La Grande dilution

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Le ministre canadien de l ’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Ahmed Hussen (lui-même un immigrant somalien) a annoncé récemment une hausse substantielle des seuils d’immigration au Canada. L’immigration totale (immigration économique, réunification des familles, réfugiés et personnes protégées, humanitaires et autres) passera ainsi de 310 000 en 2018 à 340 000 en 2020, une augmentation de 30 000 immigrants en deux ans (LaPresse, 1er novembre).

Ce seuil est semble-t-il nécessaire pour assurer la compétitivité de l’économie alors que la population vieillit et que la natalité diminue. Cette hausse importante est pourtant jugée insuffisante par le Conseil consultatif en matière de croissance économique qui souhaitait l’accueil de 45 000 immigrants.  Pour Ahmed Hussen, ce seuil de 30 000 immigrants supplémentaires respecte la capacité d’accueil et d’intégration des Canadiens, jamais consultés sur la question d’ailleurs, et des partenaires sur le terrain.

Le ministre ajoute qu’il faut maintenant offrir à ces immigrants les outils nécessaires à leur succès. Les goussets des Canadiens sont décidément sans fond.  Personne ne fait remarquer que ces 30 000 nouveaux immigrants représentent une agglomération de la taille d’Alma (31 085 habitants au 1er juillet 2016) jaillissant subitement de nulle part. L’intégration de ces nouveaux arrivants ne semble pas poser de problèmes pour le Canada anglais, seul le Québec fait bande à part et s’interroge sur sa capacité d’accueil et d’intégration de ses immigrants. La question ne se pose pas dans le Rest of Canada (ROC)! Le pays est grand et il ne paraît guère préoccupé par la défense de sa culture. Pourquoi le premier « État post-national » de l’histoire se préoccuperait-il de savoir si ces immigrants ont assimilé les rudiments de la culture canadienne pourvu qu’il baragouine l’anglais?

Le Canada multiculturel des Trudeau se satisfait visiblement de la superposition de populations qu’est devenu le Canada, seuls les « racistes » du village gaulois s’obstinent à conserver une culture propre dans ce vaste fourre-tout qui n’est en définitive qu’une banlieue de notre voisin du sud, un ensemble de programmes sociaux, des consommateurs avides de produits de la sous-culture américaine. Programme qui satisfait Justin Trudeau et semble séduire certains Québécois tentés par la mondialisation et le remplacement du français par un « basic English ». Le Canada est peut-être le premier « État post-national » de l’histoire, il est aussi et surtout le premier État géologique en raison de sa composition par strates successives d’arrivants.

Les nationalistes québécois dénoncent depuis son émergence le multiculturalisme comme une machine de guerre contre le Québec français. D’un strict point de vue québécois, cela est vrai. Toute à cette conviction, l’intelligentsia québécoise ne s’est peut-être jamais demandé si cette machine de guerre n’était pas aussi une dague plantée dans le cœur du Canada anglais. Le sort des voisins que nous a imposés l’histoire est probablement le cadet des soucis des nationalistes québécois, mais c’est une erreur. Pourquoi s’intéresser à la réaction des Allemands aux mesures immigrationnistes d’Angela Merkel et à la réaction italienne du gouvernement Salvini ou aux résistances hongroise et polonaise? Ce qui se passe à quelques kilomètres de chez nous devrait nous intéresser et comme pour les années à venir, nous sommes appelés à faire encore partie du Canada, ses politiques d’immigration devraient donc nous préoccuper, surtout qu’une partie de cette manne immigrante finira chez nous.

Il serait intéressant et souhaitable qu’un historien québécois s’intéresse à la réception du multiculturalisme au Canada anglais de la fin des années 1960 et des années 1970. Le multiculturalisme conçu pour casser le nationalisme québécois émergent (en fait ce n’est pas le nationalisme qui faisait problème, mais l’indépendantisme.) avait-il aussi pour cible et pour première victime, mais jamais nommée, l’identité canadienne-anglaise et son homogénéité ethnique. Rien dans la carrière politique de P.E. Trudeau ne démontre un attachement particulier au Canada anglais traditionnel. Son multiculturalisme aura fragmenté le Canada anglais, devenu sous sa gouverne la superposition (déjà) de Britanniques, de Canadiens-Français, de Slovaques, d’Ukrainiens, de Grecs et d’Italiens, de Sikhs et de Syriens, multiculturaliste chez nous, l’homme était aussi volontiers internationaliste. Il aura tenté de mâter le nationalisme québécois, puis faisant d’une pierre deux coups, il aura porté un coup fatal au Canada et à son nationalisme volontiers White anglo-saxon protestant (WASP), conservateur et monarchiste. Le fils poursuit le travail de son géniteur en accélérant le mouvement, la grande dilution est devenue une grande braderie. Demeurer dans le Canada c’est être condamné à subir cette grande braderie, un Philippe Couillard et ses 50 000 immigrants se faisant le complice local de cette œuvre.  Avec François Legault, sans nous faire d’illusions, nous pouvons peut-être écrire, « ce n’est pas le début de la fin, mais c’est peut-être la fin du début. », souhaitons simplement qu’il sache être ferme.

Par P.C.

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