La légende du nain rouge de Détroit

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Transcription et traduction par la Fédération des Québécois de souche

Un bon soir, une querelle éclata à l’intérieur d’une taverne et Mère Minique, une vieille femme connue par les villageois comme étant la Sorcière de l’île d’Orléans, se pencha sur sa canne et pressa son oreille contre la porte. Elle avait été assise là pendant un certain temps à quêter de la monnaie, quand soudain elle vu un grand Français entrer dans la pièce avec un air déterminé.

Ce n’était pas par simple curiosité qu’elle commença à écouter, de plus en plus intensément, quand l’homme est entré dans la salle faiblement éclairée. Il a été immédiatement accosté et félicité tour à tour. Sa réputation l’avait précédé : le roi avait donné la permission à Cadillac de construire un nouveau fort : Fort Pontchartrain, sur le fleuve reliant le lac des Hurons et le lac Érié.

Selon certains dans la salle, cela détruirait Québec et conduirait à la ruine de Montréal. D’un autre côté, sieur de Cadillac a été salué comme un brillant tacticien. Tous voulaient savoir comment, après toutes ces années, avait-il enfin réussi à convaincre Paris du bienfait de son projet.

Fidèle à son habitude, Cadillac donna quelques détails sans plus. Il dit à la foule simplement : « Ce n’est pas sorti de nulle part. Tout a une raison, les amis. Maintenant le projet est sûr et il y aura des opportunités pour tous ceux qui veulent se joindre à moi! »

Cela provoqua un murmure parmi les hommes. Qui irait? Que serait-ce que de vivre si loin à l’intérieur?
La plupart des hommes avaient passé au moins un été en canoë. Ils connaissaient très bien les difficultés qui les attendaient. Mais contrairement au passé, Cadillac possédait les fonds! Ce ne sera rien de moins qu’un lieu de commerce et un point de défense contre les Britanniques.

Mais Cadillac ne pouvait pas s’empêcher d’entendre les mêmes vieilles histoires racontées dans son dos : « Soi-disant noble » et « Combien de temps cela prendra-t-il avant qu’il soit chassé de son nouveau poste? » Il quitta donc la taverne d’un pas pressé.

Une fois dehors, la salle éclata de rire. Il prit une profonde inspiration et soupira, « Bande de crétins! » Cela provoqua le rire de Mère Minique. Cadillac, surpris par le bruit dans l’ombre, leva sa canne par réflexe.

« Désolé monsieur, je n’ai pas voulu vous surprendre! Je ne suis qu’une pauvre vieille femme. Si vous avez un peu de change, cela serait grandement apprécié! »

« Vous êtes cette sorcière dont j’ai entendu parler n’est-ce pas? Que faites-vous à Québec ? », rétorqua Cadillac.

« J’ai entendu vos problèmes, Sir, et si vous avez un peu de temps, j’aimerais vous raconter mon rêve… »

« Vous voulez dire un ramassis de sottises et d’histoires à dormir debout? Je n’ai pas de temps à épargner pour de telles choses! » Cadillac s'éloigna d’un pas pressé sans regarder la vieille dame.

« Comme vous voulez monsieur, mais la vérité doit être dite! Votre tâche sera difficile avec de nombreux obstacles! Vous allez partir dans la disgrâce, votre ville sera hantée par la défaite, la violence et la déception. Cessez de vendre du Brandy et cela aidera peut-être! Mes rêves ne mentent pas! »

Cadillac se retourna pour assommer la veille d’un bon coup de canne, alors que l’aubergiste ouvrit la porte… Cadillac grogna et traversa la rue seul dans la nuit.

Quelques semaines plus tard, Cadillac partit avec ses hommes pour fonder le nouveau fort, il s’aventure au loin bien équipé avec de nombreux subalternes. Les rumeurs venant de l’Ouest rapportent que des Amérindiens de la tribu des Hurons sont venus attendre Cadillac et ses hommes sur la rive de la rivière Détroit et du lac Saint-Claire. Son rêve étant près de se réaliser, Cadillac a vite oublié les avertissements de la Mère Minique. Mais en quittant sa famille, Cadillac aperçut la vieille dame… et il ne put se retenir de lâcher quelques sacres!

Après huit semaines et 30 portages, Cadillac et sa centaine d’hommes arrivèrent finalement à destination sur les plages de la rivière Détroit pour y trouver plusieurs familles huronnes et des coureurs des bois. En peu de temps, la centaine d’hommes érigea des maisons, défricha les terres et bâtit des palissades.

Cadillac était si heureux du succès de sa mission qu’il décida, un samedi matin, d’aller faire une promenade seul sur le bord de la rivière en fumant la pipe. Soudain, il se mit à entendre des bruits de grincement et de frottement dans les buissons. Tout à coup, un petit homme à la peau rouge sortit du bosquet avec un panier rempli de poissons. Cadillac resta sur place avec un air stupéfait, ne sachant pas à quelle race de créature il avait affaire!

Le petit homme rouge marcha vers Cadillac et s’arrêta droit devant lui, le regarda de la tête au pied avec dédain, et cracha sur le sol avant de se retourner et partir.

Cadillac, revenu à lui-même, hurla « Revenez ici et expliquez-vous! »

« Écoutez-moi, petit imbécile! Que faites-vous dans ma ville? C’est moi le maître par ici! Répondez! »
Le petit nain rouge s’arrêta… et cracha une deuxième fois, cette fois directement sur la botte de Cadillac. Il sauta ensuite dans un minuscule radeau et quitta sur la rivière en pagayant.

Bouillant de colère, Cadillac retourna au fort en criant « QUI EST CE PETIT NAIN?! »

Ayant passé maître dans l’art de battre les gens qu’il jugeait inférieurs, Cadillac avait bien hâte de donner une bonne raclée à ce petit nain insolent.

Seulement deux jours plus tard, alors qu’il discutait du succès de Détroit avec Monsieur de Tonty, son bras droit, il aperçut le nain rouge en bas d’une colline.

Cadillac se lança après lui, la canne dans les airs, rempli de rage. Le petit homme rouge essaya sans succès de se défendre avec une petite branche de sapinage. Coup après coup, sur la tête, dans les côtes et sur les jambes, il frappa avec une violence inouïe le nain rouge sans défense jusqu’à ce que Monsieur de Tonty retienne son bras par peur qu’il commette un meurtre.

Le nain rouge se leva, tout boursoufflé, avec du sang qui lui coulait des oreilles, alors que Cadillac attendait des excuses venant de la créature.

Le nain s’exprima ainsi : « Monsieur, vous auriez pu être bienvenu, mais ce n’était qu’insultes et coup de canne! C’est alors que je vous lance un sort à vous et votre satané village! Vous avez planté du blé, mais vous ne récolterez que la ruine et la misère! »

Il regarda ensuite Cadillac de la tête aux pieds encore une fois avec mépris, lui cracha sur la cheville et partit en courant dans les bois!

C’était alors chose faite! Le rêve de la Mère Minique disait vrai; Détroit a perdu son caractère français et son économie s’écroula pour faire place à la pauvreté et devenir ce qu’elle est aujourd’hui. Selon la légende, le nain rouge serait responsable du grand feu du mois de juin 1805, du blizzard de 1974 et de la panne de courant massive de 2003! Le seul espoir aux résidents de Détroit est de chasser une fois pour toutes le nain rouge de la ville!

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3 commentaires

  1. Richard Dubois le

    Une chance que vous êtes là, cette légende était disparu du côté francophone avant aujourd’hui… vous gardez le fort de notre identité car malheureusement les progressistes et «souverainistes» de gauche se foutent bien de notre culture, histoire et identité.

    Sans partager l’ensemble de vos positions, je vous dis merci.

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