Dollard le héros de Long Sault : un aventurier français

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Cet article est la version longue du texte de notre porte-parole, Rémi Tremblay, paru aujourd'hui le 23 mai 2016 dans les pages du quotidien français PRÉSENT

Depuis que le Canada existe, la fête de la reine Victoria est célébrée le premier lundi avant le 25 mai. Le Québec étant peu monarchiste et ne se sentant pas représenté par une fête honorant la monarchie étrangère qui le gouverne lui préféra la fête de Dollard des Ormeaux célébrée le même jour. Obligés de célébrer la Fête de la Reine par un décret fédéral, les Canadiens français lui donnèrent donc une connotation nationaliste en honorant un héros local. Seulement, rectitude politique obligeant, Dollard des Ormeaux fut officiellement remplacé en 2002 par le Parti québécois qui instaura officiellement la Fête des Patriotes la même journée que la Fête de Victoria. Pour de nombreux nationalistes, cette journée reste celle de Dollard et non celle des Patriotes qui tentèrent de faire une révolution qu'on pourrait homologuer à la Révolution française de 1789, version canadienne.

L’histoire étant souvent instrumentalisée, peu de gens connaissent aujourd’hui l’histoire de ce grand patriote que fut Dollard des Ormeaux. Cet aventurier français était arrivé dans le nouveau monde en 1657 et s’était alors rendu à Ville-Marie qui deviendrait plus tard Montréal. Reconnu pour son travail acharné, il fut nommé parrain de la fille ainée de Lambert Closse un autre héros canadien français, ce qui démontre bien qu’il n’est pas le bandit que certains ethnomasochistes tentent de dépeindre.

Au mois d’avril 1660, apprenant que les Iroquois voulaient prendre d’assaut la ville, Dollard recruta 16 volontaires français ainsi que 40 Hurons et 4 Algonquins pour aller aux devants des Iroquois reconnus pour leur barbarie.

Croyant qu’ils seraient isolés en petits groupes de dix de chasseurs alors qu’ils reviendraient de la chasse et ne se seraient pas encore regroupés pour l’assaut, Dollard pensait pouvoir stopper leur plan avant qu’ils ne le mettent à exécution. Après tout, en 1653, lors du siège de Trois-Rivières, la capture de 5 meneurs iroquois avait permis de mettre fin au siège.

C’est donc avec ce plan en tête que les volontaires partirent, prêts à y laisser leur vie, d’après Marguerite Bourgeois qui assista au départ.

Dans le secteur de Long Sault, ils tombèrent sur des éclaireurs Iroquois. Ils parvinrent à se réfugier à un fort avoisinant. Pas moins de 300 Iroquois, qui faisaient partie d’une armée de 700 guerriers sensée se rassembler, prennent le fort d’assaut.

L’assaut durera au total une dizaine de jours. Les Iroquois parviennent après une semaine à convaincre plusieurs Indiens qui sont dans le fortin à les rejoindre plutôt que de mourir à court de vivres aux côtés des Français. La ruse fonctionne et il ne reste plus que les 17 Français accompagnés par 6 Amérindiens pour défendre Long Sault. Le 12 mai, l’aventure prendra fin quand Dollard projettera un baril de poudre allumé à ses opposants. Ce baril retombera à l’intérieur du fort après avoir heurté une branche, créant une brèche dans laquelle les assiégeants se ruèrent. Ils capturèrent les 9 derniers survivants dont seul un parvint à s’enfuir pour relater les évènements. Les autres furent torturés à mort.

Leur sacrifice n’est pas vain : les Iroquois repartent et n’attaquent pas Ville-Marie qui put souffler. Constatant que 17 Français les avaient tenus en haleine si longtemps, ils considèrent l’assaut de Ville-Marie comme un échec assuré. M. de Belmont un Sulpicien écrira d’ailleurs dans son Histoire du Canada « Les ennemis furent effrayés de cette résistance et s’enfuirent : sans cela tout estoit perdu. » L’historien Thomas B. Costain ira plus loin en comparant le geste de Dollard à celui de Léonidas aux Thermopyles.

Il faut ici donner la gloire à ces dix-sept Français de Montréal et honorer leurs cendres d'un éloge qui leur est deu avec justice et que nous ne pouvons leur refuser sans ingratitude. Tout estoit perdu s'ils n'eussent péri, et leur malheur a sauvé ce païs, ou du moins a conjuré l'orage qui venoit y fondre…  – Marie de l'Incarnation

Rémi Tremblay
Porte-parole de la Fédération des Québécois de souche 

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