Les immigrants-investisseurs : où va l’argent ?

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Un article intitulé «Immigrants investisseurs: une manne pour les institutions» de la section Argent, du site de nouvelle Canoë datant du 15 novembre 2010, nous apprend quelques faits troublants concernant les programmes d’immigrants investisseurs.

Qu’est-ce que le programme d’immigrants investisseurs? 

Il s’agit d’un programme établi en 1986 et modifié en 1999 qui permet à des personnes d’immigrer au Canada à titre d’investisseurs. L’investisseur-immigrant devra payer 800 000$ et avoir un actif de 1 600 000$. Cet argent est placé dans des obligations et c’est le rendement dégagé qui est versé dans l’économie québécoise. En échange, il obtient la citoyenneté canadienne tout en récupérant la somme investie au bout de cinq ans, et ceci tout en contournant les critères d’évaluation (linguistiques, culturels, niveau d'instruction) établis par les gouvernements provincial et fédéral.

«On entend les gens dire que les immigrants investisseurs se paient une entrée dans la société canadienne. Les réfugiés qui reçoivent la résidence l'ont parce qu'ils sont persécutés. Les travailleurs qualifiés ont démontré des qualifications dont nous avons besoin. Les investisseurs, ce qu'ils ont, c'est de l'argent. Les autres pays à travers le monde veulent aussi avoir des investissements. C'est une réalité simple. Ce n'est pas une injustice», a indiqué le porte-parole d'Immigration Québec, Claude Fradette.

Le problème…

Le problème avec ce programme est que malgré que le gouvernement vante ses mérites, très peu d’argent se rend réellement dans les PME (petites et moyennes entreprises) québécoises. Le montant initial qu’apporte ce programme se situe entre 800 millions et 1,2 milliards de dollars. Mais de cela, seulement un maigre 53 millions (moins de 6%) trouve son chemin vers les PME québécoises. Et même encore, Investissement Québec est incapable de fournir la liste des entreprises qui ont bénéficié de cet argent!

On apprend également que presque le même montant (51 millions) est payé aux courtiers des institutions financières qui pilotent les dossiers et aux primes des intermédiaires qui sont sur le terrain, notamment des cabinets d’avocats. Là aussi, il a été impossible pour les journalistes de connaître l’ampleur des commissions, mais selon une source, « elles seraient très intéressantes». Le cabinet Harvey, qui est dans le domaine, n’a d’ailleurs jamais retourné les appels des journalistes d’Argent.

L’économiste et directeur de l'Institut de recherche en économie contemporaine (IREC), Robert Laplante, se pose de nombreuses questions:

«J'aimerais bien savoir qui profite réellement de ce programme. Je trouve que c'est cher payé pour ce que cela peut nous rapporter. En contrepartie, il semble assez évident que les banques et les maisons de courtage font de belles affaires.»

En plus des courtiers et des intermédiaires, les institutions bancaires retirent également les intérêts des montants qu'elles ont prêtés aux immigrants. Selon une source anonyme proche du milieu:

« Il y a peut-être trop d’argent qui est perdu dans la chaîne, notamment dans les banques ». 

L’institution financière Desjardins n’a d’ailleurs pas caché le fait que le programme est très rentable. Au premier trimestre de 2010, Desjardins lui imputait une partie de la hausse de ses revenus et au moins 25 personnes y travaillent à temps plein. Selon l’économiste Robert Laplante:

«Québec dépense beaucoup d'argent dans ce programme, car on gère les dossiers, on fait les vérifications sur les immigrants. Ça coûte quelque chose!»

Le Conseil des relations interculturelles du Québec a également critiqué le programme, soulignant qu'à peine 10% des immigrants investisseurs restaient au Québec au bout de 10 ans.

Conclusion

Cette enquête d’Olivier Bourque et Michel Munger (Argent) démontre que le programme d’immigrant-investisseur n’est pas rentable pour la société québécoise mais l’est pour le « lobby de l’immigration » composé d’institutions financières, de courtiers et d’intermédiaires qui, eux, siphonnent la majorité de l’argent du programme sans défrayer les coûts de son administration au niveau gouvernemental. Par exemple, en 2011, une recherche/mémoire de MM. Fortin et Paradis a été financée par un regroupement d’institutions financières pour vanter le programme auprès du gouvernement. L’article d’Argent démontre également que le gouvernement n’est pas en mesure (ou refuse délibérément) de fournir la liste d’entreprises qui bénéficient des maigres « profits » du programme et se garde bien de divulguer ses coûts d’administration. Le Québec s’en trouve donc doublement perdant puisque la haute finance et le « lobby » volent la majorité de cet argent et, de plus, nous nous retrouvons avec plusieurs milliers d’immigrants ( ± 132 000 au Canada/an) qui échappèrent aux critères de sélection.

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