Comprendre les tests génétiques; analyse de «23 and me»

2

Tests génétiques populaires : quelles sont nos origines?

Depuis quelques années, on observe l’apparition de tests génétiques à prix abordable. On y vante la possibilité de découvrir ses origines ethniques ou encore des liens de parenté avec divers cousins et parents, et on y propose aussi de découvrir ses prédispositions génétiques par rapport à certaines maladies. Curieux de voir les résultats, nous avons fait l’essai du test de génétique de la compagnie 23andme et avons analysé nos résultats ainsi que ceux de plusieurs Canadiens-français authentiques. Nous y avons découvert deux choses. La première est que la méthodologie d’analyse ne permet pas de retracer adéquatement les origines ethniques des Canadiens-français. La seconde et la plus importante est que l’ADN des Canadiens-français, sans métissage ou mélange, est aussi proche génétiquement de celui des Britanniques que de celui des Français.
 

Comment ça marche ?

Après avoir complété le paiement, une trousse de prélèvement d’échantillon de salive nous est envoyée par la poste. Nous n’avons qu’à prélever l’échantillon et à renvoyer la trousse pour que l’échantillon soit analysé en laboratoire. Lorsque les résultats sont disponibles, un courriel nous invitant à aller voir les résultats sur le site Web de 23andme nous est acheminé. La plateforme Web permet de se créer un profil par lequel nous pouvons discuter avec d’autres utilisateurs et partager nos résultats – c’est un peu comme un réseau social spécialisé.
 

Quels sont les fondements scientifiques ?

Dans le cas de 23andme, le test d’ADN consiste à analyser non pas l’ensemble de l’ADN, mais plutôt les SNP, single nucleotide polymorphism, de notre ADN. Un SNP consiste en l’absence ou la présence de la mutation d’un seul nucléotide, lettre de l’ADN, sur la position précise d’un chromosome. Les mutations qui nous intéressent sont d’origine ancestrale et chacune d’entre elles s’est produite chez un ancêtre qui l’a légué à ses descendants. Au total, le laboratoire analysera 610 526 SNP.

Les SNP sont ensuite traités par des outils de bio-informatiques. La compagnie 23andme s’est construit une base de données qui comprend les données de plusieurs individus provenant de 31 populations humaines distinctes (Finlandais, Coréen, Italien, etc).  La base de données leur a permis de construire un modèle mathématique qui permet de prédire l’origine ethnique des différents fragments de chromosomes que comporte notre ADN. Ainsi, nous pourrions voir par exemple sur notre chromosome #2 maternel des brins d’ADN scandinave, français et britannique, alors que le chromosome #2 paternel pourrait être totalement français d’origine.

Les données sont traitées en se basant sur « l’analyse des composantes principales », méthode connue des scientifiques et mathématiciens spécialisés en statistiques multivariées. Pour être en mesure de faire des prédictions fiables, le modèle mathématique doit au préalable avoir été calibré avec une banque de données. La qualité des données et la quantité de données auront un impact direct sur l’exactitude des prédictions.
 

Faiblesses de la technologie

La technologie possède quelques faiblesses. Premièrement, leur modèle est calibré par rapport à seulement 31 populations de références; ainsi, peu importe d’où viendront vos ancêtres, le modèle tentera d’associer vos brins d’ADN à une des 31 populations de référence. Donc si vous êtes en partie Italien, vous êtes chanceux, car c’est un peuple de référence. Par contre, si vous êtes en partie Grec, pas de chance, les Grecs ont été amalgamés avec d’autres peuples dans le groupe de référence « Balkans » (Grèce, Roumanie, Serbie, etc). On y mélange donc l’ADN hellénique avec l’ADN slave par exemple.

Deuxièmement, l’analyse est faite en fonction des peuples actuellement établis et non pas par rapport aux grands peuples qui ont eu une certaine mobilité historique et dont la répartition n’est pas contrainte sur des limites territoriales (exemple : peuple celte, germanique, scandinave, basque, latin, slave).  Par exemple, la France et l’Allemagne sont identifiées par un seul et même peuple « Allemand & Français » et nous savons très bien que la France est historiquement un mélange de peuples (une plus grande composante germanique au Nord et une plus grande composante celtique au sud).  Puis la force de prédiction des différents peuples est inégale en raison de la taille de l’échantillonnage permettant d’effectuer la calibration, qui est variable entre les différents peuples.   

Finalement, la quantité de données utilisées pour la calibration des peuples de référence est variable d’un peuple à l’autre. Chez la population français-allemand, le modèle est calibré avec 367 Allemands, 207 Néerlandais, 229 Français, 87 Suisses, 80 Belges, 54 Autrichiens. Chez la population Irlandais-Britannique, le modèle est calibré avec 870 individus du Royaume-Uni et 292 Irlandais.

Ainsi, le mélange des peuples allemand, autrichien, belge, français, néerlandais et suisse sous le même peuple de référence « Allemand & Français» combiné à un échantillonnage restreint donne des prédictions relativement faibles comparativement à ce que l’on observe chez les Britanniques. Pour la population « Allemand & Français », l’ADN est faussement associé à ce groupe 1 fois sur 5, (ce qui est quand même une bonne performance). Là où le bât blesse, c’est que seulement 8% de l’information génétique « Allemand & Français » est considérée dans l’analyse, ce qui fait qu’une bonne proportion de l’ADN restant se retrouve dans une composante appelée « Nord-Européens ». À l’inverse, le modèle est bien meilleur pour identifier l’ADN Irlandais/Britannique : il ne se trompe que 1 fois sur 10 et considère 40% de cet ADN. 

Ceci étant dit, les créateurs de cette technologie font probablement du mieux qu’ils peuvent avec les données qu’ils ont, puisque plusieurs contraintes rendent difficile l’acquisition de données de qualité.
 

Notre collecte de données

Dans l’objectif de voir à quoi ressembleraient les résultats pour l’ethnie canadienne-française, nous avons compilé les résultats de 29 sujets (15 hommes, 14 femmes) que nous avons identifiés comme étant probablement d’origine canadienne-française. Nous avons filtré les sujets comme suit : nom et prénom d’origine canadienne-française, noms de famille d’au moins quatre grands-parents à consonance canadienne-française, lieu de naissance situé sur le territoire historique des Canadiens-Français. Ensuite, nous avons invité les sujets à partager leurs résultats et nous avons compilé les résultats des sujets pour en tirer les faits saillants.
 

Résultats, analyses et explication

23andme associe 20 à 33 % de notre ADN au peuple « Irlandais & Britannique », 26 à 34% aux groupe « Généralement Nord-Européen » (le modèle n’est pas capable de classer cette portion de notre ADN précisément), 15 à 30% au groupe « Allemands & Français », 5 à 10% au groupe « Généralement Sud-Européens », 3 à 6% au groupe « Généralement Européen » et avec des traces non-négligeables d’ADN Ibérique, Italien, Scandinave et Amérindien. Au total, notre ADN serait de 98.7 à 100% Européen. Aussi, nous aurions 2.6 à 3.0% d’ADN néandertaliens; la version la plus répandue de notre chromosome Y serait l’haplotype R1b1b2a1 et ses dérivés (11 hommes sur 15); l’ADN mitochondrial le plus populaire est l’haplotype H et ses dérivés (18 individus sur 29) dont principale le type H (6 individus) et le H1 (4 individus). Nous avons pris soin de compiler les résultats et de les présenter sous forme de proximité génétique dans la figure suivante.

 

Doit-on en conclure que nous sommes des Britanniques? Absolument pas. Les études sérieuses sur notre généalogie démontrent que nous sommes à 95% originaires de la France (Véniza et al., 2005). Dans un article que nous avons écrit antérieurement (FQS, 2017), l’hérédité québécoise telle que présentée par les chercheurs québécois y est décrite précisément. Ce que nous devons savoir, c’est que le bagage génétique de nos ancêtres est probablement très différent du bagage génétique des Français de souche de la France actuels. Le peuple québécois descend de 5 000 à 10 000 ancêtres provenant majoritairement du nord et de l’ouest de la France. La figure suivante tirée du travail de la chercheuse Hélène Vézina présente l’origine de nos ancêtres féminins.

Les peuples du nord de la France étaient probablement à l’époque très proches génétiquement des peuples des îles Britanniques. Les peuples du nord de la France de l’époque ont tiré leurs racines dans les peuples celtiques et germaniques (Francs) avec une petite dose scandinave en raison des invasions vikings. Et très similairement, les peuples britanniques tirent leurs racines des Celtes (qui sont probablement passés par la France avant de finir leur route en Angleterre) et des Germaniques (Angle et Saxon) et ont eux aussi été envahis par les Vikings.  De plus, la France de l’époque était probablement très hétérogène génétiquement, probablement très celtique au centre, très germanique à l’est et ibérique et latin au sud. Ainsi, il ne serait pas étonnant de constater une certaine proximité génétique entre les Britanniques et les Canadiens-français.  Ainsi, le peuple canadien-français serait génétiquement entre le groupe « Irlandais & Britanniques » et le groupe « Allemands  & Français ». Un argument de plus pour dire que nous sommes un peuple distinct; un argument de plus pour dire que la race canadienne-française, pour emprunter les mots de Lionel Groulx, est une race distincte.

FQS
Pour la Reconquête de notre peuple



Références


Vézina et al. (2005). Origines et contribution génétiques des fondatrices et fondateurs de la population québécoise, Cahier québécois de démographie, 34,2 : 235-258

FQS (2017), Origines et contributions génétiques des fondateurs de la population québécoise — Compte rendu de lecture,  Texte de la FQS, 7 février 2017, http://quebecoisdesouche.info/origines-et-contributions-genetiques-des-fondateurs-compte-rendu-de-lecture/

Partager.

2 commentaires

  1. On attend toujours les arguments et les chiffres scientifiques de la gauche multiculturelle pour nier notre existence comme peuple.

  2. Intéressant. Peut-on considérer nos ancêtres anglais. Il y a eu plusieurs centaines d’Américaines enlevées autour des années 1700 (p. ex: à Deerfield au Mass, il y eu l’enlèvement de Sarah (Madeleine) Allen qui devenue adulte est l’ancètre d’une bonne branche des Lalonde, de même , elevée dans le Maine, près de Portland, l’ancêtre des Paquette, Katherine Stevens .

Donnez votre avis

Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.