Dans l’intimité du pouvoir, par Dominique Lebel

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Retour sur la Charte des valeurs…

L’étalon dont les péquistes se sont fait débarquer

Dintimité du pouvoirominique Lebel a été directeur de cabinet adjoint de Pauline Marois et, à ce titre, il a vécu aux côtés de la Première ministre tout au long de son gouvernement minoritaire du 4 septembre 2012 au 7 avril 2014. Il a assisté à toutes les réunions du Conseil des ministres et à toutes les discussions stratégiques du gouvernement. Et il vient de publier les notes qu’il a prises durant cette période, dans un ouvrage de 432 pages intitulé « Dans l’intimité du pouvoir ; Journal politique 2012 – 2014 ».

Bien que je fasse habituellement tout ce qui est possible pour me tenir éloigné de la politique québécoise – et cela parce que je ne suis pas masochiste et que la vue de mon peuple en train de péricliter inexorablement me donne envie de me jeter en bas d’une falaise –, j’ai trouvé un intérêt particulier à m’y replonger le temps de cet ouvrage, afin de chercher des éléments de réponse à des questions que j’estime cruciales à propos de la Charte des valeurs. En effet, le projet de Charte des valeurs constituait une tentative, certes limitée, de juguler l’islamisme – limitée au point de recevoir l’aval de François Hollande (p. 332) –, mais il s’agissait néanmoins d’un premier pas qui aurait pu être suivi par d’autres, jusqu’à mettre fin ultimement – on peut rêver – à l’immigration-invasion musulmane. Or, ce premier pas fut un faux pas, car il fut suivi d’un échec cinglant aux élections, et bien des gens associant les deux événements croient aujourd’hui que le projet de Charte des valeurs a nui au gouvernement, voire même qu’il aurait entraîné la perte des élections, ce qui est absolument faux. Les sondages dont fait état Dominique Lebel tout au long de son journal montrent exactement le contraire.

Le récit de Lebel fait état de tous les grands dossiers et grands événements du gouvernement Marois, de l’attentat visant la Première ministre le jour de son élection à la catastrophe ferroviaire du Lac-Mégantic, en passant par les ressources naturelles, du pétrole aux mines, l’économie, l’aide sociale, l’écologie, ainsi que les voyages à Londres, Édimbourg, Davos et Mexico. Le projet de Charte des valeurs, voulu et poussé par Pauline Marois et Bernard Drainville, ne fut donc qu’un élément parmi d’autres de ce gouvernement, mais, rétroactivement, il l’a marqué de façon indélébile. Ce gouvernement était perpétuellement insécure, en raison de son statut de minoritaire et de la faiblesse des sondages qui se succédaient, en particulier au début.

Il a misé beaucoup sur l’économie et il était très fier de son bilan – certains ont même craint que la Charte ou la souveraineté ne jette les bons coups économiques du gouvernement dans l’ombre lors des élections de 2014. Seulement, la population en général ne se soucie pas de l’économie autant qu’on le croit. Personne ne va lire un article sur l’aluminerie d’Alcoa, sauf ceux qui sont directement touchés. La population a tendance à réélire les gouvernements quand l’économie va bien et à les virer quand elle va mal, même si, en réalité, l’état de l’économie mondiale est souvent bien plus responsable de la performance d’un pays que son, ou dans notre cas, ses gouvernements. La valeur d’un bon travail sur le plan économique est surtout défensive. Elle permet de se défendre lorsque l’opposition prétend (inévitablement) que la gestion économique du parti au pouvoir est catastrophique.

La préparation de la Charte

Alors que le projet s’appelle encore Charte de la laïcité, Dominique Lebel rapporte que Bernard Drainville «…montre à la première ministre un sondage sur la question commandé par son ministère. » (p.166)  Il poursuit :

Le sondage illustre l’appui dans la population. Drainville craint de ne pas aller assez loin et ainsi de décevoir une bonne partie de l’électorat. Il est donc face à un dilemme, car une partie des ministres craignent au contraire qu’on aille trop loin. Il rappelle les grandes lignes de son plan : modification de la Charte des droits pour introduire le concept de l’égalité entre les hommes et les femmes ; application de la neutralité dans la fonction publique ; interdiction des signes religieux ostentatoires dans la fonction publique, incluant les hôpitaux, les écoles, les centres de la petite enfance. Au sujet des hôpitaux, il hésite. Il sait qu’il y a de la résistance. Il y a aussi la question des municipalités. Est-ce que la loi devra également s’appliquer aux employés municipaux ? Drainville souligne que Lisée est fortement opposé à l’interdiction des signes religieux à la Ville de Montréal. Il avoue sans ambages que, de toute façon, à peu près le quart du Conseil [des ministres]ne suivra pas. (p. 166)

En avril 2013, Drainville présente le projet au Conseil des ministres, où il est discuté en profondeur. « Le débat est rapidement empreint d’émotion. Certains apprécient fortement et le disent sans hésiter alors que d’autres font preuve de retenue ou signalent leur désaccord avec quelques aspects du projet. » (p. 187) En août 2013 Pauline Marois est déterminée à aller de l’avant. « C’est un engagement du Parti qu’elle veut respecter. Elle croit profondément que seul le Parti québécois peut offrir aux Québécois une réponse aux enjeux soulevés depuis des années par ces questions dans la société. Et elle est prête à assumer le risque. » (p. 263)

En septembre 2013 l’auteur, Dominique Lebel, rencontre Jean Lapierre et note : « Sur la Charte, il estime que nous pourrions aller loin si nous avions la CAQ avec nous. Il a probablement raison. Léger met en ligne un sondage. Parti libéral, 36%; Parti québécois, 33%; CAQ, 18%. Le Parti québécois a regagné six points depuis le printemps. Puis 49% des francophones se disent favorables à la Charte, contre 34% qui s’y opposent et 16% d’indécis. Sur l’île de Montréal, le taux d’opposition est de 49%. » (p. 281) Début octobre, Drainville continue à promouvoir la Charte dans les médias contre vents et marées et contre les accusations de « diviser les Québécois ». Lebel note : « Les sondages nous surprennent agréablement. Enfin un peu de positif. » (p. 291)

C’est alors que « Lucien Bouchard intervient à propos de la Charte » comme l’avait fait Jacques Parizeau quelques jours auparavant (p. 292). Tout comme Lucien Bouchard, Parizeau estime que le projet de Charte des valeurs va trop loin. Il s’appuie maintenant sur le rapport de la Commission Bouchard-Taylor, lui qui pourtant a déjà déclaré que ce rapport véhicule « une sorte de mépris du Canadien français qui [lui faisait penser]à Pierre Elliott Trudeau » (Le Devoir, 4 octobre 2013). Or, cette Commission Bouchard-Taylor avait surtout entendu les groupes subventionnés de l’industrie de l’immigration et elle n’avait aucune légitimité démocratique. Les deux anciens Premiers ministres étaient-ils donc jaloux de l’audace de Pauline Marois ? Quoi qu’il en soit, leur désaveu public de son projet n’a réussi qu’à combler d’aise les partis d’opposition et à embarrasser ceux qui défendent un tant soit peu notre peuple. Ainsi les Québécois sont-ils trahis par leur soi-disant élite, compromise jusqu’aux oreilles dans cette autre religion – inavouée et suicidaire celle-là – qu’est le multiculturalisme.

La nature de l’Islam

Un élément important non mentionné dans l’ouvrage de Lebel : le projet de Charte des valeurs détermine des débats, des crises et des divisions entre ceux qui l’appuient et ceux qui la rejettent à l’intérieur d’à peu près tous les groupes et partis politiques et pas seulement au Parti québécois. Les groupes de femmes connaissent aussi des divisions, et c’est là qu’il y a un manquement de la part des promoteurs de la Charte. En effet, les premières victimes de l’islamisme sont les femmes en général et pas seulement les musulmanes. Or, certaines représentantes des femmes s’opposent à la Charte. Elles avancent que les femmes musulmanes seraient pénalisées par la Charte et que certaines pourraient même, éventuellement, devoir démissionner par conviction religieuse. Pas un mot ni des opposants, ni des partisans de la Charte sur les Occidentales victimes de viols perpétrés par des musulmans, viols qui ont pris cette année des proportions industrielles en Allemagne, mais qui affectaient déjà les Occidentales sur une base individuelle depuis des années en France ou ailleurs où l’on a eu la faiblesse de leur permettre de s’installer. Il y a eu des villes en Suède ou la totalité des viols ont été commis par des musulmans certaines années. En France, des musulmans et des Noirs, souvent mais pas tous musulmans, pratiquent ce que l’on appelle « les tournantes », c’est-à-dire des viols collectifs où tous les petits copains se soulagent sur une Française qui passait par là. Et nos représentantes soi-disant féministes – sûres de leur sécurité parce qu’elles n’habitent pas les quartiers où ce genre de choses se produisent – n’ont d’autres inquiétudes, elles, que de savoir si les musulmanes qui travaillent pour le gouvernement risquent de se sentir discriminées. Elles ne voient pas d’autres enjeux derrière cette question. Il n’y aurait pas lieu, selon elles, que les femmes s’opposent à l’islamisation du Québec, car, n’est-ce pas, l’harmonie règne dans les pays qui nous ont précédés dans cette voie. De leur côté, les partisans de la Charte n’ont pas davantage invoqué le tableau désastreux de l’Islam en terre occidentale, pourtant connu de toute personne informée et de bonne foi. Bref, le débat n’a fait qu’effleurer la véritable question et, soit par ignorance, soit par souci d’éviter qu’il ne prenne une tournure encore plus émotive, les partisans de la Charte se sont privés d’invoquer les arguments les plus puissants à l’appui de leur cause.

S’il y a une autre conception à laquelle il faut tordre le cou, c’est bien l’idée, propagée un peu partout, que « nos musulmans à nous, ils ne sont pas comme ça ». Comme si les Algériens qui prennent l’avion pour Montréal étaient d’une qualité différente de celle de leurs cousins qui s’envolent pour Paris ou pour Bruxelles. Cet argument est ressorti encore récemment lors de la visite au Québec de Marine Le Pen, laquelle visite faisait suite à l’arrivée de réfugiés syriens. La radio-canadienne Anne-Marie Dussault, au cours d’une entrevue avec Marine Le Pen marquée par la plus absolue mauvaise foi de Mme Dussault, a prétendu que nos Syriens étaient différents parce que nous avions enquêté sur eux avant de les laisser entrer chez nous. Elle ne semblait pas s’interroger sur la possibilité matérielle de procéder à des enquêtes sérieuses en Syrie. La Syrie est un pays en pleine guerre civile. Comment procède-t-on à une enquête ? On demande au candidat à l’émigration syrien s’il est en faveur des islamistes ? Et s’il répond non on le prend ? Comment fait-on pour vérifier ses dires ? On demande à la police s’il a un dossier ? Mais la police syrienne n’a aucun contrôle sur ce qui se passe dans la partie de son territoire qui appartient à l’État islamique. Notre homme pourrait être un djihadiste endurci. S’il ne le déclare pas aux fonctionnaires de l’immigration canadienne, ce qui est tout de même l’éventualité la plus probable, il peut entrer ici sans difficultés. Voilà pour le filtrage des réfugiés et la différence entre « nos » musulmans et ceux des autres pays. Marine Le Pen avait bien raison de traiter les politiciens canadiens et québécois de « Bisounours ». D’ailleurs, à propos de l’Islam prétendument modéré, rappelons qu’il n’y a qu’un seul Coran et que la différence entre Islam et islamisme est illusoire. L’Islam est l’islamisme au repos, l’islamisme est l’Islam en action.

La Marche des Janettes

La mobilisation populaire est un aspect très important qui n’est pas mentionné dans le livre de M. Lebel, sans doute parce qu’il n’y avait pas affaire. Mais ce n’est pas une raison pour la passer sous silence. La première manif contre la Charte a d’abord été suivie par une autre manif, plus nombreuse, de partisans. Et c’est là que l’on a commencé à sentir un véritable appui populaire. Janette Bertrand a alors publié une lettre d’appui à la Charte, contresignée par vingt femmes, laquelle lettre fut suivie d’une grande manifestation dite « des Janettes ». Marie-Pier Gagné du site canoe.ca en publiait ce compte rendu le 26 octobre 2013 :

MONTRÉAL – Plusieurs milliers de personnes ont manifesté samedi après-midi en faveur de la charte des valeurs, dans le cadre d'un grand rassemblement organisé par les Janette. Malgré la pluie et le froid, les manifestants étaient nombreux à s'être déplacés au centre-ville de Montréal pour l'occasion. L'événement était organisé par le Rassemblement pour la laïcité et les «Janette», ce groupe de femmes d'influence qui ont récemment signé une lettre pour appuyer publiquement le projet de charte du gouvernement Marois.

Vers 13h30, les participants ont entrepris la marche d'une trentaine de minutes qui a commencé au Quartier des spectacles et qui prenait fin au parc Lafontaine. Avant le départ des marcheurs, Janette Bertrand s'est adressée à eux pour les remercier de s'être présentés malgré le temps maussade qui sévissait.

D'autres personnalités, comme le chanteur Paul Piché, le comédien Jici Lauzon et l'auteure Djemila Benhabib ont aussi été vus dans la foule. Des représentantes du groupe féministe Femen ne sont pas passées inaperçues en appuyant la cause. «Nous avons été vingt femmes à signer cette lettre-là, a souligné l'animatrice Julie Snyder, qui est elle-même l'une des signataires. C'est vrai qu'on a senti un vent de changement et c'est vrai que les gens qui sont pour la charte n'ont plus peur de se lever et de marcher aujourd'hui pour ne pas que le Québec recule.»

La plupart des manifestants interrogés par le Journal de Montréal sur les lieux se sont dit «d'accord à 100%» avec le projet de charte. «C'est ce qu'il nous faut pour ne pas qu'on se fasse piler sur la tête et qu'on soit forcés de déroger de nos principes», a affirmé Mathias Bacon, en brandissant fièrement son drapeau du Québec. «J'ai bien du mal à accepter qu'on doive passer par dessus nos valeurs pour accueillir du nouveau monde chez nous», a ajouté Françoise Érié, une femme de cinquante-deux ans.

D'autres, comme Marc-Olivier Gaudreault, ont fait part de réserves et ont laissé entendre que le projet devrait faire l'objet de modifications. «On doit réviser le bout concernant les exemptions qui pourraient être accordées à certaines institutions, mais sinon, ça me convient», a expliqué le marcheur entièrement vêtu de bleu et de blanc, pour rappeler le drapeau québécois. Certains manifestants ont dit espérer que la marche de samedi aidera à «libérer» les femmes musulmanes, entre autres, considérées comme étant «opprimées». «Il faut dénoncer ces pratiques sexistes au plus vite», a crié Lina Voyer, une mère de famille de 40 ans, son bébé dans les bras.

D’autres partisans de la Charte émettaient des réserves sur le fameux crucifix de l’Assemblée nationale, comme le rapportait Le Devoir du 29 octobre :

C’est le cas de l’ancienne présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Martine Desjardins. Cette dernière souhaite que le crucifix soit retiré de l’As-semblée nationale et que la charte vise les symboles de toutes les religions. «Il ne faut pas que ce soit seulement une catho-laïcité, on élimine tous les signes religieux», indique-t-elle.

Cette dernière idée, maintes fois proposée, de retirer le crucifix de l’Assemblée nationale peut sembler relever de l’équité, mais c’est une fausse équité qui met sur un pied d’égalité notre culture et celle des immigrants qui débarquent tout juste de l’avion. Il faut y résister, car ce n’est pas aux habitants d’un pays de s’adapter à leurs immigrants. C’est plutôt aux immigrants de s’adapter au pays où ils s’installent.

Débat houleux à Longueuil

Un autre épisode remarquable fut le débat organisé à Longueuil le 2 décembre 2013 par Bernard Drainville et sa collègue du comté voisin, Marie Malavoy. J’ai assisté avec un ami à ce débat sous haute tension.

Légende du Devoir : « La salle était divisée lundi soir après l’exposé du ministre Drainville. La majorité des citoyens présents appuyaient cependant le projet de charte. »

Dans Le Devoir du lendemain on pouvait lire ce qui suit :

La campagne de séduction du ministre Bernard Drainville sur sa charte de la laïcité est loin d’être de tout repos. Lundi soir, il a présenté son projet de loi 60, en compagnie de la ministre de l’Éducation, Marie Malavoy, devant une centaine de personnes à Longueuil. De nombreux opposants, dont le militant Jaggi Singh, ont profité de l’occasion pour dénoncer avec virulence le projet de charte.

Dès le début de la période des questions, M. Singh a accusé le gouvernement Marois d’avoir « profité d’une fausse crise, d’une fausse peur, pour instrumentaliser la xénophobie. » Son intervention a été décriée dans la salle au point que le public s’est mis à le huer.

Lors de cette assemblée citoyenne, le ministre Drainville a ainsi dû répondre à toutes sortes de propositions. Un citoyen a ainsi suggéré de réduire l’immigration après avoir salué la charte. Le ministre Drainville a répondu : « La charte n’est pas un projet anti-immigration, la charte va aider l’immigration dans le sens où les nouveaux immigrants connaîtront les règles quand ils arriveront chez nous. » Puis, une citoyenne lui a demandé : « Pourquoi on nous traite de xénophobes, parce que j’ai de la misère avec ça. Ces gens-là ont quitté leur pays et on leur offre gratuitement des écoles, des soins de santé, un environnement sans violence, comment peut-on accepter de se faire traiter ainsi ? Qu’ils rentrent chez eux, s’ils ne sont pas contents. » Dans la salle, une femme voilée a alors crié: « Parce qu’on est chez nous, madame ! »

[…] Le ministre Drainville a alors rappelé que le ton du débat était aussi important que le fond. Toute personne qui vit au Québec devient québécoise, et la vie au Québec vient avec des bénéfices, mais aussi des droits et des obligations, a-t-il expliqué. Il a rappelé que son parti veut maintenant assurer l’égalité dans toutes les sphères publiques.

Quelques femmes voilées se sont alors levées pour dire qu’elles étaient bien au Québec jusqu’à ce que le projet de charte soit mis au grand jour. « Vous fermez la porte au monde, M. Drainville, et je ne sais pas si on sera fières de dire qu’on est québécoises avec ce que vous faites », a mentionné l’une d’entre elles. « Je le pense, madame », a rétorqué le ministre. Une autre femme maghrébine a pris le micro pour lui dire qu’elle n’avait jamais eu aussi « honte d’être québécoise » en précisant qu’elle vit au Québec depuis 25 ans. « On nous traite de terroristes, je me suis fait arracher mon voile au centre commercial, qu’est-ce que vous faites ? », a-t-elle demandé. Le ministre Drainville a tenté de la rassurer en disant : « Il y a des personnes dans toutes les sociétés qui disent des conneries et des niaiseries. Toutes les fois qu’il y a du racisme et des agressions, je les dénonce, et il faut continuer de les dénoncer. »

L’état des forces à l’hiver 2014

Ce projet de Charte suscite des appuis viscéraux chez des membres du Parti aussi bien que dans la population générale et il est responsable de la remontée spectaculaire du Parti dans les sondages. Cependant une partie des ministres et des médias habituellement sympathiques au PQ, tel Le Devoir, se rebiffent, sont bourrelés de scrupules et se découvrent une grande sensibilité aux accusations de racisme qui ne font ni chaud ni froid à la majorité de la population. Ils veulent bien dire qu’ils sont souverainistes – ça ne coûte pas cher parce que l’on sait bien que la souveraineté n’est pas à la veille ni à l’avant-veille d’arriver – mais dans les faits, ils s’intéressent surtout aux logements sociaux, aux pistes cyclables, au droits des LGBT. Ils n’ont aucune objection à ce que dans les faits, pas dans les rêves, la vie des Québécois se déroule strictement dans les cadres prévus par la fédération canadienne et l’idéologie libéralo-américaine, qui, après tout, leur permet de continuer à s’amuser avec des bagatelles. S’il y a substitution de population tiers-mondiste aux peuples blancs occidentaux, eh bien, tant pis. C’était sans doute inévitable, diront ceux qui n’ont rien fait pour l’éviter, et puis ça donne une atmosphère de fin du monde très excitante dans les raves et autres partys de décadents qu’affectionnent ce genre de raclures qui déborde largement les rangs de Québec solidaire. Autrement dit, même un projet aussi limité et évident que la Charte des valeurs, qui, encore une fois, avait l’assentiment d’un bonasse comme François Hollande, était jugé encore trop compromettant par une partie du cabinet Marois et par les souverainistes médiatiques.

En janvier 2014 le cabinet de la première ministre cherche une fenêtre pour tenir une élection. Certains conseillers, pas forcément de mauvaise foi, se demandent si l’appui à la Charte, qui est réel, «…est assez solide pour qu’on se lance en élection là-dessus » (p. 359). Pourtant, le 18 février, un nouveau sondage Crop est publié dans La Presse : « ʻLe PQ prend une confortable avanceʼ. Le Parti québécois est à 40% et le Parti libéral à 34%. Chez les francophones, le Parti domine à 50%. Pauline Marois est de loin la chef la plus populaire. » (p. 371) De tels résultats se seraient traduits par un gouvernement péquiste très majoritaire. La député libérale Fatima Houda-Pépin quitte le caucus du Parti libéral parce qu’elle approuve la Charte (p. 348). Elle prépare même un projet de loi contre l’intégrisme qu’elle présente aux députés du Parti québécois (p. 371).

Une campagne électorale hors de contrôle

La campagne électorale est un désastre. Mme Marois n’arrive pas à imposer ses thèmes économiques ni la Charte. Les chefs des autres partis la visent en priorité et ne s’attaquent entre eux que pour la forme. Philippe Couillard est comme un chien furieux qui ne lâche pas son morceau de pantalon. Il veut absolument que Mme Marois dise si oui ou non il y aura un référendum dans un mandat majoritaire du Parti québécois. Plus il apeure les fédéralistes qui pensaient voter pour la CAQ, plus il les attire vers son parti, car il s’agit avant tout pour eux d’éviter « la destruction du Canada ». Tandis que les CAQuistes qui étaient anciennement des électeurs du Parti québécois n’y retournent pas. Le moindre signe de détermination, tel que le fameux poing en l’air de Péladeau, est interprété de façon hystérique. Le Parti est en perte de contrôle complète.

La planche de salut du Parti québécois, c’était sa Charte qui le tirait vers le haut dans les sondages – le temps où l’on en a parlé – et qui était plus populaire que le Parti. Même si l’on fait la juste part de ceux qui appuyaient simultanément la Charte et un autre parti et qui n’entendaient pas changer de parti, il reste que ce projet était porteur et qu’il a poussé les appuis aux Parti québécois en zone de gouvernement très majoritaire. La Charte n’est donc aucunement responsable de la défaite du parti aux élections, sauf à imaginer que les électeurs qui l’ont soutenue pendant les longs mois où elle a été débattue dans l’opinion publique se soient soudainement retournés contre elle pendant la campagne. Le Parti québécois fonçait vers la victoire sur son bel étalon chartiste, mais il s’en est fait débarquer au début de la joute électorale.

Qu’il soit clair ici qu’il n’en est pas descendu volontairement. Car, bien que Pauline Marois ait voulu mettre l’accent sur ses réalisations économiques à un certain moment, elle n’a jamais mis la Charte de côté. Elle aurait sans doute eu intérêt à rappeler les accointances de Philippe Couillard avec l’Arabie Saoudite où il a travaillé et à se demander publiquement s’il est l’homme des islamistes, bref à surenchérir un peu sur son thème de base… Cela n’a pas été fait, ce qui ne veut pas dire que rien n’a été fait. Dominique Lebel raconte les nombreuses tentatives de Pauline Marois et de Bernard Drainville de se remettre en selle pendant la campagne en replaçant la Charte au premier plan, tentatives qui ont fait long feu :

Vendredi 14 mars [3 semaines avant les élections du 7 avril] La CAQ s’effondre à Québec, ce qui bénéficie aux libéraux. Mauvais pour nous. Le Parti québécois semble se stabiliser, mais les libéraux montent. La campagne prend un tour référendaire. Les questions des médias portent sur la souveraineté. Impossible de nous en sortir. Il y a de la frustration de part et d’autre. Madame s’impatiente devant les questions des journalistes et eux ont le sentiment qu’elle refuse de répondre à ce qu’ils demandent. […] C’est comme si notre programme électoral ne se distinguait pas suffisamment de celui du Parti libéral dans l’œil des journalistes. Ils se rabattent donc sur le référendum afin de créer la polarisation propre à toute campagne. En début de soirée, je discute avec Bernard Drainville. Il est inquiet de la campagne comme nous tous. « Faudrait superposer la Charte comme question névralgique au-dessus de la souveraineté. » Madame pourrait dire quelque chose comme : « J’ai besoin d’un mandat pour adopter la Charte. » Drainville estime que c’est très difficile d’aller chercher une majorité si on reste sur la question référendaire. « Il faut se décider dans cette élection, si on veut se donner oui ou non une Charte. » Drainville teste des messages avec moi. […] Pour lui, on n’a pas le choix de mettre la Charte au centre. La question nationale se réglera en temps et lieu, mais ce ne doit pas être le sujet de cette campagne. (p. 396-397)

Cet impératif devient le leitmotiv des dirigeants péquistes. Le 16 mars ils se demandent comment pousser Couillard sur la Charte lors des débats à venir (p. 399). Le 19 mars, nous lisons, à propos de la préparation de Pauline Marois au débat télévisé : « Une campagne sur la Charte est aussi en préparation. Au lendemain du débat, les Québécois devraient sentir qu’ils sont devant un choix : veulent-ils ou non une Charte des valeurs ? » (p. 402) Le 30 mars, ils font intervenir Janette Bertrand dans la campagne :

Janette Bertrand est dans l’autobus de campagne. Elle a fait une intervention remarquée hier soir sur la Charte. Je lui dis : « Vous n’avez pas à en dire davantage. Ce n’est pas le même public, n’hésitez pas à dire la même chose qu’hier. » Elle a l’air de se demander qui je suis. Bernard Drainville nous rejoint dans un restaurant minuscule en compagnie de Djemila Benhabib, candidate du Parti et militante engagée contre le fondamentalisme musulman. Drainville présente les choses directement. Il n’y aura pas de Charte si le Parti québécois n’est pas élu. Madame présente Janette Bertrand avec chaleur. Janette Bertrand fait un bon discours, mais s’égare en parlant de riches étudiants immigrants de McGill qui habitent dans le même immeuble qu’elle. Elle semble insinuer des choses. Le propos n’est pas clair. C’est raté. Elle ne l’a pas voulu, mais c’est raté. Nous ne sommes pas encore sortis du restaurant que nous pouvons déjà mesurer les dommages. Était-ce prudent de lui faire faire une intervention ce matin ? Était-elle suffisamment préparée ? Nous n’en sommes plus à nous poser ces questions. En après-midi, point de presse de Madame. Elle a un ton un peu cassant, mais son message est sans équivoque. « Couillard est un risque pour la langue et la culture. » Puis elle se retrouve à nouveau sur la défensive à cause des propos de Janette Bertrand. (p. 415-416)

En fait, le Parti québécois ne se battait pas seulement contre les autres partis, mais aussi contre la classe dirigeante politico-médiatique, férocement multiculturaliste. Certains anciens alliés du Parti québécois se sont même revirés contre lui. Cette classe dirigeante ne pouvait pas détourner le peuple de son appui à la Charte, mais elle a réussi à empêcher le Parti québécois de miser sur cet appui en refusant mordicus de faire de la Charte un enjeu majeur de la campagne et en ravivant l’épouvantail référendaire.

Mais qu’en est-il de cette fameuse peur du référendum ? Il est remarquable que personne au Parti québécois n’ait jamais désamorcé cet argument des Québécois qui craignent à 70% la tenue d’un référendum. Ce chiffre est composé de deux groupes très différents. Les électeurs fédéralistes, qui naturellement ne veulent pas de référendum, auxquels s’ajoutent des indépendantistes qui n’en veulent pas non plus parce qu’ils ont peur de le perdre. Ce n’est pas la même chose. En outre, l’on ne fait habituellement pas de référendum pour savoir si l’on va tenir un référendum. Quand Jacques Parizeau a tenu son référendum en 1995, il n’a pas fait de référendum avant pour savoir s’il devait en tenir un ou non. Il aurait fallu dire « Il n’est pas question de référendum. Point. » Puis, si le parti est élu et que les conditions s’y prêtent, en tenir un quand même. L’on pourrait même présenter cet éventuel référendum non pas comme le troisième, mais plutôt comme une reprise du deuxième en raison de la fraude qui l’a marqué et qui suffit largement à l’invalider. Cela mettrait les fédéralistes sur la défensive. Mais il est trop tard pour cela. Reste qu’en attendant, le parti demeure fermement lié à l’option souverainiste. La veille de l’élection, le journaliste Robert Dutrisac demande à Dominique Lebel : «…pourquoi ne pas avoir clairement dit qu’il n’y aurait pas de référendum durant le prochain mandat. Je ne sais pas quoi lui répondre, note Lebel. Parce qu’on ne le pouvait pas. Parce que c’est le Parti québécois. Parce que ce parti n’a plus sa raison d’être s’il s’enlève lui-même la capacité, même théorique, de commander un référendum. » (p. 423)

Pourtant ce n’est pas la première campagne que traverse le Parti. Pourquoi les électeurs sont-ils soudainement si frileux ? Cela n’a rien à voir avec un traumatisme causé par le référendum de 1995 et tout à voir avec un changement de population. Dans les deux décennies précédant le référendum de 1995 – il y avait grosso modo 2 / 5 de souverainistes, 1 / 5 de nationalistes mous qui craignaient l’indépendance mais que rebutait aussi la trahison des libéraux – ce cinquième était l’enjeu du combat électoral entre le PQ et les libéraux –, et enfin, il restait 2 / 5 de fédéralistes, dont l’un était composé, moitié-moitié d’Anglais et d’immigrants anglicisés et l’autre de Québécois fédéralistes inconditionnels. Cependant, depuis 1995, la composition ethnique du Québec a changé profondément. Nous avons reçu environ 50 000 immigrants par année, pendant 20 ans, ce qui fait, si je compte bien 1 million d’immigrants. Sur ce million SUPPLÉMENTAIRE (pour 8 millions d’habitants au Québec), il est vrai, quelques uns sont repartis, mais beaucoup moins qu’auparavant parce que ce qu’ils voient comme « le danger de la séparation » est bien passé. Ce million comprend aussi un petit nombre de Français de France, que l’on peut assurément considérer comme un renfort plutôt qu’un problème, mais, même en tenant compte de ces remarques, il y a quand même pas loin d’un million d’étrangers qui se sont installés chez nous et qui sont très réfractaires à l’idée de l’indépendance du Québec. Leur arrivée a changé la donne complètement et elle a fait basculer définitivement du côté fédéraliste le fragile équilibre d’avant 1995 décrit plus haut.

En outre, les sondeurs et les analystes politiques ne voient ce phénomène qu’en partie, parce qu’ils se servent de données de recensements et de sondages où l’on parle des électeurs francophones comme s’il s’agissait d’un synonyme de Canadiens-Français. Or les Haïtiens sont plusieurs centaines de milliers et ils parlent généralement français. Les Arabes maghrébins, Libanais et Syriens adoptent aussi souvent le français comme langue d’usage. Ils sont également plusieurs centaines de milliers et très fédéralistes. Les résultats donnés pour les francophones ne reflètent donc que de façon très atténuée la réalité des appuis des vrais Québécois, c’est-à-dire du noyau de Canadiens-Français et des Européens qui se sont assimilés à eux. Le recul du nationalisme québécois depuis le début du siècle ne réside donc pas seulement dans un attiédissement de la ferveur nationaliste des Québécois, mais aussi dans l’effondrement de la proportion qu’ils représentent dans la population totale du Québec. Car les vrais Québécois ne comptent plus que pour environ 71 – 72 % de la population du Québec. Un appui à la souveraineté de 50% chez eux se traduisait avant 1995 par 40% pour l’ensemble des citoyens du Québec ; aujourd’hui le même appui de 50% des vrais Québécois se traduit par un minable 35%. Qui plus est, pour atteindre une majorité référendaire, les Québécois devraient se mobiliser à 70 % (soit 70% d’une population représentant 72% du total des électeurs = 50% de ce total). Le défi est le même aux États-Unis pour M. Trump et en France pour Mme Le Pen. Bien sûr, leur idéologie diffère substantiellement de celle du Parti québécois ou de celle des partisans du Brexit, mais tous ces mouvements ont en commun de devoir partir au combat électoral avec 0% d’appui chez des minorités ethniques ou religieuses qui totalisent 25 à 30% de leur électorat. Sacré handicap, inévitable dès lors que l’on entreprend de défendre une nation sujette à une invasion massive. Autant dire que les gouvernements pro-immigration peuvent se permettre d’ignorer l’opinion de la masse de la nation majoritaire en s’appuyant sur les immigrants et les éléments les plus dénationalisés de cette nation majoritaire.


Le Parti québécois a donc mordu la poussière, puis tout a repris sa place, rien n’a changé et le débat n’a pas dégénéré en violences prétendument « racistes » (OUF!) – c’est-à-dire en une réaction de défense des Québécois dirigée contre les envahisseurs musulmans – la seule chose qui inquiète le gros média. Et qu’importe si les islamistes commettent un peu partout en Occident les violences les plus atroces, elles sont bien décrites dans leurs détails les plus crus par les médias, mais elles ne sont jamais analysées correctement. Elles ne seraient causées que par des « fous » devenus spontanément terroristes. Quant aux gouvernements, ils promettent de lutter contre le terrorisme sans faire mention de son orientation islamiste. Ainsi, à l’aéroport de Dorval, on fouille à fond les passagers – la petite dame québécoise de 80 ans, l’homme d’affaire québécois, la famille québécoise qui s’en va à Cuba –, tandis qu’une bonne partie des agents de sécurité qui font les fouilles et des bagagistes qui mettent les bagages dans les soutes sont visiblement des musulmans. L’on ne fait pas de liens, l’on ne veut à aucun prix faire de lien entre le terrorisme islamiste qui frappe de plus en plus fort et les communautés musulmanes qui sont établies en Occident. Au contraire, l’offensive récente d’actes de terreur islamiste en Occident, depuis 2015, fut plutôt l’occasion d’une AUGMENTATION généralisée de l’immigration et du nombre de réfugiés musulmans admis. Et tout le monde tient à faire comme si de rien était, comme si nos élites dirigeantes n’étaient pas carrément en train d’introduire délibérément dans nos pays occidentaux des kamikazes fanatisés pour nous tirer dessus.

Je reçois une revue où l’on se demandait récemment à quoi ressemblera la vie en 2030. On y parle de robots, des progrès de la technique et de la médecine. Eh! Oh! Sortez de chez vous à pied. Prenez le métro. De toute urgence. En 2030 les musulmans – qui, en plus d’arriver par millions en Occident, font en moyenne beaucoup plus d’enfants que nous en parasitant l’aide sociale – eh bien, ces musulmans seront majoritaires dans plusieurs pays occidentaux, notamment en France, et sur le point de le devenir dans les autres pays, et alors ce sera la charia. Et si vous croyez qu’une fois maîtres de nos pays ils vont payer nos pensions de vieillesse, retombez sur terre. Ils vont plutôt vous éventrer et votre fille sera réduite au rang d’esclave sexuelle, condamnée à assouvir les besoins de son maître et à prendre des claques en attendant d’être exécutée elle aussi. Ceux et celles qui ne s’inquiètent que de savoir si l’interdiction du port du voile islamiste est une discrimination insupportable envers les musulmanes ne savent pas à quel genre particulier d’humanité ils ont affaire. Un soldat revenant d’Afghanistan racontait une scène dont il avait été témoin dans ce pays. Il a vu un homme battre sa femme sous les encouragements de ses enfants qui réclamaient qu’il la frappe plus fort à la tête.

Dans ces conditions, l’on ne s’étonne plus d’entendre des arguments moins accommodants tels ceux entendus sur le site de PEGIDA-Berlin. L’orateur d’un rassemblement de cette formation explique que :

Les musulmans ne sont pas seulement les pratiquants d’une religion, mais plutôt les soldats d’une idéologie haineuse qui se cache derrière le voile – c’est le cas de le dire – d’une religion. Cette idéologie capable d’écraser ses propres femmes est aussi une idéologie totalitaire qui vise à conquérir le monde. Les musulmans sont totalement incompatibles avec nos démocraties occidentales et pour sauver nos propres vies nous serons bientôt acculés à les expulser de chez nous.

Soit, mais il nous faudra auparavant neutraliser nos propres compatriotes adeptes de la religion du dieu immigrant, ceux qui les ont fait venir et qui s’accrochent au pouvoir chez nous comme dans tous les pays occidentaux.

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