Géopolitique d’un Québec souverain Avec Dimitri Kitsikis

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Les souverainistes se sont intéressés à différents aspects de la souveraineté et de sa faisabilité. Dans un monde où l’argent règne en maître, c’est davantage l’aspect économique qui fut mis de l’avant. La faisabilité géopolitique, ainsi que ses conséquences ne furent que rarement abordées par les grands mouvements politiques se réclamant de la souveraineté. Question de combler ce vide, nous avons interrogé Dimitri Kitsikis (en mars 2017), professeur émérite du département d’Histoire de l’Université d’Ottawa, membre régulier de la Société royale du Canada et président d’honneur de la Fondation publique Dimitri Kitsikis.

Le Harfang – De nombreux aspects de l’indépendance du Québec ont été étudiés par les think-tanks et les partis souverainistes au cours des dernières décennies. Considérez-vous que l’aspect géopolitique a été suffisamment étudié ?

Dimitri Kitsikis – Non. La géopolitique était bannie en Occident (et donc dans son appendice québécois) jusqu’à la chute du camp communiste, en 1989, car elle était considérée liée à Karl Haushofer et à la théorie hitlérienne de l’espace vital. Moi-même, en tant que spécialiste de géopolitique, continuateur de Halford Mackinder et de Karl Haushofer, j’étais considéré comme fasciste. De même, était considérée comme anti-scientifique l’étude de la psychologie des peuples, à laquelle je m’adonnais, et comme secondaire toute explication fondée sur le fait civilisationnel et religieux.

Ce qui dominait alors chez les universitaires québécois des relations internationales était une explication marxiste édulcorée de lutte des classes, dans le contexte de l’affrontement entre le camp capitaliste et le camp socialiste. Avec une connaissance presque inexistante de la géographie mondiale, un spécialiste pakistanais du Tibet, à l’Université Laval, était considéré comme un extra-terrestre. Un autre universitaire québécois de relations internationales mettait sur le même pied la Roumanie communiste et la Mongolie communiste, parce que ces deux pays appartenaient à l’époque au camp communiste, sans tenir compte du fait qu’ils étaient inclus, depuis toujours, dans deux régions de civilisation différentes, la Roumanie à la Région intermédiaire et la Mongolie à l’Extrême-Orient.

Après 1989 et la chute du camp communiste, la géopolitique devint à la mode et tous ceux qui s’occupaient de relations internationales s’autoproclamèrent géopoliticiens. Cela devint franchement comique.


H – Projetons-nous dans un scénario fictif de Québec souverain. Croyez-vous qu’un État francophone, au sein d’un bloc anglo-saxon, serait politiquement viable?

DK – Oui et non. Oui, en tant que petit pays, protectorat des États-Unis, comme le Kosovo ou le Koweit, par exemple. Non, en tant que pays puissant et influent, comme l’est Israël, par exemple.

Fondé sur ma connaissance de l’Empire ottoman qui était une confédération multi-religieuse et multi-ethnique, et de son démembrement en États-nations, je considère que la fondation de la Grèce, du Kosovo ou de la Syrie, en tant qu’États-nations, les a rendus entièrement dépendants des Grandes Puissances, alors que son maintien dans l’Empire ottoman leur avait permis de jouir d’une décentralisation administrative et d’une autonomie de leur religion, de leur langue et de leurs coutumes.

Dans l’État indépendant de Grèce, par exemple, il a toujours existé deux partis, celui des indépendantistes qui se félicitaient de la sécession de 1821 et les fédéralistes qui regrettaient que la Grèce se soit détachée de l’Empire ottoman. Aujourd’hui, le camp fédéraliste reprend du poil de la bête. 


H – Quelles garanties aurait un Québec souverain pour se défendre, face à des voisins, comme les Etats-Unis et le Canada ?

DK – Aucune garantie, sauf si le Québec se liait immédiatement, dans un contexte confédéral, à la France.

H – Marine Le Pen, lors de son passage à Québec, a discuté de l’idée de refaire un bloc d’influence, genre Commonwealth, basé sur la francophonie. Par le passé, plusieurs penseurs comme Raoul Roy ont avancé l’idée de francité, ce qui est très différent. Existe-t-il une solidarité francophone et la francophonie pourrait-elle devenir un contrepoids aux puissances anglo-saxonnes ?

DK – Bien que partisan de Marine Le Pen, je considère comme seule planche de salut pour le Québec, non pas le Commonwealth francophone, à l’exemple du Commonwealth britannique, mais la francité, fondée sur la race. Le mot race ne doit pas être pris dans le sens raciste, mais dans le sens de « genos » grec, qui n’est ni la nation, ni la communauté de sang, mais une origine historique commune, fondée sur la langue et la religion.

Je considère que la révolution tranquille au Québec, ainsi que Vatican II en Europe, dans les années 1960, ont été un coup de poignard porté à la francité, car jusqu’à cette époque, l’entité France-Québec était la fille aînée de l’Église. Sa déchristianisation brutale a marqué la fin du fait français. Seul un régime musclé de Marine Le Pen, avec le soutien d’un Québec nationaliste intégriste, pourrait renverser la vapeur. 

H – Par ailleurs, l’émergence d’un monde multipolaire nuirait-il ou serait-il bénéfique à la création d’un Québec souverain ?

DK – Toute unification de la planète sous la houlette du globalisme des banques marque la fin des peuples, des civilisations et des religions. Un monde multipolaire s’impose, fondé sur les civilisations et les cultures. Le monde chrétien ne peut que s’opposer au monde musulman et le Québec appartient au monde chrétien.


H – Plusieurs penseurs, comme Pierre Hillard, avance que les indépendantismes nuisent finalement, car ils affaiblissent les nations face aux organismes supranationaux (Union européenne). Partagez-vous cette opinion et cela s’applique-t-il au Québec ?

DK – L’Union européenne est moribonde. Il s’agit du passé. Les organismes supranationaux sont actuellement aux mains des banques et donc nuisibles. L’indépendantisme doit s’adapter aux confédérations, telles que celle de la francité.


H – L’eau semble devenir un enjeu géopolitique majeur à l’échelle mondiale. Le Québec, importante réserve d’eau potable, en fait-il assez pour défendre cette ressource et en tirer avantage ?

DK – L’eau, mondialement, est devenue aussi importante que le pétrole. Le Québec devrait revendiquer énergiquement sa part, dans l’exploitation de l’Océan arctique qui, de plus en plus, deviendra un centre géopolitique mondial. Le Québec doit avoir les yeux fixés sur le nord, vers la mer Arctique qui la sépare de la Russie, et non vers le sud, vers les Etats-Unis et l’Amérique latine.


H – La religion semble revenir à l’avant-plan, en géopolitique, au Moyen-Orient, mais aussi en Europe de l’Est et même aux Etats-Unis où la religion est souvent invoquée par les néo-conservateurs. Croyez-vous que l’Occident reviendra, à moyen ou long terme, à une religiosité plus marquée ?

DK – André Malraux dans les années 1960, au moment même où le Québec et la France se suicidaient religieusement, avait prévu que le XXIe siècle serait religieux. Actuellement, le Québec demeure une momie déspiritualisée. Il est temps que le catholicisme revienne au galop.

H – Les adhésions à l’OTAN, l’ALENA et autres représentent-elles un boulet pour l’émancipation du Québec ?

DK – L’OTAN a déjà été condamnée par Donald Trump comme surannée. Son arrivée, fort souhaitée, à la présidence des État-Unis donnera la réponse à cette question.

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2 commentaires

  1. La Russie et la Chine ont crée tous les systèmes alternatifs au système anglo-saxon/juif.Ils attendent le moment propice pour le lancer. Lheure nest pas encore venue,ils doivent emmagasiner plus de forces,je dirais 2 à 3 ans,juste le temps de bien affaiblir le camp den face. En ce moment même,ils font des tests,ils analysent,ils attirent à eux chaque jour de nouveaux pays.Ne soyez pas impatient,tout vient à point à qui sait attendre. Celui qui sait attendre,lemporte à tous les coups.Et aujourdhui,la stratégie doit être lattente et ne pas commettre dimpair,ne pas tomber dans le piège de la provocation.Plus les jours passent,plus les mois passent et plus lEmpire judéo/anglo-saxon saffaiblit et plus le monde multipolaire se renforce. Ce qui est important,cest que la Chine et la Russie ont décidé de se passer du dollar et de saffranchir du système de lEmpire.Ils font et feront tout pour arriver à cet objectif.Bien sûr,je nai aucun quils y arriveront à moins dune guerre nucléaire(ce dont je doute).

  2. Réflexions inopportunes sur la géopolitique d’un Québec souverain
    Affirmant avoir été tenu pour fasciste en raison de son intérêt pour la géopolitique, étiquette bien peu infamante car il a fait une intéressante carrière au Département d’histoire de l’Université d’Ottawa, carrière couronnée par son admission au sein de la Société Royale du Canada. au-delà de cette attitude victimaire, Dimitri Kitsikis donnera sans trop se faire prier aussi un texte intitulé « Pour une étude scientifique du fascisme » aux Cahiers de Jeune Nation ; ce texte est disponible sous forme de brochure auprès des Éditions Ars Magna maison proche de la mouvance identitaire et nationaliste-révolutionnaire. Pour les lecteurs du Harfang qui voudrait eux-mêmes juger des positions politiques véritables du professeur, notons qu’il est aussi auteur d’une étude intitulée Jean-Jacques Rousseau et les origines françaises du fascisme publiée chez le même éditeur. maison proche de la mouvance identitaire et nationaliste-révolutionnaire. Pour l’infamie attachée à la géopolitique, l’affirmation est surprenante. L’auteur de ces lignes se souvient d’avoir été initié à la géopolitique au milieu des années 1970, au département des Sciences politiques de l’Université de Montréal, par le professeur Philippe Garrigue et d’avoir découvert avec lui Alfred Mahan aussi bien que Halford John Mackinder, et d’avoir potassé Les maîtres de la stratégie d’Edward Mead Earle.
    « Quelles garanties aurait un Québec souverain pour se défendre, face à ses voisins, comme les États-Unis et le Canada ? », demande-t-on à Kitsikis. En fait, la question à poser est : Pourquoi serions-nous attaqués autrement que par le Canada désireux de défendre son intégrité territoriale ? La réponse du professeur est :« Aucune garantie, sauf si le Québec se liait immédiatement dans un contexte confédéral à la France. » Le professeur Kitsikis ne développe pas le sens des termes « se lier » et « immédiatement » dans sa réponse. Immédiatement, est-ce que cela signifie aujourd’hui ou dès le lendemain de la proclamation des résultats d’une victoire référendaire ou d’une proclamation de la République (ce qui serait déjà trop tard) ? En proposant l’idée d’un pacte confédéral avec la France, il montre une superbe indifférence à la forme constitutionnelle que devrait prendre ce « lien dans un contexte confédéral ». Il semble oublier de plus qu’il faut être « deux pour danser », de même que l’allergie française au fédéralisme. Nous serions de plus handicapés, par la disparition d’un lobby québécois à Paris pour assurer la promotion de cette union confédérale. Ce lobby a disparu avec la déliquescence du gaullisme, un Chirac déjà ne montrait aucun enthousiasme à notre égard ; le parti pris canadien s’est encore accentué avec les libéraux de Giscard d’Estaing et les socialistes de Mitterrand et Hollande. Parions qu’un Macron doit faire meilleur ménage avec Justin Trudeau qu’avec J.-F. Lisée. La politique et surtout la géopolitique ont pour domaine le réel. Si nous ne pouvons compter sur l’appui de la France, nos chances de voir la République du Québec reconnue internationalement se trouveront singulièrement plombées car l’appui français conditionne l’appui des pays francophones de l’Afrique noire, pays qui pourraient nous reconnaître et dont le vote faire pencher la balance en notre faveur dans les grandes organisations internationales.
    Dans cette curieuse entrevue, l’irréalisme du professeur Kitsikis (nous nous bercions d’illusions en croyant que les géopoliticiens étaient des adeptes de la realpolitik) se manifeste une nouvelle fois dans sa réponse à la question suivante : « Projetons-nous dans un scénario fictif de Québec souverain. Croyez-vous qu’un État francophone, au sein d’un bloc anglo-saxon, serait politiquement viable ? » « Oui et non, rétorque-t-il. Oui, en tant que petit pays, protectorat des États-Unis, comme le Kosovo ou le Koweït, par exemple. Non, en tant que pays puissant et influent comme Israël, par exemple ». Nous vivons à l’ombre de la République américaine et comme Canadiens nous sommes déjà un protectorat américain. Les souverainistes québécois souhaitent simplement que leur nation prenne sa place comme État et dispose des leviers législatifs pour prendre en mains son destin. Nous avons vécu des siècles comme colonie anglaise et puis comme province canadienne, essayer le statut de « protectorat » sera peut-être un progrès. Nous sommes curieux de savoir dans les écrits ou les discours de quel leader canadien-français à l’époque ou québécois depuis les années 1960, Kitsikis a tiré cette curieuse idée que le Québec devait être « puissant et influent ». Va pour l’influence, chez les leaders catholiques désireux de voir le Canada français comme un phare de la vraie religion en terre nord-américaine. Son exemple d’État influent surprend d’ailleurs, il faut avoir une curieuse connaissance de l’histoire pour mentionner Israël sans un mot sur l’influence de la diaspora israélite dans la vie politique, sociale et culturelle de plusieurs États occidentaux. Rêve-t-il secrètement à un mur autour du West-Island et d’une « bande de Kirkland » ? Sur sa lancée, le professeur évoque curieusement, l’Empire ottoman : « Fondé sur ma connaissance de l’Empire ottoman qui était une confédération multireligieuse et multi-ethnique et son démembrement en États-nations, je considère que la fondation de la Grèce, du Kosovo ou de la Syrie, en tant qu’États-nations, les a rendus entièrement dépendants des Grandes Puissances alors que son maintien dans l’Empire ottoman leur avait permis de jouir d’une décentralisation administrative et d’une autonomie de leur religion, de leur langue et de leurs coutumes. » Le professeur sait que ses affirmations et « sa connaissance de l’empire ottoman » ont peu de chances d’être contestées par la pléthore de spécialistes de l’empire ottoman et de la Turquie moderne qui peuplent nos universités. Pour un peu nous nous prendrons à envier le sort des Kurdes. Ce que dit Kitsikis de l’Empire ottoman, nous apparaît manquer de nuances : rien sur les massacres des Arméniens en 1915 et celui des Grecs de Smyrne, pendant la guerre gréco-turque, en 1922. Probablement des populations insensibles à « la décentralisation administrative et à l’autonomie de leur religion, de leur langue et de leurs coutumes » dont elles jouissaient. L’honorable professeur ne définit pas ce qu’est une confédération et il nous apprend que l’empire ottoman était une confédération, ce qui implique une association d’États souverains. Il est aussi silencieux sur le statut inférieur des non-musulmans en Terre d’Islam, sur les tributs et taxes à payer par ces derniers. Les considérations du professeur Kitsikis évoquent plus les propos d’un Loup gris, finalement. Il devrait nous expliquer pourquoi les Grecs, les Roumains, les Bulgares et les Serbes ne se sont pas précipités pour réclamer « un lien dans un contexte confédéral » avec la Turquie, comme il le suggère pour le Québec et la France. La question suivante entraine une redirection de l’entrevue :

    « Marine Le Pen, lors de son passage à Québec, a discuté l’idée de refaire un bloc d’influence, genre Commonwealth, basée sur la Francophonie. Par le passé, plusieurs penseurs comme Raoul Roy ont avancé l’idée de Francité, ce qui est très différent. Existe-t-il une solidarité francophone et la francophonie pourrait-elle devenir un contrepoids aux puissances anglo-saxonnes ? » La réponse du professeur Kitsikis surprend : « Bien que partisan de Marine Le Pen (qu’il soit salué pour cela), je considère que la seule planche de salut pour le Québec est, non pas le Commonwealth francophone, à l’exemple du Commonwealth britannique, mais la francité, fondée sur la race. Le mot race ne doit pas être pris dans le sens raciste, mais dans le sens du genos grec qui n’est ni la nation, ni la communauté de sang, mais une origine historique commune fondée sur la langue et la religion. Je considère que la révolution tranquille au Québec, ainsi que Vatican II en Europe, dans les années 1960, ont été un coup de poignard porté à la francité, car jusqu’à cette époque l’entité France-Québec était la fille aînée de l’Église. Sa déchristianisation brutale a marqué la fin du fait français(Les Québécois francophones qui luttent depuis la Révolution tranquille pour un Québec français apprécieront ce qui a à son tour toutes les apparences d’un »coup de poignard) . Seul un régime musclé de Marine Le Pen, avec le soutien d’un Québec nationaliste intégriste pourrait renverser la vapeur. » Nous serions tentés de dire au professeur Kitsikis qu’il a tout faux. Déjà la question induisait une réponse partant sur des bases fragiles. Raoul Roy est un « penseur » sympathique, mais marginal, aucun mouvement ultérieur n’a repris ses travaux ou celui de son A.S.I.Q. du début des années 1960. Pour la francité, il s’agit de l’un de ces beaux concepts sur papier dont il faut se demander comment les faire lever dans la réalité. Le Commonwealth britannique n’est pas fondé bien sur plus que la langue, mais sur une aussi sur une similitude des institutions juridiques (la common law) et politiques (le parlementarisme) ; la francité ne peut même pas s’appuyer sur de telles bases. Ajoutons que le poids politique international du Commonwealth est désormais nul, ce qui augure mal pour une éventuelle francité. Ouvrons une parenthèse, Au risque de choquer, je crois que nous devrions poser notre candidature à l’admission au sein du Commonwealth, nos droits à l’appartenance au Commonwealth sont au moins aussi sérieux que ceux du Nigéria ou du Ghana : nous avons un régime parlementaire depuis 1791 et la common law est notre droit public depuis la Conquête. Dans notre recherche de forums internationaux et d’alliés nous ne pouvons faire la fine bouche. Philippe Couillard a déjà commencé à s’adresser à des auditoires étrangers exclusivement en anglais ; ce dernier s’il n’est pas surveillé finira « patriote de l’année ». Fermons la parenthèse. Revenons aux propos du professeur. Va pour le coup de poignard porté par la Révolution tranquille et Vatican II. Il serait néanmoins utile que le professeur nous cite ses sources sur l’utilisation de l’expression « fille aînée de l’Église » pour l’entité, France-Québec. Il n’y a jamais eu d’entité France-Québec, mais un rapport colonial entre la France et sa colonie nord-américaine. Le vocable «Fille aînée de l’Église , utilisée fréquemment pour décrire la France, France, qui ne l’oublions pas est aussi la terre de Voltaire et du « petit père Combes ». Je ne me souviens pas avoir jamais vu l’expression fille aînée de l’Église appliquée au Québec malgré la vigueur de sa foi. Même si je ne voudrais pas être celui qui réveillera Dimitri Kitsikis, je ne peux m’empêcher de m’interroger : à quel moment et à la faveur de quelles lectures a-t-il pu développer l’idée que Marine Le Pen ait jamais eu l’intention d’instaurer en France un « régime musclé ». Dans sa volonté de dédiaboliser le Front national, l’un de ses premiers gestes a justement été de chasser les tenants d’un tel régime et d’écarter du parti les rares partisans frontistes de l’État Français du Maréchal Pétain. Le seul régime de ce type qu’elle a réussi à instaurer est au sein du Front national lui-même pour en écarter son père et ses fidèles. C’est probablement dans les feuilles de thé qu’il a aussi découvert la possibilité du « soutien d’un Québec nationaliste intégriste ».

    La politique-fiction que pratique Kitsikis est aux antipodes de la géopolitique. Il faudra reprendre la réflexion sur le rôle international du Québec. Il faut souhaiter l’indépendance du Québec pour elle-même et pour mener à terme des siècles de Survivance, toujours menacée par notre statut de minoritaires dans le cadre canadien, et non pas pour être puissants et influents. Les géopoliticiens devront s’interroger sur les alliances à rechercher et auxquelles appartenir. Pour notre part, nous croyons que nous devrions prendre la place qui nous revient au sein du NORAD et de l’OTAN. Dans géopolitique, il ne faut jamais oublier qu’il y a « géo » et que les voisins que nous donne la géographie n’accepteront pas que la fenêtre Nord-Est du continent demeure ouverte et sans défense. Que la défense de l’espace aérien nord-américain ne soit pas coordonnée avec eux pour la surveillance de l’espace aérien québécois. Mais comme la menace soviétique n’existe plus et que la « menace russe » n’est qu’un épouvantail artificiellement créé par l’administration américaine, nous devrions refuser tout déploiement de troupes dans l’ancien glacis soviétique : pas de soldats québécois en Ukraine ou en Lettonie. Parlant de Russie nous devrons réfléchir aux relations que nous souhaitons établir avec cette dernière. Sans la ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland, tout sera sur la table, heureusement pour nous. Le Québec devra protéger sa souveraineté sur sa fraction de l’Arctique comme État-successeur du Canada.

    La question de futures alliances soulève aussi celle des ventes et achats d’armes. Théoriquement, le Québec pourrait être un État neutre, mais il serait difficile pour les raisons énumérées plus haut d’adopter cette position. Postulons donc que nous hériterons en partie de l’armement américain des Forces armées canadiennes et que nous devrons demeurer, pour des raisons logistiques de compatibilité du matériel utilisé sur le terrain, des clients des fournisseurs d’armes d’outre 45e parallèle. Adieu aux Rafales et chasseurs suédois Gripen aux cocardes à fleur de lys fendant l’azur québécois. Il faudra se résoudre à ce que des manœuvres communes avec l’armée américaine et les Forces armées canadiennes se déroulent dans les grandes étendues du Nouveau Québec. Idem pour les vols de la US Air Force et de la Royal Canadian Air Force et de nos alliés de l’OTAN au-dessus de la côte Nord en vol vers le Labrador.

    En somme, le Québec souverain à bâtir devra compter sur des géopoliticiens autrement plus sérieux et rigoureux que le professeur Kitsikis, trop avide d’originalité, de paradoxe et d’à-peu-près.

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