Ideology and immigration; Australia 1976 to 1987 – Katharine Betts

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BETTS, Katharine. Ideology and immigration; Australia 1976 to 1987. Melbourne University press, 1988, Victoria, 234 p.

51antjKATdL._SY344_BO1,204,203,200_Grâce à l'ouvrage de Freda Hawkins, Critical years in immigration, Canada and Australia compared, nous avons observé les grandes similitudes entre l'expérience australienne et canadienne en matière de transformation des lois d'immigration, allant de la fermeture à l'ouverture.

Celui d'une Australienne, cette fois-ci, éclaire d'une perspective inattendue notre questionnement sur les raisons qui ont mené à l'adoption de ces politiques éminemment impopulaires et si funestes pour notre avenir. Dans Ideology and immigration, Katharine Betts refait aussi l'historique de ces changements – pour l'Australie seulement – tout en analysant plus profondément les facteurs idéologiques, intellectuels et sociologiques qui y menèrent.

Nous verrons comment elle observe que tout aurait dû décourager les gouvernements de favoriser l'immigration à partir des années 70, après la fin de la White Australia policy (WAP), mais que ces gouvernements ont quand même adopté une politique de croissance de la population en partie à cause du silence des intellectuels et des gens mieux informés. Ce silence s'explique par la position particulière des intellectuels par rapport à la masse et de leur besoin identitaire propre en tant que caste imbue de supériorité morale.

Qu’il soit la plus grande île ou le plus petit continent du monde, ce pays à nos antipodes demeure une vaste étendue qui ne comportait en 1970 qu’un peu plus de 13 millions d’habitants. Ne doit-il pas naturellement accueillir des multitudes pour remplir ses grands espaces? Présenté comme un pays riche, l'Australie est connue pour ses grandes étendues arides. Des géographes ont montré que les ressources y étaient quand même limitées en eau et en sols arables – ceux-ci se sont d'ailleurs détériorés. L'Australie a la chance d'avoir des surplus malgré tout, mais ils se réduiront avec une augmentation de la population, d'autant plus que les développements d'habitations se font généralement sur les terres cultivables.

Katharine Betts se montre tout aussi sceptique sur l'apport économique de l'immigration. Son analyse ressemble à celle de nos deux auteurs québécois Dubreuil et Marois, à savoir que l'impact est négligeable. Si la population augmente, l'espace disponible diminue, les foules se font plus denses, les villes deviennent moins sûres. Ce sont des facteurs intangibles qui réduisent la jouissance de la population native. L'immigration peut favoriser certains secteurs économiques, tels le développement immobilier ou le commerce au détail, tout comme elle peut faire baisser les salaires tout en augmentant les coûts d'infrastructures et ainsi réduire la productivité.

Une question classique pour les Australiens est celle de la défense. Les entreprises japonaises leur firent craindre l'invasion durant la Seconde Guerre mondiale et engendrèrent le slogan "Populate or perish". Cette invasion fut bien envisagée par les généraux de l'Empire du levant, mais rejetée comme étant trop coûteuse, ont révélé les archives de leurs communications militaires. Ce territoire isolé au milieu des océans est une forteresse naturelle et sa conquête nécessiterait des moyens gigantesques. La venue de nouveaux citoyens engendrerait de plus une diminution de la loyauté et du désir même de défense et de sacrifice, note également la sociologue.

L’immigration comme mesure contre le vieillissement de la population est aussi dénoncée dans Ideology and immigration, comme elle le sera dans Le remède imaginaire. L'immigration ne change pratiquement pas la forme de la pyramide des âges. L'auteur y ajoute qu'à court terme, le vieillissement de la population n'augmente pas la part de gens dépendants. Les jeunes de 0 à 15 ans le sont autant, le coût de leur existence étant absorbé par les parents, celui des gens âgés l'étant par le gouvernement.

L'auteur aborde aussi la question de l'enrichissement culturel, abondamment évoqué par les partisans de la croissance. Il note très justement que l'immigrant représente très peu de son pays et que les films ou les livres sont un meilleur moyen de connaissance que la présence d'allogènes, si en effet un désir de connaissance culturel se manifeste.

De cette analyse des effets adverses de la politique expansionniste en matière de population, Katharine Betts conclut:

« The theory that educated people have supported immigration, or declined to oppose it, because it was clearly in the national interest cannot be sustained and we must look for explanations elsewhere. » p.36

" La théorie voulant que les personnes éduquées supportèrent l'immigration, ou refusèrent de s'y opposer, parce qu'il était clair qu'elle était dans l'intérêt national, ne peut être soutenue et nous devons en chercher l'explication ailleurs." p.36

Avant d'exposer cette explication, relatons les attitudes par rapport à l'immigration, selon l'analyse proposée dans l'ouvrage, propres aux différents groupes de la société, à savoir les masses, les intellectuels et enfin, le gouvernement.

Des études ont démontré l'ignorance des masses en matière d'immigration: combien d'immigrants l'Australie accueille-t-elle à chaque année, combien en a-t-elle accueilli par le passé, etc. Cette ignorance est dans les 90%. Une chose est claire cependant, c'est l'hostilité de la majorité envers l'immigration, une hostilité toujours croissante et hiérarchisée: les Australiens en ont particulièrement contre l'arrivée de non-Blancs dans leur pays.

Les mass médias n'accomplissent que peu leur devoir d'information sur ce sujet. Le processus démographique est lent et ne nourrit pas le sensationnalisme, les événements qui lui sont reliés ne se prêtent pas à la nouvelle. Des gens de gauche ont même exprimé de façon explicite qu'il ne faut pas parler de l’immigration pour ne pas engendrer le racisme.

L'académicienne tire cette conclusion à contre sens du discours dominant, à savoir que l'ignorance favorise la position immigrationniste, car nous avons vu que la connaissance des réalités dément les arguments en faveur de la croissance.

Un sondage de 1984 chez les universitaires montre une meilleure connaissance générale du phénomène migratoire que chez la masse, mais dans une marge assez mince. Ils s'avèrent tout aussi mal informés de l'effet négligeable de l'immigration sur le vieillissement de la population.

Ils démontrent cependant un plus grand scepticisme par rapport à son effet sur l'économie. Alors qu'en général les Australiens sont peu intéressés à l'augmentation de la population, les gens mieux éduqués le sont encore moins. D'ailleurs, sur la question de la défense du territoire, les répondants aux sondages ayant une éducation de troisième cycle se montrent blasés et tournent en ridicule les craintes insulaires de la population en général.

Voilà un paradoxe: les universitaires sont mieux informés (particulièrement les spécialistes des questions démographiques, géographiques et économiques) et leurs attitudes sceptiques auraient dû les détourner d'appuyer l'accueil d'immigrants. Pourtant ils appuyèrent en bloc cette position si impopulaire auprès des masses.

Les sondages montrent en effet un écart important entre les deux groupes, les mieux éduqués expriment une ouverture très élevée envers l’immigration, particulièrement les boat people. Les mieux instruits sont aussi les plus ouverts à la diversité culturelle et au multiculturalisme malgré que l'appui général soit faible. Il se dégage tout de même que les gens d'église et de la gauche sont plus prompts à être attentifs aux besoins des immigrants que ceux du monde des affaires et de la droite.

Avec les années 70 et la publication d'études sur le sujet, l'image des immigrants en Australie s'est transformée. Avec l'acuité des préoccupations sociales de cette période fut révélée la réalité difficile des nouveaux Australiens. Ils sont alors dépeints comme exploités et destinés à l'échec.

Cela n'aurait-il pas dû entraîner une baisse d'appui à l'immigration en révoquant l'argument altruiste de ceux voulant le bien des immigrants eux-mêmes? Il n'en fut rien, d'autant plus que, sans doute, la crise des réfugiés de la fin des années 70 balaya cette objection, car rien ne peut être pire que faire partie d'un boat people.

C'est alors qu'entra en scène le multiculturalisme, d'invention canadienne. La société doit s'adapter aux immigrants pour qu'ils aient les mêmes chances que les natifs. Encore là, la caste éduquée était la plus ouverte à ce nouveau concept. Des raisons idéologiques et morales sont à l'oeuvre, mais aussi certainement le fait que les personnes ayant une plus grande mobilité sociale et qui tirent des avantages du cosmopolitisme ont moins à craindre de l'immigration que la masse des gens. L'auteur note avec éloquence que les pauvres paient pour la bonne conscience des riches.

Le gouvernement privilégia l'option croissance ou immigrationniste, malgré que cette option soit impopulaire auprès des masses et contraire à l'intérêt national. Il faut en trouver l'explication dans les rouages de la politiques mais avant tout, dans le silence des intellectuels et de l'effet sur l'opinion publique, selon l’analyse du présent ouvrage.

Les intellectuels ont un pouvoir considérable par leur accès privilégié aux médias. Ils en définissent le contenu et, par leur travail, forment la culture, influencent les moeurs et les valeurs. Sur ce point se crée un clivage important avec la masse, puisque l'intellectuel peut être pris pour l'opinion, pour un public attentif, voire la conscience même de la nation, nous permettons-nous d'ajouter. Le peuple n'a pas de moyen d'expression, sauf les sondages qui seront objets d'interprétations.

Or, une protestation a besoin d'être articulée et doit être appuyée par les mass médias, sinon elle restera marginale. Autant des questions peuvent être mises à l'agenda, autant d'autres peuvent être ignorées selon les choix éditoriaux de ceux en contrôle des nouvelles. C'est ainsi que des sentiments largement répandus peuvent rester sans écho.

À cause du silence des intellectuels, le gouvernement se trouvait donc devant une population ignorante et divisée, l'élite influente adoptant une position d'ouverture par rapport à l'immigration.

L'Australie, comme tant d'autres démocraties, est dominée par deux partis. L’Australian Labor Party (ALP) est traditionnellement à gauche, contrôlé par les syndicats et à l'écoute des préoccupations de la classe laborieuse et le Liberal Party of Australia est celui de l'élite économique et défend les positions patronales. Avec les années soixante, des changements structuraux intervinrent pour donner plus d'importance aux membres non-affiliés au sein du ALP au détriment des syndicats. Ardent défenseur de la WAP par le passé, il devint alors le parti des intellectuels. En 1973, il répudia la politique raciste faisant de leurs adversaires, au parti libéral, ceux à qui revenait le rôle de défendre l'identité australienne, alors que leur indifférence aux sentiments populaires s'accommodait très bien depuis toujours d'une politique de croissance démographique.

Le Parti libéral définit sa politique en fonction des diverses réalités influençant les résultats électoraux. Si l'immigration était généralement impopulaire, pourquoi ne réduisit-il pas l'immigration? Cette attitude lui aurait valu l'hostilité des secteurs de l'immobilier et du commerce au détail, tout en lui donnant une mauvaise couverture médiatique. Il voulait paraître favorable à l'économie, aussi visait-il la sélection des immigrants selon leur qualification et la connaissance de l'anglais. Le résultat semblait discriminer les demandeurs de citoyenneté non-Blancs et non b-Britanniques, le système NUMAS allant même jusqu'à mettre au second plan le concept de sélection en rapport aux secteurs d'emplois en demande de travailleurs. Ce sera l'ouverture pour les critiques de l'opposition.

Contrairement aux intérêts économiques défendus par les libéraux, les travaillistes (labor) mirent de l'avant une politique de réunion familiale ayant pour conséquence l'accueil d'immigrants très peu qualifiés. Ils ne pouvaient adopter en parallèle une stratégie de réduire l'immigration. Il aurait été trop évident qu'ils cherchaient le vote ethnique au détriment des Australiens de souche, tout en admettant que l'immigration est mauvaise pour le pays, ce qui ne les aiderait pas par rapport aux minorités ethniques. Ils ne pouvaient non plus critiquer la politique d'ouverture pour des raisons économiques. Cette faiblesse les mena à une position de compromis durant leur séjour dans l'opposition de 1975 à 1983.

"Family reunion also promised to increase the diverse nature of Australian society and this accorded well with the multicultural enthusiasms of the new stream of educated professionals, and Labor's retreat from the position that immigration threatened local jobs could only please those who saw the Party's traditional anxiety on this score as nothing but poorly sublimated racism. For the educated and the opinion makers the new bipartisan approach appeared suitably internationalist and altruistic." p140

"La réunion familiale devait augmenter la diversité de la société australienne et cela s'accordait bien avec l'enthousiasme pour le multiculturalisme de la nouvelle élite éduquée et l'abandon des travaillistes de leur position voulant que l'immigration menaçait les emplois de la population locale ne pouvait que plaire à ceux qui voyaient cette anxiété traditionnelle du parti comme n'étant rien d'autre qu'un racisme à peine caché. Pour les gens instruits et les marchands d'opinion, la nouvelle approche bipartisane apparaissait correctement internationaliste et altruiste." p.140

À son retour au pouvoir, sous la direction de Hawke, il continuera sa politique d'ouverture à l'immigration, mais en favorisant la réunion familiale et l'accueil de réfugiés venus des régimes de droite. Il en résulta une discrimination des gens parlant anglais. En 1985, une étude sur l'impact économique de l'immigration était publiée. Ses conclusions ne menaient nullement à défendre la position de croissance mais seront quand même utilisées dans ce sens.

L'auteur raconte:

"In 1985, as in 1981, there was no organized political movement to oppose the growth lobby. A policy of major population increase through immigration, a policy that was supported by only a small minority and which promised benefits to special interest groups and costs for the majority, surged ahead unhindered." p.172

"En 1985, tout comme en 1981, il n'y avait pas de mouvement politique organisé pour s'opposer au lobby de croissance. Une politique d'augmentation majeure de la population par l'immigration, qui n'était soutenue que par une petite minorité et qui promettait des bénéfices à des groupes d'intérêts particuliers tout en étant coûteuse pour la majorité, fut mise de l'avant sans entraves." p.172

Plus tard encore, ce fut du pareil au même. L'immigration sera augmentée à nouveau, avec une emphase sur l'économie et la nécessité d'adhérer aux "valeurs australiennes". On tourne ici le dos au multiculturalisme et à la réunion familiale. Le débat n'avait opposé que ceux qui voulaient une immigration élevée et ceux qui voulaient une immigration élevée avec une certaine limite à l'apport asiatique. Personne ne débattit du nombre.

"But the very people who might have made the political elite mindful of what they were doing were looking the other way; the attentive public were being carefully inattentive. Commitment on what were seen as ethical principles, the warmth of in-group belonging, and fear, silenced potential critics and left the politicians to the mercy of organized lobbyists and vested interests." p.172

"Mais les gens qui auraient pu rendre l'élite politique attentive aux effets de leurs actions regardaient en direction opposée; le public attentif était scrupuleusement inattentif. L'adhésion à ce qui était perçu comme des principes éthiques, le confort du grégarisme entre intellectuels et la peur, fit taire les critiques potentielles et livra les politiciens à la merci des lobbies organisés et des intérêts particuliers." p.172

Ideology and immigration note que les bénéfices pour un appliquant à l'immigration ou les gens faisant carrière à les défendre sont immédiats et considérables si leur but est atteint, alors que le coût qui en découle, lui, sera divisé sur une base nationale et n'affectera que peu chaque citoyen pris individuellement. L'énergie mise au niveau des lobbies immigrationnistes sera mieux rétribuée que celle mise dans l'opposition à l'immigration. Encore une fois, seul un public attentif et éduqué pouvait engendrer malgré tout une opposition.

Pourquoi ce silence des gens informés qui auraient pu éclairer cette politique?

Au vingtième siècle, nous avons assisté à une augmentation de la part des gens ayant une éducation de troisième cycle, c'est-à-dire universitaire. Cette éducation peut-être liée à des domaines professionnels, comme l'architecture ou la médecine. Mais la caste influente dans les médias qui nous intéresse provient plutôt des sciences sociales. Eux seuls peuvent être appelés intellectuels.

Ce groupe de gens a des intérêts pécuniaires à promouvoir l'immigration. Leurs habilités étant peu en demande, leurs emplois sont surtout créés par le gouvernement. La croissance de la population favorise la taille de ce dernier. De plus, les intellectuels pourront trouver de l'emploi dans les domaines d'aide sociale destinée aux immigrants.

Mais là n'est pas le plus important. Katharine Betts utilise les théories d'un autre sociologue, Alvin Gouldner, pour suggérer que dans l'appui à l'immigration, les intellectuels recherchaient à se cristalliser une identité et à réaliser une division sociale.

En appartenant à une caste exclusive, l'individu améliore son statut et trouve un sentiment de valorisation. Un tel groupe a besoin de signes pour se reconnaître, mais aussi pour exclure. Selon Gouldner, le langage est ce qui caractérise le mieux l'intellectuel, particulièrement le langage et le discours critique. L'intellectuel problématise tout, rien ne doit échapper au questionnement et jamais le recours à l'autorité ne peut justifier un concept. Les classes moins instruites, au contraire, s'en tiennent aux interdits traditionnels. Ce sont ces derniers auxquels l'élite se fit un devoir et un plaisir de s'en prendre: l'existence de Dieu, le bien-fondé des religions et même la réalité de la nation dans un sens ethnique.

La sympathie de la caste éduquée envers la masse populaire subit un glissement et même un renversement. Elle se devait de déposer la bourgeoisie dominante. La marxisme servit bien cet objectif qui se caractérisait par une sympathie envers la classe laborieuse, d'autant plus qu'en l'absence d'immigrants, c'est en augmentant les services sociaux destinés à cette population généralement déshéritée que le gouvernement put alors s'élargir. Mais il lui arriva aussi d'être très dur envers cette dernière, particulièrement quand elle profite aussi des fruits du capitalisme et d'une certaine aisance matérielle.

Après s'être affirmés face à la caste dominante des politiciens traditionnels et du monde des affaires, les intellectuels voulaient aussi faire valoir leur différence et leur prestige par rapport aux classes populaires. Betts évoque de nombreuses opinions défavorables d'Australiens instruits (tels Germaine Greer) envers leur propre nation, perçue comme bornée, matérialiste et où le bon goût n'est pas la règle. On lui reproche son insularité et sa vulgarité. Les intellectuels ont rejeté l'Australie, conclut la sociologue. Notons que l'instruction n'est pas instantanément respectée chez cette nation libre dont les pionniers constituaient une population carcérale, veut la tradition.

Dans les années 70 se développa une dénonciation très accentuée du racisme défini comme caractéristique de la société australienne et les opinions devinrent des marqueurs de statut social.

"If the parochial is distinguished by fear and insularity, the tacit conclusion might be that immigration and forced confrontation with diversity will provide a cure; or, even if a cure does not eventuate, that the confrontation will at least provide a continuing rallying point where intellectuals can demonstrate their moral and cultural superiority." p.111

"Si les provinciaux se distinguaient par la peur et l'insularité, la conclusion tacite pouvait être que l'immigration et la confrontation forcée à la diversité allait procurer un remède; ou, si même un remède ne se manifestait pas, que la confrontation allait fournir un point de ralliement où les intellectuels pourraient démontrer leur supériorité morale et culturelle." p.111

Si tout doit être questionné, pourquoi la caste instruite pratique-t-elle un interdit sur la question de l'immigration ou de la validité des concepts raciaux? Il est évident que l'esprit critique de cette élite est plus volontiers pratiqué contre les obstacles à son pouvoir, mais s'efface devant ses propres idéologies favorites.

« We cannot predict that intellectuals will invariably apply the principles of the culture of careful and critical discourse to their own cherished beliefs, or the fashionable ideas that are crucial to them if they are to continue to be accepted as members of their community. But an appearance that they are prepared to do so is an important boundary marker. And, when it comes to the cherished beliefs of outsiders, the principle itself can become a convenient battle ground. If others cannot present the appearance that they are defending their own assumptions in terms of logic and evidence but instead appeal to propriety, decency, moral authorities, or holy writ, it will be clear that they are not people who should be taken seriously, that their ideas are symptoms of their outsider status rather than vehicles of meaning. » p.41

"Nous ne devrions pas croire que les intellectuels vont invariablement appliquer la culture du discours critique à leur propres croyances chéries ou les idées à la mode qui leur sont indispensables s'ils veulent continuer d'être acceptés comme membres de leur communauté. Mais l'apparence qu'ils sont prêts à le faire est un trait d'inclusion important. Et, contre les idées chères aux opposants, le discours critique peut devenir lui-même un cheval de bataille commode. Si les opposants ne peuvent présenter l'apparence qu'ils défendent leurs propres positions sur la base de la logique et de l'évidence mais font plutôt appel au principe de propriété, à la décence, à l'autorité morale ou à une valeur sacrée, il sera clair qu'ils ne sont pas des gens que l'on doit prendre au sérieux, que leurs idées sont le symptôme de leur statut étranger plutôt que des vecteurs porteurs de sens." p.41

La caste instruite, grâce a son accès aux mass médias, pourra se complaire dans cette supériorité, s'en gargariser pourrait-on dire. Il y avait des raisons valables et même nobles de s'opposer à l'immigration: l'environnement, l'emploi, etc. mais les aspects néfastes n'étaient pas évoqués, alors que les bienfaits (enrichissement culturel, aspect humanitaire, internationalisme, justice) faisaient l'objet de nombreux séminaires.

Bien que le sujet était généralement évité, un climat fut instauré où l'expression de positions jugées adverses et en dehors du cercle acceptable menait à l'ostracisme et au rejet. Il s'agissait de pratiquer des techniques de discrédits, plutôt que de discuter sincèrement les arguments. Certains diront même qu'il ne faut pas commenter une opinion de peur de lui donner de la crédibilité. C'est ainsi que le premier réflexe sera d'ignorer les points de vue jugés racistes et xénophobes. S'ils ne peuvent être ignorés, il s'agira de ne pas les prendre au sérieux, de les cataloguer en tant qu'idéologie et non pas comme des systèmes de pensée légitimes, puisque mus certainement par des intérêts matériels ou personnels, comme le capitalisme, le colonialisme ou des psychopathologies. Ainsi, ces opinions seront jugées de l'extérieur sans jamais être discutées.

Le silence fut brisé de façon notable en 1984 par un historien respecté, Geofrey Blainey, dont un discours pourtant très modéré fut mal rapporté dans les médias. Il concédait que l'Australie avait toujours été une société multiculturelle, sauf pour une brève période, mais que l'immigration asiatique était trop en avance sur l'opinion publique et que la société devait garder sa cohérence et des valeurs communes. Il affirma par la suite le droit de l'Australie de décider de son destin contre cette "inévitabilité" de l'immigration colportée dans les médias. Il ne s'agissait même pas de nationalisme ethnique ni d'un rappel de la WAP.

Ses propos avaient tout de même une résonance politique importante et le climat engendré fit s'effriter la politique bipartisane et de compromis en chambre. S'ensuivi des débordements oratoires. C'est alors que le lobby d'mmigration s'organisa contre l'historien.

Au début, la tactique d'ignorer ses propos avait été adoptée, car M. Blainey était une figure importante, sympathique et largement respectée. Il ne pouvait être balayé facilement. Mais la violence des attaques était en incubation. Ses collègues écrivirent une lettre de dissociation, des manifestations eurent lieu. Blainey sortit ensuite un livre All for Australia où il défendit sainement ses positions, selon l'évaluation de Katharine Betts. Cela lui valu d'être ridiculisé.

Il avait brisé le silence que les intellectuels voulaient maintenir sur la question de l'immigration et la punition exemplaire qui lui fut servie découragera quiconque de défendre sur la place publique une politique restrictive et d'attaquer le tabou.

Pour nous tous, nationalistes, qui avons observé les transformations de notre société avec l'appui des mass médias, Ideology and immigration est un bonheur exutoire à lire. Notre grand malheur est la trahison de nos propres élites instruites qui ont suivi un intérêt de caste, plutôt que de maintenir une solidarité avec leur peuple.

Parce que le Québec n'est pas libre et fut dominé, nos intellectuels ont sûrement affiché moins de haine envers nos gens que celle de l'élite australienne, rapportée dans le présent ouvrage, envers leurs compatriotes, mais le fond est similaire. Rappelons le cheminement de Pierre Vallière, grand nationaliste des années soixante et auteur des Nègres blancs d'Amérique, qui devint un nationaliste bosniaque dans les années quatre-vingt dix et fit même une grève de la faim pour appuyer la création de cette nouvelle nation islamique et non=Européenne en Europe. Nous reconnaissons bien de quoi parle Ideology and immigration, un ouvrage qui regorge d'analyses originales et fascinantes.

FQS
Pour la préservation de notre peuple

 

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