Les certifications religieuses : Le business de la crédulité

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Notre porte-parole Rémi Tremblay, pour le quotidien français PRÉSENT

Dans cet essai percutant, son premier, Suzanne Bousquet soulève un coin du voile opaque qui recouvre la certification religieuse dans le domaine de la nourriture. Si après la lecture, quelques zones d’ombre demeurent étant donné le refus des organisations de certification à partager certaines données, ce que nous savons avec certitude est plus que troublant. D’entrée de jeu il faut le mentionner, Bousquet a le courage de ne pas tomber dans l’hypocrisie : elle aborde de front tant le halal que le kasher.

Au Québec, c’est plus de 80% du panier d’épicerie qui a reçu une estampe de certification religieuse et ce malgré que le fait que moins d’un pourcent de la population respecte les règles de la kasheroute, un chiffre qu’on estime similaire pour les adeptes rigoristes du halal. Contrairement à ce que la plupart des gens croient, ces certifications sont récentes : la certification kasher a moins de cent ans, et celle halal date de quelques dizaines d’années. Dans le premier cas, cela commença comme une simple technique de marketing qui aujourd’hui est devenue une véritable mine d’or pour les entreprises de certification dont le revenu annuel dépasse les 4 millions de dollars pour les plus importantes compagnies canadiennes. La certification musulmane s’est quant à elle imposée à une époque de radicalisation alors que l’Islam prenait une tournure intégriste. L’arrivée de cette certification en lien avec l’application de la charia participait donc à ce renouveau islamiste. Dans les dernières années, il fut d’ailleurs démontré que certaines entreprises canadiennes de certification halal finançaient des réseaux liés au Hamas et aux Frères Musulmans.

Ce n’est évidemment pas la demande populaire qui pousse les entreprises à rechercher une certification religieuse, mais dans bien des cas, la pression exercée par des chaines de distribution qui n’ouvrent leurs rayons qu’aux produits certifiés et ce même lorsque la certification n’a pas lieu d’être. Selon les dires du rabbin Tsvi Heben, nombre de produits comme les fruits congelés, les produits de nettoyage et détergents n’ont pas besoin de recevoir de certification pour être considérés comme kashers et pourtant, plusieurs entreprises paient des sommes parfois mirobolantes pour obtenir ce sceau pour ces dits produits. Nombre de mythes pseudo-scientifiques sont véhiculés pour justifier cet état des choses, mais ceux-ci résistent mal à une remise en question rationnelle, ce que Bousquet démontre justement dans son essai.

Il y a également la question de l’abattage rituel, un abattage sans étourdissement, qui serait illégal si une dérogation n’avait pas été obtenue. Les souffrances imposées aux animaux sont telles que nombre de pays ont tout simplement interdit cette façon de faire cruelle et non-éthique. Les consommateurs qui voudraient éviter de consommer une telle viande ne le peuvent pas : 80% de la viande abattue de façon rituelle se retrouve dans les épiceries sans étiquetage particulier.

Rémi Tremblay



 

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