Compte-rendu : Conférence du Père Henri Boulad

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Père Boulad : à la défense de notre identité et de notre héritage culturel

Le 29 juin dernier, nous organisions, en partenariat et à la demande de la Légion Nationale, une conférence du Père Henri Boulad, avec Robert Madore en introduction et le très célèbre André Drouin en conclusion. Plus d'une cinquantaine de personnes s'étaient déplacées pour y assister. Le père Boulad est jésuite et directeur du Collège de la Sainte-Famille des Jésuites du Caire. Entendre sa parole est en soi un plaisir; elle possède ce ton qui évoque la mesure et la sagesse. Le thème de la conférence, d’autant plus intéressant, abordait un sujet qui nous est cher : la défense de notre identité et de notre héritage culturel.

Qu’est-ce qu’une identité ?

_MG_8049D'entrée de jeu, le père admet être d'identités multiples. Égyptien dont la famille est venue de la Syrie, mais ayant des origines grecques et né d'une mère italienne, il pose cette question de l'identité: qui suis-je? Tout cela, bien sûr. Nous sommes des êtres en devenir qui se font de la nourriture tirée de l'expérience du monde.L'identité est une question moderne puisqu’avant, elle ne se posait pas. Nous vivions dans un moyen-âge, où tout allait de soi sous l'autorité d'une église omnipuissante et où le questionnement était impossible et superflu. Cela prit fin pour le Québec avec les années soixante. Ce qui avait précédé est révolu à jamais, les technologies des transports et des communications en firent ainsi.Un organisme se fait de ce qu'il absorbe et de ce qu'il n'absorbe pas, affirma l'homme d'Église en mettant de l'emphase sur la seconde proposition. Si l'ajout se fait en harmonie, cela nous enrichira. Si cela nous est imposé et que nous sentons un malaise, alors cela ne va pas. Sous-entendu : ce métissage nous est imposé et c'est bien vrai.

 

Les diverses révolutions de l’église

 Autrefois, l'homme se croyait le centre du monde. Coppernick lui enleva son illusion ; le Soleil est au centre, la Terre tourne autour de lui. Mais Pascal lui redonna sa centralité : l'Univers nous entoure et nous submerge et c’est par l'intelligence que nous le comprenons. Puis Darwin vint à nouveau nous rabattre au sol : nous descendrions du singe. Nous ne sommes pas à l'image de Dieu.

Heureusement, Teilhard de Chardin vint nous sauver. L'homme serait bien le centre et se doit d’être le centre du monde. Mais avec ce philosophe, nous plongeons dans un projet de fraternité totalitaire à première vue. Nous avons vu comment Vatican II faisait de l'homme le Dieu. Père Boulad est favorable à cette grande réforme des années soixante et elle n'est pas allée assez loin selon lui. Il en faudrait une autre, un Vatican III, car Jésus n'a pas voulu fonder une religion, mais affirmer l'homme. Le Christianisme serait un humanisme…

Le Père Boulad cite Teilhard de Chardin comme un de ses maîtres à penser. Nous ne sommes pas experts sur le teillardisme mais il est toujours intéressant de connaître les influences d’un conférencier. L’abbé Dominique Bourmaud, professeur de séminaire, enseignant la philosophie et la théologie, nous éclaire quelque peu sur le sujet avec sa description du teilhardisme:

L’homme fait Dieu à son image: Dieu est la créature de l’homme; il est l’homme qui prend conscience de lui-même. Tout est contenu dans l’homme qui, par évolution progressive, devient «Dieu» par ses propres forces. La religion où l’homme s’auto-divinise et s’adore lui-même est le rejet du péché originel et le refus du Sauveur. Nous sommes au cœur de l’hérésie moderniste.

– Cent ans de modernisme, Généalogie du concile Vatican II, Clovis, Étampes, 2003, p. 269

C’est d’ailleurs ce que semble penser également le Saint-Office de Rome, qui prononça durant le monitum en 1962 le texte suivant sur le teilhardisme :

Indépendamment du jugement porté sur ce qui relève des sciences positives, en matières de philosophie et de théologie, il apparaît clairement que les œuvres ci-dessus rappelées fourmillent de telles ambiguïtés et même d'erreurs si graves qu'elles offensent la doctrine catholique.

Aussi les EEm. et RRv Pères de la Sacrée Congrégation du Saint-Office exhortent tous les Ordinaires et Supérieurs d'Instituts religieux, les Recteurs de Séminaires et les Présidents d'Université à défendre les esprits, particulièrement ceux des jeunes, contre les dangers des ouvrages du P. Teilhard de Chardin et de ses disciples.

Voilà le programme spirituel. Père Boulad ne l'a pas dit explicitement, mais cette réforme n'est-elle pas nécessaire pour lutter contre ce qui menace notre monde présentement? De notre côté, nous nous risquons plutôt à penser que ce sont ces réformes qui sont en partie responsables de ces maux.

Lire notre article : Le concile Vatican II: Une révolution tranquille dans l'Église

La préservation de l’Occident face au choc des civilisations

Politiquement incorrect, il affirme l'être et il l'est. L'islam est conquérant, ose-t-il nous dire avec conviction. L'islamiste est persuadé d'avoir raison, il a la vérité. Jamais la religion du croissant ne s'est assimilée nulle part. Elle absorbe plutôt différents peuples et les enferme dans un système culturel. Toute personne qui cherche à en sortir doit mourir. Boulad évoqua l'ouvrage de Samuel Huttington, Le choc des civilisations. Cette terminologie est revendiquée.

Il y eut le Coran de La Mecque, puis les préceptes de Médine. Les uns étaient tolérants, mais les autres étaient guerriers et belliqueux – ce sont eux qui prévalurent. La décision est prise et arrêtée : c'est l'islam de Médine qui domine.

Aussi, la tolérance béate de l'Occident accommodant le fait réagir avec force, celle considérable de son savoir et de son expérience, éclairées par ses 86 ans. Il croit qu'au nom de la tolérance, nous faisons entrer l'intolérance. Une fois conquis, nous serons persécutés et il en sera fait de l'héritage judéo-chrétien, fait de questionnement perpétuel.

Lors de la période de questions justement, un fervent de l'interculturalisme affirma qu'il croyait aux échanges et à la vertu de la tolérance. Père Boulad eut cette réponse : « Se parler est un dialogue. Le dialogue est dialectique. Thèse, antithèse, synthèse. Celle-ci à l'origine d'une nouvelle thèse, qui trouvera son antithèse, nouveau couple à l'origine d'une nouvelle synthèse. Esprit tout occidental contraire à l'esprit de l'islam. »

Que faire? Voilà la question qui l'exaspère. S'organiser. Parler ou écouter une conférence ne suffit pas.

D'autres moments consacrés à l'assistance furent mouvementés

L'une des premières à s'exprimer évoqua la croisade de certains(es) pour éliminer le catholicisme chrétien. Elle y alla d'un crescendo où elle dit souhaiter mourir pour préserver son identité chrétienne et canadienne-française. C'était un cri du cœur qui jeta un certain malaise sur l'assistance. Elle évoqua aussi la mort d'une proche parente, au centre d'accueil ou en milieu hospitalier, qui dut recevoir des soins, dans les derniers moments de sa vie, de gens qui n'étaient pas de sa race. Ceci lui valut la réprobation sonore d'antiracistes de bon aloi dans la salle. Nombreux sont aussi ceux qui ont compris son message, car son allocution fut acclamée avant que le Père Boulad ne puisse reprendre la parole.

Bien sûr, elle nous donna tous des sueurs froides, mais son propos, nous devons l'appuyer au moins en partie.

C'est la nature biologique de l'homme qui est complètement évacuée par la pensée libérale occidentale, cette réalité dont Jared Taylor nous entretint la veille. Pour le rationalisme crasse de la bureaucratie issue de la Révolution tranquille, l'homme est – ou s'il ne l'est pas déjà, doit être – une unité rationnelle pensante. Il peut être alors traité comme un élément rationalisable dans une gestion administrative rationnelle elle aussi. Mourant, voilà la liste de ses besoins. Qu'importe la couleur de la peau des personnes qui administrent ces services. S'en préoccuper relève de la bigoterie, un embarras à la bonne marche d'un processus rationnel dans la logique libérale.

Aux États-Unis, des personnes se voient refuser le droit de choisir leur obstétricien en fonction de sa race, au nom de la lutte au racisme. Une femme blanche sera donc accouchée par un médecin noir ou arabe et ne devra pas s'en offusquer.

L'acte de mettre au monde est intimement lié à la perpétuation d'une race et le désir d'être assisté par des gens de la communauté génétique de l'enfant à naître est instinctif, mais condamné par la modernité libérale d'aujourd'hui.

Il en va de même de la mort. Un individu vécut en tant que membre de sa communauté. Il meurt ainsi. Être livré dans un état de dépendance à des gens qui ne sont pas de cette communauté est une violation intolérable des sentiments les plus sacrés et intimes.

Père Boulad affirma être sensible aux souffrances de cette dame – heureusement. Mais si pour Jared Taylor, c'est la race qu'il faut préserver, pour l'ecclésiastique, c'est plutôt l'héritage judéo-chrétien, comme il l'appelle. Doit-on se soucier des œuvres de l'homme ou de l'homme en soi, avec sa capacité à engendrer ces œuvres?

Nous croyons, avec le fondateur d'American Renaissance, que c'est la seconde préoccupation qui doit être la vraie. C'est l'héritage biologique qui prime sur l'héritage culturel. Le premier est à l’origine du deuxième et si celui-ci périt, alors l’héritage culturel suivra.

Laïcité et accommodements, à quel prix ?

_MG_8063André Drouin eut le mot de la fin. Adversaire de l'islam, il est un exemple de ceux qui agissent. Sa solution est une application stricte de la laïcité, autant pour les catholiques. Car sinon, en accordant aux uns, il faudra aussi accorder aux autres. Pas d'accommodements pour personne, voilà sa solution.

Il posa cette question: dire une prière au conseil municipal, est-ce que ça nous fera payer moins d'impôt ?

Et ne plus la dire, va-t-on en payer moins? Nous aimons André Drouin, que nous saluons comme un véritable défenseur national. Mais nous avons accordé le prix du Québécois de souche au maire de Saguenay Jean Tremblay. Aussi y a-t-il un problème.

Ce mépris de ce qui n'est pas laïc et d'une logique strictement matérialiste et administrative, n'est-ce pas ce rationalisme crasse dont nous parlions plus haut?

Nous pourrions aussi poser une question d'une logique brutale. De 1608 à 1960, nous étions sous le règne de l'Église catholique et notre peuple passa de quelque 2 500-3 000 colons à une population de 6 000 000. De 1960 à maintenant, il suffit de deux générations et demie de ce règne laïc de la Révolution tranquille pour qu’il en soit fait de notre nation. Dans trente ans, nous serons minoritaires et il ne suffira que de quelques générations pour n'être plus rien, réduits à néant.

Père Boulad donna la définition du Dalaï-Lama de ce que doit être une bonne religion: elle doit améliorer l'homme. Peut-on trouver quelque chose de mieux, demanda-t-il, question suivie d'un silence.

Eh bien, nous croyons avoir mieux. Comme E. O. Wilson, nous croyons que la meilleure religion est celle qui permet le mieux à ses adeptes de survivre, d'augmenter leur nombre, de diffuser leurs gènes tout en améliorant l’homme. La religion catholique a fait un excellent travail de 1608 à 1960.

Mais le laïcisme de la Révolution tranquille, que nous tenons pour religieux tellement ses défenseurs en sont fervents, ne préservera pas notre peuple. C'est une mauvaise religion.*

Il nous fait toujours plaisir de tendre la main à d'autres pour organiser des conférences et des événements qui alimenteront le débat et la réflexion du peuple québécois malgré certaines divergences d'opinion.

Le Père Boulad sait certainement mettre le doigt sur la blessure, notamment en ce qui concerne l'islam.

Aussi, il a profondément raison lorsqu'il incite les Québécois à former de petits comités qui pourront se rencontrer et s'organiser. Par un lobbying bien organisé, comme le font les autres, les Québécois arriveront à changer des choses. L'heure est définitivement à l'unité et à l'entraide pour établir une résistance digne de ce nom.

F.Q.S.
Pour la préservation de notre peuple

*Si laïcité il doit avoir en ces temps de chaos identitaire dû à l’immigration massive, celle-ci doit se faire dans le respect de notre héritage catholique. Les Québécois ont l’impression de devoir se mettre à plat ventre pour montrer l’exemple, alors que la majorité sait que les communautés ethniques et religieuses, de plus en plus nombreuses, ne feront jamais de même. Se mettre en position de vulnérabilité en espérant la clémence des autres n’est pas selon nous une démarche souhaitable. Le peuple québécois doit apprendre à s’assumer pleinement de manière décomplexée et, alors, il sera respecté. La tradition n’est pas et ne sera jamais un accommodement. La majorité ne s’accommode pas d'elle-même, sinon c’est l’hôte qui modifie ses habitudes pour l’invité.

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