La Dénationalisation tranquille – Mathieu Bock-Côté

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L-1520-1Souhaitons que l'ouvrage de Mathieu Bock-Côté (MBC), La Dénationalisation tranquille, ait l'impact maximal dans le discours public québécois. C'est le livre que l'honnête citoyen patriote, qui aime son pays, attendait depuis longtemps dans la perplexité et même la rage que provoque en lui le discours démocratique antinationaliste actuel.

L'auteur est un jeune intellectuel et il est heureux qu'une nouvelle génération se prépare à réparer le désastre fait par les précédentes et reprenne le combat.

C'est un grand pas dans la bonne direction, tout en comportant certaines limitations.

Son ambition est de faire le récit d'un phénomène qu'il nomme la dénationalisation, premièrement dans le mouvement souverainiste qui, depuis la défaite de 1995, adopta son grand ennemi, le multiculturalisme, pour demeurer présentable selon les nouvelles sensibilités qui ont cours en Occident. Ces dernières ont aussi inspiré des "historiens professionnels", comme les désigne MBC, appartenant au monde universitaire, qui ont essayé d'inventer de nouveaux modèles théoriques pour définir l'identité nationale à la sauce progressiste, démocratique et inclusive. Deuxièmement, des auteurs fédéralistes ont aussi créé un courant de dénationalisation, recherchant la mise au rancart du souverainisme par l'adhésion sereine à l'ensemble canadien.

L'auteur propose pour sa part un retour à l'historiographie nationaliste plus traditionnelle, celle de l'École de Montréal, tout en soulignant l'importance des historiens plus populaires pour rendre compte de la "nation réelle".

Le mouvement souverainiste fut mis dans l'embarras par les mots de Jacques Parizeau, après la défaite du référendum au milieu des années 90. On voulut donc dénationaliser la souveraineté pour que l'indépendance ne soit plus associée aux Canadiens-Français et ne soit plus à risque d'être taxée de projet xénophobe et raciste.

Au congrès de 1996, il y eut l'affaire Michaud, ce souverainiste qui voulait rouvrir la question linguistique. Deux camps apparurent: celui des "purzédurs" et celui des modérés. L'époque était favorable à ces derniers. Sur la scène fédérale, le Bloc québécois renia la notion des deux peuples fondateurs parce que pas assez inclusive.

Des nationalistes sonnèrent l'alarme, car le mouvement se coupait alors de la nation historique et le Québec se retrouvait scindé en deux, entre la métropole et les régions.

Yves Michaud invita les souverainistes à « s'opposer vigoureusement aux tentatives de faire table rase du passé, des repères, de la mémoire d'un peuple. À faire barrage, également, aux tentatives suicidaires de "renouvellement" d'un discours souverainiste prêchant l'entrée dans l'ère du vide et du déracinement, rapetissant ainsi la société québécoise à une atomisation de citoyens férocement individualistes et n'ayant d'autres raisons de vivre que d'assouvir leur rage de consommation. » (p.26-27)

La souveraineté devenait un projet de nature sociale et idéologique; faire une démocratie cosmopolite unie par la Charte des droits du Québec. Le Québec serait alors à gauche, le Canada à droite.

Le PQ chercha à vendre la souveraineté comme la création d'une société branchée, question de surfer sur tout ce qui est "cool". Elle serait l'occasion de créer une nation écologique, progressiste, accordant le droit au mariage gai, avec sa loi sur les jeunes contrevenants et l'écologie pour affirmer encore plus ce particularisme. C'était la "saison des idées" de 2003-2004 de Bernard Landry, l'appel d'André Boisclair aux progressistes, pacifistes, féministes, écologistes et altermondialistes à rejoindre le PQ.

Cela fait partie de ce que l'on appelle le nationalisme civique. On n'appartient plus à la nation par la naissance. Nous sommes tous des agents libres qui adoptent un pays comme il lui plaît.

MBC fait remarquer avec justesse "le manque d'épaisseur de la nation civique", que l'identité est un héritage avant d'être une construction et ne saurait être un bricolage opportun, l'identité n'étant pas une pâte malléable. Avant la démocratie il y avait une communauté politique. La démocratie ne se suffit pas à elle-même. Ni la nation ni la citoyenneté ne peuvent se décréter. Il y a nécessité d'une chose sacrée avant.

Des théoriciens ont aussi posé, en arrière-scène, les fondements théoriques de ce changement. Les écœuranteries qu'ont imaginées ces intellos font mal à lire. L'analogie avec les Pharisiens est évidente, ces gens qui se firent appeler sépulcres blanchis il y a 2000 ans. Ils ont les mots démocratie et tolérance bien en évidence sur le front et accablent le peuple de mille et un reproches et de règles concernant, non pas le respect du Sabbat, mais le respect de l'Autre, plus sacré que le Sabbat ne l'était sans doute.

MBC s'intéresse particulièrement à l'historien Gérard Bouchard, qu'il plante définitivement.

L'ambition du frère de l'autre Bouchard (Lucien celui-là) est de "réécrire l'histoire" (on a déjà entendu cette expression quelque part). Dans Le Québec au futur et au passé, il entend fonder les lois pour élaborer ce récit dénationalisé, pour qu'il ne soit plus centrée sur l'identité canadienne-française. La Dénationalisation Tranquille cite: « Il semble parfois que la population francophone de souche n'a pas complété son apprentissage dans le rôle d'une majorité démocratique, sensible à la réalité interculturelle. » (p.51) Il envisage une « nation francophone, plurielle, qui se définit par référence à des valeurs et des choix sociaux, et qui parvient à réaliser sa cohésion dans la diversité. » (p.36)

MBC évoque les courants plus larges qui ont entraîné l'Occident à la culpabilité et à voir sa civilisation réévaluée pour n'en retenir que le négatif, c'est à dire les viols et les génocides. Il y eut par exemple la déconstruction inventée par le philosophe Jacques Derrida, qui voulait libérer les nations de l'histoire majoritaire.

Les membres de notre caste instruite, dont Bouchard, n'ont pas la volonté ni la force intellectuelle pour voir au-delà de ces courants, comprendre leur essence et oser s'y opposer. Aussi donnent-ils à fond dans cette nouvelle orthodoxie. Le co-président de la Commission sur les accomodement résonnable cherche en fait à sauver le principe de la nation, en le redéfinissant de telle sorte qu'il puisse devenir acceptable. Bouchard parle de déconstruction préalable pour ensuite reconstruire du neuf. Cela implique une plasticité complète de la matière identitaire et sociale. Il va même jusqu'à introduire dans le passé une diversité qui n'y était pas nécessairement, pour satisfaire le multiculturalisme d'aujourd'hui, faisant de nos ancêtres des Indiens, niant la filiation avec la France (car trop exclusive), pour la création d'un passé rassembleur – un cas pathologique, ce Bouchard!

Or ce courant "progressiste", duquel Bouchard veut se faire aimer, pose des questions radicales à la société majoritaire, dans le but même de "faire imploser son identité".

MBC rappelle d'où vient cette émergence du multiculturalisme.

Jusqu'aux années 80-90, c'est un socialisme basé sur les revendications de la classe ouvrière qui dominait la pensée de nos gens "éclairés". L'essoufflement de cette idéologie mena à l'adoption des revendications minoritaires, féministes, raciales et allogènes, rassemblées dans "la lutte contre toute forme d'exclusion."

Pour ces gens, comme l'intellectuel Alain Touraine, il y a une division radicale: le majoritaire homogène qui est mauvais et l'Autre, l'hétérogène, qui est bon. En dénonçant "l'exclusion", c'est toute forme d'identité nationale majoritaire qui se voit interdite.

Comme pour le marxisme, le but est la reconfiguration radicale de la nation de telle sorte qu'elle soit liquidée.

MBC définit l'antiracisme comme étant le stade suprême de l'antinationalisme. Tout ce qui favorise la préservation de notre identité est associé au racisme et à l'ethnocentrisme, au repli sur soi. La tradition, qui limite la possibilité des utopies déconstructrices, doit être oubliée.

Considérant cela, le projet de Gérard Bouchard est hautement problématique, puisqu'il cherche à rendre l'histoire nationale possible malgré la société des identités. Or cette dernière mine l'identité nationale. Bouchard ne reconnaît la nécessité de la cohésion nationale que pour la démocratie. « Comment une nation culturelle peut-elle légitimement se superposer et s'articuler à la nation civique plurielle? » p.82 demande-t-il. Identité nationale et multiculturalisme sont contradictoires, car il y a autant d'histoires nationales que de groupes raciaux, nous dit MBC.

Une certaine Chantale Maillé appelle la majorité à se taire pour permettre aux marginaux de s'exprimer. MBC suggère plutôt « faire taire » et souligne le caractère autoritaire du multiculturalisme. La société des identités s'érige sur la haine des différents groupes, sur le ressentiment de ces minorités envers les majorités, ce qui est généralement en contradiction avec leur discours général de tolérance. « Mais Bouchard accepte de poser toutes ces questions, les questions nées dans la matrice du marxisme antinational, et cherche ensuite à retisser dans ce qui peut en rester un récit collectif qui aurait encore un sens pour ceux à qui il pense encore s'adresser. Or on ne peut tout accoupler, à moins de consentir à faire naître un monstre. On ne peut chercher à reconstruire l'idée nationale à partir de questions qui sont faites pour la faire éclater. » (p.88)

La dénationalisation prend plusieurs formes et plusieurs degrés. Bouchard demeure attaché à une notion de tradition nationale, même s'il veut y inclure toutes les diversités. Un Jocelyn Létourneau cependant cherche une dénationalisation pure et simple; que le Québec ne soit plus envisagé comme un peuple avec son destin, généralement considéré malheureux. Il faut se sortir du récit victimaire. Il est l'inspirateur de la prose fédéraliste d'un André Pratte. MBC parle "d'impenser" le Québec!

Si elle se voit maintenant dénationalisée, l'histoire du Québec connut son "nationalisateur" et c'est le chanoine Lionel Groulx qui posa la conquête comme un drame amenant un mal existentiel que l'indépendance pourrait calmer. Létourneau observe que cette interprétation définit le Québec comme un échec.

Cet historien propose une appartenance sereine au Canada, avec les identités francophone et anglophone comme étant structurantes pour ce pays. C'est la fin des divisions identitaires anglais-français. Le Canada est un lieu d'interdépendance, une nécessité relationnelle entre plusieurs communautés. Il s'agit simplement que le Québec retrouve son espace canadien.

MBC pose la chose très bien en faisant remarquer que les Québécois préfèreront porter un regard québécois sur le Canada plutôt qu'accepter de se voir par le biais d'un regard canadien. Beaucoup d'historiens nationalistes, par rapport à 1867, font remarquer que notre histoire n'a pas commencé avec la Confédération, mais débute en 1534.

Toujours à propos du destin québécois contenu dans notre histoire, il souligne son importance dans la Révolution tranquille: « De la même manière (…) on peut supposer que si la Révolution tranquille est si solidement boulonnée dans la conscience historique francophone, c'est d'abord et avant tout parce qu'elle rattrape la vieille idée d'une reconquête annoncée, parce qu'elle révèle une aspiration fondamentale que la pensée québécoise aura sue formuler et reformuler pendant près de deux siècles, et qui s'exprimera dans l'appel à devenir maître chez soi lancé aux élections de 1962 mais dont l'origine était évidemment, on s'en doutera, groulxienne. » (p.116)

Il analyse l'ADQ et Mario Dumont comme faisant partie de cette dénationalisation, voulant faire du Québec une province sur le même pied que les autres provinces dans le Canada, faisant simplement alliance en tant que province sans plus de droits. Il rompt simplement avec le chartisme centralisateur de Trudeau.

La Dénationalisation tranquille touche aux problèmes d'épistémologie propres à la sociologie et à l'histoire. Le sens d'un événement étudié par l'un ou par l'autre est-il celui que lui donne les acteurs de l'événement? Les savants auteurs en viennent à se donner plus d'importance que la société qu'ils étudient, puisqu'ils lui imposent des relectures radicales de son histoire. Pour le jeune sociologue, le "référent national" est fait de « participants à une même communauté politique qui cherchent à élucider un destin partagé ». (p.124) Il ajoute: « (…)il est bien possible que la forme nationale soit durablement inscrite dans la morphologie symbolique de la société québécoise et que cette société, plus encore, dépende, pour sa cohésion, de sa capacité de rassemblement autour du collectif historique francophone. » (p.126)

MBC se fait polémiste d'une ambition considérable, car il fustige toute une caste intellectuelle, celle des historiens professionnels, leur reprochant d'être voués à une "herméneutique du soupçon" qui les condamne à la déconstruction. Il lui oppose l'historiographie populaire qui rend mieux la conscience historique du peuple. Cette littérature est sans complexe et ne voit pas les ambivalences de l'identité comme étant une tare. Il pose alors ce jugement sans appel: « Un peu comme si la socialisation universitaire dans la société contemporaine – et spécialement dans la société québécoise – était le premier moment d'une dénationalisation des consciences, un peu comme si l'université était de moins en moins l'endroit où chercher pour trouver des hommes exemplaires qui pensent leur rapport au peuple sur le mode de la fraternité plutôt que de la condescendance de parvenus culturels agissant trop souvent à la manière d'un haut clergé idéologique masquant ses choix politiques dans une glose faussement savante. » (p.138-139)

Il pose l'importance d'affirmer le peuple québécois en tant collectivité nationale définie, au lieu d'inventer une réalité nationale autre, pour satisfaire le multiculturalisme. Sur ce, il tire cet autre boulet: « Mais les peuples semblent apprendre à se débrouiller sans leurs historiens officiels pour s'en trouver de nouveaux, en dehors des institutions qui se sont retournées contre eux. » (p.146)

Maurice Séguin remporte beaucoup de sympathie dans la Dénationalisation tranquille. Cet historien appartenait à l'École de Montréal et cherchait à recentrer le récit historique sur le Québec, devant la crainte qu'il ne disparaisse par la fin de la société traditionnelle et ce en opposition à d'autres "penseurs" appartenant à l'esprit de Cité-Libre qui se présentaient comme "d'éclairés-citoyens-du-monde".

MBC est sympathique à la Révolution tranquille qui représente encore la nationalisation de la société (en plus de l'électricité !). Le nationalisme groulxien est adopté par les principaux partis, c'est le slogan "Maître chez nous" de 1962 ainsi que "Égalité ou indépendance". Selon l'auteur, c'est un moment où les Canadiens-français gagnent alors qu'ils n'ont fait que perdre depuis les Patriotes. Elle était un passage obligé de la société traditionnelle à la modernité.

De nombreuses critiques en font leur objet : le manifeste Pour un Québec Lucide par exemple. On lui reproche de faire l'affaire d'une nouvelle classe moyenne, rouage de cette technocratie bureaucratique, tout en engendrant de nombreux maux sociaux. L'auteur fait remarquer que l'Occident est partout touché par les mêmes problèmes. Elle demeure positive, car c'est une révolution nationale.

Sur cette question, l'auteur est d'avis que cette révolution doit continuer ou sinon le Québec est menacé de médiocrité où ce sont ses  400 ans d'histoire qui risquent de se terminer sur un "non-lieu", selon une formule empruntée à Robert Lapalme. Le Québec contient en lui sa finalité et c'est l'Indépendance.

En conclusion, MBC résume l'histoire québécoise des deux dernières décennies. Après la défaite référendaire de 95, il y eut la dénationalisation suicidaire du souverainisme menant à des résultats électoraux désastreux. « On ne tourne pas le dos au pays réel sans en payer le prix », juge-t-il. « Les professeurs de la vertu avaient tout faux comme d'habitude mais refusent de reconnaître leurs torts, prêchent plutôt la radicalisation de cette idée que les Québécois rejettent. » (p.172) Puis il y eut la crise des accommodements raisonnables et le sursaut identitaire qui mènera l'ADQ à ses succès électoraux.

Nous sommes maintenant devant la situation d'un Québec scindé entre sa métropole dénationalisée et des régions qui se provincialisent, cherchant une normalisation de sa place dans le Canada, un nationalisme sans souveraineté. « Mais surtout parce qu'il faudra pratiquer un nationalisme décomplexé, qui ferme les mauvaises questions qu'on lui pose plutôt que de chercher à y répondre, qui renoue avec le sens commun sans pratiquer la pénitence devant les grands culpabilisateurs du tribunal progressiste, toujours prêts à faire un procès à ceux qui refusent de pratiquer génuflexion devant l'autel du politiquement correct. » (p.174)

La Dénationalisation tranquille demeure un ouvrage excellent, le meilleur peut-être pour contrer le multiculturalisme qui jusqu'à maintenant régnait sans partage. Mais nous pouvons quand même évoquer quelques critiques et les limites de l'approche de MBC.

Son analyse des courants anti-occidentaux est incomplète. Une critique radicale de la société traditionnelle européenne a marqué le dernier siècle. Il faut citer l'école d'anthropologie boasnienne, l'école de sociologie de Francfort, la nouvelle gauche radicale des années soixante en plus du marxisme. Ces courants se sont imposés partout dans le monde académique, malgré la malhonnêteté de leurs prétentions scientifiques. Le Québec a suivi le mouvement et adopté une matrice intellectuelle qui mena à la dénationalisation présente comme pour toutes les nations blanches.

Un autre aspect aurait aussi mérité d'être évoqué. C'est l'effet de la Seconde Guerre Mondiale dans la condamnation malhonnête du nationalisme. Le paradigme universaliste imposa sa suprématie et pendant que le PQ dénationalisait son projet politique, la Serbie était bombardée à la soumission par l'OTAN. Le général Wesley Clark, à la tête des forces de cette organisation, dont le Canada est membre fondateur, déclarait qu'il n'y a plus de place dans le monde pour les nations ethniquement homogènes, que maintenant les peuples devaient être métissés. Sous les bombes lorsqu'il le faut aurait-il du ajouter d'ailleurs.

Son attachement à l'oeuvre de René Lévêque, qu'il appelle "père fondateur" de la nation, fait aussi sourciller. Dans sa biographie, René Lévesque affirme lui-même son antiracisme, son admiration pour les peuples métissés, celui de la Barbade par exemple. Il affirme son vœu de voir l'avènement d'un gouvernement mondial. Cela correspond grandement à l'agenda de ceux qui mènent la lutte en faveur de la dénationalisation. MBC déplore la liquidation de la société traditionnelle, mais René Lévesque fut le champion de cette liquidation.

Nous croyons l'auteur très perspicace lorsqu'il identifie les agents de dénationalisation comme constituant un clergé. Mais ce clergé, n'inclut-il pas beaucoup plus que les Gérard Bouchard et Jocelyn Létourneau? Qu'en est-il de Jacques Godbout, pour qui MBC à la plus grande sympathie? Cet auteur a été membre fondateur du Mouvement laïc; ne cherchait-il pas à abattre l'ancien clergé catholique qu'il détestait, pour le remplacer par celui auquel il devait appartenir? Son but était, affirme-t-il dans une entrevue pour l'Actualité, qu'un jour il y ait un mètre ou deux de littérature québécoise sur les rayons des bibliothèques dans le monde. N'est-ce pas aussi oblitérer la "vraie" nation historique pour la remplacer par une nation littéraire faite par la littérature?

La Révolution tranquille est la version québécoise d'une évolution qui toucha tout l'Occident, il n'en demeure pas moins que cette évolution est bien responsable de la dégradation de notre population et pourra bien l'emporter définitivement. MBC croit qu'il ne faut pas la confondre avec mai 68, écartant ainsi son rapprochement avec un mouvement d'inspiration clairement marxiste et révolutionnaire. Robert Rumilly, dans L'Infiltration gauchiste au Canada français, note la sympathie communiste exprimée dans les organes médiatiques associés avec la Révolution tranquille: Cité-libre, le journal Le Devoir, Radio-Canada. Cet événement cadre bien avec les autres mouvements qui marquèrent les sociétés occidentales dans les années 60 et menèrent à la dénationalisation actuelle.

Mais alors que sous la religion catholique notre peuple se multiplia par 75 entre 1759 et 1960, la plus forte augmentation naturelle jamais vue dans l'histoire de l'espèce humaine, il ne suffit que de deux ou trois générations du règne de nos nouveaux prêtres pour que nous soyons finis comme peuple. Dans quelques décennies nous serons minoritaires, nous les descendants de ces quelques milliers de colons venus de France s'installer dans la Vallée du St Laurent et dans un siècle ou deux, nous ne serons plus rien. Notre population sera anéantie démographiquement.

Nous croyons que le malaise est plus profond que la dimension soulevée par la Dénationalisation tranquille. C'est la matrice intellectuelle même du lettré occidental par laquelle il envisage le monde qui est erronée.

Mathieu Bock Côté désire appartenir quand même à cette élite intellectuelle, non pas engendrer une Révolution qui mettrait fin à son règne. Il n'est qu'une voix en contrepoint de cette élite qui nous empoisonne.

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