Achille Larouche – le fils spirituel de l’abbé Groulx

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achille-laroucheL’union de la croix et du lys visible sur notre drapeau s’est traduite par l’implication de nombre de prêtres dans le mouvement nationaliste canadien-français au fil de notre histoire. Le chanoine Lionel Groulx est de loin le plus connu, mais d’autres, comme l’abbé Pierre Gravel et le père Gustave Lamarche, suivirent ses pas en continuant le combat intellectuel pour notre survivance. Le chanoine Achille Larouche, décédé le 9 mars 2006, fait également partie de ces prêtres qui luttèrent leur vie durant, non seulement pour promouvoir la foi de nos pères, mais également la survie de notre peuple. Trop peu connu, même dans notre milieu, voici un portrait de ce militant infatigable.

C’est sur le bord du Saint-Laurent, près de Rivière-du-Loup, qu’Achille Larouche naquit en 1915, alors que l’Europe était déchirée par la guerre. Suite à des études classiques au Collège Sainte-Anne-de-la-Pocatière, il choisit la voie ecclésiastique et s’agrégea au diocèse de Sherbrooke, devenant prêtre en 1943. Homme de lettres et d’esprit, il entreprit des études en droit canonique à l’Université Laval avant de devenir chancelier du diocèse de Sherbrooke.

Durant ces années, il publie un petit bulletin miméographié intitulé La Nouvelle-France. Il y fait la promotion d’un nationalisme canadien-français inspiré par le chanoine Groulx. Souhaitant voir son projet prendre de l’ampleur, il contacte dès 1953 le père Gustave Lamarche, connu pour son implication politique. Après quelques années de discussions et de tergiversations, ils fondent avec André Dagenais les Cahiers de la Nouvelle-France. Cette revue, qui débute en mars 1957, se veut l’équivalent de droite de [i]Cité-Libre[/i]. On y défend l’enracinement, la morale catholique, la foi, la tradition.

Le père Lamarche s’occupe de la rédaction à Joliette et le chanoine Larouche, ce qui a trait à l’administration à Sherbrooke. La revue jouit d’un succès relatif avec 1000 à 2000 copies vendues à chaque numéro (il y en aura 24 au total). En 1959, l’Institut Royer offre de prendre en charge la revue. Souhaitant conserver l’indépendance des Cahiers, Larouche refuse, alors que Lamarche et Dagenais souhaitent s’associer. Ces deux derniers quitteront et fonderont une revue fort éphémère Nation Nouvelle, dont le titre sera récemment réutilisé par Larouche. Perdant une partie de son équipe, le chanoine Larouche, qui est désormais président de la revue qu’il renomme simplement Nouvelle-France, verra la popularité de celle-ci s’effondrer. En 1964 après avoir publié trois numéros en trois ans, la Nouvelle-France tire sa révérence.

Toute cette effervescence politique ne fut pas au goût du diocèse de Sherbrooke qui décida que le mieux était de se passer de lui comme chancelier. Dès 1957, il fut envoyé comme curé à Waterville, poste qu’il occupa jusqu’en 1984. Son occupation politique ne fut pas un frein à son ministère. Ce fut un prêtre engagé auprès de ses paroissiens, un prêtre qui sut inculquer et nourrir la foi de ses ouailles.

Jusque dans les dernières années de sa vie, le chanoine Larouche célébra une messe par jour, cinq les jours de fin de semaine. Il prit également part durant 32 ans au pèlerinage du Mont-Saint-Joseph et fonda le pèlerinage vers Sainte-Anne-de-Beaupré le 15 août pour le retour de notre peuple au catholicisme. Il participa lui-même durant 14 ans à ce pèlerinage inspiré de celui de Chartres en France. Il donna également la messe tridentine à la paroisse traditionnelle de Notre-Dame-des-Bois durant près de 15 ans. Bref, son engagement politique n’occulta jamais rôle de prêtre.

D’ailleurs, son combat fut guidé d’abord et avant tout par la foi. S’il fut engagé dans la cause nationaliste, il fut également un défenseur acharné de la vie et des droits de l’Église. La fin de Nouvelle-France ne découragea pas le chanoine qui, dès 1966, se rapproche de Robert Rumilly et recrée avec lui le Centre d’information national sous le nom de Comité pour l’unité nationale et chrétienne du Québec. L’existence de cet organisme restera théorique. Cette organisation servira par contre d’inspiration à la fondation du Centre d’information nationale Robert Rumilly que le chanoine Larouche fondera avant d’en devenir son secrétaire. Le CINRR subsistera jusqu’en 2002, année où il se sabordera pour laisser la place au Parti Démocratie Chrétienne aujourd’hui Parti de l’unité nationale. Le dernier geste du CINRR fut le dépôt d’un mémoire s’opposant au mariage de gens de même sexe lors d’une commission parlementaire sur le sujet.

Pour véhiculer ses idées, Achille Larouche lancera une nouvelle publication, Nation Nouvelle, dans les années 90. Le nom est certes le même que celui de l’organe lancé par Gustave Lamarche, mais n’a aucun lien avec celui-ci. Une douzaine de numéros échelonnés sur quelques années seront publiés. Cette publication dont la devise est « Travail, famille, patrie » (Le Nation Nouvelle de Lamarche avait comme devise « Dieu, patrie, culture ») fait la promotion de la religion dans la société et un de ses principaux chevaux de bataille sera la lutte contre la déconfessionnalisation des écoles. D’ailleurs, Achille Larouche, qui est également président du Ralliement des parents chrétiens du Québec, s’attaquera en cour à la loi visant à établir des commissions scolaires linguistiques pour remplacer les commissions scolaires religieuses. Après une victoire devant le juge Brossard, la Cour suprême donnera raison au gouvernement le 17 juin 1993 ; des commissions linguistiques peuvent être établies. Dans les années qui suivent, les commissions scolaires religieuses seront toutes remplacées par des entités laïques au grand désarroi de la grande majorité catholique du Québec.

Malgré son tirage de 500 copies, Nation Nouvelle s’éteindra et ce n’est qu’au siècle actuel que le chanoine Larouche relancera une publication plus qu’éphémère (5 numéros), Osez. Il répond à l’appel de Jean-Paul II qui avait demandé aux prêtres d’oser dire la vérité. Cette publication compte plusieurs collaborateurs, discute de culture, de politique et de foi et vise la jeunesse. A la même époque, il publie le livre Le génocide d’un peuple ou le retour à Dieu, dans lequel il dresse un parallèle entre la situation démographique catastrophique et la perte de la foi. Il s’oppose au mondialisme, mais aussi à l’immigration, voyant le salut dans une nation homogène guidée par la foi. Il n’est toutefois pas indépendantiste ; s’il a été dur dans les années 60 envers le séparatisme, il préconise un retour à un Canada binational, un peu comme Adrien Arcand. Par contre, le caractère binational du Canada n’a jamais existé que sur papier, c’est une chimère, le Québec ne représentant que peu à l’échelle nationale. Il restera impliqué jusqu’à son trépas le 6 mars 2006. Toute sa vie, il avait fait l’éloge d’un christianisme viril, se référant aux croisés et à Clovis et sa vie de combat, malgré l’opposition, prouvant qu’il fut conséquent avec l’exemple qu’il souhaitait promouvoir. Il fut le digne successeur du chanoine Groulx, mais de tempérament différent, il choisit la voie de l’action plutôt que celle de l’étude et de l’écriture.

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