Entretien avec Paul Gottfried

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Peu connu au Québec, Paul Gottfried est un des penseurs paléo-conservateurs les plus connus aux Etats-Unis. Ce professeur d’université fut un ami personnel de Richard Nixon, Sam Francis et Pat Buchanan. Nous fûmes donc surpris de voir une personnalité aussi reconnue prendre la parole à Stockholm, où il dénonça le marxisme culturel promu par l’École de Frankfort. Ayant déjà abordé ce thème à plusieurs reprises dans nos pages, nous avons décidé d’approfondir le sujet avec cette sommité intellectuelle.

Note : M. Gottfried nous fit l’honneur de répondre en français aux quatre premières questions, les questions subséquentes furent traduites de l’anglais par notre équipe.

Le Harfang, Magazine de la FQS, Septembre – Octobre 2013 N0 1, Vol.2. Entretien avec Paul Gottfried p. 11 -13

Harfang – De nos jours, le communisme semble bel et bien éteint. Par contre, il semble que le marxisme, lui, ne le soit pas et même qu'il soit pratiquement omniprésent. Quelle forme prend ce marxisme qu'on peut qualifier de culturel?

Paul Gottfried – À la différence de beaucoup de savants, je n’aperçois pas de grand recouvrement entre le marxisme classique et la (fausse) variante connue comme le marxisme « culturel ». Tout marxisme de bon aloi est aligné sur le contexte socio-économique et ne favorise pas l’intérêt des homosexuels ou des « transgendered ». Bien que les vrais marxistes s’opposent à la culture bourgeoise, cela ne tient aucunement à la répugnance des commerçants et des banquiers pour le féminisme ou la mode de vie saphique. Les marxistes, dans la mesure qu’ils existent encore dans notre société postmoderne, réclament contre la « déraison » de l’économie capitaliste. Ils visent à la « transformation socialiste », pas aux frontières ouvertes ou au relâchement de la moralité chrétienne non plus.

H – Vous mentionnez que le marxisme culturel était un dérivé du marxisme totalement différent du léninisme. En quoi est-il si différent?

PG – J’ai éclairci la différence au-dessus. Il est à ajouter que je prends note dans mes livres des données biographiques, qui auraient conduit les mêmes personnages à se faire attirer par tant le communisme orthodoxe que la forme bidonné du marxisme. À ce groupement ont appartenu des Juifs aliénés du milieu majoritaire chrétien, des artistes antibourgeois et des non-conformistes sexuels. Cela dit, il importe de ne pas confondre les deux points de repère.

H – Dans les années 60, de nombreux groupes militants se sont laissés influencer par les idéologues de l'École de Frankfort et semblent avoir délaisser leur combat révolutionnaire. Par exemple, les Black Panthers se revendiquaient comme des marxistes traditionnels avant d'être séduits par les théories de Marcuse et de se tourner vers un individualisme hédoniste. Dans ce cas, ce marxisme culturel n'a-t-il pas nuit au marxisme conventionnel?

PG – Le plus important pour une explication des raisons pour lesquelles le marxisme céda le rang à un mouvement gauchiste de remplacement était le manque d’accord entre la situation historique et les lois d’airain de l’économisme marxiste. Des soulèvements ont éclaté dans les années 1960 mais pas en raison de la pauvreté de la classe ouvrière réduite au minimum vital, mais en raison raison du mécontentement culturel et psychologique entre les universitaires et surtout à la suite d’une alliance entre des radicaux de métier et des groupements minoritaires (pour la plupart non-Blancs). Cela ne correspond aucunement à l’ensemble de conditions qui doit aboutir à une révolution communiste.

H – Lors de vos années à Yale, vous avez étudié avec Herbert Marcuse, une des têtes de file de l'École de Frankfort. Que retirez-vous de cette expérience?

PG – Je n’ai retiré que peu de mon expérience avec mon professeur, sauf une conscience de son érudition mirifique, notamment dans le champ de la philosophie allemande. À partir de mon exposition à ses discours, je me laissai fléchir au même gout acquis.

H – Parlant de cette fameuse École de Frankfort, certains disent qu'elle n'a pas eu l'influence que la droite lui donne. Que répondez-vous à pareille affirmation?

PG – Je suis totalement en désaccord. Son influence peut être constatée pendant et après la Seconde Guerre mondiale, dans la rééducation des vaincus allemands et la nouvelle définition américaine de démocratie basée sur la « tolérance ». Il est possible que nous aurions atteint le même point sans l’École de Frankfort, mais son influence était certainement présente chez les professeurs, enseignants, écrivains populaires et les psychologues depuis les années 30.

H – Si vous me permettez d'extrapoler un peu, les idées individualistes hédonistes promues par l'École de Frankfort n'ont-elle pas pavé la voie aux libertariens?

PG – Les libertariens ont emprunté une autre trajectoire en se basant sur une position radicalement individualiste promue par des penseurs du XVIIIème et XIXème siècle, comme Tom Paine et Frédéric Bastiat. Ils n’ont pas réellement été affectés par l’École de Frankfort.

H – Existe-t-il des mouvements de pensée dits de droite qui épousent les concepts élaborés par l'École de Frankfort?

PG – Ils n’y a que peu d’individus à droite qui ont consciemment absorbés les concepts critiques de l’École de Frankfort, le feu Samuel Francis, Richard Spencer, Tomislav Sunic et moi-même. Nous avons séparé le grain de l’ivraie.

H – Au niveau de l'identité, en quoi cette théorie est-elle menaçante? Vous avez laissé sous-entendre lors de votre discours à Stockholm (Idées Identitaires 5 – juin 2013) que tout n'était pas mauvais dans le marxisme culturel et qu'il serait possible d'utiliser sa critique à des fins dites de « droite ». Comment est-ce possible?

PG – Je ne crois pas que l’École de Frankfort soit toujours une menace. Ce fut seulement une étape de la route vers l’État et la société multiculturels totalitaires actuels. Elle n’a que frayé, quelque primitif qu’il soit, le chemin pour une forme plus radicale de la manipulation politique et culturelle qui se décrit de nos jours comme la « démocratie libérale » et que je qualifie « l’État gérant thérapeutique ».

H – Il me semble qu'aujourd'hui plus que jamais, avec le mariage homosexuel devenu légal dans plusieurs pays, la théorie du genre qui s'implante dans les écoles, etc, les théories marxistes s'implantent de plus en plus vite. Y a-t-il un espoir de renverser la vapeur?

PG – Étant donné que je considère les doctrines de l’École de Frankfort comme totalement implantées et même embourgeoisées, c’est dur d’imaginer que les choses pourraient changer à court terme. Maintenant, même nos fausses publications conservatrices (voir le site de The American Conservative) s’épanchent de délire sur la thématique des mariages homosexuels. Le Parti républicain à l’échelle nationale est sur le point de planquer la droite religieuse.

Fin.

Pour la préservation de notre peuple,
F.Q.S.

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