Critical years in immigration; Canada and Australia compared – Freda Hawkins

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9780773508521Freda Hawkins fit paraître en 1989 un ouvrage sur les politiques d'immigration en Australie et au Canada intitulé « Critical years in immigration: Canada and Australia compared ». Nous avons lu sa seconde édition parue en 1991.

L'auteur a fait partie de la haute fonction publique et a conduit une recherche de plusieurs années, interviewant tous les ministres responsables ayant touché au dossier durant l'époque couverte.

Bien que l'auteur soit pro-immigrationiste et d'idéologie libérale, il s'agit d'un livre instructif même pour ceux qui sont critiques face au changement démographique forcé que nous subissons. Il rappelle l'enchaînement d'événements et de décisions politiques qui menèrent aux politiques de frontières ouvertes.

En un siècle, les deux pays, appartenant à deux hémisphères différents, mais partageant une occidentalité et, de ce fait, de nombreux points communs, passèrent d'un contexte politique restrictif en matière d'immigration à une mentalité libérale qui n'accorde plus rien au sentiment nativiste.

À partir de 1963 pour le Canada et 1973 pour l'Australie, la logique suivie était universaliste et le sentiment populaire a été contourné pour imposer des lois lourdes de conséquences sur le plan démographique.

Au Canada, la politique d'immigration au début visait simplement à remplir les territoires de l'Ouest et c'est surtout dans ces régions que deux millions d'immigrants de Grande-Bretagne, des États-Unis et d'Europe allèrent s'établir de 1896 à 1914. Une campagne de presse a été menée à l'époque chez le voisin du Sud. L'auteur commente:

"American farmers and others who responded to these blandishments were warmly welcomed in Canada and with the exception of one group given every assistance. American negroes were not welcome and were not encouraged to come; and, although no law was passed to exclude them, careful administrative procedures ensured that their applications would be rejected."

"Les fermiers américains et autres qui répondirent à ces appels étaient accueillis chaleureusement au Canada et, à l'exception d'un seul groupe, ils recevaient toute l'assistance désirée. Les Noirs américains n'étaient pas bienvenus et n'étaient pas encouragés à venir; et, bien qu'aucune loi n'avait été passée pour les exclure, des procédures administratives minutieuses assuraient que leurs demandes seraient rejetées."

Permettons-nous de faire remarquer qu'au moment de mettre en oeuvre la politique du multiculturalisme pour de bon, à la fin des années 70, notre odieux passé de colonialistes et de ségrégationnistes nous était constamment rappelé. Malgré tout, le caractère raciste, systématique et structuré de nos lois est rarement élaboré de nos jours dans nos médias, qui préfèrent nous inventer un passé cosmopolite, voire multiculturel. Pourtant, au Canada comme en Australie, la première moitié du 20ème siècle a été dominée par la "White Australia policy" (WAP) et son pendant canadien, qui lui empruntait tout sauf l'appellation.

"In Canada, in a national sense, these early origins and indeed the whole lengthy episode of White Canada is often down played, or clothed in discreet slilence, or simply not extrapolated from its historical context. In Australia, however, this is not the case. There, White Australia has been a public policy in the plainest sense of the term." p8

"Au Canada, au niveau national, ces temps reculés et en fait, ce long épisode du "Canada blanc", est souvent minimisé, ou passé sous silence, ou simplement laissé à son contexte historique. En Australie, cependant, ce n'est pas le cas. La "White Australia" a été une politique officielle dans tout le sens du terme." p.8

L'hostilité contre l'immigration non-blanche dans les deux pays visait au début les Chinois, que les ruées vers l'or de l'époque avaient attirés. Ces lois restrictives furent promulguées vers 1888 en Australie et raffermies en 1901, début véritable de cette politique. Les Australiens voulaient un pays blanc et britannique. Ces lois ne furent répudiées qu'en 1973.

Au Canada, aucune législation n'osa se montrer ouvertement restrictive. Le climat nordique et rigoureux était souvent la raison évoquée pour interdire l'entrée d'immigrants jugés indésirables. L'arrivée de Sicks du Penjab à Vancouver de 1906 à 1907 produisit des émeutes avec destruction de propriété dans le Chinatown. Mackenzie King fit alors cette déclaration:

"It was clearly recognised with regard of emigration from India to Canada, that the native of India is not a person suited to this country, that, accustomed as many of them are to the conditions of a tropical climate, and possessing manners and customs so unlike those of our own people, their inability to readily adapt themselves to surroundings entirerly different could not do other than entail a mount of privation and suffering which render a discoutinuance of such immigration most desirable in the interests of the Indians themselves." p18

"Il a été clairement admis au sujet de l'immigration de l'Inde vers le Canada que les habitants de l'Inde ne sont pas des personnes adaptées à ce pays, que, habitués comme nombre d'entre eux aux conditions d'un climat tropical et possédant des manières et des coutumes si différentes des nôtres, leur difficulté à s'adapter rapidement à l'environnement complètement différent ne pourrait mener qu'à des privations et des souffrances rendant l'interruption d'une telle immigration souhaitable dans l'intérêt des Indiens eux-mêmes." p.18

Il est intéressant de noter pour notre part que, alors que le racisme de l'Allemagne est abondamment souligné pour louer la victoire alliée (Freda Hawkins parle de la Seconde Guerre mondiale comme étant une guerre juste), ces alliés, pour la plupart, avaient eux-mêmes des lois très similaires à celles de Nuremberg. Les mariages interraciaux étaient interdits par la loi aux États-Unis et plusieurs États, incluant la Californie, favorisaient l'eugénisme, dont la pratique faisait stériliser les faibles d'esprit. L'Australie et le Canada eux, cherchaient fermement à demeurer blancs.

Si le Canada eut tendance à suivre l'Australie lors de l'élaboration de ces législations, c'est l'Australie qui imitera le Canada lorsque fut venu le temps de les abolir. Le gouvernement de John Diefenbaker, pourtant conservateur, est celui qui abandonna la politique du Canada blanc en 1962, 11 ans avant l'Australie. Tous les politiciens supportaient cette politique raciste ainsi que le public. Ce fut l'oeuvre de la haute fonction publique, fait remarquer l'auteur.

Ce dernier croit que l'opinion générale au pays était que le fruit des efforts accomplis par les peuples fondateurs ne devaient pas être partagés:

"The idea that other peoples, who had taken no part in these pioneering efforts, might simply arrive in large numbers to exploit important local ressources, or to take advantage of these earlier settlement efforts, was anathema." p23

"L'idée que d'autres peuples, qui n'avaient pas pris part à ces efforts de pionniers, devaient simplement arriver en grand nombre pour exploiter d'importantes ressources locales, ou prendre avantage de ces efforts de peuplement précédents, recevait l'anathème." p.23

Ne devraient-ils pas en être encore ainsi aujourd'hui, ajoutons-nous ?

À ces motivations, l'auteur y ajoute aussi l'importance de l'identité britannique, la fierté et l'admiration pour la Pax britannica et son succès associé à un peuple homogène. Enfin, la nordicité avait sa place dans l'opinion, pour qui les pays du Sud sont indolents et corrompus, le Nord étant libre et énergique.

L'entre-deux-guerres fut hostile à l'immigration. Le carnage de la Première Guerre mondiale rendit les gens méfiants face à la démocratie. La crise de 1929 fut dévastatrice, particulièrement pour les Prairies touchées par des sécheresses passées dans les annales.

L'auteur établit 1945 comme une date charnière. Le développement économique et technologique a été prodigieux. Les changements culturels et politiques les accompagnèrent. Freda Hawkins salue le retrait des sociétés "repliées sur elles-mêmes" et l'émergence de sociétés mieux gouvernées, plus responsables et humaines (sic) et tournées vers le monde.

Diefenbaker, élu en 1957, amorcera donc les grands changements. Ayant promis une politique d'immigration vigoureuse, rien ne se produisit au début. Mais sa ministre de la Citoyenneté et de l'Immigration, Ellen Fairclough, et son député ministre, Dr. George Davidson, décidèrent d'introduire une nouvelle régulation pour éliminer toute forme de discrimination basée sur la race ou la religion. Cette loi fut passée en 1962.

L'auteur souligne:

"This very important policy change was made not as a result of parliamentary or popular demand, but beacause some senior officials in Canada, inclusing Dr. Davidson, rightly saw that Canada could not operate effectively within the United Nations, or in the multiracial Commonwealth, with the millstone of a racially discriminatory immigration policy round her neck. Apart from all other considerations, this decision undoudbtedly prove beneficial for Canada's international image and effectiveness during the 1960s, when empires were ending and so many new independant states where being created." p39

"Ce très important changement politique à été fait non pas à la demande populaire ou du Parlement, mais parce que des officiels au Canada, incluant Dr. Davidson, voyaient avec raison que le Canada ne pourrait pas agir avec efficacité à l'intérieur des Nations Unies, ou dans le Commonwealth multiracial, avec le boulet d'une politique racialement discriminatoire à son pied. À l'exception de toute autre considération, cette décision s'avéra avantageuse sans l'ombre d'un doute pour l'image internationale du Canada et son efficacité durant les années soixante, alors que les empires prenaient fin et de si nombreux États étaient créés." p.39

Mais Davidson eut peur d'une arrivée massive d'immigrants des Indes, aussi la législation conservait-elle une clause limitant la parenté que les immigrants non-Européens pouvaient faire admettre avec eux. Nous pouvons soupçonner que ce personnage recherchait les bénéfices, accolades et louanges (et la belle carrière à l'ONU qu'il allait décrocher comme nous le confie l'auteur) que pouvait lui apporter ce mépris des sentiments populaires en faveur d'une distinction idéologique élitiste, malgré qu'une petite voix se faisait entendre en lui, trahissant un sentiment nativiste sous le vernis libéral.

C'est en 1967 que fut abolie cette dernière restriction.

Il se passa peu de chose jusqu'en 1972. Puis, les hommes politiques Robert Andras et Alan Gotlieb seront les instigateurs de la nouvelle loi sur l'immigration, qui culminera en 1976. L'origine d'aucun de ces deux hommes ne les relie à l'un ou l'autre des deux peuples fondateurs. Le premier à ses racines au Portugal, le second est d'origine israélite.

1974 sera déclarée par l'ONU « Année de la population mondiale » et la décennie des années 70 sera celle qui verra l'explosion du phénomène des réfugiés. En automne 1972, 4 500 immigrants arrivèrent à l'aéroport de Toronto en une seule fin de semaine. Il s'agit d'une situation de crise et la couverture médiatique a été importante, baignée d'humanisme et de compassion pour la souffrance de ces gens. Andras procèdera à ce qui sera appelé l'Ajustement de statut, un programme qui durera du 15 août au 15 octobre 1973, qui ressemble en tout point à une amnistie. 60% des 39 000 personnes qui obtinrent une révision de statut étaient illégaux.

Ce contexte pousse le gouvernement et son ministre responsable vers une refonte de ses politiques d'immigration. On décide de produire un Livre vert en vue de consultations publiques. Selon madame Hawkins, le sujet est perçu comme étant chaud et devant être traité rapidement, l'opinion populaire devant être guidée plutôt que suivie:

"The Green Paper and the national debate which was planned to follow it were seen much less as a way of seeking information and guidance from the Canadian public on immigraiton policy, than as a mean of educating the provinces and public on the critical decisions in immigration and population which would have to be made in Canada in the very near future. The brisk timetable, limited ressources devoted to the production of the Green Paper, the restricted concept of what a national debate on the subject should involve, all reflect this approach." p52-53

"Le Livre vert et le débat national qui devait suivre étaient vus beaucoup moins comme une façon de chercher de l'information et des balises à suivre auprès du public canadien sur la question des politiques d'immigration qu'une manière d'éduquer les provinces et le public sur les décisions critiques en immigration et peuplement qui serait faite au Canada dans l'avenir très proche. L'échéancier restreint, la limitation des ressources consacrées à la production du Livre Vert, la conception étriquée de ce qu'un débat national sur le sujet devrait représenter, tout cela reflète cette approche." p.52-53

Il sera présenté en février 1975, constitué d'un historique et de statistiques. L'auteur n'est pas très affable à propos de cette publication qui ne sera pas mieux reçue dans les médias. Son ton est qualifié de pessimiste, prétentieux et "peut-être raciste". Aucun passage n'est cité pour que nous puissions juger par nous-mêmes dans CYII. Notons que, généralement, tout ce qui ne va pas dans le sens d'une attitude libérale par rapport à l'immigration est également dépourvu de qualités intellectuelles pour Freda Hawkins.

Pour mener la consultation publique prévue par le ministère, il fut créé le Special Joint Commitee.

Leur travail mènera à la nouvelle loi sur l'immigration de 1976, saluée, elle, par l'auteur. Mais on ne peut pas dire que la démocratie fut bien servie. Cet accroc à nos moeurs politiques n'embarrasse aucunement l'académicienne.

Selon deux travailleurs, Dobell et d'Aquino:

"The Marxist-Leninist Commitee Against Racism (formed by the Communist Party of Canada (Marxist-Leninist), popularity called "Maoist") and several other allied or sympathetic groups, set out to dominate or abort a number of meeting through disruptive tactics, such as shouting, chanting, heckling witnesses they did not agree with and in one case completely drowning out another group's presentation." They did this despite being offered the opportunity to come forward and express their views from the witness table. Perhaps the most damaging aspect of these interventions was the claim made by the groups, without any authority, that they were the true spokesmen for Third World immigrants and the newer ethnic groups from Asia and the Caribbean. In fact, as Dobell and D'Aquino point out, "…with very few exceptions, the Marxist-Leninist groups were composed of young, middle-class white Canadians. A major focus of their attacks was that the Green Paper was a racist document and promoted racism." p.58

"Le Comité marxiste-léniniste contre le racisme (formé par le Parti Communiste du Canada (Marxiste-léniniste) appelé aussi Maoïste) et plusieurs autres groupes alliés ou sympathiques ont déterminé de dominer et de faire échouer un nombre de rencontres par le biais de tactiques de chahutage, par des cris, des chants, l'interruption des intervenants avec lesquels ils n'étaient pas d'accord et dans un cas, en ruinant complètement la présentation d'un autre groupe. Ils le firent en dépit de l'offre de venir à la table pour exprimer leur point de vue. Peut-être l'aspect le plus dommageable de leurs interventions était leur prétention, sans la moindre autorité, d'être les vrais porte-paroles des immigrants du Tiers-monde et des groupes ethniques nouvellement arrivés de l'Asie et des Caraïbes. En fait, comme Dobell et D'Aquino le font remarquer, "…sauf de rares exceptions, les groupes marxistes-léninistes étaient composés de jeunes Canadiens de la classe moyenne blanche. Une cible importante de leurs attaques était le Livre vert, qu'ils disaient raciste et faisant la promotion du racisme." p.58

Le comité se fit accuser de ne pas avoir rejoint les Canadiens ordinaires.

"They had reached national organizations, ethnic groups, voluntary agencies, and individuals who were already concerned with immigration and had views and proposals which they wished to present." p. 59 "O'Connell (Martin O'Connell, co-président du comité) noted also that the Commitee lost a lot of time through the irresponsible activites of the Marxist-Leninist "stage army" which attended almost every meeting and antagonized everyone." p59

"Ils avaient rejoint les organisations nationales, les groupes ethniques, les agences de bénévoles et les individus qui étaient déjà concernés par l'immigration et avaient des points de vue et des propositions qu'ils désiraient présenter." p.59 "O'Connell (Martin O'Connell, co-président du comité) nota aussi que le Comité perdit beaucoup de temps à cause des activités irresponsables des marxistes-léninistes et leur armée de démonstrations qui se présenta à pratiquement toutes les assemblées et s'attirèrent l'hostilité de tous." p.59

Cependant, l'auteur à ce "bon mot" à propos du Comité:

"They turned their backs very firmly on racist mail and presentations, of which they were some, and on irrational anti-immigration briefs." p59

"Ils tournèrent le dos résolument au courrier et présentations racistes, parmi lesquelles il y en avait quelques-unes, et aux ressentiments anti-immigration irrationnels." p.59

Ainsi, le sort de notre nation s'est joué, peut-être pour toujours, sur cette escroquerie, où l'élite politique et intellectuelle a méprisé de bout en bout le citoyen ordinaire. La tactique gauchiste de violence et d'intimidation a pu, elle, fonctionner à plein.

De ce processus l'auteur dit encore:

"Looking back on this national debate on immigration and population which lasted for six months at most, it can be said now that is was a very effective one-time consultation with the immigration world, and with those Canadian institutions and organizations to whom immigration is an important matter. It did not reach "the average Canadian" for one simple reason: because the Minister and Cabinet did not trust the average Canadian to respond in a positive way on this issue, and thought this would create more trouble than it was worth." p.63

"Avec le recul, nous pouvons dire de ce débat sur l'immigration et le peuplement, qui dura au plus 6 mois, qu'il a été une consultation unique, finale et efficace du monde de l'immigration et des institutions canadiennes et des organisations pour lesquelles l'immigration est importante. Il n'a pas rejoint "le Canadien moyen" pour une simple raison: parce que le ministre et le Cabinet ne croyaient pas le Canadien moyen capable de répondre d'une manière positive sur cette question et jugeaient que cela créerait plus de problèmes qu'il n'en valait la peine." p.63

Le comité, essentiellement, recommanda le maintien de l'immigration. Cela mènera à la loi de 1976.

Elle est décrite ainsi par Bud Cullen, le nouveau ministre:

"The Act explicitly affirms, for the first time, the fundamental objectives of Canadian immigration law: family reunion, non-discrimination, concern for refugees and the promotion of Canada's demographic, economic, social and cultural goals. It removes eniqualities in the present law; it provides a modern flexible framework for the future developement of immigration policy, and it makes future immigration levels a matter for open decision and public announcement in advance by government." "One of its two prime movers, Alan Gotlieb, described it to the author as "a beautiful piece of work -logical, well-constructed, liberal, and workable." p70

"La loi affirme explicitement, pour la première fois, les objectifs fondamentaux de la loi canadienne sur l'immigration: la réunion familiale, la non-discrimination, la prise en compte des réfugiés et la promotion des objectifs canadiens en démographie, économie, ainsi que sociaux et culturels. Elle abolit les iniquités de la loi présente; elle fournit un outil de travail moderne et flexible pour le développement des politiques futures d'immigration."

L'auteur ajoute ce commentaire:

"One of its two prime movers, Alan Gotlieb, described it to the author as "a beautiful piece of work – logical, well-constructed, liberal, and workable." p.70.

"L'un de ses deux principaux maîtres d’œuvre, Alan Gotlieb, la décrivit à l'auteur comme "un magnifique ouvrage – logique, bien construit, libéral et pratique." p.70

Parmi les buts énoncés de cette politique, on y retrouve l'enrichissement culturel. Dans son libellé, elle définit l'entrée au Canada comme un privilège et non pas un droit. Il s'agit d'une concession au sentiment nativiste; mais l'entrée au Canada ressemblera plus à un droit qu'à un privilège dans la pratique, devons-nous ajouter.

Autre avancée de l'esprit libéral, tous les cas d'immigration ont des recours pour aller en appel d'une décision d'expulsion. C'est à l'immigration que nous devons aussi la création du SCRS (Service canadien du renseignement de sécurité) et du CSARS (Comité de surveillance des activités de renseignement de sécurité) pour surveiller les immigrants qui seraient une menace à la sécurité de l'État. Ce sont ces mêmes organisations qui menacent les natifs comme nous de poursuites judiciaires pour crime haineux si nous nous montrons trop critiques envers l'immigration et le multiculturalisme.

L'histoire de l'immigration en Australie ressemble beaucoup à celle du Canada, avec quelques différences intéressantes. L'isolement de l'Australie au milieu de nations de races complètement différentes et son origine plus populaire expliquent peut-être ces divergences, nous sommes-nous permis de suggérer.

L'Australie soutint sa politique de l'Australie blanche comme nous l'avons vu. C'est principalement pour une question d'image que la discrimination raciale institutionnalisée a été remise en question au début des années 70. Ce fut l'oeuvre du gouvernement travailliste de Gough Whitlam, qui remportera les élections de 1972 avec son parti, l'Australian Labor Party (ALP). L'ALP était le parti de gauche dans un système bipartite où son adversaire était le Parti libéral d'Australie. Parti des travailleurs et du peuple, il avait été le plus fervent défenseur de la WAP. Cependant, un curieux retournement s'était produit par l'effet de l'évolution de la pensée libérale dans nos sociétés. Le parti de gauche devint le défenseur des minorités et des peuples de couleur et les adversaires de la société traditionnelle, alors que les Libéraux, parti de l'establishment historiquement peu enclin à respecter le sentiment populaire, devint l'élément mitigatif de l'empressement de la gauche à détruire l'identité traditionnelle de la nation. Mais une fois de retour au pouvoir, en 1975, le Parti libéral appuiera l'ouverture des frontières et la WAP ne fut pas rappelée.

Gough Whitlam était passionné de relations internationales, intéressé par l'image de l'Australie, peu par les problèmes techniques de l'immigration, nous révèle l'auteur de CYII. Il se complaisait dans les discours contre le racisme. Peter Wilenski, conseiller de Whitlam, déclara à l'auteur:

"Great damage was done to Australia and to their image in the international community, particularly among Third World countries, by this continued adherence to what was seen as a concept of racial superiority. Mr. Whitlam was right to move swiftly to correct the situation." p.103

"Un grand tort a été fait à l'Autralie et à son image dans la communauté internationale, particulièrement auprès des pays du Tiers-monde, par cette adhérence à ce qui était perçu comme un concept de supériorité raciale. M. Whitlam était justifié d'agir promptement pour corriger la situation." p.103

Lorsque l'ALP inclut une clause contre la discrimination dans son programme, Dr A. J. Forbes, ministre de l'Immigration dans le gouvernement de McMahon (1971-72), celui-là qui avait fait valoir sa souveraineté et maintenu la WAP face aux pressions de la Grande-Bretagne, prédit que si leur adversaire était élu, il y aurait escalade dans l'acceptation d'immigrants non-blancs. En fait, l'immigration fut réduite durant les 3 ans du règne Whitlam. Hawkins remarque:

"This approach was used in a very explicit way to sell the ending to the White Australia policy to the party's hard-liners, and to reassure them that, if the ALP was elected in the forthcoming federal election, there would be non inrush of Asian or other migrants to take jobs away from Australian." p.100

"Cette approche fut utilisée de façon explicite pour vendre la fin de la politique de l'Australie blanche aux membres de la ligne dure dans le parti, et leur assurer que si l'ALP était élu dans la prochaine élection fédérale, il n'y aurait pas irruption d'immigrants asiatiques ou autres pour voler les emplois aux Australiens." p.100

Ce sera les Libéraux qui finalement augmenteront les niveaux d'immigrations à leur retour au pouvoir. Le déclin de la fertilité des Australiens sera évoqué pour le justifier en 1976.

Ce pays de l'hémisphère Sud ayant tant de ressemblances avec le nôtre s'engagea lui aussi dans la production d'un Livre vert en vue de consultations publiques. Pro-immigrationniste, il plut énormément à l'auteur qui vante l'approche mieux informée et scientifique de l'Australie. Malgré des efforts plus marqués pour faire participer la population, les résultats à ce chapitre auront été décevants comme au Canada:

"Neither government attempted to involve the young in this critical debate on future population size, through special programs for schools or for universities and colleges; nor was any serious attempt made to reach a wider public through the media. It is fair to say that, despite the importance of the issues under discussion, the whole debate in Canada and Australia was notable of the caution and desire not to go too fare which characterizes government's relations with the public in this field. The result was limited public involvement." p.129

"Aucun des deux gouvernements tenta de faire participer la jeunesse dans le débat sur la population du futur, que ce soit par des programmes spéciaux à l'école ou dans les universités et les collèges; ni aucune tentative sérieuse n'a été faite pour atteindre le grand public par les médias. Il est juste de dire que, malgré l'importance des enjeux discutés, tout le débat au Canada et en Australie a été remarquable pour son désir de ne pas aller trop loin, ce qui caractérise les relations gouvernementales avec le public dans ce domaine. Le résultat a été une participation limitée du public." p.129

Notons qu'au début, la définition de l'ONU pour les réfugiés était strictement liée à ceux de la Seconde Guerre mondiale. Cette définition a dû être changée justement avec les années 70. Notons encore que le phénomène des réfugiés a suivi très exactement l'ouverture des frontières aux États-Unis, avec l'Immigration Act de 1965, la fin de la WAP en Australie en 1973 et la fin de la discrimination raciale en matière d'immigration au Canada de 1963 et 1967.

Il y eût les Asiatiques qui refusaient de renoncer à leur citoyenneté britannique en Ouganda, chassés par Adi Amin Dada. Il y eut les Chiliens après la prise de pouvoir de Pinochet, que le gouvernement Trudeau accueillit avec réticence, sans tambours ni trompettes, pour ne pas indisposer les États-Unis. Il y eût les boat people, causés par la guerre du Vietnam, puis la crise du Liban entre 1976 et 1979.

Freda Hawkins nous rappelle:

"Canada and Australia have been among the countries that have made the largest per capita contributions to international refugee aid agencies. They also lead the world in the number of refugees admitted from all regions during the post-war period compared with the size of their populations." p.182

"Le Canada et l'Australie ont été parmi les pays qui ont fait la plus large contribution par habitant aux agences internationales pour les réfugiés. Ils mènent aussi le monde dans le nombre de réfugiés admis de toutes les régions durant la période d'après-guerre en proportion de la dimension de leur population." p.182

Le Canada introduisit en octobre 1971 le concept du multiculturalisme. L'auteur le décrit comme un phénomène purement politique, inventé pour favoriser les relations entre les partis et les communautés. Il ne vient pas de la base, il est artificiel et doit être financé.

Il contient en lui-même une contradiction. Né de l'idéologie libérale, qui refuse les particularismes et veut faire de tous les citoyens des égaux, le multiculturalisme tend justement à renforcir l'identité des groupes minoritaires.

Le Parti libéral voulait des votes et faire suite à la Commission royale d'enquête sur le bilinguisme. Certains, nous apprend CYII, croyaient que l'instant était mal choisi, la Crise d'octobre étant toute fraîche. Il était donc admis dans les milieux fédéralistes que le multiculturalisme était un coup porté au nationalisme québécois, devons-nous ajouter.

L'Australie aussi adopta le multiculturalisme, imitant ainsi le Canada avec lequel sa haute fonction publique échangeait d'ailleurs abondamment sur les questions de l'immigration.

Il ne fallait pas s'attendre à un renversement des politiques lorsque Brian Mulroney fut élu en 1984. Il avait mis une emphase considérable durant la campagne sur le multiculturalisme, le désignant comme le fondement de la société, son essence même. Sous son règne, des mesures de discriminations positives ont été adoptées.

Freda Hawkins eut l'honnêteté, pour une personne d'idéologie fondamentalement libérale, de reconnaître que la population appuyait en masse les politiques restrictives en matière d'immigration, mais prétend à la fois qu'il y avait un consensus en faveur du multiculturalisme.

Sur cette question, elle cite plus loin Nancy Tienhaara, l'auteur d'un supplément du Livre vert de 1975, dont la conclusion était que la majorité des Canadiens croyaient que le pays n'avait pas besoin d'immigrants. En 1974, seulement le tiers est de l'opinion contraire. Les réfugiés profitaient de plus de sympathie mais très peu :

"…a majority of Canadians can be expected to oppose an increased intake of refugees except when an avanlanche of publicity on the dire need of the refugees themselves offsets considreations of self-interest in favour of humanitarianism…" p.248

"…une majorité de Canadiens s'opposeront probablement à une augmentation de l'accueil de réfugiés sauf lorsqu'une avalanche de publicité sur les besoins criants des réfugiés eux-mêmes suspend les considérations égoïstes pour favoriser l'humanitaire…" p.248

Elle cite également Howard Adleman et son livre « Canada and the Indochinese Refugee », 1982:

"It is a mistake to think, however, that public opinion generally in Canada and Australia is liberal in matters of immigration and refugee policy. Government leads the way and cautiously brings the public along with it." p.248

"C'est une erreur de croire, par ailleurs, que l'opinion publique générale au Canada et en Australie est libérale en matière d'immigration et de politiques sur les réfugiés. Le gouvernement trace la voie et emmène prudemment le public à s'y engager." p.248

Les partis, eux, ont été généralement unanimes dans l'appui à l'immigration et ne se prononcèrent essentiellement sur le sujet seulement lorsqu'ils étaient au pouvoir, jamais dans l'opposition pour faire obstacle au gouvernement.

L'Australie eut un sursaut en 1984 suite à la déclaration de l'historien Geoffrey Blainey, disant que la tolérance du public va peut-être basculer. 62% des Australiens trouvaient que le pays accueillait trop d'immigrants. Dans un ouvrage qu'il publia, "All for Australia", il souligne le manque d'expérience des Asiatiques pour la démocratie et la préférence des gens pour les sources traditionnelles d'immigration. Freda Hawkins rejette ainsi ces opinions:

"Irresponsible comments like Professor Blainey's delay that acceptance, and cause pain and anxiety among immigrants and refugees themselves, thus holding back their adjustment to their new society." p.275

"Les commentaires irresponsables comme ceux du professeur Blainey ralentissent cette acceptation et cause de la peine et de l'anxiété chez les immigrants et les réfugiés eux-mêmes, retardant ainsi leur ajustement à leur nouvelle société." p.275

Ce mouvement d'opposition, qui enflamma la nation entière, fut éteint par un discours retentissant de Bob Hawke (premier ministre entre 1983 et 1991), où il fit les déclarations habituelles sur la tolérance, l'ouverture, l'humanisme, etc.

Freda Hawkins jette, sans s'en rendre compte certainement, un ultime outrage au visage de la population native, dont les ancêtres ont conquis et développé ces territoires si ardemment convoités par les populations non-blanches du monde. La raison première pour l'auteur de cette convoitise est la démocratie, non pas les avantages matériels d'une vie confortable dans une société d'abondances, bien ordonnée et technologique. Ce sont les droits politiques abstraits, l'invention des philosophes des "Lumières" qui seraient si primés par les masses venues du Tiers-Monde. Et c'est à la caste des lettrés de pensée libérale que revient le mérite de ce monde meilleur que viennent habiter les hordes de miséreux du Tiers-Monde.

Peut-être aussi sans le vouloir, CYII permet une prise de conscience de la part des natifs.

Nous y voyons non seulement les omissions du discours multiculturel d'aujourd'hui sur l'adhésion de sociétés pourtant civilisées, mais aussi les concepts qui firent de l'Afrique du Sud un État paria durant la seconde partie du 20ème siècle.

Freda Hawkins n'a nullement passé sous silence le non-respect de la démocratie et du sentiment populaire dans les prises de décisions si lourdes de conséquences au sujet de l'immigration. Tout s'est joué par le triomphe d'une matrice intellectuelle dont l'intelligentsia instruite est persuadée de la justesse. Et cela inclut la vénérable femme et auteur. Face à cet engouement de nature religieuse (sommes-nous justifiés de le qualifier), il y avait le peuple viscéralement opposé à l'ouverture de ses frontières, mais dont l'apathie laissa la voie toute libre aux "éclairés-citoyens-du-monde", selon la formule de Mathieu Bock-Côté que nous affectionnons au plus haut point.

Ce livre ne manque donc pas d'être irritant au passage. Mais il demeure certainement une contribution remarquable à la connaissance de ces changements si funestes pour notre peuple.

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