Confessions d’un anti-féministe

0

Les éditions Counter-Currents viennent de publier Confessions of an Anti-Feminist, une autobiographie du très atypique romancier britannique Anthony Ludovici, décédé en 1971. Il ne s’agit pas ici d’une réédition, mais bien d’une œuvre posthume, dont deux seuls manuscrits existaient et dont un de ces manuscrits se retrouva dans les mains de Nick Griffin, leader du BNP, et puis finalement chez Counter-Currents. 

Bien que son œuvre littéraire composée tant d’essais que de romans fut relativement féconde, peu de lecteurs francophones connaissent cet auteur anglais pourtant moitié français de par sa mère. Si l’on aime lire l’autobiographie de personnalités dont nous connaissons une partie de l’œuvre, dans ce cas-ci, inutile d’avoir ce genre de scrupules, ce livre saura intéresser ceux qui sont familiers avec Ludovici ou ceux qui ne le connaitraient pas. 

L’homme comme tel a de quoi susciter l’intérêt : secrétaire du célèbre sculpteur Auguste Renoir, traducteur de Nietzsche, critique d’art et auteur respecté, ami du célèbre penseur catholique G. K. Chesterton, il rencontra les hauts dirigeants du Troisième Reich et fut membre du Right Club du Capitaine Ramsay, ce qui le plaça sur la liste des sujets potentiellement suspects durant la Seconde Guerre mondiale. Cette expérience lui donne un angle unique pour observer son époque l’évolution de la société, un évolution qui suivit une courbe exponentielle de par la rapidité des changements engrangés au siècle dernier.

Ludovici ne fut jamais un adepte du Troisième Reich, malgré des rumeurs mal intentionnées circulant à une époque. Il fut, il faut le dire, la cible de nombreuses critiques sa vie durant, préférant aller à contre-courant en défendant ses idées plutôt que de bêler avec les moutons en adoptant l’air du temps, souvent empreinte d’hypocrisie. 

Ce fut avant tout un Nietzschéen, diamétralement opposé au christianisme et à la démocratie, croyant en une aristocratie dans laquelle une caste supérieure en qualité et valeurs aurait gouverné. Il ne défendait pas ici la noblesse britannique comme certains ne l’ayant visiblement jamais lu l’affirmèrent, mais une aristocratie qui aurait éjecté les profiteurs et ceux n’ayant pas ou plus la valeur requise par leur rôle. Ce système offre une alternative à la démocratie, à laquelle il ne croit pas et qui mène inévitablement « à l’anarchie, au chaos et au déclin national ». 

Avec son franc parler, il déclare que dans une démocratie, à moins que celle-ci ne soit composée par des saints, tout le monde ne recherche que son intérêt personnel. « Pour être un démocrate convaincu, il faut soit être assez malhonnête intellectuellement parlant pour se faire une idée erronée de soi, ou être tellement incompétent en psychologique qu’il se méprend sur ce qu’il voit quand il scrute sa personnalité et celle de ses compatriotes. » La démocratie, c’est chacun pour soi !

Dans ses confessions, Ludovici nous livre évidemment la trame de sa vie, mais aussi de nombreuses réflexions visant à dissiper un certain brouillard entourant sa pensée politique et visant à rétablir certains malentendus sur son œuvre. Durant sa vie, la critique envers lui fut acerbe et trop de gens, se fiant à ce qu’on disait de l’homme et son labeur se gardèrent bien d’aller vérifier par eux-mêmes de quoi il retournait exactement. Il ne fait pas ici de mea culpa et affirme en conclusion de son ouvrage, avant quelques réflexions sur le futur sombre qui nous attend :

« Je préfère être connu par la postérité en tant qu’écrivain ayant eu une vision juste et prophétique plutôt qu’en tant que serviteur de son époque et homme de main du philistinisme qui aurait acquis une gloire éphémère en suivant la ligne des conventions tracées par ses contemporains les moins éclairés. »

Effectivement, s’il ne fut pas acclamé de son vivant, de nombreuses analyses se sont montrées particulièrement justes.

La première des idées phares de Ludovici est que la décadence de notre société, prise au sens large, se reflète d’abord et avant tout par le manque d’honnêteté de celle-ci et le peu d’importance attribuée à la vérité. Près d’un demi-siècle plus tard, que peut-on ajouter à ce constat, sinon qu’il est d’autant plus vrai aujourd’hui. La rectitude politique repose d’ailleurs sur le fait que toute vérité n’est pas bonne à dire, qu’il vaut mieux tenter de bien s’entendre en évitant d’énoncer des propos qui bien que véridiques pourraient choquer ou « offenser » certains. Une société qui méprise ainsi la vérité ne peut régler ces problèmes qu’elle refuse de nommer, la première étape de la guérison commence toujours par nommer le problème.

Observateur de la société qui l’entoure et de laquelle il semble parfois étranger, tel un oiseau la survolant, il assiste à un changement dans la morale où ce qui était bon est devenu mauvais et vice versa. C’est pour lui la preuve qu’il n’y a pas de morale sociale définitive, qu’elle change continuellement. Par exemple, il note que l’immigration est devenue quelque chose de positif. Que dire de notre époque, où l’on ne parle que de quotas ; ce n’est plus seulement bien, c’est devenu essentiel. Et il serait possible d’ajouter pour prouver le fait que la morale d’une société change constamment qu’il est de bon ton aujourd’hui de regarder le passé en le jugeant selon les critères moraux qui prévalent actuellement.

La première conclusion qu’il tire du fait que le concept de bien et de mal change continuellement, et c’est la plus importante pour quiconque est engagé dans une lutte métapolitique, est que la société n’a pas de morale fixe dans le temps, que les notions de bien et de mal relèvent d’une époque et peuvent changer. Oui, la morale peut changer rapidement et ce qui est bon aujourd’hui pourrait devenir répréhensible demain. A nous d’orienter ce changement.

Ses positions sur l’eugénisme et sur l’importance du choix éclairé et raisonné d’une compagne ou même à propos de l’influence juive sur le culte du matérialisme et de ce fait une « vulgarisation » de la société ont certes soulevé des vagues, mais jamais autant que ses positions sur le féminisme, qu’il pourfendit sa vie durant.

Tout d’abord, il n’est pas ce que de nombreux critiques l’ont accusé d’être : « d’haïr le féminisme n’est pas synonyme d’haïr les femmes ». Il n’est point misogyne, mais au contraire philogyne. D’ailleurs, ce sont sa sœur Lily et sa mère qui ont joué un rôle prépondérant dans son éducation et ses années de formation. Par la suite, les amitiés les plus loyales furent celles de femmes et il entretint un mariage harmonieux. Son antiféminisme ne se base ni sur la haine, ni sur la frustration, mais relève d’une analyse qui se base principalement sur la psychologie.

Tout d’abord et c’était à l’époque un truisme que de le dire, les différences entre femmes et hommes sont innées, tant au point de vue physiologique que psychologique. Les femmes ont des traits qui sont bien à elles et auraient gardé davantage de caractéristiques de l’enfant que l’homme, dont un des aspects est que le plaisir prime sur le principe de réalité. Il ajoute également qu’elles manquent de rigueur et de constance, l’émotion l’emportant souvent sur le reste.

De ce fait, le féminisme et de facto la féminisation de la société qui en découlent mènent au chaos. Son équation est simple, peut-être trop, il y a plus de délinquance juvénile, car moins de discipline virile à la maison. Cet état de fait est dû à la transition du patriarcat vers le matriarcat. Il reprend aussi l’exemple offert par Aristote qui expliquait la chute de Sparte par l’influence croissante des femmes. 

Faut-il blâmer les femmes pour le féminisme et sa lente domination ? Ludovici s’y refuse, c’est le manque de virilité et le recul des hommes qu’il faut blâmer. Quand les pères redeviendront des pères et assumeront leur autorité paternelle au sein de la famille et quand les hommes rétabliront la virilité comme une vertu, alors le féminisme reculera.

Anthony M. Ludovici, The confessions of an anti-feminist, Counter-Currents, 2018, 352 p.

Partager.

Donnez votre avis