J’ai choisi l’indépendance – Raymond Barbeau

0

rayRaymond Barbeau est un des pionniers méconnus de l’indépendantisme québécois. La cause souverainiste ayant été accaparée par la gauche depuis la création du Parti Québécois, l’historiographie a préféré laisser de côté Raymond Barbeau et son Alliance Laurentienne, qui se voulaient dans la lignée de Paul Bouchard et du journal La Nation, précurseur trop souvent oublié du mouvement nationaliste québécois.

Dans son ouvrage J’ai choisi l’indépendance, Raymond Barbeau se lance dans une réplique étoffée des thèses d’Henri Bourassa qui est considéré, à tort selon lui, comme un grand nationaliste canadien-français. Dans la dénonciation des thèses de Bourassa, il dresse un argumentaire encore valable de nos jours en faveur de l’indépendance québécoise et la république qu’il nomme la Laurentie.

Barbeau, contrairement aux péquistes et néonationalistes politiquement corrects, voit la nation comme une entité homogène et non comme un concept géographique. Au nationalisme civique aujourd’hui triomphant, il oppose une vision canadienne-française et résolument catholique. Toujours à l’encontre de la rectitude politique, pour Barbeau, « la langue n’est pas tout ». 

Selon lui, l’argument voulant que l’indépendance du Québec signifierait l’abandon des communautés canadiennes-françaises du reste du Canada n’est pas valable. De un, en ce moment le Québec ne peut en rien aider concrètement lesdites communautés ; ce serait empiéter dans les affaires des autres provinces. De deux, les francophones des autres provinces s’assimilent lentement tant au niveau de la langue que de la foi. Pour éviter de subir nous-mêmes ce triste sort, nous devons impérativement devenir majoritaires, donc fonder notre propre pays. 

Quant aux Acadiens, représentant alors 40% du Nouveau-Brunswick, il croit qu’ils deviendront rapidement majoritaires et pourront eux aussi déclarer leur indépendance ou carrément nous rejoindre. Barbeau n’avait certes pas envisagé la dénatalité doublée d’une forte immigration qui fait que le poids démographique des Acadiens recule et n’avance pas.

Pour réaliser l’indépendance réelle, et c’est là un autre point de rupture avec le Parti québécois, nous devons nous émanciper de la haute finance et du capital étranger pour reprendre nos ressources. La formule de Barbeau est simple : le corporatisme. La nationalisation reste une arme envisageable au cas où les entreprises étrangères refuseraient de collaborer avec le nouvel État. Dans la même logique, il est impératif que l’État laurentien prenne le contrôle de la création de sa monnaie, une politique que tous les pays devraient adopter. 

$_35Avant-gardiste, il dénonce avec véhémence le patronage, la corruption, mais aussi le mondialisme qui vise le métissage des peuples. Il est bon de se rappeler que ce livre fut écrit avant que l’immigration massive débute et avant que le multiculturalisme ne devienne une religion d’État.

Le penseur laurentien rejette aussi la vision populaire défendue par Bourassa de la Confédération comme étant un pacte entre deux races (aujourd’hui le terme « race canadienne-française » peut sembler saugrenu, mais avant la Révolution tranquille, c’était un terme fréquemment employé notamment par Lionel Groulx). Premièrement, il admet que Canadiens français et Canadiens anglais sont de la même race, la race blanche, mais aussi qu’il n’y a aucune égalité entre les deux peuples, Ottawa servant les intérêts anglophones. Cette inégalité provient du fait que les Anglais ont neuf provinces contre une et ont une population deux fois plus importante que celle des Canadiens français, un écart qui ne cesse de se creuser.

Là où il donne raison au fondateur du Devoir, c’est lorsqu’il admet l’apathie du peuple québécois et son manque d’enthousiasme pour le projet indépendantiste… Mais si le peuple est désabusé et amorphe, c’est bien à cause de la trahison des élites, un constat toujours valable en 2015 !

FQS
Pour la reconquête de notre peuple

BARBEAU, Raymond. (1961) J’ai choisi l’indépendance. Les Éditions de l’homme. 127 p.

Partager.

Donnez votre avis