Pour l’application d’une politique nataliste québécoise

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Nos coupables

Même si l’on sait que le gouvernement du Québec n’est pas le seul responsable de cette ambiance prétendue de dénatalité actuelle, il en reste un des plus importants influents. Après tout, c’est bel et bien ce gouvernement qui a le dernier mot sur la répartition du budget annuel parmi les ministères, qui eux préparent ensuite les politiques qui seront favorisées.

Toutefois, les gouvernements se succèdent depuis des décennies et boudent, les uns après les autres, la politique nataliste, pour mettre de l’avant des projets politiques misant avant tout sur l’immigration. Finalement, on comprend que c’est le système actuel, la doctrine multiculturaliste au sens large, qui impose les méthodes politiques compatibles avec le courant d’idées qu’il cherche à faire régner.

Il y a deux ministères qui sont plus intéressants à analyser lorsqu’on se penche sur les avantages démographiques, culturels et identitaires qu’une politique nataliste bien appliquée pourrait nous apporter : le ministère de la Famille et des Aînés et le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles. Faire une comparaison entre les rapports de gestion annuels de l’un et l’autre de ces ministères est le meilleur moyen pour démontrer que ce sont les théories farfelues et les doctrines anti-traditionnelles qui passent avant la simple logique démographique. Nous reviendrons sur ces deux ministères plus bas.

Immigration ≠ Renouvellement

Penchons-nous d’abord sur la logique ignorée. Oui, l’immigration a pour effet une augmentation de la population, mais il y a un détail : elle n’influence en rien le taux de fécondité du Québec. Celui-ci, qui se situe à environ 1.6 enfant par femme, demeure bien en-dessous du seuil de renouvellement, que l’on estime à 2,1 enfants. Cela s’explique entre autres par le fait que le taux de fécondité des immigrantes, même s’il est légèrement supérieur (1,82 contre 1,54 chez les natives), reste sous le seuil de renouvellement. Chez les immigrantes de deuxième génération, le taux devient inférieur à celui des natives, chutant à 1.4 enfant par femme.

Pour soutenir une augmentation de la population en utilisant l’immigration, le taux d’immigrants doit sans cesse être rajusté proportionnellement à la croissance démographique engendrée, de manière exponentielle et infinie. Beaucoup d’experts vont dans ce sens, comme le démographe français Henri Léridon, qui compare habilement cette situation au mythe des Danaïdes, condamnées en enfer à remplir d’eau le tonneau sans fond.

La véritable solution pour un renouvellement sain et logique de la population du Québec serait donc de favoriser la natalité pour augmenter le taux de fécondité au-dessus du seuil de 2.1 enfants par femme. C’est d'ailleurs ce qu’affirment Marois et Dubreuil dans leur fameux ouvrage Le Remède imaginaire : « Une hausse de la fécondité est le seul remède contre le vieillissement de la population. »

Une planification absurde

Avant d’entreprendre les rapports annuels des deux ministères concernés, jetons un œil au document de planification publié par le MICC pour la préparation des consultations publiques sur les politiques d’immigration à adopter pour la période 2012-2015. Les calculs ont été commandés par le ministère à l’Institut statistique du Québec (ISQ).

On y apprend qu’avec un taux de fécondité stable à 1,65 enfant par femme et un volume d’admissions annuelles de 40 000 immigrants, la population retomberait en décroissance dès 2050 pour atteindre 8,8 millions en 2056. Pour ce qui est des 55 000 immigrants par année que le MICC a décidé d’accueillir suite à ces consultations, ils nous permettront d’atteindre, dans une lente croissance démographique, le 9,6 millions en 2056, pour ensuite décroitre dans les années suivantes.

Le ministère lui-même admet dans sa planification que l’immigration ne fait que retarder la décroissance démographique du Québec. On peut y lire que « le vieillissement de la population demeure inévitable ». Le MICC et l’ISQ envisagent un taux de fécondité stable à 1.65 et un volume élevé d’immigration annuelle pour assurer non pas un renouvellement de la population, mais une croissance de la population à renouveler. On ajoute donc 55 000 nouveaux arrivants aux 90 000 naissances (plus ou moins) annuelles pour combler la dépopulation.

Ce que l’on préfère ignorer du côté gouvernemental, c’est qu’une simple augmentation de 0,1 enfant par femme équivaut déjà à une augmentation de 5000 naissances par année. Donc, en atteignant le seuil de renouvellement, nous aurions comme résultat d’ajouter 22 500 naissances par année. Dépasser le seuil pour atteindre 2,65 (1 enfant de plus par femme) viendrait ajouter 50 000 naissances par année au nombre actuel.

Le gouvernement cible donc 55 000 immigrants par année sans espérer aucun rapprochement du seuil de renouvellement, alors qu’il ferait d’une pierre deux coups en stimulant le taux de fécondité pour cibler un dépassement du seuil de renouvellement et une augmentation de 50 000 naissances par année. Si une moyenne de 2,65 enfants par femme vous semble irréaliste, sachez que cette moyenne était d’au moins 4 enfants dans les années 60.

Le MFA face au MICC

Il faut l’admettre, au point de vue budgétaire, le ministère de la Famille et des Aînés est un véritable géant face au ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles. C’est que les réseaux de garderies, qui sont devenues une véritable institution gouvernementale, sont incluses dans son budget de dépenses qui atteint la somme de 2,4 milliards de dollars. Les budgets annuels des deux ministères sont en fait divisés en plusieurs éléments où les millions de dollars sont répartis.

Le MICC dépensait à lui seul 168,7 millions de dollars en 2011-2012 : 42 millions dans les services d’intégration, 26 millions pour les ressources humaines, etc. À ces 168,7 millions vont s’ajouter les dépenses d’autres ministères à des fins d’intégration et de francisation qui atteignaient, pour la même année, 184 M $ (le ministère de l’Éducation, des Loisirs et du Sport dépensait 91,6 M $). Le total des dépenses gouvernementales allouées à l’immigration au Québec est donc de 352 000 000$. Nous n’aborderons pas la question des transferts gouvernementaux aux immigrants où disparaissent encore plusieurs millions.

Voyons maintenant à quoi ressemble le 2,4 milliards du MFA lorsque l’on tient compte de la répartition des dépenses. Ce qui nous intéresse ici, ce sont les mesures visant à améliorer le taux de fécondité. Nous pouvons donc retirer les 18,8 millions alloués à la condition des aînés. Le réseau des garderies a probablement son rôle à jouer dans la planification familiale des Québécois, ne l’oublions pas, mais retirons-le puisqu’il est de plus en plus comparable et même assimilable au système d’éducation provinciale. De plus, les centres de la petite enfance étaient inexistants aux époques où notre taux de fécondité battait des records. À lui seul, le réseau des garderies engloutit 2,2 milliards de dollars; il ne reste donc que 61,5 millions dépensés directement dans l’aide aux familles, l’aide aux enfants et en subventions aux organismes communautaires.

Un projet d’abolition du MICC, tout en réservant un budget de dépense pour intégrer les derniers immigrants retardataires, serait donc réaliste. Des 300 millions de dollars libérés, investis dans les programmes négligés du MFA et/ou dans la création de programmes plus prometteurs, combinés à la mise de l’avant d’une politique nataliste, aboutiraient certainement une hausse significative et efficace du taux de fécondité.

Le régime québécois d'assurance parentale, pour sa part, se trouve à être une institution gouvernementale indépendante du MFA. Celui-ci se finance par une taxe sur le revenu des citoyens. Cela n'a donc rien à voir avec une mise de l'avant de politiques natalistes.

Le modèle russe

Surtout par ceux qui n'ont aucun intérêt à la voir appliquée, la politique nataliste nous est présentée comme un vestige du passé québécois que nous ne connaîtrons plus jamais. Que voulez-vous, ce mode de vie sociale serait révolu…

Le redressement démographique de la Russie lors de la dernière décennie démontre toutefois que même dans l'ère du modernisme, le succès d'une politique nataliste est possible. Grâce à la création de « primes de maternité », qui sont en fait un montant d'argent remis à la mère à chaque nouvel enfant, ainsi qu'à la création de « primes d'accouchement » payées aux sage-femmes, la Russie passait d'un taux de 8,27 naissances par 1000 habitants en 1999 à un taux de 13,3 naissances par 1000 habitants en 2013.

Ce n'est pas tout. Cette fameuse prime de maternité russe est assez significative. Pour son deuxième enfant, la mère reçoit l'équivalent de 40 000$ (1 250 000 roubles russes), puis 41 500$ pour le troisième (1 300 000 roubles).

Les ressources, mais pas la volonté

Cela fait beaucoup de chiffres et de détails techniques mais, au bout du compte, c’est bien simple. D’un côté, nous avons une solution (lire un problème) relativement coûteuse, temporaire et sans issue : l’immigration. Celle-ci nous coûtera bientôt 400 millions (au minimum) annuellement et les dépenses ne cesseront d’augmenter jusqu’à ce que l’on retombe à la case départ, dans une cinquantaine d’années. Nous avons de l’autre côté des programmes négligés, auxquels le gouvernement s’intéresse peu, qui ramassent les miettes (61,5 millions de miettes) du géant des CPE.

Abandonner l’immigration, investir dans des politiques natalistes, régler le problème de la dénatalité en stimulant les taux de fécondité, c’est possible. Cette humble recherche le prouve et de nombreux démographes le démontrent depuis des années. C’est d’ailleurs la seule solution viable selon eux.

Un gouvernement qui se lancerait dans des politiques natalistes sérieuses se retrouverait par contre devant une armée de théoriciens du multiculturalisme, de doctrinaires gauchistes et d’immigrants scandalisés. Mais que pourraient-ils dire devant les chiffres et les faits, devant la preuve qu’un tour de force démographique est possible sans l’implication de l’international?

Pour la préservation de notre peuple,
F.Q.S.


Références:

i Alain Bélanger et Stéphane Gilbert, « La fécondité des immigrantes et de leurs filles nées au Canada », Rapport sur l’état de la population du canada, Statistique Canada, 2002

ii Henri Léridon, « Vieillissement démographique et migrations : quand les Nations Unies veulent remplir le tonneau des Danaïdes », Population et société no.358, 2000.

iii Benoit Dubreuil et Guillaume Marois, Le remède imaginaire : pourquoi l’immigration ne sauvera pas le Québec, Éditions Boréal, 2011

ix Planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015, ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, avril 2011

x Rapport de gestion 2011-2012, ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, novembre 2012

xi Rapport annuel 2011-2021, ministère de la Famille et des Ainés, novembre 2012

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