Accommodements électoraux

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L’objectif de cette observation sur le rapport entre la communauté juive et la société québécoise, dans le contexte de l’établissement de la carte électorale fédérale, n’est pas de faire le procès des citoyens juifs du Québec et du Canada. Leurs implications politiques dans la question traitée sont entièrement légales et leur comportement y est relativement naturel. Le but de ce travail est de démontrer les particularités de la vie politique des communautés juives. 

Le projet d’un Québec multiculturel où la laïcité et l’égalité règnent en maîtres en fait rêver plus d’un. Selon les progressistes les plus zélés, ce sont d’abord et avant tout les citoyens rétrogrades et mal instruits qui demeurent réfractaires au choix de direction dans laquelle le reste du Québec désire s’engager. Beaucoup trop de gauchistes endoctrinés s’imaginent le Québec du futur comme un grand territoire où tout le monde vit en harmonie, partageant une nouvelle culture pluraliste, enrichie de toutes les différences sans distinction de race et de religion. Ils se plaignent ensuite qu’une poignée de nationalistes québécois de souche, qu’ils disent xénophobes et étroits d’esprit, nuise au grand projet commun de la nation. Refuser d’accepter l’intégration des cultes étrangers ou bien critiquer l’un de ceux-ci est, selon les théoriciens du multiculturalisme, un des premiers obstacles à la réalisation du projet. Tous ceux qui forgent et influencent l’opinion publique au Québec se veulent les grands défenseurs du multiculturalisme laïc. Ils n’hésitent pas non plus à se mobiliser lorsqu’une décision politique du gouvernement canadien va à l’encontre des valeurs qu’ils prônent ou lorsqu’un mouvement nationaliste et identitaire fait la promotion des idées qu’il défend. Un événement particulier touchant à la fois au fait identitaire et à la politique fédérale, lors de la Commission de délimitation des circonscriptions électorales canadiennes pour le Québec, est toutefois passé inaperçu.

Une circonscription sur base ethnique et religieuse ?

Le redécoupage a comme objectif premier de garder la taille démographique des circonscriptions le plus près possible du quotient électoral, soit 111 166 citoyens, tout en adaptant les frontières des circonscriptions à certaines réalités. La présentation se lisait donc comme suit : « Notre proposition trouvait un premier appui dans la Loi, laquelle a comme objectifs de rechercher un équilibre optimal dans la taille des diverses circonscriptions et de porter attention à l’existence de communautés d’intérêts de manière à ne pas en réduire indûment la réalité. » Il est difficile, pour quiconque est familier avec le nouveau projet social québécois, de s’imaginer autre chose qu’une particularité économique ou industrielle régionale qui donne aux habitants un bien commun à défendre lorsque nous lisons « communautés d’intérêts ». Qui pourrait croire que des membres influents d’une société, qui met autant l’emphase sur la laïcisation, l’égalité sociale et l’intégration des ethnies, pourraient considérer une religion ou une ethnie comme une « communauté d’intérêts »? Le président de la commission, le juge Jules Allard, laissait pourtant sous-entendre que cela allait être le cas, « en considérant non seulement la parité des électeurs, mais aussi les particularités régionales et communautaires (ethniques, linguistiques, sociales, économiques et géographiques) ». On nous martèle du fait que la réalité ethnique n’a plus rien à voir avec la citoyenneté québécoise et que l’identité est quelque chose qu’il faut oublier. Les personnes chargées de négocier la nouvelle délimitation des circonscriptions électorales québécoises avec le gouvernement fédéral plaçaient la particularité ethnique en tête de liste des éléments à prendre en compte.

Pourtant, le facteur ethnique a visiblement très peu d’influence dans la grande majorité des circonscriptions fédérales au Québec. Malgré les agglomérations particulières d’immigrants de même origine, surtout à Montréal, le fait d’une densité de telle ou telle ethnie influence très peu la vie politique des habitants de la circonscription. Pour les Maghrébins, les Haïtiens, les Chinois, etc., l’agglomération religieuse/ethnique résulte avant tout d’un mode de vie communautaire plutôt accommodant et d’une politique d’intégration des immigrants peu efficace. Que leurs quartiers se retrouvent scindés en deux circonscriptions distinctes leur est bien égal. Il est vrai que certains groupes ethniques ont des ambitions sociopolitiques, mais rares sont ceux qui perçoivent le découpage des circonscriptions comme une stratégie électorale primordiale. La commission a donc donné place à plusieurs consultations sous forme d’audiences publiques dans chacune des régions concernées par les changements au découpage. Certaines régions comme l’Est-du-Québec, dont la vie économique dépend de secteurs industriels particuliers et dans lesquelles chaque circonscription est vitale, ont vu les changements annulés par la logique des choses. Le rapport déposé à la Chambre des communes le 25 février 2013 annonçait donc que des modifications allaient être apportées dans 64 des 75 circonscriptions existantes, en plus de la création de trois nouvelles circonscriptions. Le facteur ethnique considéré par les dirigeants de la commission semblait inapproprié, l’importance de ce dernier devenait pourtant claire une fois que le plan de redécoupage de la circonscription Mont-Royal était annoncé.

Solidarité éléctorale

Le découpage de Mont-Royal fut probablement celui qui suscita la contestation la plus violente au cours de la commission. Cette circonscription, qui contient entièrement les villes de Hampstead, Mont-Royal et Côte-Saint-Luc, ainsi qu'une partie de l'arrondissement de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, était partiellement démantelée en trois circonscriptions dans le plan de redécoupage basé sur la réalité démographique. Ce qui en restait risquait même d’être renommé. Qu’y a-t-il de si spécial à Mont-Royal pour que sa restructuration ait une conséquence aussi significative dans la vie politique de ses citoyens? Ce qui a posé problème, c’est que cette circonscription est l’une des deux plus grandes agglomérations de Juifs au Canada, l’autre étant Thornhill, dans la région de Toronto. Selon le député Cotler, pas moins de 36% de sa population est juive, ce qui fait de Mont-Royal un véritable bloc juif électoral pour qui la représentation politique semble être d’une importance majeure.

La mobilisation juive contre le redécoupage de Mont-Royal est probablement la contestation la plus impressionnante qui a eu lieu durant la Commission. En plus du maire Phillipe Roy et du député fédéral juif en poste depuis 1999, Irwin Cotler, de nombreuses institutions juives se sont jointes au débat. Le Council on Israel and Jewish Affairs (CIJA), la Fédération CJA, la Ometz, la YM-YWHA, l’Hôpital Général Juif, le centre communautaire des Juifs russes ainsi que la Congrégation Shomrim Laboker se sont fermement opposés à toute modification de la circonscription actuelle. Le message est clair, comme l’expliquait Cotler dans son discours à la commission : « Tout changement serait une atteinte aux intérêts et à l’identité de la communauté juive. » Cela démontre que si pour les Québécois de souche, la question des circonscriptions fédérales touche d’abord et avant tout l’économie régionale, les institutions publiques et l’investissement dans les infrastructures, sinon le problème constitutionnel, la communauté juive de Mont-Royal considère la question autrement. Le fait est que, contrairement aux autres communautés québécoises, celle-ci défend plutôt des intérêts privés, ethniques et religieux. Si la majorité de la population du Québec accepte naïvement de jouer le jeu du multiculturalisme, la communauté juive demeure particulièrement ethnocentriste. Un panelliste du journal juif Canadian Jewish News, Yossef Tastassa, nous donne un bon exemple de leur vision ethnique/religieuse des institutions publiques. S’exprimant sur l’importance des établissements juifs au sein des communautés judaïques, il écrit à propos des écoles publiques non-juives dans l’édition du lundi 25 février : «On ne peut pas dire que c’est mauvais, mais il y a des éléments de l’identité juive et israélite qui sont importants pour les Juifs qui ont des intérêts à conserver leur héritage. » Cela pour en revenir aux représentants des institutions juives de Mont-Royal présentes lors de la consultation. Elles aussi témoignaient de l’importance de l’influence juive en affirmant que de diviser la circonscription équivalait à « séparer la communauté de ses établissements » et à « diminuer sa représentation politique ». Cette réaction est visiblement le signe d’une volonté de vivre dans une unité ethnoculturelle épaulée par le gouvernement fédéral, en marge de la société québécoise. Ceux qui connaissent le secteur remarqueront que la communauté s'est d'ailleurs emmurée d'elle-même et que leur territoire est doté de sa propre agence de sécurité.

Étant visiblement une communauté unique, religieuse et assez intime, il semble essentiel pour la population juive de Mont-Royal d’être représentée par un Juif à la Chambre des communes. Les Juifs forment seulement un peu plus que le tiers de la population totale, mais cela leur a été suffisant, grâce à un vote en bloc, pour obtenir cinq mandats consécutifs au candidat libéral Irwin Cotler. Cela signifie un support fédéral à l’intégralité d’une société volontairement distincte de la nôtre, ce qu’« une division de l’électorat juif par le redécoupage de la carte mettrait probablement en péril ». Selon les cosignataires d’une des déclarations déposées à la commission, l’opposition juive est tellement ferme que même si la décision finale suite au rapport sera seulement débattue aux Communes et appliquée pour l’élection de 2015, Cotler affirme déjà que « l’intégrité de Mont-Royal va demeurer et que les recommandations du rapport seront confirmées. » Il faut se rappeler que le redécoupage est planifié selon un calcul qui tient compte d’une certaine logique démographique. Le fait qu’un groupe particulier le conteste pour des raisons ethniques pénalise inévitablement les autres groupes, qui auraient profité démographiquement de la réorganisation logique. Cela explique probablement pourquoi le maire Roy évite toute référence à la communauté juive lorsqu’il dresse le compte-rendu de la consultation dans son communiqué de presse du 12 novembre 2012. Il faut encore une fois se référer au Canadian Jewish News, dans un article de la reporter Janice Arnold daté du 16 novembre 2012, pour constater le mécontentement de la majorité des institutions juives. Un autre article du même journal, encore sous la plume de J. Arnold, en date du 27 février, témoigne des réjouissances de cette victoire dans les communautés juives. La méconnaissance du public vis-à-vis de ces événements, comparée à la propagation pancanadienne de la bonne nouvelle dans les médias juifs, témoigne de la quasi-étanchéité des communautés juives à l’égard de celles non-juives.

Conclusion

Si le juge Allard déclarait vouloir « porter attention à l’existence de communautés d’intérêts de manière à ne pas en réduire indûment la réalité », cela ne concernait visiblement pas la réalité politique québécoise. Le déroulement de cette consultation à Mont-Royal démontre assez clairement que la communauté juive locale réagit en bloc à la moindre décision politique qui pourrait compromettre ses acquis – cela est naturel. Pour leur part, les Québécois de souche en viennent aux concessions chaque fois qu’il est question de laïcité et d’accommodements religieux. On leur répète que c’est la clé du succès du projet social québécois. Les mouvements québécois qui prônent le nationalisme ethnique sont rapidement bombardés de protestations gauchistes. On ne se gêne pas pour dire que leur ethnocentrisme est nuisible à la bonne entente sociale que promet le multiculturalisme. Les événements du découpage de Mont-Royal témoignent de la présence d’un autre genre d’ethnocentrisme chez la communauté juive. Aucun média gauchiste, aucun ministre provincial, aucun groupe de pression multiculturaliste n’ont dénoncé la réaction juive. Bien au contraire, c’est plutôt le seul fait de mentionner cette réaction juive, sans même la dénoncer, qui risque d’attirer la foudre des fanatiques du multiculturalisme. Il est relativement légitime, pour la communauté juive, de vouloir conserver son héritage culturel, identitaire et religieux. Pourquoi ne le serait-ce pas pour les Québécois de souche?

Fédération des Québécois de souche
Pour la reconquête de notre peuple


Sources: 

http://www.redecoupage-federal-redistribution.ca/content.asp section=qc&dir=mem&document=index&lang=f
http://www.redecoupage-federal-redistribution.ca/content.asp?document=index&lang=f§ion=qc
http://www.cjnews.com/montreal/community-objects-mount-royal%E2%80%99s-demise
http://www.cerji.ca/article-dinterets/centre-welcomes-decision-on-mont-royal-riding/

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