Laïcité et immigration

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Texte paru dans la revue Le Harfang

Certains s'imaginent que la Charte des valeurs ou de la laïcité va aider à solutionner le problème posé par l'intégration des immigrants. C'est là une dangereuse illusion. Les promoteurs de la Charte sont souvent des partisans d'une immigration nombreuse (actuellement, le Québec reçoit 50 000 immigrants par année, presque l'équivalent de 1% des Québécois de souche) et ils sont prompts à accuser de racisme quiconque met en doute l'opportunité d'un tel rythme. Ils croient qu'on pourra éviter que cette immigration massive remette en cause la prédominance du peuple québécois sur son propre territoire grâce à l'assimilation et ils s'imaginent que c'est en empêchant ces derniers d'afficher des signes religieux qu'on y parviendra plus rapidement.

L'illusion qu'il est possible d'assimiler rapidement des personnes de souche allogène est nourrie par l'exemple de certains immigrants de deuxième ou troisième génération et des enfants de l'adoption internationale, qui s'expriment et se comportent comme des Québécois de souche. Toutefois, ces exemples sont peu probants. Certes, les personnes de souche allogène élevées dans un milieu composé presque exclusivement de Québécois de souche se sont adaptées à leur environnement, mais leur nature profonde, qui est, comme pour tous les humains, déterminée par leurs gènes, n'a pas changé. Si elles deviennent un jour majoritaires dans leur environnement, c'est cette nature qui prendra le dessus dans leur façon de penser et d'agir, et si elles quittent le milieu québécois pour un autre, c'est à celui-ci qu'elles s'adapteront. De plus, les immigrants ne sont même pas, pour la plupart, élevés dans un milieu principalement québécois, mais dans des familles dont le lien principal est avec la communauté d'origine. Les obliger à renoncer à leurs valeurs et à leurs symboles identitaires religieux, ou plus exactement à les cacher, n'aurait rien pour les inciter à se joindre aux Québécois de souche. Au contraire, cela ne ferait que renforcer leur penchant à rejoindre le milieu anglophone, synonyme de réussite économique et de respect de leurs particularités.

Il n'y a en fait de véritable assimilation que lorsque celle-ci est biologique, c'est-à-dire lorsque les nouveaux arrivants se sont complètement métissés avec le peuple d'accueil. Dans ce contexte, on doit se demander si l'assimilation complète d'une immigration allogène nombreuse ne constitue pas une pire menace pour la survie de notre nation que le maintien de ces immigrants dans des communautés ethniques distinctes. L'identité de chaque nation ethnique a une base génétique. On ne parle pas ici de races pures, ce qui n'existe nulle part, mais de combinaisons héréditaires spécifiques avec des caractères qui leur sont propres. Advenant un métissage des Québécois de souche avec un nombre élevé d'immigrants allogènes, le visage de notre peuple serait changé substantiellement. Le résultat ne serait pas nécessairement moins bon, il ne sera pas nécessairement meilleur non plus, mais ne sera plus nous, assurément.

Chaque groupe humain doit lutter pour lui-même. Ce faisant, il contribue à maintenir la biodiversité, par un paradoxe apparent que nos bonnes âmes universalistes de bon aloi ne peuvent résoudre. Chaque peuple doit, pour son propre bien et pour celui du genre humain en général, pouvoir conserver son identité. Cette diversité serait compromise par un métissage universel qui présenterait les mêmes dangers que la monoculture dans le domaine agricole. Dans le cas du Québec, le but des vrais nationalistes doit être la survie biologique de notre nation ethnique que nous sentons vivre en nous. Cela ne veut pas dire que les autres nations ethniques sont d'une valeur moindre. Cependant, des gestes doivent être posés pour assurer que notre peuple demeure très nettement majoritaire sur son territoire. Seule une politique nataliste peut réaliser cet exploit.

Les valeurs traditionnelles auxquelles adhèrent plusieurs communautés immigrantes font en sorte que leur fécondité surpasse de beaucoup celle des Québécois de souche. Alors qu'un peuple à la démographie dynamique a peu à craindre de l'immigration, ce n'est pas le cas du peuple québécois, que la perte de ses valeurs traditionnelles a rendu vulnérable. Une immigration massive, comme c'est le cas actuellement, risque donc de conduire, à terme, à une véritable substitution de populations. La solution logique serait un moratoire sur l'immigration, tant que les Québécois ne se seront pas renforcés grâce à un retour à leurs valeurs traditionnelles. C'est sans doute trop demander aux promoteurs de la Charte des valeurs, qui ne songent pas un instant à mettre un frein à l'immigration. Ils s'acharnent plutôt à forcer les communautés immigrantes au renoncement de leurs valeurs traditionnelles, tout en parachevant la destruction des nôtres. Certes, la Charte des valeurs aurait, par inadvertance plutôt que par des propos délibéré, un effet dissuasif sur l'immigration. Mais ne serait-il pas préférable d'opter pour une approche consistant à rétablir la vitalité démographique des Québécois de souche?

La Charte et les valeurs québécoises

Selon les promoteurs de la Charte des valeurs, celle-ci aurait pour but de protéger les valeurs québécoises, mais leur discours donne à penser que le but principal de l'exercice est de détruire une fois pour toutes nos valeurs traditionnelles. Les valeurs dont se réclament les promoteurs de la Charte sont celles de la secte politiquement correcte et de la mouvance gauchiste, soit les valeurs frelatées héritées de la Révolution tranquille elles-mêmes importées de France. Ce sont là des valeurs étrangères à notre nature, imposées par une clique d'intellectuels déracinés qui ont pris, dans les années 1950, le contrôle des médias, en particulier la télévision, alors en plein développement. Au laïcisme républicain s'ajoutèrent l'hédonisme (le plaisir, la sexualité sans limite, le moindre effort, les droits sans les devoirs) et autres valeurs funestes encourageant des comportements (que je ne citerai pas, chacun ayant son lobby pour attaquer ceux qui les critiquent) dont le moins qu'on puisse dire est qu'ils ne favorisent pas la santé d'un peuple et le bon fonctionnement de sa société. Le fait que ces valeurs obtiennent aujourd'hui l'adhésion d'une part importante des Québécois est la preuve qu'une minorité peut mutiler l'identité de la masse grâce à la passivité de cette dernière ou même son approbation enthousiaste, lorsque ces corrupteurs de nations font appel à ses mauvais instincts. Leurs valeurs destructrices seront associées à la liberté et la responsabilisation individuelle et leurs antithèses plus traditionnelles seront dénigrées dans une haine sans doute proportionnelle à leur mauvaise conscience. Seuls qualifiés à rédiger le contenu des mass-media, ils ont beau jeu de dépeindre la période d'avant la Révolution tranquille comme sinistre et méritant l'appellation de Grande noirceur. Un regard impartial doit plutôt y voir un âge d'or sur les plans du développement économique et démographique, et de l'équilibre social et humain : moins de plaisir, plus de bonheur!

Les véritables valeurs québécoises, ce sont les valeurs traditionnelles et non celles dont se réclament les promoteurs de la charte. Ce sont les valeurs pour lesquelles nos ancêtres ont lutté toute leur vie et que nos parents se sont efforcés de nous transmettre; attachement à la patrie, à la famille, esprit de devoir et de sacrifice, sens du travail bien fait, honnêteté, mépris du luxe. Le catholicisme et son symbole, le crucifix de l'Assemblée nationale, en font partie intégrante et il n'est pas nécessaire d'être pratiquant pour le reconnaître. Ce sont ces valeurs que mes parents m'ont transmises lorsque nous chantions ensemble, lors de la procession de la Fête-Dieu, le « Nous voulons Dieu ».

Ceci dit, il y a lieu de faire quelques remarques à propos des valeurs présentées comme centrales par les promoteurs de la charte, a savoir la laïcité et l'égalité hommes-femmes. Concernant la laïcité, il est quelque peu surprenant de la voir présentée comme la valeur principale des québécois, dont l'existence comme peuple distinct est à bien des égards une réalisation du catholicisme. On peut reprocher bien des choses à l'Église catholique, comme le caractère inconstant de son nationalisme, son défaitisme face à la révolution tranquille, sa propension à se laisser infiltrer par des christo-marxistes, le célibat des prêtres, qui a eu pour effet de laisser sans descendance tout une partie de notre population. Certains ajouteraient les abus sexuels de certains membres du clergé. Toutefois, malgré que les médias montent actuellement ces derniers en épingle , il s'agissait de cas relativement rares, qui étaient le fait de personnes faibles dans leurs convictions morales et désorientées face à la sexualisation galopante de l'environnement social introduite par la révolution tranquille.

Par contre, le catholicisme a été le promoteur des valeurs traditionnelles qui ont forgé notre identité et assuré notre survie comme peuple. N'en déplaise aux féministes enragées qui accusent l'Église d'être l'instrument de la domination masculine, elle a été la première institution à avoir donné un rôle dirigeant à des femmes, en leur donnant la responsabilité de diriger des communautés des hôpitaux, des écoles. En fait, ce serait plutôt le catholicisme religion d'État qui serait conforme à nos vraies valeurs.

Quant à l'égalité hommes-femmes, personne ne songe aujourd'hui à nier le droit des femmes à avoir accès aux mêmes possibilités que les hommes. La difficulté est de concilier ce droit avec les nécessités de la survie biologique de la nation et c'est à la mise en place de moyens concrets d'y parvenir que devraient tendre les efforts et non à la recherche maniaque de l'égalité en tout. Celle-ci, qu'on appelle l'égalitarisme, est une excellente recette pour créer un état de conflit perpétuel. Comme le disait fort justement Mussolini, en biologie, l'égalité n'existe qu'au cimetière; comme les inégalités font partie inhérente de la réalité, cela donnera toujours aux professionnels de la contestation des occasions pour appliquer leurs talents destructeurs. D'ailleurs, les mesures destinées à établir l'égalité sont plus souvent qu'autrement la source d'aberrations et d'injustices, et elles ne produisent rien qu'une politique de respect strict du mérite et de la compétence ne ferait plus efficacement.

Conclusion

Selon un sondage publié au début du débat sur la Charte des valeurs, celle-ci recevrait le soutien d'une bonne partie des Québécois d'orientation plus traditionnelle. Ces gens s'aveuglent s'ils croient que l'effet de la Charte se limitera à restreindre l'abus des accommodements accordés aux immigrants. Au contraire, l'effet principal pourrait être d'empêcher encore davantage les valeurs traditionnelles auxquelles ces gens sont attachés de s'affirmer. Doivent-ils attendre, pour s'en rendre compte, que leurs églises soient fermées, que l'enseignement de leur religion soit interdit, que le seul fait d'être connu comme chrétien soit un motif de renvoi? La Charte passe à côté du vrai problème, à savoir que les niveaux d'immigration actuels sont trop élevés, compte tenu de la stagnation démographique des Québécois de souche. Plutôt que de proscrire les valeurs traditionnelles des Québécois, il faudrait les faire renaître. A l'égard des personnes des communautés immigrantes, il est peut-être opportun de restreindre les accommodements qui leur sont octroyés, mais à quoi bon les forcer à renoncer aux signes visibles de leur appartenance s'il faut en contrepartie mutiler encore davantage notre propre identité?

Québec, le 6 décembre 2013.
Charles-Edouard Boilard

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