Entretien avec le Père Henri Boulad

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L'islam est devenu une réelle menace pour les sociétés occidentales, mais également pour les communautés chrétiennes vivant en pays musulmans. Le phénomène islamiste est relativement nouveau au Québec, où règne une grande confusion sur ce qu'il représente et sur sa menace qui ne se limite pas uniquement aux attentats sporadiques perpétrés au nom du djihad. Pour nous aider à mieux comprendre ce sujet, nous avons interrogé le Père Henri Boulad, prêtre jésuite égyptien qui était de passage à Québec au printemps dernier. Celui-ci, auteur d'une trentaine de livres, est une sommité mondiale en ce qui a trait à l'islam et l'islamisme.

Le Harfang – Comment expliquez-vous que, dans certains pays (Tunisie, Syrie, Libye), l'Occident finance et arme les groupes islamistes alors qu'on dit les combattre au Mali, en Afghanistan et en Irak?

Père Henri Boulad – C'est de l'opportunisme au sens le plus vil du terme. Je suis dégoûté par un Occident qui brade sans vergogne ses valeurs et ses principes pour des intérêts bassement financiers et économiques. L'Occident se fiche éperdument de la justice, des droits de l'homme et des minorités. Il jouera sur tous les tableaux, tant que cela lui profite. Mais ce jeu dangereux – et écoeurant – se retournera un jour contre lui. Il est en train de creuser sa propre fosse.

H – Vous avez accusé les démocraties occidentales d'avoir su qu'après le printemps arabe, ce serait l'islamiste qui s'installerait. Comment pouvaient-elles savoir?

P. H. B. – Avec tous leurs moyens sophistiqués et leurs services de renseignements, pensez-vous que les démocraties occidentales soient à ce point ignorantes de tous les dessous de ces révolutions ? Non seulement elles savaient que les islamistes prendraient le pouvoir, mais ce sont elles qui les ont promus, poussés, soutenus, mis en place. L'échec du printemps arabe est leur œuvre. C'est d'un machiavélisme à faire vomir. Dans une telle politique, la vie humaine n’a aucun prix et les 70 000 morts de la Syrie – plus tous ceux de la Libye et d’ailleurs – ne font pas le poids face au pétrole et aux autres intérêts géostratégiques de la région.

H – Vous dites que de nombreux Islamistes mentent aux Occidentaux et que cela est même permis, voire encouragé. Pourriez-vous nous donner des clarifications ou exemples?

P. H. B. – La ruse et le mensonge sont non seulement permis, mais encouragés en islam si cela peut aider à promouvoir ce dernier. (Le concept s’appelle Tqiyya. Il est possible de trouver des informations sur ce sujet en ligne.)

H – Y a-t-il une volonté hégémonique islamiste?

P. H. B. – Question vraiment naïve. Cette volonté hégémonique crève les yeux et les islamistes le proclament haut et fort à qui veut l’entendre. L'islam a pour ambition et pour prétention de convertir l'humanité entière. Il est par essence planétaire, universel, à l'instar du christianisme. C'est la prétention de ces deux religions à l'universalité qui explique leur incompatibilité et leur rejet réciproques. Pour le musulman, il n'y a qu'une seule vraie religion, l'islam : « Inna-dîn 'ind-Allah al-Islâm ».

Le musulman a en lui la certitude d'avoir raison, de posséder la vérité. Cette conviction a pour conséquence la froide détermination d'aboutir, de réussir un jour à conquérir le monde, envers et contre tout. Rien ne l'arrêtera.

Car l'islam compte avec le temps. Il a le temps, il a tout le temps, il a toute l'éternité. Il y a dans l'islam la patience infinie du bédouin suivant sa caravane. Ça prendra le temps que ça prendra, mais on y arrivera.

H – Suite aux attentats islamistes (Boston, le 11 septembre, Mérah…), les autorités occidentales se préoccupent toujours des minorités musulmanes et font tout en leur pouvoir pour éviter une stigmatisation. En terre d'islam, les autorités sont-elles autant préoccupées par le bien-être des minorités chrétiennes?

P. H. B. – Deux poids, deux mesures. L'Occident minimise au maximum les méfaits du terrorisme islamique et garde un silence pudique sur les exactions et massacres perpétrés par eux contre les chrétiens. On a l’impression d’une connivence entre l'Occident et les islamistes pour éliminer toute présence chrétienne au Proche et Moyen-Orient.

H – En Occident, vous parlez d'un double standard entre l'islam et le christianisme lorsqu'il est question de liberté d'expression. En quoi consiste ce double standard?

P. H. B. – Ce double standard consiste en une stigmatisation de toute personne ou instance qui ose dire certaines vérités sur l’islam et en un laxisme révoltant contre tout ce que ceux-ci disent ou font contre les chrétiens et les autres. Où sont les condamnations occidentales contre les églises brûlées, les chrétiens massacrés, les mausolées soufis détruits, les horribles persécutions contre les Éthiopiens, les Soudanais, etc ?

H – En quoi l'islam est-il incompatible avec le modèle occidental?

P. H. B. – Voici les principaux points :
– Hégémonie d’un religieux omniprésent et oppressant, au nom d’une charia totalement anachronique imposée au nom d’Allah – une charia qui a réponse à tout et qui prétend régir tous les domaines de la vie et de la société;

  • Absence de reconnaissance du principe d’égalité entre homme et femme, musulman et non-musulman;
  • Refus du concept de démocratie, de citoyenneté, de droit civil, de droits humains, l'islam ne reconnaît d’autre référence que la sienne;
  • Tout au long de son histoire, l'islam s'est systématiquement opposé à toute réflexion critique, d'où ses condamnations répétées contre la pensée libérale : Avicenne, Averroës, Ibn Khaldoun et tous les penseurs contemporains dont la liste est longue;
  • Condamnation aussi de tout le courant mystique, considéré comme hérétique, l'exemple de Hallaj est éloquent.

H – Comment se sortir du complexe de culpabilité occidental?

P. H. B. – En sortant de ce masochisme morbide qui le possède et le paralyse. En faisant la vérité sur le passé et le présent. Jésus nous a dit : « La Vérité vous rendra libres. » Cette vérité, l'Occident est en train de la sacrifier et de la brader au nom du « politiquement correct ». Il nie des évidences et refuse de faire la lumière sur bien des points. Par là, il trahit ses valeurs fondatrices, si chèrement acquises par des siècles de luttes et de combats. On a un peu l’impression d’un Occident châtré, émasculé, tétanisé…

H – Après avoir visité le Québec, quelle est votre opinion sur les accommodements raisonnables envers les musulmans?

P. H. B. – A mon avis, ils représentent une démission coupable et une trahison des principes fondateurs du Québec. A force de tergiverser, de pactiser, de négocier, vous finissez par diluer et nier votre identité. Si celui qui vient chez vous n’y est pas heureux, libre à lui de rentrer chez lui. Votre laxisme est un genre de suicide et je pense que vos politiciens sont gravement coupables de livrer votre pays à ceux qui, à plus ou moins long terme, le détruiront de l’intérieur.

H – Pour mieux comprendre le problème islamiste, vous avez analysé l'islam de façon théologique. Quelle différence y a-t-il entre l'islamisme actuel et l'islam de Mahomet?

P. H. B. – L'islamisme est présent dans l'islam comme le poussin dans l'oeuf, comme le fruit dans la fleur, comme l'arbre dans la graine.

Mais, qu'est-ce que l'islamisme ?

L'islamisme, c'est l'islam politique, porteur d'un projet et d'un modèle de société visant à l'établissement d'un État théocratique fondé sur la charia, seule loi légitime – parce que divine – telle que révélée et consignée dans le Coran et la Sunna, une loi qui a réponse à tout. Il s'agit là d'un projet global et globalisant, total, totalisant, totalitaire.

CAR L'ISLAM EST UN TOUT: une foi et un culte, un horizon et une morale, un mode de vie et une vision du monde. Intransigeant, il offre le salut ou la perdition. L'islam est LA vérité qui ne supporte pas le doute et ses adeptes forment « la meilleure des communautés ». L'Islam se veut A LA FOIS RELIGION, ETAT ET SOCIETE – « dîn wa dawla ». Et c'est ainsi qu'il a été depuis ses plus lointaines origines.

Le passage de la Mecque à Médine, qui marque le début de l'ère musulmane, l'Hégire, signifie que l'islam cesse d'être une simple religion pour devenir État et société. L'Hégire est le moment où Mohammed cesse d'être simple chef religieux pour devenir chef d'État et leader politique.

Pour la préservation de notre peuple,
F.Q.S.

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