L’adoption et la marchandisation de l’enfant

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Jadis, l’adoption était un recours essentiellement local pour les familles à grand cœur ou ne pouvant avoir leur propres enfants, mais avec la mondialisation, c’est un véritable marché qui ouvre ses portes vers les familles riches des pays occidentaux. Cette situation pose plusieurs problèmes éthiques que nous allons tenter d’aborder.

Qu’est-ce que l’adoption au Québec ? 

L’adoption de Québécois est encadrée et les futurs parents ne paient pas pour avoir adopté un bambin ou un enfant. Par contre, le temps d’attente pour adopter un enfant au Québec est d’environ six ans, alors qu’adopter un étranger prend en moyenne quinze mois. Selon une enquête de Denis Lalonde pour le site Canoë, il y a deux moyens d’adopter des petits Québécois. La première est directement après l’accouchement d’une mère qui a donné son accord et la seconde de « banque mixte » est sous la recommandation du Département de la protection de la jeunesse (DPJ).

L’adoption de banque mixte est généralement plus rapide que l’adoption régulière et celle-ci peut avoir lieu entre six et dix-huit mois, mais l’enfant est généralement enlevé de son milieu familial et est souvent plus âgé. Par contre, la famille doit être préalablement une famille d’accueil et l’enfant a toujours un contact avec les parents biologiques jusqu’à ce que la cour juge qu’il soit officiellement mis en adoption.

Les autres avant les nôtres

La raison principale des adoptions à l’étranger est donc le temps d’attente et le risque de ne pas pouvoir adopter l’enfant si les parents biologiques améliorent leur situation sociale et familiale. Cependant, selon le chef du service d’adoption au Centre jeunesse de Montréal, Denis Dupuis, seulement environ 7% des enfants reviennent dans leurs familles biologiques. Il ne s’agit pas là d’un pourcentage suffisant pour effrayer des parents adoptifs, puisque 93% n’y retournent pas.

Le milieu familial antérieur n’est pas non plus un facteur suffisant puisque celui d’un enfant adopté à l’étranger est souvent parfaitement inconnu. Ces enfants présentent donc des risques aussi élevés d’avoir eu un début de vie difficile que les enfants mis en adoption au Québec et proviennent souvent de pays sous l’emprise d’une extrême pauvreté.

Alors, qu’est-ce qui motive les parents à débourser un montant de 10 000 à 30 000$ pour un enfant provenant de l’étranger si ce n’est que l’avantage de la rapidité de la transaction ? Surtout lorsque faire de même au Québec est complètement gratuit et qu’il y a même un financement accordé aux familles d’accueil. Est-ce justement le fait que le parent biologique n’a aucun recours et aucune possibilité de revoir son enfant ? Que malgré ses recherches futures, l’enfant ne retrouvera probablement jamais ses parents ou sa famille biologique, aussi fort qu’il en ressente le besoin? Ne voyons-nous pas là justement une marchandisation de l’enfant et particulièrement ceux du Tiers-monde ? Ne voyons-nous pas une manifestation du « j’ai payé donc cela m’appartient », un rejet complet du lien biologique extrêmement fort qui unit les parents à son enfant, ainsi qu'un refus de considérer la future quête ou besoin identitaire de l’enfant adopté qui, un jour, voyant sa différence, se posera sans doute des questions sur sa culture et famille d’origine ? Et qu’en est-il du risque que l’enfant ait possiblement été mis en adoption de force ? Cette possibilité est aussi réelle mais certains préfèrent prendre ce risque que de voir apparaître des années plus tard les parents biologiques venus perturber le lien qu’ils ont si chèrement payé.

Des questions dures, certes, mais néanmoins réelles et nécessaires à poser. Somme-nous donc face à une forme de charité déplacée, où les autres passent avant les nôtres, ou à un égoïsme occidental qui s’accapare les enfants des autres peuples pour combler ses propres besoins, laissant des conséquences à peine imaginables à des milliers de kilomètres.

Des troubles accentués chez les enfants adoptés à l’étranger

Plusieurs études rapportent le fait que les troubles de la personnalité borderline sont nettement plus fréquents chez les enfants adoptés. Une d’entre elles, effectuée par Wilson, Green et Soth en 1986, nommée Troubles borderline chez les adoptés, indique « que beaucoup de patients adoptés hospitalisés (10 sur 21) avaient un diagnostic de trouble de la personnalité borderline ».

Le trouble de la personnalité borderline est un trouble de la personnalité désignant de nombreuses anomalies psychologiques, caractérisé par une variabilité des émotions. La caractéristique la plus majeure de ce trouble est l'importante instabilité dans les relations interpersonnelles, dans l'image et l'identité de soi, dans les émotions.

Le trouble d’identité, évidemment, est accentué lorsque l’enfant ne ressemble pas aux parents et provient d’une culture et d’une identité complètement différentes. À titre d’exemple, Hjern A, Lindblad F, et Vinnerljung B., duCentre d’épidémiologie de Stockholm en Suède, dans une étude datant de 2002 nommée Suicide, maladie psychiatrique et inadaptation sociale chez les personnes adoptées venant d'un autre pays, conclut que « les adoptés ont un fort risque de problèmes mentaux graves et d'inadaptation sociale à l'adolescence et au début de l'âge adulte ». S’ensuit l’avertissement suivant : « Nous prévenons les professionnels de fournir une considération appropriée à ce fort risque de suicide chez les patients adoptés d'un autre pays ».

Un article de Sophie Allard dans le journal La Presse du 14 janvier 2003, Les enfants adoptés à l'étranger ont une côte raide à remonter, nous fait prendre conscience d’une panoplie d’autres problèmes en lien avec l’adoption à l’étranger. En voici quelques extraits:

« L'un des faits marquants est que la majorité des enfants adoptés au Québec présentent des troubles cognitifs à leur arrivée. C'est notamment le cas de 68% des enfants provenant de Russie, 39% des enfants originaires de Chine. »

« Il en va de même pour le développement moteur pour lequel encore là on estime à 16% des enfants de la population générale le retard léger à sévère alors que les taux sont de 59% pour la Russie et 31% pour la Chine. »

« La Presse signale plusieurs autres problèmes, notamment: '' la malnutrition et un petits poids (un enfant adopté sur deux), une petite taille (40% des Russes), une circonférence crânienne inférieure à la normale (35% des Chinoises), des maladies respiratoires (65% des Chinoises), des problèmes de peau (de 40 à 60% de tous les enfants), des maladies organiques (50% des enfants russes), le crâne plat (45% des Chinoises) et le syndrome alcoolo-fœtal chez les Russes.'' »

L’identité 

La question de l’identité revient souvent concernant l’enfant étranger étant adopté. Certains se demandent alors: sont-ils Québécois? La logique s’applique ici et entendre parfois les acrobaties du langage pour expliquer la situation fait souvent sourire. Un enfant adopté par des Québécois mais d’origine africaine ou chinoise est ce qu’il est tout simplement, soit un Africain ou un Chinois de culture québécoise. Nier une partie de son identité ou l’effacer alors qu’elle est visiblement évidente, pour la personne concernée comme pour les autres, est selon nous d’une flagrante hypocrisie et a tendance à amplifier la confusion qui règne autour du débat identitaire des Québécois et l'identité des adoptés. C'est d’ailleurs l’avis de la psychologue Diane Quévillon, dans un article du 6 avril 2011 pour la journaliste Louise Leduc, dans lequelle elle mentionne « qu'il y a toujours eu de ces enfants qui souffrent de problèmes identitaires, qui trouvent difficile de ne pas ressembler à leur famille, d'être les seuls à avoir les yeux bridés, d'être incapables de parler leur langue d'origine, mais de nos jours, les enfants arrivent souvent avec des problèmes plus profonds. En France, le pédopsychiatre Pierre Lévy-Soussan croit que 10% à 15% des familles n'arrivent pas à créer de lien avec l'enfant adopté. Les enfants sont alors soit confiés à des services sociaux, soit confiés à des tiers – un pensionnat, par exemple. »

L’identité est donc ethnique et culturelle. Dire le contraire ne peut qu’embrouiller davantage le débat au profit de ceux qui luttent pour une société apatride.

Conclusion

L’adoption est un geste noble en soi lorsque celui-ci est pratiqué chez nous et pour nos enfants, mais lorsque nous payons pour « importer » un enfant comme un bien matériel, en le déracinant de son pays et de sa famille biologique sans savoir les circonstances de la mise en adoption, cela nous laisse perplexes, surtout lorsqu’il est connu que cette extraction causera probablement davantage de tort à l’enfant lorsqu’il grandira. La situation est d’autant plus fâcheuse lorsque tant d’enfants ici-même au Québec attendent d’être accueillis dans une famille.

Pour la préservation de notre peuple,
F.Q.S.

Voir aussi: Les usines à bébés du Nigéria

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