Ethnopolitics – Samuel Francis

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Francis, Samuel. Ethnopolitics : immigration, race and the American political future, Government Representative Press, 2003, 63 p.

Les États-Unis, en voie de balkanisation, voient de plus en plus l’électorat se diviser en différents groupes ethniques qui votent en bloc pour un parti en particulier. Dans les années 70 et 80, le Parti républicain (surnommé aussi le GOP pour Good old party) avait décidé de s'approprier le vote ethnique blanc avec sa « stratégie sudiste » en parlant des revendications de la classe ouvrière blanche et des Blancs du Sud en général. Cette stratégie lui avait permis de devenir le parti le plus populaire chez les électeurs blancs. Il occupe encore cette position aujourd’hui en regard de ce segment racial toujours majoritaire, mais son avance semble s’amenuiser, notamment à cause de la nouvelle stratégie républicaine. Cessant d'être sudiste, à partir du milieu des années 90, elle deviendra la « stratégie hispanique ».

Grâce à ce virage, le GOP tenta d’attirer le vote des Latinos, ainsi que celui des autres minorités et ce, de plusieurs façons. Il abandonna d'un part le discours prônant des restrictions sur l’immigration, la sécurité de la frontière, le renvoi des clandestins et appuya l’amnistie pour les illégaux ainsi que le bilinguisme dans certains États. En plus, pour présenter un nouveau visage, des candidats issus des minorités ont été mis de l’avant pour démontrer que le Parti n’est pas un parti de « vieux hommes blancs ».

Mais cette stratégie fut un échec retentissant. Bien que les Latinos, les Noirs et les Juifs aient une meilleure estime de ce parti associé depuis toujours à l'élite WASP traditionnelle du pays, cela ne se traduisit pas en votes et hormis les Latinos de Floride (constitués de ses Cubains anti-castristes), les minorités continuent d’appuyer le Parti démocrate en masse.

En fait, comme l’auteur le souligne, avec sa stratégie hispanique, les Républicains ne gagnèrent pas de vote et sembla s’aliéner les électeurs qui formaient sa base, en perdant une partie de l’électorat blanc. Chez ces derniers, les mesures visant à restreindre l’immigration légale et combattre le flux d’illégaux, de même que les mesures visant la sécurité, étaient et demeurent très populaires. Ironiquement, elles le sont aussi chez la majorité des électeurs hispaniques, ce que l’establishment du Parti républicain ne semble pas avoir compris.

Les minorités votent en bloc du coté démocrate principalement parce que les démocrates sont plus à gauche au niveau économique, ce qui favorise les Latinos et les Noirs, généralement moins riches que la moyenne. Donc, peu importe les concessions accordées par le Parti républicain, il ne risque pas de faire de percée majeure dans les blocs ethniques malgré ses efforts soutenus dans ce sens.

Face à cet échec, Samuel Francis appuie l'approche inverse, affirmant qu’il est possible de gagner les élections avec une majorité d’électeurs blancs et ce, avec un faible soutien des minorités. En fait, avec 65% des électeurs blancs, un parti pourrait très bien récolter la majorité sans un seul vote hispanique ou noir (un tel pourcentage peut sembler aberrant dans le contexte québécois/canadien, mais aux États-Unis, le vote se partage uniquement entre deux partis). Pour appuyer ses dires, l’auteur expose quelques scénarios possibles où quelques pourcents de plus d’électeurs blancs ont plus d’impact que les blocs ethniques.

Il faudrait donc s’adresser aux électeurs blancs en proposant des mesures comme des restrictions sur l’immigration, de lutter contre l’immigration illégale, de soutenir ouvertement les droits aux armes à feu, de lutter contre le multiculturalisme et la discrimination positive. Francis écrivit avant l'élection d’Obama. Le phénomène du vote ethnique en bloc ne s’est pas amenuisé, bien au contraire.

Bien que les données s’appliquent aux États-Unis, il est possible de dresser un parallèle avec le Québec où le phénomène de vote ethnique est moins bien documenté. Les groupes ethniques votent en bloc derrière les Libéraux depuis des lustres et ce, malgré le fait que les autres partis les courtisent. Pour la plupart des membres des minorités, le Parti Québécois est considéré comme nationaliste – et donc potentiellement dangereux – et la Coalition Avenir Québec, comme un parti de droite. Comme pour les Républicains des États-Unis, ils ne cessent de faire des concessions et ils ne réussiront jamais à aller chercher une portion significative du vote ethnique. Ils ne parviennent qu'à s'aliéner ceux que l'on surnomme fréquemment « le vrai monde ».

Le seul parti qui, au cours des dernières décennies, a osé parler aux masses blanches fut l’Action Démocratique du Québec, qui décida de ne pas lutter dans les quartiers montréalais où les minorités sont devenues majoritaires. Décidé à aller gagner le vote populaire québécois, Mario Dumont dénonça l’immigration, le multiculturalisme et proposa des mesures populistes visant à plaire aux masses ouvrières blanches. Malheureusement, son successeur Gérard Deltell tenta de séduire le vote ethnique en enlevant toutes les mesures qui auraient pu déplaire aux minorités et le support à l’ADQ chuta dramatiquement jusqu’à ce que celle-ci fut totalement absorbée par la CAQ.

Samuel Francis serait d'accord: c'est là l'enseignement d'Ethnopolitics. L’avenir du Parti Québécois ne réside pas dans le compromis, mais dans la satisfaction des besoins de la majorité ethnique. À trop courtiser les minorités, les partis se coupent de leur base traditionnelle et ce, sans réussir à percer dans les blocs ethniques déjà acquis par d’autres.

Pour la préservation de notre peuple,
F.Q.S.

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