La descente du Québec vers les limbes culturelles

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Etienne Forest est un citoyen japonais par adoption. Il est physicien chercheur en physique des accélérateurs et auteur/co-auteur de livres dans ce domaine. En particulier, il est un expert de la théorie des perturbations et de l'intégration symplectique. Son logiciel de simulation est utilisé dans plusieurs laboratoires et universités à travers le monde. La société japonaise, paisible, ordonnée et surtout nationaliste, l'a convaincu à jamais des dangers du multiculturalisme et du post-modernisme.

Note de l'auteur : Aujourd'hui le monde occidental est sous l'influence d'idéologies destructives comme le post-modernisme : une agression contre les fondements métaphysiques de notre culture et les accomplissements remarquables depuis l'Âge des Lumières. Par exemple, nos politiciens, comme le sénateur Serge Joyal, osent déclarer que ceux qui s'opposent à la loi C-16, pardonnent le génocide des transidentités — déclaration en opposition au témoignage au sénat du professeur Gad Saad de l'université Concordia. À la lumière de telles déclarations outrageantes, notre lutte doit être sans quartier : aucune concession n'est permissible.

Sous cette optique, il y a une vingtaine d'années, j'avais publié deux articles qui s'adressaient aux Canadiens anglais nationalistes, souvent appelés « racists » par leurs adversaires. Mon but était d'expliquer à ces anglophones les changements profonds apportés par la Révolution tranquille dans l'âme du Canadien français du Québec.

Fondamentalement, mes opinions n'ont pas changé. Je suis conscient que les aspects raciaux communs, même superficiels, facilitent l'assimilation, mais je crois tout de même qu'il soit possible d'accepter des immigrants qui sont différents des gens du pays, dans la mesure où une politique d'assimilation est mise en place et que le multiculturalisme d'État est complètement aboli et répudié. L'article qui suit est une adaptation du texte anglais des années 1990. Dans cet article, j'avais tenté de démontrer comment le Québec est l’exemple parfait de la chute de la pensée chrétienne dans l'Occident et de notre incapacité de la remplacer par une idéologie basée sur des valeurs profondément occidentales.

De la race et la religion vers la langue: notre chute aux enfers de l'oubli culturel

Gott ist tot, Friedrich Nietzsche


L'avenir du Québec et du monde occidental est aujourd'hui plus précaire qu'il y a 50 ans. Bien que le français soit désormais prédominant, bien que les descendants des colons français et ceux qui s'identifient à ce groupe, les « pure laine », ont de plus en plus la mainmise sur les finances et la politique, je crois que l'avenir de notre peuple et de notre culture est davantage menacé que par le passé. Les fondements sur lesquels cet avenir est basé sont plus fragiles que jamais.

Dans cet article, je me concentre sur un aspect de l'idéologie nationaliste le fait de devoir porter notre regard vers l'éternité plutôt que sur l'immédiat éphémère car nous, les nationalistes, croyons que nous faisons partie d'un continuum qui nous lie avec nos ancêtres et donc avec nos descendants. Quand on regarde la majorité des grands personnages de notre passé, Platon, Euclide, Cicéron, Jeanne d'Arc, Da Vinci, Shakespeare, Tolstoï, Newton, Euler, Curie, Wagner, etc, ils sont tous Européens.

Nous devons donc maintenir notre cohésion parce qu'elle nous aide à préserver notre culture. Nous pouvons faire preuve de souplesse dans la mise en œuvre de ce principe, mais il faut être inflexible dans le but ultime de maintenir notre cohésion.

La plupart des gens conviennent que la survie d'une culture est plus sûre si les membres de cette culture se soumettent à quelque chose de plus noble et de plus grand que leurs intérêts personnels immédiats et éphémères.

Je suis convaincu qu'un peuple doit avant tout considérer les intérêts de sa culture et de sa race. Nos différentes nationalités, c'est-à-dire, les ethnies ayant une origine, une tradition et une langue communes et qui sont donc susceptibles de former un État, seraient alors protégées par notre dévouement commun à la culture européenne.

Il est vrai que tout au long de l'histoire, d'autres forces ont aidé les nations à survivre.

La plupart des gens accepteront que les juifs fournissent un exemple suprême de ce principe. Ils ont survécu en tant que nation sans frontières depuis plus de 35 siècles parce qu'ils subordonnent leurs loyautés immédiates à un mythe puissant : ils sont le peuple choisi par Dieu. Leur religion est une religion qui exclut ceux qui ne sont pas membres de leur ethnie et leurs croyances sont religieusement transmises de générations en générations même par les juifs athées. Il est difficile pour un Gentil (Goï) de devenir juif, quelle que soit sa race ou sa culture d'origine. Il devrait en être de même pour les étrangers qui veulent immigrer chez nous, surtout s'ils sont culturellement et ethniquement aux antipodes de notre peuple.

Nos amis les Américains sont aussi animés par un mythe puissant contrairement aux Canadiens français contemporains. Le discours de Gettysburg du président Lincoln est un exemple frappant de l'hyperbole rhétorique issue de la mythologie américaine. Il suffit que les Américains aient cru que leur guerre civile fut un combat de titans pour la survie de la démocratie dans le monde pour justifier à leurs yeux le concept du destin manifeste et la doctrine de droit divin des États-Unis.

On peut conclure qu'un petit peuple, comme les juifs, qui subordonne ses loyautés immédiates et son individualisme à un principe éternel et grandiose, a une plus grande chance de survivre qu'un pays puissant n'utilisant que sa puissance économique ou militaire. Examinons maintenant la pertinence de ce principe au Québec.

Québec avant la Révolution tranquille

« Notre foi, notre langue, nos institutions ». Ce slogan était inscrit sur la page principale du journal nationaliste Le Canadien fondé en 1806.

Le mot important est le premier mot, notre « foi ». Le nationalisme canadien français fut, jusqu'en 1960, basé sur l'Église catholique. C'était le pilier sur lequel notre petit peuple nord-américain a pu survivre. Toutes les institutions canadiennes-françaises furent centrées sur l'Église catholique : écoles, universités, hôpitaux et même les caisses populaires initialement réservées aux catholiques.

Pour la plupart des Canadiens-français de l'époque, leur identité et leur sentiment d'appartenance reposaient principalement et même uniquement sur leur religion. L'historien Michel Brunet déclara, dans son article « Trois dominantes de la pensée canadienne-française: l'agriculturisme, l'antiétatisme et le messianisme » que pour le Québécois moyen d'avant 1960, le rôle de la nation est la survie et la conversion des autres à la foi « catholique ». Donc, munie d'une mission divine, la nation elle-même est divine et donc ne peut que survivre.

Ce genre d'identité assurait la survie de notre peuple et de notre culture. Premièrement, comme le judaïsme, c'est une identité exclusive. Deuxièmement, c'est une pensée identitaire en accord avec les idéaux européens malgré un rejet quasi-total de l'héritage issu de la révolution française. Les Québécois les plus conservateurs de cette époque, les ultramontains, croyaient que l'Église et l'État étaient unis, l'État subordonné à l'Église. Ils soulignaient les devoirs du citoyen plutôt que ses droits. Les ultramontains les plus fanatiques envisageaient l'Église comme une institution catholique au sens étymologique du terme, c'est-à-dire universelle, régnant sur le monde occidental et même au-delà.

Je veux faire une pause pour rappeler au lecteur que je n'essaie ni de défendre l'Église catholique, ni de la promouvoir. Simplement je souligne des faits incontournables : l'histoire du Québec avant les années soixante ne peut être comprise sans aborder l'influence omniprésente de l'Église. Il est donc juste d'affirmer que les croyances religieuses des Canadiens-français les liaient à quelque chose de plus grandiose que la petite patrie où ils avaient été abandonnés par le Royaume de France.

Dans une telle société, les problèmes de kirpans à l'école, de rituels africains, de transidentité, d'enfants blancs aliénés par le multiculturalisme, où la culture des autres est toujours meilleure que la nôtre, étaient simplement intolérables et même impensables.

Les ultramontains avaient des projets grandioses : Monseigneur Laflèche, l'évêque ultramontain de Trois-Rivières, dans son livre intitulé « Quelques considérations sur les rapports de la société civile avec la religion et la famille », déclarait que la nation est l'extension de la famille d'abord par le sang et ensuite par l'adoption. Ce genre de définition, bien que certainement mieux que le genre de nations que nos apôtres perfides du multiculturalisme ont en réserve pour nous, avait en elle les germes de la catastrophe identitaire.

Tant que la survie de l'Église exigeait une nation basée sur le sang, l'adoption de personnes et cultures étrangères était tolérable. Cependant, nous pouvons supposer que si le Québec était devenu un État catholique puissant, à l'instar des pays de l'Amérique du Sud, l'Église catholique aurait cessé d'être une barrière protectrice contre la désintégration raciale et culturelle. Sa domination étant assurée, il n'aurait eu aucune raison de protéger notre race et notre culture européenne au-delà des nécessités de l'Église. Un de nos héros nationaux, Henri Bourassa, avait lui-même reproché à des Franco-Américains d'avoir oublié que la nation, et donc la préservation de la langue et culture françaises, existent pour l'Église et non le contraire. Henri Bourassa, dans un éditorial contre les dirigeants Franco-Américains, écrivait qu'ils doivent comprendre que si la nation doit survivre aux détriments de l'Église, alors c'est la nation qui doit mourir.

La famille, la nation de Mgr Laflèche, aurait cru grâce à une adoption massive. En fait, l'attitude de l'Église envers la conversion des Indiens autochtones donne un aperçu du résultat racial désastreux qui aurait pu résulter d'un État ultramontain triomphant. Mgr Laflèche lui-même déclara: « La mission providentielle du peuple canadien est essentiellement religieuse: c'est la conversion au catholicisme de tous les pauvres infidèles qui habitent cette terre et l'extension du royaume de Dieu par la formation d'une nationalité qui est avant tout catholique. »

Nous sommes chanceux que ce plan grandiose ait échoué. Nos « pauvres infidèles », c'est-à-dire nos Indiens et nos Métis et, de plus, tous les pauvres étrangers de ce monde, auraient été invités dans notre État par l'Église elle-même. L'auteur se souvient d'avoir été récompensé par l'adoption symbolique d'un enfant païen de race chinoise pour ses bonnes notes à l'école primaire et a même conservé le certificat en souvenir de la politique folle de notre clergé.

Mais tant que les Canadiens-français faisaient partie d'une ethnie menacée, dont la survie culturelle était considérée comme essentielle à la propagation de la Foi, l'Église joua un rôle plus positif que négatif. Le catholicisme a fourni aux Québécois une barrière contre les éléments étrangers indésirables, tout comme le judaïsme a également protégé ses adhérents au cours des millénaires, les quelques personnes non-européennes qui se marièrent parmi les nôtres purent être absorbées sans compromettre notre culture et notre survie.

Contraste avec la Révolution tranquille

Durant la Révolution tranquille, le mot « foi » fut remplacé par « langue » ; c'est simpliste mais une façon succincte de résumer les changements qui eurent lieu entre 1959 et 1967. Gurjab Singh, le jeune Sikh qui voulait porter un kirpan à l'école, décida en 2002 d'entrer dans une école privée anglophone au lieu de se priver de son couteau. Michèle Ouimet, journaliste à La Presse, écrivait: « Le gouvernement québécois jette dans les bras des écoles anglaises un immigré qui veut s'intégrer dans la société francophone. Quel désastre! »

Pour Mme Ouimet, toute concession est permise pour accroître l'usage du français. Mais est-ce que l'apprentissage de notre langue, tout en rejetant nos autres valeurs, constitue l'intégration dans notre société? C'est certainement l'opinion des multiculturalistes perfides francophones et anglophones.

Comme Jean-Luc Dubuc l'a souligné dans La Tribune de Sherbrooke, dans un article intitulé « En fait, ce n'est pas une histoire de kirpan », et je le cite : « Mais étrangement, il semblerait que la langue soit l'unique bien à préserver parmi tous ceux que nous ont légués nos ancêtres. C'est-à-dire que hors la langue, il n'y aurait aucun autre héritage important à conserver au cœur de notre culture ou de notre patrimoine. Au point que les traditions des autres, des immigrants qui entrent chez nous avec leur propre culture, paraissent toutes plus importantes que les nôtres… »

Au Québec d'antan, l'absorption de ce Sikh par la communauté anglaise aurait été saluée, non seulement par la plèbe, mais surtout par l'élite, avec l'exclamation: « Bon débarras! » En fait, cet individu, à moins d'être converti au catholicisme, n'aurait jamais été autorisé à s'immiscer dans notre société. Je connaissais des amis de mon père, une huguenote et un juif français, qui devinrent anglophones après leur arrivée à Montréal. Telle était l'importance du catholicisme pour les Canadiens-français d'autrefois.

Aujourd'hui, la situation est beaucoup plus précaire. Les Québécois sont confiants et donc moins prudents. Et surtout, en substituant la langue pour la religion, en tant que trait déterminant de la nation, ils ouvrent la porte à l'anéantissement racial et culturel. Nous n'avons qu'à jeter un coup d'œil à l'Europe de Mme Merkel pour imaginer notre effondrement.

La Révolution tranquille était-elle inévitable?

L'Église était, pour notre peuple, une armure épaisse, lourde, protectrice, mais malheureusement encombrante. L'évolution rapide de l'Occident au cours du dix-neuvième et vingtième siècle rendit la Révolution tranquille inévitable.

L'Église nous a protégé par une idéologie ultraconservatrice sur tous les fronts. Notre Église catholique à tendance ultramontaine prit le contrôle de plusieurs aspects clés de notre société pour devenir un État dans l'État. Dans le monde moderne, sa puissance ne pouvait que diminuer comme Nietzsche l'avait prédit, Durant les années 1930, les jeunes nationalistes cherchaient déjà un remplacement. Et certains jeunes intellectuels, parmi les élites, flirtèrent avec le national-socialisme. L'écologiste Pierre Dansereau, par exemple, fut forcé dans les années 1970 de s'excuser d'avoir assisté à une réunion du Parti National-Socialiste-Chrétien d'Adrien Arcand.

L'élite nationaliste se préparait déjà à retirer l'Église des secteurs critiques de notre société, tels que l'éducation bien que les masses populaires remplissaient encore les bancs d'église à pleine capacité et l’auront fait jusqu'à la fin des années 1960.

Peu de temps après 1960, cette nouvelle élite créa le ministère de l'Éducation et de nouveaux manuels scolaires furent réécrits. L'Église vit son emprise sur la société disparaître en moins de 10 ans.

Trudeau et l'échec du nationalisme

Pour la plupart des Québécois éduqués, les changements qui étaient dus requéraient une métamorphose du nationalisme clérical en nationalisme essentiellement laïque. Mon pays d'adoption, le Japon, subit une métamorphose durant la révolution de Meiji sans perdre son âme. Le Canada-français était-il capable d'un tel changement ?

Trudeau, quant à lui, avait prétendu dans une autobiographie de Radio-Canada qu'il remettait déjà en question la pertinence du nationalisme canadien français lorsqu'il était étudiant au Collège Jean-de-Brébeuf. C'était probablement un mensonge compte tenu des révélations récentes sur son passé fasciste, mais passons outre ! Pour le Trudeau de l'après-guerre, ce fut le concept même du nationalisme québécois qui était responsable de la déplorable situation du Canadien-français. L'opposition de Trudeau au gouvernement de Duplessis était vitrioleuse : il s'opposait non seulement à l'Église, mais à l'ensemble du nationalisme québécois. Pour l'ex-fasciste Trudeau, converti fanatique aux idéaux anti-nationalistes de la gauche, le Québec était gouverné par la collusion entre le capitalisme international et le cléricalisme extrême. La domination totale du cléricalisme, selon Trudeau, empêchait qu'une société démocratique puisse émerger d'un projet nationaliste limité au Québec seul. Pour Trudeau, le Québec était une société immature et immorale, incapable de s'autogouverner.

Beaucoup de membres de l'élite antinationaliste, lors de la grève de l'amiante de 1953, acceptèrent les idées de Trudeau. Durant cette période « l'anti-Duplessisme » devint un point de ralliement pour un groupe diversifié de mouvements anti-gouvernementaux.

Trudeau, on doit l'avouer, était conscient des griefs des Québécois francophones. Par exemple, indigné par la conscription durant la Seconde Guerre, qu'il considérait comme une trahison d'une promesse faite aux Canadiens français par le gouvernement King, Trudeau fit des discours pour Jean Drapeau, au moment où Drapeau était un membre important du Bloc Populaire – parti nationaliste anti-conscription fondé en 1942.

En fin de compte, Trudeau, en mondialiste véritable, chercha une solution à l'énigme québécoise venant de l'extérieur au lieu d'une solution issue de notre peuple.

Le biculturalisme et le bilinguisme de Trudeau

Pour Trudeau, le Canadien français réaliserait son plein potentiel si on lui donnait une chance égale au niveau « national » c'est-à-dire dans la fédération canadienne. Cela pourrait être réalisé dans un Canada biculturel peuplé de créatures semblables à lui: bilingues et biculturelles. M. Trudeau pouvait fasciner un public francophone par son esprit cartésien et doctrinaire. En même temps, au moins pendant la « Trudeaumanie » de 1968, un nombre critique de nos compatriotes anglophones furent convertis à ses politiques insensées.

Trudeau croyait que certaines conditions devaient être mises en place pour favoriser le développement de créatures biculturelles comme lui. La vision de Trudeau était contraire à la vision nationaliste canadienne-française, qui croyaient que le Canada aurait dû être officiellement bilingue et biculturel dans la mesure où nous aurions dû avoir des régions officiellement unilingues françaises ou anglaises et peut-être quelques « sous-régions » bilingues. Pour les nationalistes québécois, le biculturalisme et le bilinguisme auraient dû nous mener vers la création d'une fédération composée de régions distinctes sous l'égide d'un gouvernement fédéral décentralisé à l'instar de la confédération helvétique.

Cette ambiguïté, la signification du bilinguisme et la fascination exercée par le Trudeau biculturel, ont hypnotisé et jeté les Québécois dans la confusion. Comme l'a souligné Lysianne Gagnon (La PresseGlobe and Mail), les Québécois ont vu en Trudeau ce qu'ils aimeraient être et en Lévesque ce qu'ils sont en réalité.

En outre, les Québécois ont peut-être utilisé cette confusion pour leur avantage politique, après tout le bilinguisme « à la Trudeau » a favorisé la langue française au niveau fédéral et a fourni un avantage injuste aux Québécois. Puisque l'anglais est maintenant la langue véhiculaire du monde, les Québécois éduqués sont susceptibles de parler l'anglais indépendamment de l'existence d'une partie anglaise du Canada.

Il est donc plus probable qu'un francophone éduqué parle l'anglais pour des raisons qui n'ont rien à voir avec les problèmes internes du Canada.

Trudeau profita du caractère anti-intellectuel du gouvernement duplessiste et des nationalistes de l'après-guerre. Peu de membres du clergé ou des universités de l'époque offrirent des doctrines opposées à celles de Trudeau. Et ceux qui ont osé n'étaient pas du calibre de Trudeau.

Les intellectuels dans les camps nationalistes, comme Hubert Aquin ou Jacques Yvan Morin, n'apparaîtront que dans les années 1960. Mais Trudeau avait déjà caractérisé tous les projets nationalistes comme « irrationnels et sentimentaux ». Certains diront que peut-être que l'attitude incohérente des Québécois, nationalistes et fédéralistes en même temps, conscients de l'importance de leur race et multiculturels, pour un Québec unilingue dans un Canada entièrement bilingue, résulte peut-être des arguments des années 1960 entre les Trudeau et les Aquin, arguments jamais résolus et plaies jamais guéries. Bien des Québécois semblent encore croire que les points de vue multiculturels et nationalistes sont compatibles.

Le danger d'une utopie

Les patriotes québécois et les Canadiens anglais qui voient leur Canada périr sous le multiculturalisme peuvent se poser la question suivante: le biculturalisme de Trudeau, fondé sur les « deux nations fondatrices », était-il nécessairement anti-européen?

À l'instar de la plupart des Québécois, je ne crois pas qu'une fédération fondée sur deux ou plusieurs ethnicités reconnus par la Constitution soit intrinsèquement anti-européenne. Même le biculturalisme à la Trudeau, bien que difficile à réaliser en pratique, n'est pas nécessairement anti-européen. Après tout, les Français sont le résultat de la fusion entre les Francs (et autres barbares germaniques) et les Gallo-romains, alors que la Grande-Bretagne est née en partie du mariage d'Anglo-Saxons, des peuples celtiques autochtones avec les Normands de la France du 11ième siècle.

En fait, l'un des pires admirateurs anti-nationalistes de M. Trudeau, l'écrivain Mordecai Richler, déclara avant sa mort qu'il n'avait jamais aimé le concept des « deux nations fondatrices ». En effet, ce concept aurait consacré, si pris au sérieux, le caractère européen du Canada. Même en 2017, c'est cette question symbolique qui sépare le Québec du reste du Canada. Et même l'activiste anglophone William « pit bull » Johnson, parlant à la radio albertaine, réagissant à l'affirmation « after all isn't this just a question of money », admettait que le problème du Québec était symbolique et ne permet pas une négociation facile : on ne peut trancher un symbole en deux comme une pile de pièces d'or. André Pratte de La Presse, sénateur Pratte devrais-je dire, écrit au Globe and Mail, concernant la victoire de Charest au Québec: « Il existe des problèmes pratiques dans le fonctionnement de la fédération canadienne, qui peuvent être résolus. Il y a aussi un problème symbolique et philosophique plus profond: les Québécois et les autres Canadiens ne s'entendent pas sur la nature de ce pays. Les Québécois croient encore au concept de deux nations, tandis que les autres Canadiens ont tendance à voir le pays comme un tout multiculturel. »

En effet, sous la pression d'un électorat de moins en moins « British » au Canada anglais, Trudeau accepta le passage du biculturalisme au multiculturalisme, croyant que le multiculturalisme serait un antidote au séparatisme québécois. Le multiculturalisme, en traitant tout « héritage » sur un pied d'égalité, relègue l'anglais et le français au niveau de langues véhiculaires, langues communes nécessaires au bon fonctionnement de l'État, une graisse culturelle lubrifiante qui pourraient être remplacée par une autre graisse (chinois ou hindustani), si la population l'exigeait ou la politique mondiale (la Chine devenant une superpuissance) le dictait.

Le Québec contemporain

Trudeau, comme l'a écrit le politicologue Guy Laforest, n'a pas réussi à créer une véritable fédération quand lui seul le pouvait. Trudeau s'est acharné à renforcer son concept de Canada bilingue unitaire en produisant sa fameuse Charte. Guy Laforest l'a résumé ainsi : « Remarquablement bilingue, incontestablement biculturel, M. Trudeau ne cessera pas sitôt de nous fasciner. Pour notre malheur, il a mis sa raison, son idéalisme, le côté doctrinaire incontestablement français de sa personnalité, au service de tout ce qui reste d'impérial dans le fonctionnement de la politique du Canada. »

Ce faisant, Trudeau s'isola dans sa propre province. Vers la fin de sa vie, il rejoignit les grandes gueules du multiculturalisme : Pit Bull Johnson, Diane Francis, Galganov, feu Mordecai Richler et le reste de la cabale en décrivant le Québec comme lieu tribal et raciste. Hélas, d'après moi, le Québec n'est ni assez raciste ni assez tribal.

Malheureusement, le Québec est devenu une société multiculturelle parce que nos nationalistes n'ont rien trouvé pour remplacer l'Église catholique. Peut-être pire à long terme, c'est une société multiculturelle qui marche plus ou moins bien quand nous la comparons avec l'Europe. Et donc, nous sommes portés à croire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Combien de 11 septembre, de Bataclan, de Charlie Hebdo et de meurtres crapuleux comme celui de Lee Rigby à Londres devons-nous endurer avant que nos peuples ne se réveillent?

La vérité est que la mafia trudeauiste dénonce tout nationalisme qui met le moindrement l'accent sur nos racines européennes. Notre pays doit être une feuille de papier vierge où les immigrants peuvent écrire ce qu'ils veulent et l'imposer dans la sphère publique. Et quels immigrants ! coupeurs de clitoris, avorteurs de fœtus féminins et j'en passe. Les membres de notre classe politique ignoble et traître laissent ces immigrants déterminer ce que le Canada devrait être, tout en dénigrant tout ce qui est noble dans la culture de nos ancêtres. « Ô Canada, terre de nos aïeux » : faites-moi rire !

La Révolution tranquille a remplacé le mot « foi » par le mot « langue ». Pour nos nouveaux nationalistes, la survie de la langue française et l'énorme appareil de l'État québécois créé par la Révolution tranquille sont supposés assurer la survie de notre culture.

Dans l'esprit de la cabale multiculturelle, pourquoi le kirpan, l'étoile de David et le croissant de Mohamed seraient-ils moins acceptables que la croix blanche sur le drapeau québécois? Pourquoi, compte tenu du fait que le pouvoir de l'Église catholique a été réduit à presque rien, les symboles religieux non-européens ne devraient-ils pas être intégrés dans notre culture?

Sommes-nous tous des immigrants, comme le disent les colporteurs nauséabonds du multiculturalisme? Comme le disait McPherson dans la Gazette de Montréal, pourquoi le gouvernement québécois doit-il parrainer l'étude d'une musique composée il y a un quart de siècle par des « pure laine » célébrant les charmes rustiques d'une île d'Orléans non polluée par la présence des « autres »?

En effet, pourquoi devrions-nous souligner l'étude d'une philosophie produite il y a 2500 ans par un philosophe raciste, blanc, grec et mort, alors que nous pouvons nager dans le nirvana multiculturel des Desmond Tutu et Martin Luther King?

Quelle est notre culture et pourquoi avons-nous le droit et le devoir de la défendre?

Les Japonais, mes compatriotes, ne se posent même pas la question « 一目瞭然»». Malheureusement, la langue seule ne peut être le pilier de la nation. Notre langue peut être apprise par des musulmans fanatiques et donc elle ne peut à elle seule justifier les critères qui nous permettrons d'exclure les religions et cultures non assimilables. Toute langue véhiculaire, comme l'anglais et même le français, est apprise souvent pour des raisons pratiques par des étrangers qui n'ont aucun amour ni intérêt pour notre peuple et notre culture.

Le multiculturalisme: tueur de la diversité

L'Occident et le monde entier ont désespérément besoin de nations fortes fondées sur des bases culturelles et raciales saines. Contrairement au stéréotype médiatique, je ne suis pas consommé par la haine. Dire qu'une société devrait être fondée sur la famille n'implique pas que le père ou la mère d'une famille déteste les autres familles ou leurs enfants adoptés.

Nous devons simplement ajuster nos priorités. Nous devons d'abord assurer le bien-être de notre famille avant de s'engager dans des actes de charité envers les autres. Charité bien ordonnée commence par soi-même. Nous devons donc nous soucier des nôtres avant de nous inquiéter des autres. Et les autres races et cultures, bien sûr, ont le devoir de s'occuper avant tout de leurs compatriotes.

Si j'écoute la musique de Bach ou respire les parfums de la gastronomie indienne, je suis conscient que ces choses ont été créées parce que les cultures respectives qui les ont produites ont pu jouir d'un espace vital qui leur est propre. Et que cet espace, au moins pendant une longue période, fut exempt de contrôle étranger ou de mélange culturel massif et incontrôlé.

Dans la mesure où les États occidentaux ont adopté le multiculturalisme, il ne reste aucune place où une culture européenne puisse continuer d'évoluer et d'enrichir ainsi le monde. Même certains États orientaux, comme le Japon, sous la pression du mondialisme, doivent maintenant faire face à une immigration massive. Dieu les protège s'ils adoptent le modèle multiculturel au lieu du melting pot.

Si le multiculturalisme triomphe à l'échelle planétaire, chaque nation deviendra identique et, par conséquent, la diversité culturelle diminuera. Le multiculturalisme tue la diversité au niveau mondial. C'est la raison pour laquelle de nombreux groupes préoccupés par la survie raciale ou la survie culturelle de leurs peuples respectifs se joignent aux opposants gauchistes du mondialisme.

Notre identité européenne est le pilier de notre peuple

Aujourd'hui, notre seul espoir de survie est la création d'une nation saine et d'une élite politique consciente que sa mission est fondamentalement la promotion de notre culture européenne. Si nous travaillons pour sa survie au Québec, au Canada et ailleurs, nous préserverons aussi notre culture au Québec. On se doit aussi d'encourager les autres peuples de protéger leur propre culture et non de les polluer avec Hollywood et les autres poisons créés par nos élites multiculturelles et mondialistes.

Comme par le passé, les questions des kirpans ou des mosquées disparaîtront dès que nos élites auront pour but, et seul but principal, la survie de la culture européenne – quel que soit le prix et les sacrifices.

Étienne Forest

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