L’apparition du café, thé, et chocolat en Nouvelle-France

0

Un luxe colonial!

Extraits du texte Chocolat, café, thé : petite histoire de ces boissons exotiques en Nouvelle-France

Parce qu’elles sont maintenant si communes sur nos tables, ces boissons chaudes que sont le chocolat, le café et le thé nous font oublier qu’il n’en fut pas toujours ainsi. En fait, leur accessibilité à toutes les couches de la société ne remonte qu’au XIXe siècle, bien qu’elles aient été connues en Europe plus de deux siècles auparavant. Mais elles n’étaient alors réservées qu’aux plus riches à cause de leur cherté. 

Le chocolat chaud

Le chocolat constitue la première boisson exotique introduite en Europe, et ce, depuis le Mexique. Les conquistadors, qui ravagent le pays des Aztèques au début du XVIe siècle en quête de trésors et d’or, découvrent aussi la fève de cacao si appréciée par les populations locales, qui s’en servent comme épice ou encore la transforme en un breuvage gras, amer et épicé. Le mot chocolat serait d’ailleurs une transcription phonétique du mot maya tchocoalt.

Le chocolat chaud est bien entendu consommé en Nouvelle-France, mais il semble qu’il n’ait été disponible chez les marchands qu’à partir des années 1700. Toutefois, les mentions de chocolatière, de gobelet ou de tasse à chocolat semblent absentes des documents anciens, notamment les inventaires après décès – il s’agit d’un document notarié où sont consignés tous les biens du défunt. Pehr Kalm, le botaniste suédois qui parcourt la colonie en 1749, note que les Français du Canada prennent assez souvent du chocolat, particulièrement au déjeuner.

Les contextes archéologiques, notamment à Place Royale à Québec et à Louisbourg, en Nouvelle-Écosse, nous ont livré quelques objets ayant pu avoir servi à la consommation du chocolat. Il s’agit de gobelets et de leurs soucoupes assorties. Quelques gobelets en porcelaine de Chine, avec leurs soucoupes, ont aussi été retrouvés. On pense avoir aussi reconnu des chocolatières à manche latéral en faïence et en terre cuite européennes, bien qu’il puisse aussi s’agir de cafetières ; l’absence de couvercle nous empêche de trancher la question ! Ces objets n’appartenaient toutefois qu’à l’élite marchande, militaire et politique.

Le café

Le café et le thé vont se répandre presque simultanément en Europe au XVIIe siècle. Certains pays, comme l’Angleterre, vont même connaître le café avant le chocolat, pourtant bien implanté en Espagne et dans ses possessions depuis le XVIe siècle.

Produit au Yémen et acheté à grand frais par les compagnies de commerce fondées au début du XVIIe siècle par les puissances européennes (Hollande, Angleterre et France), le café, du mot arabe qahwa, va demeurer une denrée rare et dispendieuse pendant plus de deux siècles. Le Yémen tenait d’ailleurs à conserver son monopole lucratif, les grains de café vendus étant grillés ou ébouillantés sur place pour qu’ils ne puissent germer ailleurs !

À l’instar du chocolat chaud, le café est bel et bien consommé en Nouvelle-France et il semble aussi n’avoir été disponible qu’à partir des années 1700. Les mentions de cafetière, de gobelet et de tasse à café avec leur soucoupe apparaissent dans les documents écrits postérieurs à 1710. Pehr Kalm, note que le café est le produit le plus prisé ici. Selon lui, la plupart des gens, et surtout les femmes, prennent du café le matin, au déjeuner, avec du lait. On le sert aussi le soir, après le souper. Mais il devait s’agir d’une pratique réservée à l’élite.

Les contextes archéologiques, notamment de Place Royale à Québec et de Louisbourg en Nouvelle-Écosse, nous ont livré plusieurs objets ayant pu servir à la consommation du café. Il s’agit de gobelets et tasses avec leurs soucoupes assorties, en faïence européenne. Quelques gobelets en porcelaine de Chine, avec leurs soucoupes, ont aussi été mis au jour. De plus, on a retrouvé quelques cafetières à manche latéral ou à anse arrière en faïence et en terre cuite européennes, mais aucune en métal ne semble avoir été répertoriée. Tous ces objets n’étaient utilisés que par l’élite marchande, militaire et politique.

Le thé

La distinction entre les thés vert et noir est typiquement occidentale et réfère en fait aux degrés de fermentation et aux procédées de fabrication. La différenciation faite par les Chinois repose avant tout sur la couleur de l’infusion, qui peut être blanche, verte, jaune ou rouge. Quoi qu'il en soit, tous les thés proviennent de la même plante, dont les feuilles peuvent être uniquement séchées (thés blancs et verts) ou encore séchées et fermentées (thés noirs). Par ailleurs, l’Europe ne connaîtra longtemps que les thés verts (60 sortes disponibles en 1770) ; mais elle finira par préférer les thés noirs à la fin du XVIIIe siècle. Et, à l’instar des Chinois depuis la dynastie Ming (1368-1644), les Européens prépareront le thé en infusion.

Même si les théières en faïence et en porcelaine sont parfois mentionnées dans les documents anciens à partir des années 1720, l’usage du thé ne semble pas tellement répandu en Nouvelle-France. Le botaniste suédois Pehr Kalm, en visite dans la colonie en 1749, n’en reçoit jamais et en conclut qu’il n’est pas en usage ici.
La réalité archéologique est quelque peu différente. Les petites tasses sans anse, que les spécialistes associent d’emblée à la consommation du thé, apparaissent, avec leurs soucoupes assorties, dans les collections, notamment à Place Royale à Québec. Quant aux théières, leur présence s’avère très rare dans les dépôts archéologiques. En définitive, l’usage de ces contenants (verseuses à manche latéral et anse verticale, gobelets ou tasses avec ou sans anse) et de leurs soucoupes assorties était-il aussi spécifique que les spécialistes ont tendance à le croire? Pas nécessairement. Il se peut qu’ils aient servi indistinctement à la consommation de tous ces breuvages chauds exotiques.

Les riches consommateurs du XVIIIe siècle établis en Nouvelle-France ont peut-être opté en premier lieu pour la qualité de la vaisselle disponible dans la colonie avant de rechercher des formes particulières et fait fi des usages spécifiques que nous associons maintenant à chaque forme. Car il ne faut pas oublier le contexte colonial dans lequel cette élite gravitait. Ces produits importés du Yémen (café) et d’Orient (thé, porcelaine) transitaient d’abord par la France, qui en avait le premier choix, avant d’être expédiés dans la colonie, et non sans avoir été fortement taxés. De plus, au XVIIIe siècle, Québec n’est plus ravitaillée directement depuis la France, les navires déchargeant leur cargaison à Louisbourg, en Nouvelle-Écosse. De là, des embarcations de plus petit tonnage transportaient à Québec biens et denrées non vendus, où ils étaient mis en vente. Puis le reste filait vers Montréal. Dans chaque ville, les consommateurs devaient se contenter de ce que les marchands avaient alors à leur offrir. Sinon, ils devaient attendre les cargaisons de l’année suivante !

Partager.

Donnez votre avis

Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.