La fleur de lys : un héritage arabe des croisades ?

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C'est ce que l'on entend dire parfois, dans la lignée de l'émission "des Racines et des Ailes" en 2002, qui l'affirmait dans un sujet fouilli et apparemment bricolé dans l'urgence du contexte politique (*).

L'émission prétendait que la fleur de lys, signe de ralliement des royalistes et des amoureux de la France Eternelle, était d'origine palestinienne et nous venait de la rencontre avec l'Orient lors des Croisades. Qu'en est-il ?

La première Croisade fut déclenchée par le prêche de Clermont du Pape Urbain II le 27 novembre 1095, dans un contexte de persécutions contre les chrétiens d'Orient et contre les pélerins (rappelons ainsi la destruction du Saint Sépulchre de Jérusalem par le caliphe Al-Hakim, scandaleusement et volontairement oublié par les manuels d'histoire).

Selon la tradition, la fleur de Lys aurait été associée au trône royal par nul autre que Clovis lui-même. En tant que symbole de la virginité mariale, le lys permettait de manifester les liens entre la "France" (concept non valable à l'époque), et la Vierge Marie. Cette origine présumée n'est toutefois pas très utile en matière d'ornementation.

La fleur-de-lys apparait pour la première fois dans le grand sceau royal de Robert II le Pieux (996-1031), (**) soit près d'un siècle avant l'appel de Clermont.

Dans le monnayage royal, elle fait une discrète apparition sous Louis IX à partir de 1137 (***). Les monnaies royales ne se prêtaient pas jusqu'alors à une ornementation complexe, en raison de leur petite taille et de la répétition de décor géométrique ou stylisé pratiquement inchangé depuis l'époque carolingienne.

Ailleurs en Europe, la ville de Florence utilise l'emblême du Lys (dit florencé), allusion à son nom romain florentia et italien médiéval fiorenza (proche de fleur, également présent dans le nom de la cathédrale, Santa Maria del Fiore). Le Lys florentin est attesté depuis le haut moyen-âge.

C'est dans le fleuron, motif d'ornementation fréquent dès l'Antiquité, qu'il faut chercher le précurseur du lys, dans la lignée de la palmette et du lotus utilisés par les grecs. Dans l'artisanat Avar (envahisseurs de la Bulgarie à l'époque carolingienne), la fleur de Lys se retrouve sous une forme pratiquement moderne.

Au IX ème siècle, la célèbre statuette de Charlemagne (Louvre, dept des objets d'arts) est couronnée par quatre fleurons, esthétiquement très proches de la fleur-de-lys. Le passage du fleuron trilobé à la fleur-de-lys est peut être passé par l'Iris, souvent confondus en ornementation.

Bref, les sources historiques primaires manquent pour découvrir la véritable origine de la fleur de Lys royale française, laissant ainsi une bonne part à la légende et à l'imagination, voire à l'intervention divine. Mais son lien avec les croisades et l'orient est une invention.

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