Ernst Jünger, un autre destin européen – Dominique Venner

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ernst-junger-un-autre-destin-europeenMort le 17 février 1998 à près de 103 ans, Ernst Junger, un des philosophes de la pensée nationaliste moderne, fut encensé par les critiques allemandes et françaises de tout horizon politique. Dans cet essai biographique, Dominique Venner nous dresse un portrait de cet auteur et de l'évolution de sa pensée en prenant bien soin de la mettre dans le contexte de son époque. Allant plus loin, Venner nous présente Ernst Junger comme l'archétype européen: le poète guerrier. Mieux encore, il présente le philosophe allemand comme étant « exemplaire pour dévoiler l'idée d’un autre destin européen. »

C’est le volet guerrier qui fera de Junger un poète. Avant tout aventurier, le jeune Ernst mentira en 1913 pour pouvoir joindre la Légion Étrangère dans le but de découvrir l'Afrique, un monde qui le fascine, mais qui malheureusement le déçoit à son arrivée sur le continent noir. Il fuira la Légion et reviendra en Allemagne où l'année suivante, il servira dans l’armée comme officier. Durant la guerre de 14-18, celui-ci sera décoré notamment à cause de la quinzaine de blessures distinctes par balle, obus ou grenade, qu'il subit avant de devoir quitter le front définitivement.

De ces années de guerre, il sortira grandi et entamera sa carrière littéraire en relatant son expérience au front dans le livre Orages d’acier. C’est en 1923 qu'il quittera l'armée pour s’inscrire en sciences naturelles à l’Université de Leipzig. Durant cette période, il participera à ce que l'on nomme la « révolution conservatrice », un mouvement politique et philosophique inspiré par le romantisme allemand, la pensée de Nietzsche et le nationalisme.

Cette révolution rassemble plusieurs tendances, mais possède en commun une féroce opposition au libéralisme et au modernisme. Certaines factions sont férocement anti-communistes alors que d'autres se rapprochent du national bolchévisme. Junger sera lui-même considéré comme de la droite révolutionnaire et croit à une version prussienne de l'État, organisé de façon nationale, sociale, armée et autoritaire.

Venner décrit avec brio cette période de bouillonnement intellectuel et les penseurs qui y prirent part. Il est à noter que, dans cette période, écrivains de gauche et de droite se rencontrent fréquemment et s’inspirent mutuellement. A cette époque, Junger écrit dans plusieurs journaux allemands, mais cessera ses contributions politiques au début des années 30, notamment à cause de l'accession des Nazis au pouvoir. Hitler lui proposa d'ailleurs un poste officiel que celui-ci déclinera.

Junger n’aime pas la version scientiste d'Hitler pour qui tout s’explique par la race. Selon lui, Hitler fait preuve de la même religiosité athée que Lénine en ne se basant que sur la race comme critère de jugement. De plus, comme avec le communiste, l'amélioration n'est que matérielle ; on parle d’une amélioration biologique darwiniste du peuple et non pas spirituelle ou civilisationelle. Pour Junger, les Nazis sont en continuité avec les penseurs rationalistes des Lumières.

Préférant donc la version plus prussienne de l'État, il s'approchera des positions défendues par Hindenburg et plusieurs hauts officiers allemands. Il réalise aussi avec Hitler que la politique n'est pas le royaume des philosophes et des penseurs, mais bien le monde réel des stratèges politiques et de Machiavel, dans lequel il ne se retrouve pas.

Au début de la guerre, Junger fut mobilisé dans la Wermacht et participera à contre-cœur à cette guerre. Lui qui avait été un enthousiaste lors de la Première Guerre mondiale ne voit pas l'utilité d’un tel conflit. Il fera alors partie de l’État-Major de l'Occupation en France, ce qui lui permit de nouer des liens avec nombre d'écrivains et d'artistes français. Il sera en marge de l'attentat contre Hitler le 20 juillet 1944. Informé de l’attentat, mais pas impliqué, il ne subira pas les foudres du régime nazi comme plusieurs de ses amis.

Après la guerre, il fut choqué des atrocités commises par les vainqueurs et les nombreux abus subis par les Allemands. Critique du nazisme, plusieurs de ses livres avaient été interdits sous le Troisième Reich et après la guerre, il sera également interdit de publication par les forces d’occupation britanniques, car trop critiques des atrocités commises par les Alliés.

Il s'éloignera encore davantage du monde de l'actualité et de la politique, tout en continuant à dénoncer implicitement le danger du communisme. Il se décrira comme un anarque, soit quelqu'un vivant en marge de la société et se permettant d'observer et d'analyser ce qui se passe de façon objective. L'anarque renonce au combat, mais n'est toutefois pas vaincu.

La vie de Junger nous rappelle que le destin de l'Europe pourrait être bien différent que celui qu'il vit aujourd'hui. Pour Junger, l'Occidental s'est toujours démarqué par son libre-arbitre qui a fait de lui un explorateur et un inventeur de haut rang. Comme spécificité de l'esprit européen, il souligne également l'esprit chevaleresque qui n'a pas d'égal dans les autres cultures.

A la lumière de ce livre, nous avons une meilleure compréhension de Junger, mais également de Dominique Venner. Son suicide, ultime geste de protestation contre une société anti-européenne décadente, semble être annoncé dans ce livre qui nous en dit autant sur le sujet que sur l'auteur. Venner rappelle tout d’abord que Junger fit l'éloge de la mort volontaire. Discutant le suicide de Moeller van den Bruck, il écrit qu'il « n’a pas conçu son suicide comme une renonciation, mais comme un germe, il a voulu qu'il fut une provocation à l'espérance et à l'émeute. »

Venner termine également son ouvrage en rendant hommage au « poste perdu ». Les guerriers d’élite qui remplissaient ce rôle devaient se sacrifier pour pouvoir ouvrir une brèche dans les formations étanches des piquiers suisses. Sans le sacrifice de ce guerrier, le « poste perdu », la victoire n'aurait pu être possible ou même imaginable. Pour compléter cet hommage au sacrifice personnel au nom d’une plus grande cause, il revient sur la mythique bataille de Salamine où 300 Spartiates se sacrifièrent dans un combat perdu d'avance pour permettre une victoire de la flotte athénienne sur les Perses. Tout comme ces Spartiates, Dominique Venner sacrifia son existence pour la défense de son Europe millénaire.

Ersnt Junger, un autre destin européen. Dominique Venner. Éditions du Rocher, 2009, 234p.

Pour la préservation de notre peuple,
F.Q.S.

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