Compte-rendu du lancement de Génération nationale

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Le flirt du nationalisme conservateur

À propos du livre La dénationalisation tranquille, nous avons dit souhaiter "(…) que l'ouvrage de Mathieu Bock-Côté ait l'impact maximal dans le discours public québécois".

Eh bien ! Voilà le mouvement Génération nationale. Vendredi le 18 janvier se tenait une conférence au siège de la Société Saint-Jean-Baptiste, la très belle maison Ludger Duvernay. Nous y étions, avec nos sympathisants, une dizaine. C'est peut-être que les choses ne vont jamais assez loin, mais nos commentaires sur la pensée du jeune auteur et sociologue, présent hier soir, évoquaient certaines lacunes. Bien que nous soyons favorables à plusieurs points soulevés lors de cet événement, ce sont elles qui doivent être encore déplorées dans l'approche idéologique de ce nouveau regroupement « nationaliste ».

De nombreuses personnalités ont pu y être vues : Jean-Martin Aussant d'Option nationale, Éric Bédard, Louise Mailloux, André Drouin, Sylvain Marcoux du Ralliement national, Michel Lepage du Parti indépendantiste. La plus grande vedette, Bernard Landry, prononça quelques mots improvisés avec le talent d'orateur que nous lui connaissons. Nous y reviendrons bientôt.

La cause du Québec, en introduction, nous est présentée comme ayant à la base un sentiment existentiel. Mais présentement, la jeune génération est désabusée par les élites politiques. Il faut relancer la cause de l'indépendance et prendre un nouveau départ. On ne parle pas de l'urgence en raison du déclin démographique et de l'immigration. Génération nationale est dans la continuité de l'œuvre de René Lévesque. Bernard Landry en témoignait d'ailleurs par sa présence et sa prestation.

Un Québec ouvert, pluriethnique mais non-multiculturel

Il affirma avec emphase que la nation n'est pas une race. "Maka Kotto c'est mon frère", dira-t-il. Ce même Maka Kotto auquel Bock-Coté reprocha d’ailleurs d’avoir accusé Mario Dumont de « lepeniste » pour avoir questionné les taux d’immigration(1). Comme exemple, Bernard Landry dira que les Français n'ont pas demandé à être annexés à l'Allemagne si la politique de Merkel leur plaisait mieux que celle de Sarkozy. Landry qualifie Sarkozy de "plus français encore que les Français" (en substance) et ajoute que le fait que ses grands-parents ne soient pas majoritairement français ajoute à son admiration – que nous nous permettons de juger malavisée. Il n’est pas sans rappeler non plus le discours de Sarkozy incitant les Français de souche au métissage(2), une xénophilie omniprésente chez nos élites québécoises comme en France.

Cette vision semble partagée par le groupement Génération nationale. On affirme que le Québec doit être pluriethnique, mais pas multiculturel. On dénonce cette invention de l'ère Trudeau, dont les immigrants seraient les premières victimes, car il encourage la ghettoïsation. La majorité historique du Québec doit être une référence culturelle et identitaire pour définir la nation et les "nouveaux Québécois" devront s’y faire. On semble y oublier qu’une nation multiethnique devient pourtant inévitablement multiculturelle une fois les minorités devenues majoritaires – comme c’est le cas actuellement à Montréal. C’est une simple logique démographique. De même, la ghettoïsation ne se forme pas par idéologie mais par le rassemblement d’un grand nombre d’immigrants sur un territoire donné. L’immigrant n’est pas un disque dur que l’on formate lorsqu’il arrive au Québec et à qui l’on peut retirer son identité et sa langue antérieure pour lui en donner une nouvelle. Car ce qui s’applique pour le Québécois de souche s’applique aussi pour l’immigrant. En ce sens nous croyons être plus près de l’immigrant que Génération nationale.

Ce thème sera l'un des plus importants et la candidate défaite du Parti Québécois à Trois-Rivières, Djemilah Benhabib, servira à le souligner. Elle parla de son attachement à la nation québécoise et du devoir des immigrants de savoir que le Québec n'est pas une page blanche. Ces commentaires emportèrent d'enthousiasme une assistance où très peu de ces immigrants étaient par ailleurs représentés. Ce qui nous paraît étrange, c’est que Djemilah Benhabib a pourtant déclaré l’été dernier vouloir faire page blanche du patrimoine catholique au Québec(3). Monsieur Landry a admis lui-même qu'il n'avait convaincu qu'un néo-Québécois sur dix de se rallier à la cause nationale, mais n'en demeure pas moins convaincu que la nation n'a rien d’ethnique. Cette même absence des autres communautés ethniques avait pourtant été remarquée lors du dernier vote référendaire, alors que le vote était majoritaire pour ceux de la nation historique. Une vérité qui n’est pas bonne à dire.

Un autre thème important sera d'éviter la division. C'est plutôt la gauche ici qui fut attaquée. La nation n'est pas communauté de valeurs et de tendances politiques, mais une entité ancrée dans l'historique. Aussi la souveraineté doit être faite en soi, pour parachever la nation; elle choisit ensuite d'élire à gauche ou à droite.

Un Mathieu Bock-Côté, très en verve comme d'habitude, très apprécié et applaudi aussi, adressa sa désapprobation de ce qu'il nomma le nationalisme conditionnel de Québec solidaire. L'indépendance à condition que ce soit dans le socialisme. Il déplora aussi l'exclusion par la gauche, dans le mouvement souverainiste, des éléments moins socialistes et plus fondés sur la tradition historique. Se montrer trop gentils, c'est faire du nationalisme de "calinours" et finalement ne jamais être respectés, imagea le pamphlétaire au grand plaisir de l’assistance.

Génération nationale fait quand même un pas à droite du PQ en dénonçant à la fois la gauche tolérante du renoncement de soi et la droite libertarienne, individualiste, qui rejette la dimension collective.

Les intérêts des autres ou des nôtres?

Il y a une dérive particulière pour des « nationalistes identitaires », qui semble unir les différents éléments de Génération nationale : le support inconditionnel au sionisme et à Israël.

Comme nous l’avions fait remarquer dans notre article précédent, Mathieu Bock-Côté a voyagé en Israël tout bonnement aux frais du lobby qu'est le Centre consultatif des relations juives et israéliennes(4). Bien qu’elle ne semble plus faire partie de l’équipe, nous avions aussi fait remarquer la différence démesurée entre la quantité d’activisme pro-Israël comparé à la très maigre implication pour la question nationale de la directrice des communications de Génération nationale, Esther Benfredj(5). Nous observons aussi la proximité entre le président de Génération nationale, Simon-Pierre Savard-Tremblay, et Richard Marceau, par sa participation dans le lancement du livre de ce dernier, Juif : une histoire québécoise(6). Richard Marceau est un ancien député du Bloc Québécois converti au judaïsme qui travaille actuellement comme avocat pour le Centre consultatif des relations juives et israéliennes. La présence de Bernard Landry à cette soirée ne nous semble pas non plus anodine puisqu’il a de nombreuses fois courtisé la communauté juive et ses lobbies(7), au point de devenir secrétaire exécutif du Comité ouvrier juif des droits de l’homme(8). Djemila Benhabib ferme la boucle avec des positions qui servent très bien l'agenda néoconservateur, étant l'auteure de livres centrés uniquement sur la menace islamique – que nous reconnaissons également, bien entendu.

Génération nationale tente de prendre ses distances avec le conservatisme digne d’Harper. Leurs positions face à la communauté juive et Israël nous semble pourtant digne d’un bon petit bleu canadien. Est-il possible au Québec d’être simplement nationaliste et prendre à cœur les intérêts du Québec? Sans verser vers la gauche accommodante, la droite libertarienne, et cette fois-ci, vers le néo-conservatisme sioniste flirtant avec des lobbies servant des intérêts étrangers et communautaire? Rester libres et défendre nos intérêts, voilà ce que la FQS tente de faire.

Pour revenir à la conférence…

Les premières lignes d’Option Québec ont été lues par le président lors de son allocution. Ces mots, nous pouvons les reproduire: "Ce que cela veut dire d’abord et avant tout, et au besoin exclusivement, c’est que nous sommes attachés à ce seul coin du monde où nous puissions être pleinement nous-mêmes, ce Québec qui, nous le sentons bien, est le seul endroit où il nous soit possible d’être vraiment chez nous." Un sentiment existentiel donc.

Suite à cela, monsieur Simon-Pierre Savard-Tremblay vanta l'immigrant qui choisit le Québec, le jugeant plus admirable que le natif qui y est né; une xénophilie encore une fois palpable.

Dans une optique d'attachement à la nation historique, Génération nationale s'oppose à la réforme scolaire et son approche par compétences perçues comme sans rapport avec la communauté enracinée. L'éducation doit au contraire permettre la continuité, la transmission de connaissances et l'identité nécessaire à la vie communautaire.

Ils veulent une vraie laïcité et une séparation de l'Église et de l'État, en respectant l'héritage de la nation majoritaire. Ce principe fut l'un des plus chaudement appréciés. Le renforcement de la loi 101 est aussi à l'ordre des priorités.

Dans un élan, peut-être improvisé mais surtout peu adroit, le président de Génération nationale affirma que Djemila Benhabib avait fait de notre passé le sien. Ceci nous apparaît absurde. Cette nation-jeu-de-l'esprit nous semble artificielle et se contente d'une admiration béate pour les symboles. Bernard Landry, le compagnon de ce René Lévesque, à propos duquel nous nous permettons d'être circonspects à la FQS, exprima son souhait que le fleur-de-lysé flotte le long de l'east river, c'est-à-dire devant l'ONU. Le même Bernard Landry qui appuya également une monnaie unique nord-américaine, perte d'autonomie économique considérable pour les états-nations(9). Beaucoup d'emphase est donnée sur le formel, l'apparence ayant préséance sur le contenu. L'arrêt ou encore la réduction de l'immigration, ce qui change le vrai visage de la nation, ne semble pas faire partie du programme du mouvement.

L'être humain satisfait les besoins de son estomac avant les besoins de son esprit. Les immigrants sont très largement à la recherche d'opportunités économiques, très peu culturelles. Il faut leur vote pour l'indépendance et convaincre ces gens d'adhérer à une nation dominée tient de l'utopie. Il faudrait l'indépendance pour les convaincre, mais il faut les convaincre pour l'indépendance. Arrêtons l'immigration, il n'y a pas à s'en sortir.

Pour la préservation de notre peuple
F.Q.S.


1 http://www.vigile.net/Reconstruction-multiculturelle-de
2http://www.youtube.com/watch?v=UCs4ZcsDo4E
3http://www.ledevoir.com/politique/quebec/356852/benhabib-veut-debattre-du-crucifix-a-quebec 4http://blogues.journaldemontreal.com/bock-cote/general/la-complexite-disrael-2/
5http://www.terrepromise.net/archives/5247
6http://www.cerji.ca/activites/causerie-avec-richard-marceau-universite-de-montreal/
7http://archives.vigile.net/01-5/landry-juifs.html
8http://www.assnat.qc.ca/fr/deputes/landry-bernard-3937/biographie.htm
9http://www.argent.canoe.ca/infos/quebec/archives/2007/11/20071109-160512.html

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