Entretien avec Gabriele Adinolfi sur le mouvement Casapound

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Dans le but de mieux comprendre le phénomène CasaPound, nous avons interrogé l'auteur et militant Gabriele Adinolfi qui a participé au livre d'Adriano Scianca portant sur le sujet. Adinolfi est un militant italien connu internationalement notamment pour ses ouvrages (comme Nos belles années de plomb – voir Numéro 1, Volume 1), mais également pour ses contributions à diverses revues. Récemment, il a participé au livre hommage de Synthèse nationale pour Dominique Venner. Bien que les sujets d'entrevue étaient nombreux, c'est uniquement sur CasaPound que nous l'avons interrogé.

Le Harfang – Militant nationaliste dans les années 70 et 80, ensuite exilé en France, comment êtes-vous entré en relation avec CasaPound?

Gabriele Adinolfi – J'ai fait connaissance avec le groupe qui fût à l'origine de CasaPound alors que je participais, avec des camarades, à l’expérience transversale des universités d’été (de 2000 à 2006) et à la Garde d’honneur du tombeau de Benito Mussolini (de 2001 à 2005). Mon fils a toujours été militant de ce groupe qui s’appellait Farenheit 451 et il continue dans CasaPound.


H – Dans votre préface du livre portant sur CasaPound, vous expliquez que CasaPound est quelque chose qui se vit et non quelque chose qui s’explique. Pour vous, qu’est-ce que CasaPound?

GA – Le livre tente d’expliquer comment la CasaPound voit les choses, c'est donc un travail rationnel. Or le rationnel n’a aucune valeur en soi s'il ne sert pas à expliquer ce qui est dicté par le cœur et par les trippes. S’il est vrai que ce livre présente un système de pensée partagé par ceux qui ont choisi la tâche d’en dessiner un, il est aussi vrai qu’il y a beaucoup de monde qui en partage le contenu mais qui n'ont rien à voir avec la CasaPound, ou encore qu’il y a probablement de nombreux militants qui ont d’autres points de vue mais qui se foutent de les affirmer parce que leur sens d’appartenance est primaire.

La CasaPound est surtout une communauté souriante, disciplinée et un peu gasconne que je vois comme une corde tendue entre la tribu urbaine et l’avant-garde.

H – Vous mentionnez également que la répression italienne est plus forte que la répression française. Pourtant, en Italie, de nombreux mouvements nationaux ont pignon sur rue, alors qu’en France, les quelques commerces nationaux sont souvent victimes de vandalisme. En quoi la répression italienne est-elle plus forte?

GA – Pour vous donner une idée, il y a des gens condamnés à deux, voire trois ans de prison simplement pour avoir donné un coup de poing. Quand un mouvement est dissous en Italie, ses membres vont directement en prison et cela pour trois, quatre ans… voire neuf ou dix ! 

Les condamnations en Italie se prononcent sans besoin de preuves, c’est notre système juridique qui le prévoit ainsi. À cela il faut ajouter que ces condamnations sont souvent décidées sans indices et ce, même lorsque l’accusé peut prouver son innocence. Depuis le début des années 70, on dénombre plus de 2000 prisonniers politiques nationalistes. Souvent on attend le jugement en cellule quatre ou cinq ans (il y eut même quelqu’un qui a attendu neuf ans) avant d’être relâché sans aucune poursuite. C’est la planète italienne. Le fait qu’il y ait beaucoup de mouvements qui ont pignon sur rue est dû au magnifique souvenir que les Italiens gardent du fascisme, ainsi qu'aux dizaines de milliers de gens qui militent dans la mouvance qui est vivante d’elle-même et qui s’alimente aussi d’une belle inconscience.

H – Le mouvement CasaPound est un mouvement principalement de la jeunesse. Y a-t-il une continuité entre le mouvement national-révolutionnaire des années 70 et 80 et CasaPound?

GA – Il y a une parenté anthropologique et en bonne partie une continuité symbolique mais l’imaginaire, la tension physique et psychologique, la sociologie de la politique et du spectacle, la transformation, voire la mutation des individus des générations qui sont désormais celles du monde virtuel, induisent surtout des différences dans les réflexes immédiats et dans la façon de se concevoir entre les jeunes d’il y a trente ou quarante ans et ceux d’aujourd’hui.

Il est évident que tout en étant très attentif sur le renouvellement, il n’y a que le cordon ombilical qui m’intéresse.

H – Selon vous, qu’est-ce qui fait la force de ce mouvement?

GA – La cohésion du groupe romain que les autres bannières veulent atteindre. Plus une certaine originalité dans l’expression.

H – Durant les dernières décennies, de nombreux mouvements italiens sont nés et sont morts ou ont été déviés (comme le MSI). Pensez-vous que CasaPound saura perdurer?

GA – Tout d’abord, j’éviterais les raisonnements sur la voie et la déviance parce que dans le réel, les choses ne se passent pas ainsi. Le MSI, par exemple, n’a fait que suivre son chemin et n’être que le fruit de sa semence. Si l’on fait les choses sans volonté de puissance ni stratégie, on devient la proie de la volonté et de la stratégie des autres. Or ce problème est LE problème de pratiquement toute notre mouvance de l’après-guerre.

La CasaPound perdurera, sauf s'il y a répression ou si pour une raison quelconque elle serait privée de son guide. Elle perdurera grâce à sa cohésion communautaire et aux initiatives commerciales entreprises par des différents militants.

J’en suis content mais j’avoue que cette question me paraît un peu trop « moderne ». En fait, elle se fonde sur la reconnaissance de l’originalité et de la spécificité de la CasaPound, alors que tout cela n’a aucune valeur si on le détache de l’originel. Dans le cas contraire, l’originel serait une marque négative.

Tout mouvement, comme tout homme, meurt tôt ou tard. L’important c’est qu’il ait écrit une page d'histoire, non pas une autre histoire et que ceux qui viendront après puissent y trouver des outils pour accomplir leur partie d’une œuvre éternelle.

H – Finalement, il est bien connu que le mouvement CasaPound n’est pas un produit d’exportation; c’est un mouvement italien qui ne pourrait prendre racine ailleurs. Connaissez-vous d’autres mouvements ou organisations avec lesquels nous pourrions comparer CasaPound?

GA – Je ne crois pas. Mais où se situerait le problème? Chaque pays a sa culture, sa mentalité et ses voies. Parfois on peut même dire que chaque région ou chaque ville ont leurs propres spécificités qui ne peuvent être copiées ailleurs.

Chaque expérience authentique (et il n’y en a pas beaucoup d’authentiques) se déroule sur son propre modèle qui est valable dans la mesure où son originalité est une expression caractérisée de l’originel.

La CasaPound vaut pour cela et pas pour d’autre chose. Chacun, ailleurs, vaut ou vaudra dans la mesure où il est capable de se modeler dans le moule de son pays, de sa génération et, surtout, de l’archétype originel.

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