Entretien avec le professeur Kevin MacDonald

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Individualisme et nationalisme

Le Harfang, No. 2, vol. 1

Dans la dernière édition du Harfang, M. Jared Taylor nous indiquait que l’individualisme avait eu un impact négatif majeur sur les nations occidentales. Désirant approfondir le sujet, nous avons contacté le professeur Kevin MacDonald qui se réfère souvent, dans ses écrits, à l’individualisme traditionnel occidental pour savoir comment il serait possible de réconcilier le nationalisme et cet individualisme. Kevin MacDonald, professeur de psychologie à l'Université d'État de Californie (Long Beach), est aussi l’éditeur de la revue académique The Occidental Quarterly. Il commente également l’actualité sur son site The Occidental Observer.

Le Harfang – Dans vos ouvrages, vous faites souvent référence au fait que la civilisation ou le modèle de société occidental est plutôt individualiste. Pourriez-vous expliquer cet individualisme occidental et son origine ?

Kevin MacDonald – En me basant sur les recherches anthropologiques et historiques, j’affirme que les Européens ont évolué en tant que chasseurs-cueilleurs nordiques adaptés au froid et aux climats écologiquement plus difficiles. Dans de tels territoires, la pression principale est d’être capable de faire face au climat plutôt qu’à un autre groupe d’individus. Les gens développent des relations basées sur la confiance et la réputation plutôt qu’à un statut d’appartenance. Le compétition entre les groupes est éventuellement devenue un aspect important en Europe, mais même là, les groupes étaient basés sur la réputation plutôt que sur les relations et affinités. Par exemple, les groupes guerriers germaniques se rassemblaient autour d’un leader qui avait réussi ; ce n’était pas basé sur une appartenance liée aux affinités. Cette façon de faire est unique à l’Occident. Au Moyen-Orient, c’est le contraire : traditionnellement, et aujourd’hui encore, le statut d’une personne dans la communauté est entièrement déterminé par les liens d’affinité. Le mariage est endogame (dans la même communauté) alors que chez les Européens, il est exogame (à l’extérieur de la communauté sociale).

L’individualisme suppose ce qu’on pourrait appeler une économie de libre marché dans les relations humaines : les gens sont évalués selon leurs talents et habiletés plutôt que sur leur lien communautaire. L’individualisme est une force extraordinaire pour l’Occident. Ultimement, c’est la raison de la dominance occidentale dans les siècles derniers, de la montée du capitalisme, de la science et du développement des arts. Par contre, il y a également un aspect très négatif dans cette ère de migration massive. Des groupes d’intérêts sont capables de dicter les politiques publiques faisant en sorte que les peuples et cultures de l’Ouest sont rapidement dépossédés, et c’est principalement dû au fait que nous n’avons pas d’esprit communautaire implanté. Les seuls pays qui se permettent de se faire déposséder sont les nations occidentales.

Le Harfang – M. Taylor nous a fait remarqué (entrevue publiée dans le N. 1 Vol 1) que l’individualisme occidental s’est intensifié avec l’abondance de richesses dans notre société avec les années 60. En quoi ce nouvel individualisme matérialiste se différencie-t-il de l’individualisme occidental traditionnel ?

Kevin MacDonald – L’abondance accentue effectivement l’individualisme mais ne crée pas de nouvelles formes d’individualisme. La culture occidentale traditionnelle, bien qu’individualiste en comparaison aux autres cultures importantes, a gardé un contrôle de la sexualité basé sur le Christianisme qui combat l’individualisme. Et la grande majorité des gens n’étaient pas riches et n’avaient donc que très peu de choix dans la vie. La période d’abondance, commençant dans la deuxième partie du XXème siècle, s’est produite à une époque où le contrôle traditionnel de la sexualité s’effritait. Tous les supports traditionnels pour le mariage et la famille se détériorèrent avec des conséquences néfastes pour les classes ouvrières blanches. Les gens étaient plus riches, mais cela signifie qu’ils étaient plus intéressés par leurs possessions et qu’ils étaient davantage à la recherche de plaisir (belles vacances, nourriture riche, passe-temps coûteux et expériences sexuelles). Les riches Blancs furent rapidement capables de fuir l’invasion non-blanche en s’enfermant dans des communautés clôturées et en envoyant leurs enfants dans des écoles privées. La vie est bonne. Ils se concentrent sur leurs possessions et leurs plaisirs et ignorent les conséquences à long terme des changements qu’on voit partout autour de nous.

Le Harfang – Vous avez également écrit sur le genre d’individualisme promu par les néo-marxistes de l’École de Frankfort et les libéraux. En quoi ce nouvel individualisme promu par ces idéologues diffère-t-il de l’individualisme occidental traditionnel ?

Kevin MacDonald – Encore une fois, je ne crois pas qu’il s’agisse d’un type d’individualisme différent. Les néo-marxistes virent l’individualisme comme un antidote au fascisme, qui promeut un fort sentiment d’appartenance au groupe. Ils furent horrifiés de voir que les masses ouvrières d’Europe et d’Amérique ne s’étaient pas converties au communisme et surtout de constater le fait que plusieurs avaient choisi le national-socialisme plutôt que le communisme. Ces intellectuels cherchèrent donc à renforcer l’individualisme et à se débarrasser des sources traditionnelles de cohésion sociale, comme le patriotisme ou l’allégeance religieuse. Un autre objectif important fut de détruire le contrôle traditionnel de la sexualité (comme Herbert Marcuse de l’École de Frankfort). Cela promut une culture d’hédonisme et d'individualisme, de sexe sans intérêt pour la famille et les enfants. Ils ont donc exacerbé l’individualisme, mais n’ont pas créé de nouvel individualisme.

Le Harfang – L’individualisme que nous constatons dans notre société semble se faire au détriment du groupe, ou du moins de l’esprit communautaire. Comment réconcilier l’individualisme occidental avec un nationalisme sain ?

Kevin MacDonald – Tout mouvement tentant de légitimer une identité européenne ou américaine, basée sur des critères raciaux ou ethniques, est sujet à d’immenses contraintes. La grande peur des élites politiques, médiatiques et intellectuelles est la montée d’un autre mouvement de nationalisme ethnique blanc en Occident. Alors il y a d’immenses barrières contre de tels mouvements. Les gens qui expriment publiquement de telles idées peuvent très bien perdre leurs emplois, être ostracisés et humiliés publiquement. C’est le résultat du pouvoir du néo-marxisme dans la structure institutionnelle de l’Occident. J’essaie de légitimer un sens d’intérêt ethnique chez les Occidentaux avec mes textes. D’autres gens devraient utiliser d’autres moyens, comme des manifestations publiques, l’organisation de partis politiques, etc. Je suis impliqué avec l’American Third Position, un petit parti politique américain qui tente de publiciser la légitimité des intérêts ethniques blancs aux Etats-Unis. C’est un processus dangereux par contre, à cause du pouvoir de l’opposition. Plusieurs personnes impliquées publiquement prennent de gros risques pour leur carrière et leur réputation publique. Par contre, je crois que si nous avions assez de ressources financières, nous pourrions changer le monde.

Le Harfang – Vous avez étudié les Juifs dans une perspective évolutionnaire et vous avez réalisé que leur modèle de société, notamment au niveau de l’individu et de la communauté, diffère grandement du nôtre. Pourriez-vous expliquer en quoi?

Kevin MacDonald – Le judaïsme a toujours eu un fort sentiment d’identité commune. Les Juifs proviennent du Moyen-Orient, où les cultures sont traditionnellement très collectivistes plutôt qu’individualistes. Les communautés traditionnelles juives sont organisées très serrées et punissent les Juifs qui dévient des objectifs communs (comme interférer avec les intérêts économiques d’autres Juifs, faire de la délation contre d’autres Juifs à des autorités non-juives), souvent en les excluant. Les Juifs les moins ethnocentriques furent exclus de la communauté alors que les plus ethnocentriques restèrent, pour que la communauté puisse devenir puissamment ethnocentrique. Nous, les Occidentaux, n’avons pas un tel sens de communauté et d’intérêts communs. « Est-ce bon pour les Juifs ? » est beaucoup plus qu’un slogan ; c’est un énoncé qui représente bien la morale juive et comment ils voient le monde. Cela reflète leur collectivisme fondamental. Les Occidentaux, d’un autre côté, mettent en valeur une morale de principes où la morale est séparée des intérêts de la communauté.

Le Harfang – Sans conscience communautaire, quel est l’avenir de l’Occident ?

Kevin MacDonald – Nous allons graduellement être dépossédés et éventuellement, nous serons sujets à la discrimination et la violence des autres peuples. Plusieurs personnes qui migrent vers les pays occidentaux sont hostiles aux peuples et à la culture de l’Ouest. De nombreux musulmans désirent éventuellement transformer les pays occidentaux en États théocratiques islamiques. C’est une vraie possibilité pour plusieurs pays européens. En Amérique, les minorités non-blanches (les Noirs et les Mexicains) ont des rancunes historiques à cause de leur traitement aux mains des Blancs. Le pouvoir des non-Blancs augmente à chaque élection et dans 25 ans ou à peu près, les Blancs seront une minorité politique permanente avec plus ou moins la capacité de se protéger. On pourrait penser qu’à un certain moment, les Blancs s’organiseront comme les autres groupes l’ont fait. La seule question est de savoir s’ils le feront assez rapidement pour se protéger et assurer leur futur.

Le Harfang – Certains idéologues, comme Marx et les communistes en général, ont constaté l’importance de la communauté, mais l’ont appliquée à des groupes économiques, ce qui ne semble pas naturel. Peut-on inventer une communauté sur les bases que l’on souhaite ou cela est-il inné ?

Kevin MacDonald – Les recherches psychologiques démontrent que nous pouvons développer un sens d’appartenance assez fort dans des communautés artificielles, comme entre les fans d’une équipe de football. Mais le nationalisme ethnique est plus puissant à cause de nos liens biologiques et de notre sens partagé de faire partie du même peuple et de la même culture. Quand les sociétés communistes se sont effondrées, elle se sont fractionnées selon des critères ethniques et non des critères de nationalisme civique (comme le principe de démocratie). Aux Etats-Unis, je crois que le patriotisme décline, car les Américains blancs s’identifient moins avec le pays en entier alors qu’il devient de moins en moins blanc. Le nationalisme civique de nos élites est un très faible substitut et peut éventuellement mener à un clivage ethnique ou à un conflit ethnique, incluant la possibilité d’une guerre civile ethnique. Les conflits ethniques sont communs partout autour du globe et il n’y a aucune raison pour laquelle il ne pourrait y avoir de conflits ethniques ici.

Encore, l’horreur de la gauche est la possibilité d’un mouvement de nationalisme ethnique chez les peuples d’origine européenne. Une fois que l’idée de nationalisme ethnique devient légitime, les choses pourraient changer très rapidement. Je n’endosse pas les politiques de l’Allemagne nationale-socialiste, mais elles étaient sans contredit très populaires dans les années 30 et créèrent un sentiment d’appartenance puissant chez les Allemands.

Le Harfang – En critiquant les théories d’Adorno sur la personnalité autoritaire, vous avez constaté que certains types de familles réussissaient mieux à transmettre leurs valeurs à leurs enfants et que ceux-ci avaient également un plus grand sens d’appartenance ethnique à leur communauté. Quel type de famille est le plus adéquat et dans le concret, à quoi ressemble-t-il ?

Kevin MacDonald – Les bonnes familles ont des enfants qui s’identifient à leurs parents et qui sont enclins à faire plaisir à leurs parents. Cela est lié à l’affection parentale. Les parents qui aiment leurs enfants ont des enfants qui les aiment en retour et veulent leur faire plaisir, tout comme un bon mari agit de façon à ne pas aliéner sa femme, notamment en étant fidèle. La raison pour laquelle Adorno et les autres n’aimaient pas ce genre de famille était parce que la plupart n’avaient pas de croyances libérales et réussissaient à transmettre ces croyances non-libérales à leurs enfants. Les bonnes familles transmettent leurs valeurs à leurs enfants, soient-elles libérales ou conservatrices, religieuses ou non. Étant donné que la plupart des familles des années 40 n’avaient pas de croyances libérales, Adorno et les autres mirent en valeur les enfants qui se rebellaient contre leurs parents et rejetaient les valeurs conservatrices de ceux-ci. C’est évident que dans la majorité de ces familles, il n’y avait que très peu d’amour et d’affection. Maintenant, alors que plusieurs de ces familles sont libérales, ces mêmes intellectuels seraient sans aucun doute hostiles aux enfants qui se rebellent contre leurs parents.

Pour la préservation de notre peuple,
F.Q.S.

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