Attawapiskat – L’ère des revendications

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Nos gouvernements, au Québec et au Canada, ont successivement offert aux éternels manifestants mille et une occasions de revendiquer n’importe quoi dans les dernières décennies. Il n’est pas si étonnant que cela de constater qu’une corruption malsaine s’est enracinée parmi les mouvements et organisations mendiantes.

Certains croyaient avoir tout vu après la crise des accommodements, les cours d’ECR qu’on nous a entré (de force) dans la gorge, les lacunes de nos différents systèmes de gérance 100 fois ramenées par les médias, « Occupy » et les agitations étudiantes… Au contraire, la popularisation des mouvements de revendications, générée entre autres par leur réussite en matière de mobilisation par la manipulation, en a impressionné mais surtout dégoûté plus d’un dans la dernière année.

Ces expériences de mobilisation ont permis de reprendre des forces aux coalitions de mouvements revendicateurs majoritairement antinationalistes. Implantés par les forces progressistes au fil du dernier siècle, ils saisissent aujourd’hui l’occasion de ressusciter encore leur système d’agitation dans une nouvelle sauce. Leurs exigences ne seront pas assaisonnées de minorités religieuses cette fois, ni de minorité immigrante ou de minorité « indignée ». Ils nous servent, en 2013, leurs nouvelles agitations bien juteuses, trempées dans la sauce autochtone.

Vers un mouvement ethnique

La grève de la faim de Theresa Spence visait initialement à faire avancer les dossiers constitutionnels en matière de support gouvernemental aux Premières « Nations ». Il n’en fallu pas moins pour que l’intelligentsia multiculturaliste prenne le dossier en main en jouant la carte des luttes au prétendu racisme ou que l’extrême-gauche fasse une association entre les demandes autochtones et leur classique lutte des classes – sans parler des lobbys environnementalistes.

Un argumentaire sain exposant des faits sociaux économiques réels est en train d’être écarté pour laisser place à un nouveau dérapage populaire, expédiant ceux qui voudraient ramener le sérieux de la réalité autochtone dans le débat au camp des racistes qu’il faudrait museler: un autre classique. Les disciples de l’agitation à tout prix reprennent les tactiques de généralisation des « luttes » (qui sont dissociées les unes des autres à l’origine) pour soulever les partisans du désordre, dans un discours vague contre le capitalisme qu’on associe maintenant à un règne de l’homme blanc imaginaire.

Le courant gauchiste a l’habitude de se prétendre émancipé des concepts ethniques, qu’il juge dépassés et barbares. Il a l’habitude aussi de prôner le multiculturalisme à tout prix, en prenant position contre les idées identitaires sur la conservation d’une culture particulière. Il n’hésite pas, toutefois, à s’autoproclamer porte-voix d’un groupe ethnique minoritaire et à se lever pour la défense d’une culture dont il ne connaît pratiquement rien, pour saisir tout simplement l’occasion de lancer le pays dans une nouvelle crise sociale.

Ils feront bien sûr abstraction des réelles préoccupations régionales des communautés autochtones et des faits sociaux ou économiques qui pourraient compromettre la légitimité de certaines revendications, passées dans le mélangeur des exigences irréalistes que le mouvement mettra de l’avant. Le manifestant interrogé au sujet de l’opinion qu’il s’est faite sur le développement de tel ou tel accord ne vous expliquera pas pourquoi 66% des Nunavimiuks s’opposaient à l’entente pour un gouvernement régional visant à augmenter leur autonomie en 2011. Il vous répondra simplement qu’il est là pour dénoncer le racisme et la « suprématie des Blancs » envers les Amérindiens, qu’ils ont droit à leur culture et à la préservation de leur héritage identitaire. Fait indéniable, mais relativement hors contexte.

La réponse de la nouvelle droite économique

L’opposition la plus bruyante à ce mouvement soi-disant « populaire » est encore une fois celle des partisans de cette nouvelle droite économique, plus particulièrement des libertariens.

Ces derniers s’attaquent principalement aux budgets des réserves, aux salaires des chefs de bandes et à la corruption qui semble s’être installée à l’intérieur de certaines communautés. Les libertariens sont, semble-t-il, de fins économistes… Mais par le fait même, leurs activités concernent surtout des facteurs économiques et nombre d’entre eux n’ont que faire des facteurs sociaux, culturels ou identitaires. Il est donc surprenant qu’en tant que principaux opposants au mouvement « Idle no more », ces gens nous soient maintenant présentés comme des racistes par la propagande gauchiste.

Nous n’avons pas la prétention de nous affirmer économistes ou démographes; nous menons un combat d’idées différentes de celles prônées par les libertariens. Sur un plan économique plus près de nos idées sociales, nous pourrions poser la question suivante:

Comment un gouvernement fédéral incapable d’en venir à un accord avec une population native et permanente de 1 172 790 d’individus (selon statcan.gc.ca en 2006) serait-il supposé être capable d’intégrer (accommoder) un taux d’immigration annuel qui dépasse les 250 000 par année?

Exploitation gauchiste du fait autochtone

Pourquoi la gauche s’insère-t-elle sournoisement dans le débat? N’y voit-elle pas une occasion de démarrer un nouveau cercle vicieux d’agitation/médiatisation/mobilisation?

Tous les regroupements de gauche et d’extrême-gauche sont unanimes : ils se doivent de contester aux côtés des Premières Nations. Nous verrons vite que ce n’est pas aux côtés des autochtones, mais bien par-dessus les autochtones qu’ils auront initié le mouvement. Utilisant Spence et compagnie, eux-mêmes satisfaits par l’illusion médiatisée de support général, comme tremplin pour leur formule de propagande adaptée.

Les regroupements gauchistes du pays, depuis longtemps en admiration envers le mouvement zapatiste sud-américain, y voient aussi notamment une occasion de calquer ce mouvement qui met de l'avant l’autonomie des groupes ethniques aborigènes sous des valeurs anarchistes. Ils cherchent d’abord à alimenter une ambiance de protestation générale favorable à la propagation du néo-marxisme, prêts à jouer le jeu de la revendication ethnique puisque cela, cette fois, les arrange.

1) http://www.statcan.gc.ca/tables-tableaux/sum-som/l02/cst01/demo40a-fra.htm
2) http://fr.canoe.ca/infos/quebeccanada/archives/2011/04/20110428-093024.html
3) http://ezralevant.com
4)L'Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) est un groupe révolutionnaire politico-militaire insurgé basé au Chiapas, l'un des États dont les habitants sont parmi les plus pauvres du Mexique. L'EZLN affirme représenter non seulement les droits des populations indigènes, ces diverses ethnies sont les descendantes des mayas et représentent moins de 1 % de la population totale du Mexique qui compte plus de 112 millions d'habitants) mais aussi de toutes les minorités. L'organisation est devenue pour certains un symbole de la lutte altermondialiste.

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