Adhésion du Parti Québécois à l’Internationale Socialiste

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Nous vous offrons ici en exclusivité un document provenant des archives du Parti Québécois, il s’agit de la demande d’adhésion à l’Internationale Socialiste par René Lévesque datant du 06 décembre 1982. Le Nouveau Parti Démocratique est également membre de ce regroupement international.

Nous notons également que la personne à qui la lettre est adressée, Willy Brandt a une histoire trouble. Un ouvrage datant de 1999, Polyamique, histoire d’un chef d’état, épisodique de Moscou de Pierre de Villemarest (un ancien résistant, membre des services de contre-espionnage français devenu un spécialiste des relations internationales) nous en apprend d’avantage à son sujet. Willy Brandt a été élu président de l’Internationale Socialiste en 1976 et fut également Chancelier d’Allemagne de l’Ouest ainsi qu’un ami de François Mitterrand. La démission de Willy Brandt comme Chancelier le 07 mai 1974 est dû à la découverte en 1973 du rôle de l’un de ses assistants personnels Günter Guillaume, comme espion à la solde de l’URSS. Or Pierre de Villemarest nous apprend que Willy Brandt avait comme nom code « Polyamique » et fut lui-même à la solde du KGB.

René Lévesque lui-meme dans un entretien avec Victor Teboul le 31 mai 1982, sur les ondes de Radio-Canada s'avoua etre  un internationaliste, plutot qu'un nationaliste.

« Celle-là et puis la guerre de Corée, et puis enfin tout ce que j’en ai vu et puis forcément toutes les choses qu’on a pu lire après, oui, on sort de la internationaliste. Certains problèmes fondamentaux devraient être réglés à l’échelle mondiale par une autorité mondiale que tout le monde finirait par accepter. Alors il me semble qu’à ce point de vue-là, on ne peut pas faire autrement que d’être internationaliste ». – Victor Teboul, René Lévesque et la communauté juive, Éditions Les Intouchables, 2011, p. 28-29.

Nous rappelons également l’amitié de longue date entre Pierre Eliott-Trudeau (qui avoua une sympathie envers Fidel Castro entre autres) et sa participation à Cité Libre avec ce dernier ainsi que le rôle de Gérald Godin un marxiste avoué dans le gouvernement Péquiste. Peut-on alors se surprendre des politiques résolument à gauche, antinationaliste, et anticatholique du Parti Québécois ?

Voici une copie du document en question:

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Transcription:

7370, rue St-Hubert
Montréal, Québec H2R 2N3
Tel. : (514) 270-5400
Québec, le 6 décembre 1982
Monsieur Willy Brandt
Président de l’Internationale Socialiste
88a, St. John’s Wood High street
LONDRES NW8 7SJ
Grande-Bretagne


Monsieur le président,
Fondé il y a moins de quinze ans, comptant plus de 200 000 membres, bien enraciné dans tous les milieux, porté au pouvoir en 1976, voyant son mandant renouvelé lors du scrutin général d’avril 1981, financé uniquement par les individus qui le composent, le Parti Québécois est devenu un des partis de masse les plus importants du monde occidental, surtout si l’on tient compte du fait que le Québec ne compte qu’un peu plus de six millions d’habitants.


Porteur des aspirations nationales et progressistes du peuple québécois, il entend affirmer sa présence sur la scène internationale et multiplier les contacts et les échanges avec les formations politiques d’autres payes qui partagent des objectifs similaires aux siens.


Dans cet esprit, conformément au vœu exprimé par les délégués réunis au congrès national en février dernier, le Parti Québécois, par la résolution de son Conseil exécutif national en date du 26 novembre 1982, sollicite de devenir membre de plein droit de l’Internationale Socialiste, ce lieu de rassemblement mondial, absolument essentiel, des forces du progrès et de la liberté.


Condamnant toute forme autoritaire et oppressive de gouvernement, de nature communiste ou fasciste, conscient aussi de la nécessité de corriger les abus du capitalisme en faisant prévaloir les droits et libertés de la personne et l’intérêt général de la collectivité sur ceux des groupes privilégiés et trop puissants, le Parti Québécois adhère sans aucune restriction aux principes énoncés dans les déclarations de Francfort (1951) et d’Olso (1962).


Dans son programme officiel, le Parti Québécois déclare que l’objectif premier de tout parti social-démocrate est :

« D’accroître sans cesse le niveau démocratique d’une société. Il s’agit non seulement d’assurer théoriquement les libertés fondamentales et le maintien d’institutions démocratiques, amis de faire que ces libertés puissent être réellement à la portée de tous et de toutes et que ces institutions servent à accroître la liberté de ceux et de celles qui en sont le plus privés. Ce qui est recherché est donc l’élimination de la discrimination et des inégalités dans les relations humaines, l’abolition de tout privilège de classe, l’accroissement de la qualité de la vie pour les personnes les plus démunies de notre société et la plus large participation possible de chaque citoyen et de chaque citoyenne aux décisions qui les concernent ».

En fait, tout autant par son programme que par les politiques réalisées depuis qu’elle exerce le pouvoir, notre formation politique mène une expérience à la fois originale et prometteuse, unique en Amérique du Nord, d’émancipation nationale, de démocratie sociale et économique, de respect des droits des minorités et des groupes ethniques.

Les initiatives suivantes ont notamment été prises : référendum sur le statut politique du peuple québécois : démocratisation radicale du financement des partis politiques, excluant par la loi toute participation autre que celle des individus, avec une aide complémentaire de l’État; efforts soutenus afin d’alléger le fardeau fiscal des gens à revenu modeste et de redistribuer plus équitablement la richesse collective; régime public et universel d’assurance automobile; extension et vigueur nouvelle insufflée au secteur public de l’économie; mesures en vue de favoriser la syndicalisation et d’assurer une meilleure protection de la santé et de la sécurité des salariés; « Charte de la langue française » visant à assurer l’égalité des chances de la grande majorité des travailleurs Québécois, de langue française, tout en reconnaissant et protégeant les droits de la minorité anglophone; décentralisation de l’appareil gouvernemental et participation accrue des citoyens aux instances administratives; protection rigoureuse de l’environnement et du territoire agricole; premières tentatives de concertation des principaux agents socio-économiques; enfin une Charte des droits et libertés de la personne que nous croyons la plus progressiste en Amérique.

Pour toutes les raisons que je viens d’évoquer, je formule avec confiance, monsieur le président, le vœu que notre demande d’adhésion soit accueillie favorablement par votre Bureau de direction.

Avec l’expression de ma haute considération,

René Lévesque

Président du Parti Québécois

Voir aussi: Philippe Poulin. « La tentative d’adhésion du Parti québécois à l’internationale socialiste », dans Bulletin d'histoire politique, vol. 6, numéro 3, printemps 1998, pp. 86-106

Pour la préservation de notre peuple,
F.Q.S.

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