D’Alma à Oslo

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Il est 10 heures du matin lorsque Patrick s’extirpe enfin de son sommeil, les oreilles bourdonnant encore à cause du spectacle de Madonna auquel il a assisté la veille avec sa femme. Sortant du lit encore endormi, il passe devant la chambre de son plus jeune, âgé de 14 ans, qui semble être en train de jouer avec son jeu Black Op sur son ordinateur. La chambre de son plus vieux est quant à elle silencieuse; il a encore dû passer la nuit à clavarder avec ses amis sur Facebook et ne sortira de sa chambre que dans quelques heures. Sa femme n’est pas là, mais une note sur la table de la cuisine laisse savoir à Patrick qu’elle est partie faire un petit jogging. A 40 ans, si on veut rester séduisante, il faut bouger.

Patrick décide de s’habiller et d’aller faire les commissions nécessaires pour se préparer à la venue de sa belle-mère, un événement rare, mais combien déplaisant. Les quelques fois par année où elle vient les visiter et voir ses petits-fils sont toujours des moments pénibles, mais on doit faire certains efforts dans la vie. En fait, ce n’est pas qu’elle soit méchante, c’est juste qu’elle ne cesse de ressasser le passé et de parler de ces époques révolues. En remuant ces pensées, il démarre sa Mercedes-Benz et se dirige vers le McDonald’s pour engloutir un petit déjeuner avant d’aller faire ses emplettes. Le ventre plein, il continue sa route vers le Wal-Mart, où il pourra trouver tout ce dont il a besoin.

Arrivé à une lumière rouge, il aperçoit sur le côté de la route un mendiant. Il ne peut s’empêcher de penser que c’est probablement un ancien ouvrier d’usine qui a perdu son emploi lorsque l’usine a déménagé en Chine afin de maximiser ses profits, tout en vendant toujours moins cher. En tant qu’actuaire pour une branche de Goldman Sachs, c’est une réalité qu’il peut comprendre – après tout, on ne peut faire d’omelette sans casser d’œufs. De plus, ce n’est pas sa faute si cet homme a décidé de ne pas faire d’études et de travailler dans un domaine sans avenir.

Enfin, il arrive au Wal-Mart et se dirige vers la porte, mais un attroupement de femmes voilées lui bloque le passage. Il tente de le traverser, mais ces femmes restent indifférentes et ne lui répondent pas. Il finit par réussir à les contourner et commence à faire ses emplettes. Après tout, ce n’est pas le fait qu’elles sont voilées qui dérange Patrick, puisqu’il a cessé de remarquer ces femmes qu’on voit de plus en plus depuis un bon bout de temps, mais c’est quand même frustrant de perdre son temps…

Patrick est un Occidental, qui pourrait vivre à Lyon, Stockholm, Québec, Boston ou Moscou et cette histoire serait crédible. En fait, c’est le quotidien de millions d’Occidentaux à quelques détails près. Depuis des décennies, la mondialisation fait son œuvre, tant au niveau culturel, économique que démographique, et l’Occident semble perdre ses racines et s’uniformiser selon une culture apatride qui aujourd’hui devient la norme. Ces standards culturels d’origine américaine, certes, mais surtout apatrides, ne nous ont pas été imposés par une armée ou un gouvernement étranger. Non, ils se sont imposés d’eux-mêmes, par en-dessous, et chaque fois qu’une multinationale s’implantait sur notre terre et que des commerces devaient fermer, on nous faisait miroiter des prix plus bas. Nous nous sommes tus, avons accepté et nous nous sommes adaptés. Lorsqu’une usine devait fermer pour être relocalisée dans un pays où la main-d’œuvre est moins exigeante, on nous parlait de contraintes de marché et d’autres termes un peu flous dont s’est contenté la population. Si cela nous avait été imposé, le peuple aurait crié, se serait peut-être soulevé, mais maillon par maillon, la chaîne de la mondialisation et de l’homogénéisation des peuples nous a été mise au cou, et cela dans la complaisance d’un peuple heureux de payer moins cher, qui devint matérialiste dans son essence.

Aujourd’hui, quelle résistance y a-t-il face à cette mondialisation ? Le 8 décembre dernier, dans plusieurs villes du Québec, des manifestants habillés en Père Noël manifestaient devant les Wal-Mart, pas contre le fond, mais plutôt la forme. Ils ne s’opposaient pas aux principes de ces grandes multinationales, mais souhaitaient qu’on ajoute le terme français « magasin » devant le nom Wal-Mart, question qu’on se fasse avoir dans notre langue. La gauche, anciennement opposée à la mondialisation, car comprenant les effets sur les travailleurs et sur les peuples occidentaux, a capitulé et embrasse aujourd’hui l’altermondialisme, une version plus « humaniste » de la mondialisation, qui accepte malgré tout les principes d’homogénéisation et de destruction des identités nationales. Certains gens de bonne foi se sont joints aux mouvements gauchistes, pensant que ceux-ci offriraient un rempart contre la mondialisation, en prônant notamment l’achat local et des politiques environnementales saines. Force est d’admettre que ces groupes gauchistes militent pour un déracinement des peuples en faisant la promotion de l’immigration de masse, sous prétexte que nous sommes tous des citoyens du monde. Donc exit les identités nationales et la diversité des peuples ! D’autres, davantage nostalgiques qu’actifs, se rendent dans les grandes multinationales acheter des disques folkloriques, des classiques de notre littérature, inconscients de l’ironie funeste de leur geste.

Il faut pourtant réaliser que le premier pas vers la guérison est la prise de conscience qu’on a effectivement un problème.

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