Black Lives Matter : Ont-ils oublié la lutte des Afro-Américains contre l’immigration ?

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« Jusqu’à présent, en ce qui concerne le Noir, il est extrêmement douteux qu’il ait profité des vagues successibles de travailleurs étrangers. En effet, il y a de bonnes raisons de penser que le progrès économique de notre groupe a été entravé par l’immigration. » – Philip Randolph


Philip Randolph, socialiste, activiste des droits de l’homme et farouche opposant de l’immigration
 

Émeute raciale et mouvement Black Lives Matter (BLM)

En 2012, Trayvon Martin, un Afro-Américain, est tué par un agent de sécurité, George Zimmerman. L'agent aurait agi au meilleur de son jugement dans la situation à laquelle il était confronté. Si Martin avait été un homme blanc, l’histoire se serait terminée ainsi; cependant, la poursuite contre l'agent Zimmerman et son acquittement par le juge mit le feu aux poudres. Les émeutes s’ensuivirent à Ferguson en 2014 suite à la mort d'un autre Afro-Américain, Michael Brown, et c’est ainsi que naquit le mouvement Black Lives Matter (BLM).  Selon le mouvement BLM, les Afro-Américains seraient victimes de racisme systémique, de brutalité policière, de profilage racial et d’iniquité de la part du système de justice américain. 

Mais en y réfléchissant bien, les Afro-Américains sont démographiquement surreprésentés dans les classes inférieures américaines. L’historique des dernières années nous prouve également que les classes inférieures et les pauvres ont été les premiers à subir les effets de l'immigration de masse. Depuis les années 1980, l’écart de richesse s’accentue – voir la figure plus bas. La crise de 2007-2008 est aussi réputée pour avoir particulièrement touché les plus pauvres; les pertes d’emploi dans le secteur manufacturier, automobile entre autres, ont durement affecté la classe ouvrière. De plus, la mondialisation a poussé de nombreuses usines à être délocalisées à l’étranger, ce qui eut pour conséquence de réduire le nombre d’emplois disponibles dans le secteur manufacturier, secteur d’emploi qui fournissait autrefois de nombreux emplois pour les classes inférieures.

Considérant que les conditions économiques des travailleurs se sont largement détériorées ces dernières années en raison des pertes d’emploi dans le domaine manufacturier, il va de soi que la communauté afro-américaine a été touchée également vu sa forte représentation parmi les classes inférieures. Lorsque la pauvreté augmente, on s’attend habituellement à ce que la criminalité augmente également. Si les individus ne peuvent subvenir à leurs besoins de manière légale, ils y subviendront autrement.  Ainsi, il serait attendu que la criminalité d’origine afro-américaine ait augmenté et logiquement le nombre de Noirs tués par des policiers aussi. Inversement, si le nombre d’emplois bien payés pour les classes inférieures se voyait augmenté, la pauvreté des classes inférieures s’en trouverait réduite et la communauté afro-américaine se porterait mieux.

Se pourrait-il que les États-Unis soient aux prises avec un manque d’emploi pour les classes inférieures, combiné à une mauvaise distribution des richesses ? Si tel est le cas, pour remédier à ce problème, il existe deux solutions : la première se trouve au niveau de la création d’emploi, la seconde se trouve au niveau de la restriction de la main-d’œuvre. Le facteur le plus facile à contrôler est certainement la restriction de la main-d’œuvre. En effet, en limitant l’offre de travail (le nombre de travailleurs) pour les métiers accessibles aux classes les plus pauvres, on augmente les chances que chacun y trouve un emploi et considérant la « rareté » de la main-d’œuvre, on augmente les salaires. La seule façon que nous avons de limiter l’offre de travail est de limiter l’immigration et l’on sait que l’immigration mexicaine inonde la main-d’œuvre disponible pour les emplois peu spécialisés, emplois normalement occupés par les Afro-Américains.

Les premiers militants des droits des Noirs avaient très bien compris qu’en restreignant l’immigration aux États-Unis, les conditions économiques de leurs confrères ne pouvaient que s’améliorer. Pour illustrer efficacement cette optique, nous avons traduit et reproduit intégralement les pages 7 à 9 du livre « Do we need immigration, Second Edition » de Anthony Browne, qui relate les effets de l’immigration sur les conditions des Afro-Américains. En voici l’extrait intégral :
 

Les Afro-Américains et l’immigration

Quand Frederick Douglass échappa à l’esclavage du sud des États-Unis dans les années 1830 et qu’il se dirigea vers les États du Nord, il fut témoin du commencement de la compétition entre Afro-Américains  et immigrants. Les hommes et femmes noirs de l’époque gagnaient de relativement bons salaires en tant qu’ouvriesr, domestiques, porteurs, maîtres d’hôtel, femmes de ménage, cuisiniers, blanchisseuses et couturières. Mais l’afflux de travailleurs étrangers blancs récemment arrivés signifiait que des travailleurs européens non-qualifiés étaient prêts à travailler pour moins cher, réduisant ainsi le salaire des Afro-Américains de façon drastique tout est les privant de plusieurs emplois.

Dans un article de 1853, Douglass commente : « Les vieux métiers par lesquels les hommes de couleur gagnaient leur vie sont rapidement, incessamment et inévitablement en train de changer de main; chaque heure montre l’homme noir écarté de son travail par l’immigrant nouvellement arrivé. Il est évident, douloureusement évident pour chaque esprit lucide que le moyen de subsistance, des hommes de couleur, devient de plus en plus précaire et limité. Le monopole des emplois que nous avions jadis n’est plus.

Dans un article de 1879 du Baltimore Sun, Douglass montre comment le pouvoir de négociation des Noirs, potentiellement plus grand dans le sud à cause du manque de travailleurs autre que noirs, a été sapé dans les villes du nord riches en immigrants: « Notre peuple dans le sud a le monopole du marché de l’emploi. Ils sont le bras, le muscle et la main, appuyés par la constitution et des hommes sympathiques à leur cause dans tous les États, et ont le pouvoir de dire ‘’Donnez-nous des salaires justes ou vos terres ne seront pas cultivées.’’ Dans le nord et dans l’ouest, ils [les Noirs]ne jouissent pas de tels avantages. »

Dans un article de 1904, « The bread and butter argument », le Colored American Magazine décrit le déplacement des Noirs par les immigrants : “De manière générale, les statistiques du federal census bureau montrent qu’il y a un déclin soutenu du nombre de Noirs employés dans les métiers spécialisés. Les artisans blancs, par leur propre action, ou par l’action de leur syndicat, inondent l’offre jusqu’à pousser les Noirs hors du marché.

Plusieurs leaders des campagnes de promotion des droits des Noirs étaient opposés à l’immigration. Philip Randolph, qui a obtenu la première politique d’emploi équitable du pays en menaçant de faire une marche des Noirs sur Washington, a dit en 1924 : « Au lieu de réduire l’immigration à 2 % des quotas de 1890, nous favorisons de la réduire à néant… Nous sommes favorables à l’interdiction des Allemands de l’Allemagne, des Italiens d’Italie… des Hindis d’Inde, des Chinois de Chine et même des Noirs des Caraïbes. Ce pays [les États-Unis]est souffrant d’une indigestion d’immigration. »

Le déclin de l’immigration durant et après la Première Guerre mondiale montra combien la vie des Noirs s’en trouva améliorée lorsqu’il y avait moins d’étrangers dans le nord [des États-Unis], avec pénurie de main-d’œuvre, qui leur permettait de quitter les champs de coton pour les usines.

En 1928, le journal The Courrier résuma les bénéfices qu’auraient les Noirs à mettre fin à l’immigration de masse : « Jusqu’à présent, en ce qui concerne le Noir, il est extrêmement douteux qu’il ait profité des vagues successibles de travailleurs étrangers. En effet, il y a de bonnes raisons de penser que le progrès économique de notre groupe a été entravé par l’immigration. Pour preuve, on n’a qu’à penser aux grandes avancées qui ont été réalisées par les Noirs de toutes les classes depuis que l’immigration européenne a été remarquablement réduite. Ceci est particulièrement remarquable au nord et à l’est où, malgré qu’il y ait présentement de façon temporaire une pénurie d’emploi, les Noirs possèdent plus d’opportunités d’emploi dans l’industrie que depuis la guerre civile. »

Le principal journal noir The Chicago Defender, en 1924, insiste sur le fait que l’immigration doit continuer d’être maintenue à de faibles niveaux : « Il est d’une importance vitale que les portes de l’immigration soient maintenues fermées jusqu’à ce que notre classe ouvrière ait la chance de prouver sa valeur pour des travaux autres que ceux que l’on trouve sur les plantations. La rareté de la main-d’œuvre crée la demande. Avec la mentalité de l’homme blanc américain moyen, le travailleur blanc étranger se trouve favorisé par rapport au produit local qu’est le Noir. Lorsque le Blanc étranger n’est pas disponible, le Noir obtient sa chance. »

Frank L. Morris, ancien doyen des études supérieures au Morgan State University de Baltimore, dans un pamphlet nommé Cast Down Your Bucket Where You Are du « Centre for Immigration Studies » nous avertit dans un avant-propos que l’histoire se répétait et jette ainsi le blâme du malaise de plusieurs Noirs sur l’immigration. « L’immigration de masse qui commença à la fin du 19e siècle a grandement ralenti l’industrialisation du sud et a rendu la pauvreté rurale du sud immensément difficile à éradiquer. Dans les années 80 et 90, nous commençons à récolter la tempête en provenance d’une politique d’immigration de masse similaire.  Les résultats ont été similaires dans le sens où nous obtenons un marché de l’emploi plus difficile pour les Afro-Américains dans la dernière portion du 20e siècle. Les Afro-Américains sont de manière disproportionnée touchés par ce phénomène, car les immigrants tendent à s’installer dans les grandes villes, faisant ainsi compétition avec les Afro-Américains pour le logement, le travail et l’éducation. Tout ce qui augmente la quantité de main-d’œuvre aux États-Unis, incluant l’immigration,  travaille contre les intérêts des Afro-Américains.
 

Conclusion

Pour en revenir au mouvement Black Lives Matter (BLM) américain, se pourrait-il qu’il se trompe de cible ? En blâmant l’homme blanc et le racisme pour tous leurs maux, le mouvement BLM occulte les causes profondes qui affectent leur communauté. C’est pourtant simple à comprendre : la criminalité tire en partie son origine de la pauvreté et la pauvreté est réduite lorsque tous peuvent avoir accès à un travail relativement bien payé. Il serait tout à fait décent que la communauté noire fasse pression sur le gouvernement pour restreindre l’immigration mexicaine dans le but de garder le monopole des emplois peu spécialisés. Ça serait la suite logique du combat des activistes des droits des Noirs, qui depuis l’abolition de l’esclavage, revendique une limitation de l’immigration. Que s’est-il passé depuis ? La réponse est simple, le cadre limitatif de la rectitude politique ne permet plus que l’on critique l’immigration. Vous verrez une gauche américaine maladive déplorer, d’un côté, les conditions de la communauté afro-américaine, appuyer le mouvement Black Lives Matter et, de l’autre, supporter l’immigration. Comme disait Jacques-Bénigne Bossuet, « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes ».

Fédération des Québécois de souche
 

RÉFÉRENCES

Browne, A. (2002), Do We Need Mass Immigration : The economic, demographic, environmental, social and developmental arguments against large-scale net immigration to Britain – Second Edition, CIVITAS Institute for the Study of the Civil Society, 77 Great Peter Street, London,  ISBN 1-903 386-23-3, première édition disponible en ligne à l’adresse suivante : http://www.civitas.org.uk/content/files/cs23.pdf

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