Étonnant Bourgault !

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Le mouvement souverainiste incarné par le Parti québécois stagne depuis le dernier référendum de 1995 et perd constamment des plumes, incapable d’enrayer son déclin. Ayant embrassé la rectitude politique, une approche sociétalement très marquée à gauche, adoptant la position de son adversaire libéral en matière d’immigration, le Parti québécois est concurrencé depuis une dizaine d’années par Québec solidaire qui occupe le même créneau. Les ténors péquistes ont totalement abandonné l’électorat « identitaire » que s’est empressé d’aller courtiser la Coalition avenir Québec, un parti qui à l’origine ne voulait que se concentrer sur les affaires économiques et laisser le social, sociétal et culturel en plan. Bons comptables, les apparatchiks de la CAQ virent dans cet électorat de souche leur future base électorale et c’est ainsi que François Legault délaissa sa démarche « chambre d’affaires » au profit d’une approche « vrai peuple », faisant de l’immigration, de la laïcité et de l’identité ses nouveaux thèmes de prédilection.

Dans le numéro du Harfang de août-septembre 2017 (vol. 5, n. 6), nous nous étions penchés sur les origines du Parti québécois, un parti qui se voulait une alliance entre le Mouvement souveraineté association de René Lévesque et le Ralliement national, entité de droite menée par Gilles Grégoire, un défenseur du nationalisme canadien-français traditionnel. Ce dernier fut éventuellement éjecté, ce qui explique le repositionnement à gauche du parti sur nombre d’enjeux, mais rien dans sa génétique ne permet d’expliquer sa dérape immigrationniste que même son aile gauche, incarnée par Bourgault, dénonçait.

Comme il était fait mention dans ce numéro, le très célèbre Rassemblement pour l’Indépendance nationale (RIN) de ce dernier ne faisait pas partie des organismes ayant fusionné sous la bannière péquiste, car considéré trop à gauche par Lévesque qui craignait que son chef, malgré ses talents oratoires indéniables, effraie le bon peuple. C’est une vérité de La Palisse que d’affirmer que le Parti québécois d’aujourd’hui est beaucoup plus proche des idées de Bourgault que de celles du co-fondateur Gilles Grégoire. Sauf sur l’immigration, domaine dans lequel les apparatchiks péquistes se sont inspirés des tendances en vogue à Ottawa.

Au XXème siècle, les plus vieux s’en souviendront, il était encore possible de discuter de l’immigration, qui était un enjeu comme les autres, sans risquer l’ostracisme et la diabolisation. C’était une thématique dont on pouvait débattre et sur laquelle on pouvait émettre une opinion. Le débat n’était pas encore cadenassé.

Il va de soi que nous ne plaçons pas notre combat dans la ligne de celle du RIN; trop d’éléments fondamentaux nous séparent. Certes, l’indépendance et une certaine gauche économique nous rassemblent, mais sur le reste, un canyon nous éloigne, quoique l’immigration pourrait être un autre point commun!

Bourgault faisait un constat alarmant que bien des péquistes émettent en privé mais n’oseront jamais exprimer en public sans s’excuser d’avance et s’autoflageller. L’immigration nuisait à la possibilité d’accéder un jour à l’indépendance et les nouveaux venus entraient inévitablement dans le camp fédéraliste. Et, lucidité exemplaire, il constatait que les efforts que les Québécois déployaient pour séduire ces arrivants qui avaient soi-disant choisi le Québec ne changeaient rien à la donne. Cet échec n’était pas imputable aux Québécois qui en faisaient déjà bien assez pour « des résultats nuls ». La solution était pour lui assez claire : mettre fin à toute immigration. Tout de suite, maintenant, et du moins jusqu’à notre souveraineté qui nous permettrait d’envisager la question sous un angle totalement différent. Provocation ou projet militant, en 1970 dans la revue Point de mire, il suggérait de se rendre « par milliers à Dorval, le jour de l’arrivée d’un avion d’immigrants, pour forcer cet avion à retourner d’où il vient, avec son chargement ». Ce ne fut pas mis à exécution, soyez-en rassuré.

Il justifiait sa position d’abord par le problème de l’assimilation des immigrants à la culture canadienne plutôt qu’à la québécoise, mais aussi par le fait que ces nouveaux venus représentaient « un réservoir inépuisable de cheap labor » nuisant aux revendications sociales des salariés québécois. Était-il un tantinet « complotiste » avant le temps, ou simplement issu d’une époque durant laquelle la lucidité n’était considérée comme suspecte? Il écrivait en majuscules, pour bien souligner l’importance de ses dires, qu’avec la façon dont les choses se passaient « nous disparaissons » chaque jour davantage. Pour survivre, « il faudra plusieurs fois bloquer Dorval » et mettre fin à l’immigration. Ces paroles ne sont pas celles de Gilles Grégoire, qui n’aurait probablement désavoué que leur style, mais bien d’un des plus célèbres représentants de la gauche souverainiste. Il ne portait pas les œillères idéologiques ironiquement inspirées de ces gens qui nient tout concept de nation qu’a adoptées sans réserve le Parti québécois actuel, plus préoccupé à plaire à ceux qui ne voteront jamais pour lui qu’à défendre son électorat de base.

Certes, l’honnêteté nous force à admettre que Bourgault proposait de réévaluer cette position une fois l’indépendance du Québec obtenue. C’est là notre point de rupture. Les années nous séparent des prises de position du chef du RIN. Peut-être que cette ligne édictée s’explique par un souci d’éviter la diabolisation, dont il était conscient, en adoptant une position qui aurait pu être considérée comme « maximaliste ». Ou encore, et c’est fort probable, sa position se justifie par le fait qu’elle a été énoncée dans les années 70 à une époque où l’immigration restait un phénomène marginal qui n’altérait pas de façon profonde la composition démographique des peuples hôtes. Bourgault n’a pas eu conscience que même dans les pays dits libres, l’immigration représente un fiasco monumental qui met en péril les bases de la culture locale, aussi majoritaire et souveraine qu’elle puisse être.

Une autre figure phare du mouvement indépendantiste, Pierre Falardeau, l’avait compris, et resta un farouche opposant à l’immigration de masse en dépit des pressions des apôtres de la rectitude politique. Comme quoi il était un homme réellement libre, contrairement à ceux qui s’en réclament au Parlement.

Rémi Tremblay
Pour la Fédération des Québécois de souche

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