Compte-rendu: Conférence du CCIQ avec Sylvain Marcoux

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La conférence de Sylvain Marcoux, auteur du livre Pour un ralliement canadien-français, fut un franc succès. Remercions les organisateurs, qui en étaient encore à leurs premières armes en la matière,et surtout le conférencier. C'est un point de vue important et nouveau dans le contexte actuel qu'il a livré à un public attentif d’une quarantaine de personnes.

L'auteur de l'ouvrage «Pour un ralliement national canadien-français» est soudeur de métier, ce qui est au départ des plus engageant. Les artisans du pétrin où nous nous trouvons, les Gérald Godin, Jacques Godbout, Claude Morin, René Lévesque et ceux qui les inspirèrent, étaient eux des lettrés, tournés vers le monde académique des sciences humaines, si corrompus comme nous le savons. Son érudition et la profondeur de ses recherches se manifesta dans l'exposé de nos origines ethniques. Relatant nos origines du Vieux Continent, l'histoire des Francs et des Normands, celle de la langue française, le caractère guerrier de nos ancêtres et leur résistance face aux envahisseurs anglais et hollandais, il dressa les bases de son argument en faveur d'une réappropriation de l'identité canadienne-française, voire canadienne tout court.

Qui sommes-nous, d'où venons-nous? Voilà des interrogations importantes pour un nationaliste. Des gens venus de France, de la Normandie en particulier. Un peuple ayant fait la conquête des Îles britanniques en 1066 et étant sans doute à l'origine de la démocratie parlementaire qui leur est associée. Installé ici pour bâtir un empire commerçant la fourrure, nous avons fondé une nation qui s'appela Canada. Aussi, «canadien» ne désigne-t-il légitimement que les Québécois de souche, les Canadiens-français si l'on préfère, l'adjectif « français » de cette dernière dénomination n'apportant rien. Il ne devint nécessaire qu'avec la création d'une identité canadienne réunissant à la fois les Anglais et les Français dans un pays qui devait garder le nom de Canada. Il s'agit d'une spoliation identitaire.

C'est à partir des années 60 que le nom «québécois» fut promu par les gens d'une revue nommée Parti pris, dont faisait partie Gérald Godin, un marxiste avoué. Il s'agissait de fonder une identité littéraire de la nation par la création d'une littérature nationale. Ils voulaient surtout chasser l'influence de l'Église et remplacer le langage traditionnel, chargé de respect pour l'autorité reconnue par le peuple, par un langage soi-disant critique, apanage de cette caste éduquée prenant le pouvoir avec la Révolution tranquille. Ces gens, tournés vers une internationale littéraire comme les ultramontains qu'ils fustigent, étaient tournés vers Rome, nous coupant ainsi de nos racines paysannes, de notre histoire. Avant 1960, la Grande Noirceur, la honte dont nous devons être lavés.

Sylvain Marcoux souleva un point qui eut son effet lorsqu'il évoqua les 200 miliciens morts, sans doute à la bataille de Saint-Denis, en 1837. Ce n'est pas leur faire honneur que de renier l'identité qu'ils défendaient, car si les Papineau et cie étaient attachés avant tout aux idées républicaines, les cultivateurs s'engagèrent dans le combat pour affirmer leurs droits en tant que Canadiens-français face aux Anglais.

bb1539a7c06aadc77a828b310cf3b653En plus de cette question des Patriotes, que de territoires et de durées furent couverts. La question indienne fut mentionnée, toujours avec franchise et honnêteté, apportant des informations en contradiction avec les mythes véhiculées à tort à travers. Comment les Indiens du Québec sont les mieux traités et souvent des réfugiés des autres provinces et des États-Unis. La présence viking remontant à 1500 ans, venant mitiger ce portrait nous présentant comme des envahisseurs récents auteurs de génocides. Était absentes cependant les informations relatives à la présence européenne au paléolithique, comme les découvertes sur la diffusion de la culture de Clovis aussi loin qu'il y a 20 000 ans tendent à le démontrer.

Le conférencier soutient l'action d'un mécanisme psychologique à la création de la nation. Celui qui adhère à la culture et l'aime de manière plus ou moins exclusive est Canadien-français. Il serait injuste de refuser l'indulgence à quiconque veut répondre à la question «Qu'est-ce qu'une nation?». Sa complexité et le caractère à la fois vital, conflictuel, concret mais impalpable à maints égards, en font une épreuve intellectuelle très débattue. Ainsi à la question venue de l'assistance à savoir si la petite Chinoise adoptée à 6 mois par une famille d'ici est canadienne-française, la réponse fut un oui sans hésitation.

Voyons voir. Faisons une analogie avec le lien parental. Les familles adoptives auront toujours l'habitude d'affirmer aimer leur enfant adopté autant que leurs enfants biologiques qu'elles ont ou qu'elles auraient. Soit. Mais il est très difficile d'admettre malgré tout que l'attachement parental est sans rapport avec le lien génétique des parents et des enfants biologiques. De la même façon, ce n'est pas parce que des individus n'ayant aucun lien de parenté biologique avec le peuple fondateur du Québec parlent et s'identifient à la nation québécoise (reste à voir si dans leur for intérieur il n'y a pas une inclination à les faire se sentir différents) que la dimension biologique doit être complètement niée pour expliquer le sentiment d'appartenance aux collectivités. Ce serait aller à l'encontre de la nature humaine. Mais nous savons combien notre époque se complait à promouvoir ce qui est contre-nature.

Ainsi, d'accord pour ne pas faire de cas d'individus rencontrés à l'occasion qui viennent de l'autre bout du monde, mais il faut que cela demeure exceptionnel, sinon il est évident que le caractère même de notre peuple sera changé au point de ne plus se reconnaître, ni même peut-être d'agir de façon cohérente. Nous ajoutons également que quelqu'un peut être «canadien-français de culture» sans être canadien-français. C'est une réalité, évidente, qui est visible, mais que nous n'osons plus affirmer par peur de blesser ou d'exclure. Pourtant cette réalité n'est pas plus insultante et n'exclut pas plus la personne concernée que de dire à un homme qu’il n'est pas une femme.

L'approche de Sylvain Marcoux tend à isoler le Québec de l'ensemble occidental, et mondial même, alors que notre sort ressemble de plus en plus à celui des autres nations blanches. «Nommez un autre peuple qui changea de nom comme nous», demande-t-il, excluant l'exemple américain puisqu'étant une «nation civique». Le peuple fondateur des États-Unis, nommons les WASPs, adopta lui aussi volontairement une nouvelle appellation. L'identité américaine l'emporta dans une perspective universaliste, prenant sans doute pour acquis que la «race originelle» continuerait de prédominer.

Les colons de la Nouvelle-France n'abandonnèrent-ils pas une identité française pour inventer l'identité canadienne que les Canadiens-anglais acquièrent après 1867, mettant en veilleuse leur anglicitude et leur attachement à la couronne britannique? Les Gaulois n'abandonnèrent-ils pas leur identité et croyances celtes pour le «francisme» chrétien?

Une autre avenue possible se profile. Une sorte d'existentialisme, ce qui est ressenti là maintenant et qui nous profite fera l'affaire au contraire d'une approche trop strictement dictée par l'étude de l'histoire.

Entre les deux approches, nous choisirons de ne pas choisir – peut-être un juste milieu sera la formule gagnante.

La dernière partie de la conférence fut sans doute la plus intéressante. L’auteur fustigea les politiques d’immigration en mentionnant l’excellent ouvrage le Remède imaginaire et en survolant le rôle de Gérald Godin, un péquiste qui fut le premier des ministres de l’Immigration au Québec. Godin est à l’origine de la plupart des politiques gouvernementales québécoises qui suivront en matière d’intégration et de relations interculturelles ,et avoua dans une entrevue avec Victor Teboul en 1981 que, pour lui, le Québec est composé de « 80 nations », que la « raison d'être de (son) ministère c'est d'encourager le maintien des cultures d'origine de ces communautés » et que la différence entre le multiculturalisme canadien et les politiques péquistes, c’est « qu’au lieu de fournir uniquement des subventions annuelles aux organismes existants, nous aurons en plus un programme qui nous permettra d'équiper les communautés en institutions, en centres communautaires, en musées éventuellement et en bibliothèques. Nous pourrons répondre à des besoins d'équipement qui vont assurer justement la survivance de ces spécificités ». Il continue plus loin en parlant de l’intégration pour le Parti québécois : « Ça consiste à franciser. Nous ne voulons pas du melting-pot, nous voulons que les communautés au Québec gardent leurs spécificités tout en jouant un rôle de plus en plus grand au sein de la communauté dans son ensemble. »

Autrement dit, le Parti québécois n’a jamais eu l’intention d’intégrer ses immigrants, au contraire!

En conclusion, ce fut une conférence réussie pour une première édition, en espérant entendre Sylvain Marcoux dans l’avenir. La conférence sera disponible prochainement en format vidéo.

F.Q.S.
Pour la préservation de notre peuple!

La conférence en totalité:

PARTIE 1: de Clovis à la conquête

PARTIE 2: de la conquête à la naissance du Canada moderne

PARTIE 3: La trahison du Parti Québécois et l'immigration

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