Across atlantic ice; des gens venus de France… il y a 20000 ans ? – Dennis J. Stanford et Bruce A. Bradley

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STANFORD, Denis J., Bruce A. Bradley. Across atlantic ice : The Origin of America’s Clovis Culture. University of California press, Berkeley, Los Angeles, London. 319 p.

D’où sont venus les Indiens d’Amérique ? La majorité répondra d’Asie, en étant passés par l’Alaska, lorsqu’un corridor se fut ouvert entre les glaces à travers les plaines de l’Ouest canadien, à la fin de l’ère de glaciation maximale. Cette théorie a été adoptée et enseignée comme vérité, mais ne repose pourtant que sur une concordance temporelle entre peuplement et changement climatique, sans que des évidences matérielles viennent la corroborer de façon certaine. À n’en pas douter, la persistance de ce modèle aura été soutenue par l’industrie de la culpabilisation de l’Homme blanc, l’Indien se devant d’être un non-Européen, grand dépossédé, et l’Européen, le grand oppresseur. Mais est-ce que tous les habitants de l’Amérique précolombienne étaient d’origine asiatique ? La découverte de l’homme de Kennewick, vieux de 9000 ans, près de la rivière Columbia dans l’État de Washington aux États-Unis, permet d’imaginer une Amérique primitive beaucoup plus diverse que généralement envisagée.

Dans Across Atlantic ice (AAI), Denis Stanford et Bruce Bradley présentent leur théorie d’un peuplement très ancien, venu par l’Est, de gens dont l’épicentre de la culture se trouvait dans le Solutré, soit la région côtière atlantique que la France et l’Espagne d’aujourd’hui se partagent.

Au début du 20e siècle, une tempête révéla les restes préhistoriques de bisons géants près de Folson, au Nouveau-Mexique. Des pointes « flûtées » y ont aussi été trouvées, semant le scepticisme chez les archéologues puisque l’espèce animale est supposée avoir disparu avant l’arrivée des Indiens. Plus tard, une autre découverte à Dent, au Colorado, et à Blackwater Draw, situé au sud de Clovis, encore au Nouveau-Mexique, révéla des pointes du même type, âgées de 13 000 à 13 500 ans. Les artéfacts qui présenteront les mêmes similarités seront ensuite définis comme appartenant à la culture de Clovis. Ces objets seront découverts partout en Amérique du Nord, jusqu'au Venezuela.

L’archéologie procède avec logique à partir des artéfacts (objets fabriqués par l’homme) découverts sur le terrain, selon des modèles théoriques acquis par cette science et AAI procède de même. L’origine géographique d’une culture peut être déterminée si l’on y retrouve les objets les plus anciens et le sens de sa diffusion dans l’espace. Un foyer culturel devrait aussi comporter la plus grande densité d’objets ainsi que la plus grande diversité. Des similarités entre objets découverts dans des endroits différents, sur le plan de l’espace et du temps, dénotent soit d’une filiation historique entre les groupes humains qui les ont produits, soit du développement parallèle des mêmes techniques par deux groupes différents. Plus ces techniques sont complexes et impliquent un nombre élevé de décisions et donc de divergences potentielles, plus leur similarité impose une filiation historique.

Des objets comportent donc une signature culturelle. Les lames taillées dans la pierre sont les principaux objets étudiés par les deux Américains. Il y a les lames, les lames avec incrustations (inset blades), les éclats et les bifaces. Pour réaliser ces formes et obtenir la répétition, une série de décisions est nécessaire et implique la maîtrise de techniques parfois complexes. Celle de l’éclat outrepassé (overshot flaking) est exclusive au Solutré et à Clovis. Les pointes appartenant à ces traditions sont aussi caractérisées par leur forme rappelant la feuille de laurier, leur minceur et le choix fréquent de pierres exotiques, comme le quartz.

« Clovis fluting differs in concept and expression from the other fluted forms that are generally considered to appear later. » p.53

Les deux Américains nous expliquent comment, dès les années 30, des recherches furent entreprises depuis l’Alaska au travers ce fameux corridor, jusque dans les plaines de l’Alberta, pour trouver ces mêmes objets de pierre taillée et ainsi établir l’origine asiatique de Clovis, mais sans résultat probant. Une pointe flûtée fut bien trouvée en 1940, mais elle demeure une découverte isolée. Les recherches pratiquées sur le passage de Béring mettent en évidence la technologie des lames incrustées, totalement absentes de Clovis, les pointes étant trop jeunes pour avoir été faites par les ancêtres de ces mystérieux habitants du Sud-ouest nord américain. Stanford et Bradley concluent à une diffusion en sens inverse, soit du sud vers le nord à travers ce corridor, au contraire de la théorie traditionnelle.

Ils avancent donc: « The Beringian archaeological record is lacking in the hinnted bifacial technology accompanied by large blade manufacturing we see in Clovis. Combined with the fact that humans did not colonize eastern Beringia until the climate became more hospitable, after the ice age ended around 12000 years ago, Beringian hunters cannot be ancestors of Clovis peoples. In fact, just the reverse might prove to be the answer to the question of the peopling of the American Artic. » p.88

La Chine et l’URSS s’ouvrirent récemment et permirent l’étude des collections archéologiques. Nulle trace de la culture de Clovis là d’où elle devait pourtant provenir. L’âge des sites humains est contemporain ou plus jeune que ceux de Clovis en Amérique. Les auteurs présentent aussi des preuves suggérant que le corridor ne pouvait supporter la vie avant il y a 12 000 ans, trop tard pour que les ancêtres de Dent, Folson et Blackwater aient pu venir par ce chemin.

Les traces laissées par la culture de Clovis situent l’épicentre de leur culture plutôt le long de la côte atlantique, où les sites les plus anciens ont été trouvés. Lorsque des caches d’objets en pierre taillée sont étudiées à l’intérieur du continent, l’origine de la matière première tend à se situer à l’est et vers le sud, indiquant le sens de la progression de cette culture de l’est vers l’ouest.

La similarité de la culture de Clovis avec celle du Solutré a été observée par le passé, mais fut rejetée à cause de l’écart temporel, puisque les artéfacts solutréens sont datés entre 18 000 et 25 000 avant notre époque. C’est de plus la croyance générale que les gens du Solutré n’avaient pas d’embarcations pour naviguer sur l’eau. Cependant, le site de Cactus Hill, en Virginie, sur la côte est, vieux de 16 000 ans, comble l’écart. Celui de Meadowcrof (sud-ouest de la Pennsylvanie) aurait pu être habité aussi loin qu’il y a 19 000 ans, nous rapporte AAI. Et pourquoi les gens du Solutré n’auraient-ils pas eu d’embarcations, se demandent Stanford et Bradley ?

La théorie voudrait donc qu’un changement climatique et l’augmentation de leur population amenèrent les Solutréens à exploiter les ressources maritimes et à développer un mode de survie le long des côtes, ce qui aurait amené un certain nombre d’entre eux en Amérique. Lors de la glaciation, les niveaux océaniques étaient plus bas d’une dizaine de mètres et les côtes s’avançaient jusqu’à 150 km plus loin qu’aujourd’hui. Le canotage le long de la terre ferme et des glaciers était donc grandement raccourci. Mais à la fin de cette ère de glaciation, les preuves de cette traversée se retrouvèrent englouties par l’avancée des eaux lorsque les glaciers fondirent.

En 1970, l’équipage du dragueur de pétoncles Cinmar récupéra, à 100 km des côtes du Cap Virginie, les restes d’un mastodonte ainsi qu’une pointe en forme de feuille de laurier vieille de 14 500 ans. Ajoutée aux autres découvertes de la côte est, elle forme un ensemble culturel très similaire à Clovis.

image_resized (3)La côte sud-ouest de la France et le nord-ouest de l’Espagne furent occupés par des cultures successives durant le paléolithique : l’aurignacienne (environ 37 000 à 28 000 ans), la gravettienne (environ 27 000 – 20 000 ybp), la solutréenne (environ 25 000-16 500 ybp) et la magdalénienne (environ 16 500-13 000), à laquelle les peintures des grottes de Lascaux appartiennent.

Les lames surdimensionnées en forme de feuille de laurier, très minces, sont les artéfacts les plus typiques du Solutré. Leur minceur suggère même une fonction rituelle plutôt qu’utilitaire. Comme pour Clovis, les pierres exotiques sont l’objet d’un goût particulier : le jaspe, le cristal de quartz et la pierre obsidienne (verre volcanique). La découverte de caches où était mis un grand nombre d’objets de pierres taillées est aussi une caractéristique commune entre Clovis et le Solutré. Une analyse de groupement (cluster analysis) permet d’établir une bien plus grande similarité entre ces deux dernières cultures qu’avec les cultures d’origine asiatique.

Bien que les archéologues du paléolithique tendent à rechercher dans les grottes, l’homme préhistorique occupait aussi des campements en plein air et se nourrissait d’animaux terrestres et marins. Le chevreuil et le bison étaient présents sur la côte espagnole et les animaux marins sont abondamment dessinés. La représentation de poissons plats laisse supposer la pêche en eaux profondes et donc, peut-être, l’utilisation d’embarcations. La découverte d’aiguilles suggère la maîtrise de la couture et peut-être la fabrication de vêtements résistants à l’eau.

L’occupation solutréenne de la grotte de la Riera, entre 18 000 et 20 500 ans avant notre époque, comporte 16 niveaux archéologiques dérivés d’autant d’époques différentes. Les plus récentes montrent une diminution de l’occupation alors que les produits de la mer étaient au meilleur. Des signes de surexploitation animale peuvent aussi être observés.

Les glaces permanentes descendaient alors jusqu’à Terre-Neuve et les Îles Britanniques. Celles flottantes descendaient le long de la côte française durant l’hiver où le climat était plus hospitalier qu'à l’intérieur des terres. Les eaux froides sont riches en nutriments; leur rencontre avec le Gulf Stream est très favorable au développement de la vie. Les phoques et les morues y étaient présents et pouvaient permettre la survie.

L’occupation préhistorique des îles japonaises, de Chypre ou de la Sicile, qui n’ont jamais été raccordées aux continents, est un exemple de la très grande antériorité de la navigation. Pourquoi pas le Solutré ?

Les objets culturels de Clovis sont similaires avec ceux du Solutré, non point avec ceux trouvés en Alaska. L’écart temporel semble comblé entre les deux mondes et la survie le long des côtes de l’Arctique était possible, affirment Stanford et Bradley. Les Inuits en sont d’ailleurs la démonstration. Ces faits sont à l’origine de la théorie du présent ouvrage.

Une preuve génétique se manifeste également. Le marqueur X2 est présent en Afrique du Nord, au Moyen-Orient, en Asie Centrale et en Europe. Il n’aurait pu circuler par le détroit de Béring, mais il se trouve chez certaines populations amérindiennes avec une fréquence plus élevée vers l’est que vers l’ouest. Il n’existe aucun reste humain de Clovis ou du Solutré pour trancher la question. Mais notons que si des restes étaient trouvés en Amérique du Nord, ils seraient immédiatement remis aux communautés amérindiennes d’aujourd’hui, selon la Native American Graves Protection and Repatriation Act, qui alors s’empresseraient de les détruire.

Pour la préservation de notre peuple,
F.Q.S.

 

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