Génétique et population fondatrice du Québec

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Le texte provient du site internet de Génizon Bio-science. Genizon BioSciences est une compagnie québécoise située à Montréal dont la mission première est la découverte de gènes responsables de différentes maladies.

Une histoire unique

Grâce à son histoire unique, la population canadienne-française du Québec est une des populations les plus intéressantes pour la recherche de gènes.

Une population fondatrice est un ensemble de personnes qui descendent toutes d'un petit nombre d'ancêtres communs; pour des raisons culturelles, religieuses, linguistiques, géographiques ou autres, cette population s'est multipliée durant plusieurs générations dans un état d'isolement relatif par rapport aux groupes avoisinants en l'absence de mariages mixtes.

En raison de son âge relativement jeune, du nombre limité de ses fondateurs et de sa taille actuelle très importante, la population fondatrice du Québec est une des populations les plus intéressantes pour la cartographie génique:

Peu de mariages mixtes

De par son contexte historique, le Québec se caractérise par un déséquilibre de liaison (partage génétique) optimal en raison de sa fondation, il y a 12 à 16 générations, par seulement 2 600 fondateurs effectifs, ainsi que de la multiplication par 80 de sa population au cours des 230 dernières années, avec une dilution génétique minime par mariages mixtes.

Il existe au Québec beaucoup moins de variation pour les gènes de maladies connus, comparativement à d'autres populations, ce qui rend plus facile l'identification des variations existantes (pour plusieurs gènes de maladies connus qui ont été étudiés au Québec, le nombre de variations pathologiques était de 5 ou moins, alors qu'il se situait entre 60 et plus de 1 000 dans d'autres populations). La croissance de la population du Québec dans un état d'isolement relatif a maintenu un niveau élevé de partage génétique, ce qui donne encore plus de puissance aux méthodes de recherche de gènes pathologiques employées en génétique des populations. Aujourd'hui, 68 % du bagage génétique est dérivé des 2 600 fondateurs, ce qui facilite la détection des gènes à un coût raisonnable.

La plus vaste population fondatrice

Avec ses 6 millions d'habitants d'origine Canadienne Française, le Québec est aujourd'hui l'endroit au monde qui abrite la plus vaste population fondatrice. Pour les études génétiques, cela permet de recruter rapidement un grand nombre de participants tout en assurant une meilleure sélection.

Le Projet BALSAC et le Programme de recherche en démographie historique de l'Université de Montréal constituent une documentation détaillée de la généalogie de la vaste majorité de la population fondatrice du Québec, depuis sa fondation jusqu'au temps présent. L'accès à ces bases de données facilite le processus de découverte de gènes.

On estime que la population actuelle du Québec est issue d'environ 2 600 personnes qui sont arrivées de France il y a 12 à 16 générations, entre 1608 (fondation de la Nouvelle-France) et 1760 (conquête de la Nouvelle-France par les Britanniques). En 1760, la Nouvelle-France avait accueilli 15 000 immigrants français, mais on estime que jusqu'à 10 000 d'entre eux sont retournés à leur pays d'origine, et la moitié de ceux qui sont restés a migré vers l'Ouest.

L'immigration en provenance de France a pratiquement cessé par la suite, et les mariages mixtes avec la population anglaise furent limités pour des raisons culturelles, linguistiques, religieuses et historiques. La population a d'emblée connu une expansion très rapide : pour chaque couple fondateur, on comptait en moyenne 36 enfants et petits-enfants. Il s'est également produit un phénomène de « dérive génétique démographique », où quelques familles très prolifiques ont assuré une contribution importante à la croissance de la population, ce qui a augmenté son homogénéité génétique. Entre 1830 et 1930, plus d'un million de personnes ont émigré aux États-Unis, laissant sur place une population de seulement 1 million de personnes en 1930 et amenuisant considérablement la généalogie des familles locales.

La population canadienne-française actuelle est principalement issue d'une croissance très rapide de la population de colons originale. Au cours des 230 dernières années, la population du Québec a été multipliée par 80, alors que pendant la même période la population de la France, par exemple, n'a été multipliée que par 6. Avec ses 6 millions d'habitants, le Québec est actuellement l'endroit au monde qui abrite la plus vaste population fondatrice génétiquement homogène. En outre, il existe au Québec certaines sous-populations comme celle du Saguenay-Lac-Saint-Jean au sein desquelles le degré d'homogénéité génétique est encore plus important. Cette région a été fondée par environ 600 colons provenant de Charlevoix, et a connu une croissance dans un état d'isolement relatif jusqu'au chiffre actuel d'environ 300 000 habitants.

Informations complémentaires:

  • « Selon le démographe Bertrand Desjardins, les gènes amérindiens chez les descendants québécois des pionniers français seraient aujourd'hui de l'ordre de 0.3%. […] Les autochtones ont donc été marginalisés, ou plutôt ont poursuivi leur mode de vie traditionnel en se tenant à l'écart de la société blanche où leur apport démographique s'avère plutôt négligeable. » (Robert Larin, Brève histoire du peuplement européen en Nouvelle-France, p.65-66)
  • « Un de nos archivistes (…) a compulsé les vieux documents de notre première histoire; il a examiné 2 226 232 actes de nos anciens régistres. Et il a relevé, en l'espace de deux siècles, 94 mariages entre Français et indiennes et quatre exactement jusqu'à la date de 1665. En plus, il a pu démontrer que ces métis n'avaient laissé parmi nous aucune descendance, leurs familles s'étant éteintes avant la fin du XVIIIe siècle. Oh ! Je veux bien que le déshonneur ne soit pas si grand d'avoir communié, par le mélange des sangs, à l'âme des vieilles races indigènes. On nous cite parfois, je le sais encore, quelque grand homme d'Etat américain qui se targue volontiers, et même avec orgeuil, de porter dans ses veines quelques gouttes de sang des vieux Mohawks ou des vieux Delawares. Quant à nous, il suffit à notre fierté d'avoir dans les veines le sang de France et de n'avoir que celui-là. » (Abbé Lionel Groulx, La France d'Outre-Mer, p.6-7)

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