Groulx sur les filles du Roy

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Les « filles du roy », qui représentent une partie importante de nos ancêtres, sont souvent dénigrées par des faibles d’esprit confus par la ressemblance phonétique entre le terme « filles de joie », un euphémisme pour prostituées, et « filles du roy », qui étaient des orphelines à la charge du roi qui s’occupait de payer leur dot pour qu’elle puissent se marier et fonder une famille.

Ces gens qui dévaluent notre passé n’ont pourtant aucune excuse, sinon un manque de culture ou de bonne volonté évidente. En fait, ils ne peuvent même pas se réconforter en se disant qu’en terme d’inculture, ils innovent, car dès les années 1950, le chanoine Lionel Groulx remet les pendules à l’heure à propos de cette fausse controverse historique, qui n’est qu’un rabaissement gratuit de notre peuple et de son histoire.

« Les dénigreurs s’en sont pris, avec une furie étrange, aux femmes envoyées au Canada, et tout particulièrement, à un groupe d’entre elles, les « filles du roi ». Une première erreur serait de croire, en l’affaire, qu’il ne serait venu que ces sortes de filles et qu’elles y aient jamais formé le contingent le plus nombreux. Le grand nombre sont venues d’autres sources, fort honnêtes, filles de condition parfois et choisies par les personnes les plus recommandables. Une erreur plus grave, c’est de se méprendre du tout au tout sur la qualité des "filles du roi". Des historiens mal informés leur ont fait une insulte de leur nom. Appelées "filles du roi" parce qu’élevées dans des maisons de refuge aux frais du roi, leur nom n’est pas plus déshonorant que ne le serait aujourd’hui celui de "pupilles de l’État". Enfants trouvées, orphelines, filles de parents pauvres, elles ressemblaient aux pensionnaires de nos hospices et de nos crèches modernes, sans être nécessairement de naissance illégitime ou de sang vicié. Il ne faudrait pas croire, non plus, que le Canada fût le seul à recevoir de ces jeunes personnes. Il en partit aussi pour les Antilles, et là comme ici, librement et après un choix judicieux. »

Que Luck Mervil, pourtant nommé patriote de l’année par la Société Saint-Jean-Baptiste, ou certains leaders musulmans ne connaissent rien à notre histoire et souhaitent nous dénigrer, cela peut se comprendre. Mais lorsque des gens de chez nous comme Guy A. Lepage, qui ironiquement a servi un hommage à Lionel Groulx lors d’une fête de la Saint-Jean-Baptiste, répète ce genre de mensonge ordurier à la télévision, il est clair que quelque chose ne fonctionne pas avec l’enseignement de l’histoire au Québec.

Citation tirée de:
Groulx, Lionel. (1961) Histoire du Canada français. Tome 1, 4ème édition, Fidès, Montréal. p. 83.

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