Identités, régionalismes : la fin des nations

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Le Harfang, juin-mai 2016, No.4 Vol.4 – Identités, régionalismes : La fin des Nations

Autonomisme : Les autonomistes revendiquent un statut particulier pour leur région au sein de l’État actuel. Ce statut serait accompagné de pouvoirs exceptionnels (comme le Québec qui a des droits que les autres provinces de la Confédération n’ont pas). Étant donné que les droits sont accordés par le gouvernement central qui les concédera, le ton utilisé par ces groupes est moins agressif et confrontationnel que celui des indépendantistes, pour qui chaque querelle démontre le bien-fondé de leur combat.

Régionalisme : Les régionalistes réclament souvent peu au gouvernement en termes de concessions politiques. Faisant la promotion de la région, de sa culture, de son histoire et de ses spécificités, les militants de cette tendance sont davantage dans le domaine métapolitique, souhaitant obtenir pour leur région une reconnaissance officielle de la part des autorités nationales.

Indépendantisme : Les tenants de l’indépendantisme souhaitent la séparation nette et définitive avec l’État auquel ils sont attachés. Avec l’Union européenne, les questions comme la monnaie ou un marché commun n’ont pas la même pertinence qu’au Québec.

Le 18 septembre 2014, l’indépendance écossaise recueillait 44% d’appui lors d’un premier référendum. Un an après, la Catalogne élisait une majorité de députés souverainistes. Il y a quelques mois, c’était au tour de la Corse de faire gagner les indépendantistes lors des départementales discutées dans notre dernier numéro.

L’indépendantisme, l’autonomisme et le régionalisme ont la cote en Europe. Dans une Europe de plus en plus centralisée autour de Bruxelles, les régions gagnent en importance à mesure que les nations perdent de leur souveraineté. L’identité européenne étant très peu promue, celle nationale pas du tout, les régionalismes deviennent une identité repère.

L’immigration de masse, le fédéralisme bruxellois et la rectitude politique ont fait perdre leur sens aux États européens qui sont devenus de simples entités géographiques où n’importe qui peut devenir citoyen et où les gouvernements gouvernent si peu. 

L’identité régionale prend donc son essor, que ce soit avec le régionalisme fédéraliste à la normande, qui affirme une identité locale forte sans pourtant désirer s’émanciper de la capitale, ou carrément avec les indépendantistes ou autonomistes bretons, catalans et écossais.

Le Québécois moyen a déjà entendu parlé de certains de ces mouvements, notamment ceux mentionnés plus haut. A cause de notre propre lutte politique pour l’autonomie, ces cas furent médiatisés, surtout que leur succès relatif pouvait servir d’inspiration aux nôtres. Par contre, ils ne représentent que la pointe de l’iceberg : il y a en ce moment même une trentaine de régions européennes où l’indépendance est discutée et jouit d’une certaine popularité. En France, on en compte cinq, qui ont chacune un ou des partis faisant la promotion de l’indépendance ou de l’autonomie au sein de l’État. On pourrait ajouter les Catalans et les Basques dont le territoire empiète sur l’Hexagone.

Si, à la base, l’indépendance de ces régions n’a de sens que par la composante ethnique et culturelle qui diffère du reste du pays, ces luttes ont été menées entre autres par les forces de gauche, comme l’Alliance libre européenne (ALE), un groupe parlementaire européen revendiquant une trentaine de partis locaux. Associée au Parti Vert, cette alliance de partis se veut de gauche, bien que quelques partis de centre-droite y soient représentés, comme le Süd-Tyroler Freheit (Tyrol – Italie). D’ailleurs, l’ALE a exclu deux partis dans le passé, la Ligue savoisienne (Savoir – France) et le Union für Südtirol (Tyrol – Italie) pour leur position sur l’islam. 

Pour faire un parallèle, la plupart de ces partis sont idéologiquement proches du Parti Québécois ou de Québec Solidaire. Par le passé, nous avions établi des liens indéniables entre le Scottish National Party et le PQ. Cette analyse reste toujours vraie pour la grande majorité des partis régionaux liés à l’Alliance libre européenne, les autres, plus à gauche, peuvent être comparés à QS au niveau du programme. L’exemple de l’Union démocratique bretonne est frappant. 

Au début de sa charte, on croirait un texte vaguement identitaire :

 • Article 1 : L’Union démocratique bretonne (UDB) est un parti politique qui rassemble les Bretons d’origine ou d’adoption et les amis de la Bretagne conscients de l’existence du peuple breton. L’UDB agit pour la reconnaissance des droits du peuple breton au niveau de l’Etat français, de l’Union européenne et des instances internationales. 

Article 2 : L’UDB agit dans l’ensemble de la Bretagne et milite pour sa réunification administrative. 

Article 3 : L’UDB agit pour la construction d’une Europe fédérale et solidaire des peuples et des régions 

• Article 4 : L’UDB agit pour les droits culturels du peuple breton, notamment le droit effectif pour tout Breton d’accéder à la connaissance de son histoire, de sa culture et des langues de Bretagne. 

• Article 5 : L’UDB agit pour que la Bretagne soit dotée d’institutions autonomes et des moyens de son développement. 


Par contre, cette affirmation culturelle forte, est tempérée rapidement par son support à l’immigration. Pour l’UDB, c’est le centralisme qui met en péril l’identité culturelle régionale, et « l’UDB défend une société où la diversité est une force et lutte contre toutes les formes de communautarisme et de rejet de l’autre ». Réagissant rapidement suite aux attentats de Paris, Nil Caouissin, porte-parole du parti, fut un des premiers à sortir le fameux mot amalgame et à demander davantage d’immigration : « Accueillons ceux qui fuient les individus dont nous avons eu un aperçu hier et refusons tous les amalgames que certains ne manqueront pas de faire pour stigmatiser une partie de nos concitoyens. »

En Pays occitan (France), même chose. Le très politiquement correct Parti occitan juge qu’une coalition de « la gauche progressiste, écologiste et solidaire » est le « seul rempart efficace et durable contre l’extrême-droite ». D’ailleurs, lors d’une marche pour l’occitan qui rassembla à l’automne de 20 à 30 000 personnes, les identitaires locaux menés par Philippe Vardon furent exclus. Se voyant interdit de prendre part à la marche, Vardon n’hésita pas à dénoncer de l’extrême-gauche sur le mouvement occitan en général.

Évidemment, il n’y pas que des forces de gauche qui défendent l’Europe aux cents drapeaux chère au Breton Yann Fouéré. Plusieurs groupes identitaires ou partis « nationalistes », comme la Ligue du Nord (Padanie – Italie), Adsav (Bretagne – France) ou le Vlaams Belang (Flandres – Belgique), ont une vision beaucoup plus conséquente et comprennent le lien entre ethnicité et particularisme régional. Car ce qui distingue avant tout un Basque d’un Espagnol, un Tyrolien germanophone d’un Italien, un Alsacien d’un Français, c’est qu’ils sont de peuples différents. Si cette différence est acceptée et devient la base de revendications, comment ne pas voir qu’un nouveau venu arrivant d’un autre continent ne fait pas partie de ce peuple ?

Les tenants de l’autonomisme de gauche excluront de facto toute définition ethnique, voire même d’une historicité commune ou d’une religion particulière, ce qui évidemment exclurait les immigrants, pour se rabattre sur des éléments secondaires qu’il est possible d’acquérir, comme la langue et la culture, pour définir ce qu’est un peuple. Certains, notamment au sein de l’Alliance libre européenne, parleront du respect de l’environnement comme valeur liée à la définition de peuple, ce qui est absurde, puisque c’est une valeur qui est à la fois universelle (tout le monde peut l’avoir) et qui relève d’un choix personnel arbitraire. 

Ils se rabattent donc sur la langue et la culture, comme le Parti Québécois et, dans une plus petite mesure, Québec Solidaire. Par contre, dans plusieurs de ces régions, notamment l’Écosse et la Bretagne, la langue parlée ne diffère pas de celle du reste du pays. Certes, des langues locales y furent parlées par le passé, mais elles ont disparu et sont aujourd’hui mortes ou étudiées par des régionalistes souhaitant les faire revivre en suivant le modèle de Patrick Pearse en Irlande, un modèle qui a connu des succès mais somme toute limités. 

Ce refus de tout déterminisme dans la définition de nation fait de ces néo-régionalistes des adeptes du modèle volontariste de la nation. Ironiquement, les valeurs considérées comme déterminantes pour l’appartenance régionale sont souvent les mêmes que celles promues par la nation dont on souhaite s’émanciper. 

Dans cette présentation des mouvements indépendantistes européens, il est impossible de ne pas remarquer que les indépendantistes souhaitent une indépendance toute relative. La très grande majorité des mouvements séparatistes ont affirmé leur souhait de rester inféodés à Bruxelles, ce qui signifie que la souveraineté serait loin d’être totale.

 

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