Le collectivisme juif et sa justice

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Le mutisme des politiciens (dont plusieurs sont pourtant initiés au fonctionnement politique des communautés juives) et le sensationnalisme des médias ont fait du Québécois moyen un véritable ignorant en matière de culture israélite.

On crée des scandales insignifiants à propos de fenêtres givrées ou de stationnements illégaux et on nous fait miroiter une véritable parodie de la diaspora juive. Derrière cette façade de communauté indépendante et un peu grognonne se cache en fait tout un système religieux qui gère les moindres détails du mode de vie des juifs pratiquants. Parler de juifs est toujours ambigu; celui qui s’aventure trop loin sans prendre le temps d’étudier le sujet finit toujours par être accusé d’incompréhension s’il est chanceux, sinon d’antisémitisme.

À Montréal, où la plupart des juifs du Québec sont concentrés, c’est le Vaad Ha’ir qui sert principalement d’encadrement aux communautés juives et qui veille à l’application de la Hallacha, terme qui définit l’ensemble des valeurs et des lois juives. Le Vaad Ha’ir inclut, entre autres, l’organe de certification kacheroute Montreal Kosher (MK) et le Beth Din, un tribunal ecclésiastique juif.

Les juifs pratiquants ont donc un code alimentaire strict et particulier, mais aussi un système de justice indépendant de la cour civile québécoise (qu’ils jugent secondaire) et soumis aux lois des anciennes écritures du Talmud et de la Torah. Beth Din signifie « Maison du jugement ».
 

Une question complexe

Se pencher sur la question des tribunaux juifs n’est pas une mince affaire. La documentation disponible se résume aux écrits que les rabbins font de leurs interprétations des livres sacrés et ceux-ci sont en constante évolution depuis le début de l’histoire israélite. Les rabbins eux-mêmes consacrent leur vie à l’étude du Talmud et de la Torah. Toutefois, les interprétations définitives sont rares. Comme dans les autres cultes, ce sont les différentes interprétations qui forment les différents courants.

Comme la documentation est avant tout destinée aux juifs religieux, les termes hébreux sont omniprésents. Il est très compliqué pour un non-initié de comprendre la signification exacte des textes. Nous laisserons donc aux rabbins l’étude des livres pour aborder le concept de base du tribunal religieux et de son incompatibilité au sein de notre société.

Nous parlons ici du Beth Din montréalais, nous allons donc nous référer à un ouvrage approuvé par le Vaad Ha’irde Montréal pour éviter une incohérence dans les interprétations juives : le guide « Civil Litigation, Insurance Claims, and Halachah: A Practical Guide to Hilchos Arkaos » du rabbin Ari Marburger, un document de vingt pages accompagné de sept lettres d’approbation rabbiniques, disponible sur le site même du Vaad.
 

« Un tribunal pour la nation »

Le premier article du guide de Marburger est déjà éloquent. Intitulé « Prohibition contre les Arkaos » (les Arkaos étant le terme utilisé pour définir les tribunaux non-juifs), ce paragraphe fixe la raison même de l’existence du Beth Din :

« Faire un litige dans une cour civile contre un autre juif viole la prohibition contre les Arkaos (tribunaux non-juifs). Comme Rashi l’explique, faire un litige dans une cour civile provoque un Chillu Hashem et démontre que le juif concerné préfère des valeurs étrangères au Halachah. Shulchan Aruch emploi un langage inhabituellement cru pour décrire le juif qui viole un Arkaos, en affirmant qu’il est un rasha et un blasphémateur. Celui qui viole la prohibition est frappé d’interdiction de témoigner dans le Beth Din, il ne peut être considéré comme un Minyan et devrait être excommunié de la communauté. »

Le juif pratiquant est donc soumis à une loi religieuse qu’il considère supérieure à toute loi civile. La Halachah prévaut et tout autre ensemble de lois et de valeurs est considéré comme étranger à la « nation juive ». Même s'ils sont légalement citoyens québécois, ces juifs religieux admettent que notre système de justice civile passe au second rang, puisque les lois québécoises sont considérées comme étrangères et que ceux-ci (les juifs religieux) s’affirment « nation » dans la nation.

Mais que se passe-t-il lorsqu’un juif est appelé à témoigner dans une cour civile québécoise? Si le litige ou la poursuite vise un non-juif qui refuse de se soumettre aux lois religieuses, quelles sont les avenues possibles pour le juif religieux soucieux de respecter les lois de la Halachah?

« Si le défendant refuse de se soumettre à la juridiction du Beth Din, le parti juif peut recevoir un Heter Arkaos, qui lui permet d’aller défendre ses droits en cour civile. Le Beth Din invite habituellement le défendant trois fois dans un Din Torah (tribunal de la Torah). Si le défendant répond négativement, le Beth Din émettra un Heter Arkaos. »

Le Heter Arkaos est la permission ou la bénédiction que les dirigeants du tribunal hébreux donnent au juif impliqué dans un conflit juridique lorsque l’autre parti refuse de se soumettre aux lois de la Torah. Il s’agit de s’assurer que le juif religieux reste fidèle aux valeurs de la Halachah, même s’il sollicite la justice québécoise.

Face à notre réalité nationale

D’abord parce qu’ils vivent une réclusion volontaire et discrète et aussi parce que les médias préfèrent exploiter le sensationnalisme d’une charia islamique intégriste, misogyne et violente, le Québécois moyen n’a jamais entendu parler du Beth Din. Il ignore même que la majorité de son alimentation porte le sceau de la certification cachère du Vaad Ha’ir. Qu’est-ce qui lui ferait croire que les juifs religieux opèrent un gouvernement ecclésiastique qui leur est propre, au sein même du territoire québécois?

Les juifs sont une des plus anciennes communautés culturelles à avoir été accueillie au Québec et, pourtant, ce sont eux que nous connaissons le moins. Ne sommes-nous pas poussés à la tolérance et à la compréhension des communautés ethniques et religieuses depuis l’application des programmes multiculturalistes, qui date déjà de quelques décennies?

C’est que leurs lois religieuses – nous venons d’en avoir un aperçu – sont complètement différentes de la morale d’influence chrétienne adoptée, consciemment ou non, par la majorité des Québécois de souche. Leur comportement nous est, à la limite, inconcevable et cela démontre entre autres la scission entre christianisme et judaïsme; l’incohérence du terme « civilisation judéo-chrétienne ».

L’intolérance religieuse et sociétale qu’imposent le Talmud et la Torah aux juifs pratiquants les a rassemblés dans des ghettos volontaires. Alors que, par simple souci de cohésion sociale, nous rendons à César ce qui est à César en admettant que le rôle de gardien de la justice québécoise revient à l’État.

Si les Québécois veulent qu’un vrai débat ait lieu sur la place et les droits accordés aux diverses communautés ethniques et religieuses du Québec, ils devront d’abord découvrir ce qui se cache derrière la façade, l’image falsifiée que nous avons de la communauté juive religieuse. Il y a les congés de fêtes, les exceptions aux règlements municipaux, les demandes d’accommodements fantaisistes, mais il y a d’autres choses…

Pour la préservation de notre peuple,
F.Q.S.

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