotidien anglophone.

Entre 1200 et 1500 fanatiques répondent à l’appel. De la Place d’Armes, des orateurs incitent la foule à se rendre au Parlement. Mettant les députés en fuite, les émeutiers saccagent et mettent le feu au bâtiment, qui sera entièrement décimé par les flammes. Quelque 25 000 volumes, remontant jusqu’au début de la colonie française, sont détruits. Le Parlement ne siégera plus jamais à Montréal. Quelques jours plus tard, une foule enragée incendie également la maison du Premier ministre Lafontaine qui, arraché des mains des émeutiers, sera sauvé de justesse. Jamais personne ne sera jugé pour ces actes criminels. Le Parlement siégeait à l’époque dans l’ancien immeuble du marché Sainte-Anne, sur le site actuel d’un terrain de stationnement en face du Centre d’histoire de Montréal, Place d’Youville. Aucun monument ni aucune plaque n’y évoque les odieux événements du 25 avril 1849.

Notons que l’incendie fut initié par le chef d’une des brigades des pompiers de Montréal, Alfred Perry, lorsqu’il lança une brique sur un lustre, dont plusieurs brûleurs se cassèrent. Ajoutons à cela un fait rapporté par Normand Lester dans son Livre noir du Canada anglais :

« Trente-huit ans après les faits, Alfred Perry, le chef de pompiers pyromane, se vantera publiquement de son forfait dans les pages du Montreal Star. La communauté anglophone de Montréal était tellement fière du rôle joué par Perry dans la destruction du Parlement et de sa bibliothèque qu’un pavillon de l’hôpital Douglas, de Verdun, commémore encore aujourd’hui la mémoire de ce vaillant défenseur du « sang et de la race anglo-saxonne » contre la « French domination ». »

Sans oublier que, de 1843 à 1849, Montréal était la capitale nationale du Canada-Uni, le plus grand drame ne fut pas l’incendie du Parlement mais celui de la bibliothèque. Le Parlement n’était qu’un édifice accueillant les politiciens, rapidement remplacé par un autre, à Ottawa cette fois. Mais une accumulation de savoir ne se remplace pas, surtout à cette époque où les livres étaient rares et précieux. N’oublions pas qu’il s’agissait aussi d’un dépôt d’archives publiques, donc de la mémoire d’un peuple. Cette bibliothèque contenait « la plus importante collection de livres d’histoire au pays, la collection de droit la plus complète et les meilleures éditions sur des sujets comme les sciences naturelles, les lettres et les géographie. » Sur les 22 000 à 25 000 ouvrages, seulement 200 ont été épargnés des flammes.

Jamais notre devise nationale n’aura été si bafouée, détruite, incendiée. Comment alors une élite peut-elle se former sans le support culturel et historique que sont les livres ? Comment un peuple peut-il s’affirmer sans l’apport indéniable de la littérature et des archives ? Comment la souche canadienne-française peut-elle survivre sans sa mémoire collective imprimée sur du papier ?

Pour qu’un peuple soit fort et déterminé, il doit pouvoir s’appuyer sur une culture établie, profonde et immuable. Tout le savoir et l’âme d’un peuple sont inscrits dans les livres et compilés dans des bibliothèques. Le coup que le peuple québécois a reçu le 25 avril 1849 est un coup à la tête; une attaque vicieuse ayant probablement causé une commotion cérébrale culturelle. Brûler une bibliothèque si importante est un crime contre l’Humanité. Depuis cet événement, et depuis bien d’autres, le peuple québécois est handicapé par son passé.

Les Canadiens-français, ce peuple d’illettrés, d’ignorants et d’incultes, avaient réussi à constituer la plus imposante bibliothèque du pays, une des premières bibliothèques parlementaire du monde. La haine raciste l’a en une nuit réduite en fumée.

Il serait vain de demander réparation pour les torts subis, même si la justice ne s’arrête pas dans le temps. Les coupables sont tous morts il y a bien longtemps, alors qui pourrait être blâmé aujourd’hui ? Qui pourrait indemniser les victimes ? Et qui sont les victimes, sinon le peuple québécois dans son ensemble et dans son histoire ? Nous ne demandons pas quelque réparation ou vengeance, mais la vérité, simplement.

Nous avons perdu beaucoup dans notre histoire : du savoir, une culture, une élite, une mémoire. Notre devise nationale est importante, car elle nous rappelle constamment. Elle nous rappelle au combat, car notre combat est historique. Ce n’est pas d’hier que les Anglais veulent nous assimiler, nous noyer dans un flot incessant d’immigration incontrôlée, de multiculturalisme imbécile et de renouveau perpétuel. Ce n’est pas d’hier que nous oublions.

Je me souviens, c’est plus qu’une devise : c’est un devoir.


Références:

http://ici.radio-canada.ca/regions/Montreal/2013/08/26/006-pointe-a-calliere-parlement-canada-fouilles-archeologiques-livres.shtml

LESTER, Normand (2001), Le Livre noir du Canada anglais, tome 1. Les Intouchables. ISBN 2-89549-045-7

LESTER Normand (2002), Le Livre noir du Canada anglais, tome 2. Les Intouchables. ISBN 2-89549-065-1

LESTER Normand (2003), Le Livre noir du Canada anglais, tome 3. Les Intouchables. ISBN 2-89549-117-8

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