La Saint-Jean-Baptiste multiculturelle nous représente-t-elle?

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Notre nation fête la Saint-Jean Baptiste tous les 24 juin. Nous observons toujours les efforts pour lui donner une image multiculturelle, presque antillaise à certains égards. Nous devons nous demander si elle représente toujours le même peuple que jadis.

Que la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) ait bien joué son rôle de stimuler la solidarité nationale des Français au Canada ou non durant son histoire est sans doute sujet à discussion, mais il est certain qu'elle transforma profondément son action et son identité à partir des années 80, alors que le gouvernement fédéral amorça sa propagande en faveur du multiculturalisme. Tous les médias lui ayant emboîté le pas et l'opposition au phénomène d'immigration n'étant le fait que de quelques individus poussés dans la marge et attaqués de toutes parts, la seule réponse de la société patriotique a été de s'adapter, quitte à trahir son but originel et la nation qu'elle devait défendre par le fait même.

Ludger Duvernay a fondé la SSJB au milieu du 19ème siècle dans un contexte où la frontière entre les groupes nationaux n'était pas l'objet de négationnisme comme aujourd'hui. Lord Durham lui-même dira que les troubles de 1837 était un conflit entre "deux races". Les Anglais, les Irlandais, les Écossais et même les Allemands du Bas-Canada fondèrent aussi à la même époque leur association. Cette manière de voir a été balayée au 20ème siècle par de nouveaux courants de pensée dont la légitimité mérite certainement d'être mise en doute, mais qui sont maintenant bien ancrés dans la mentalité de l'intelligentsia contemporaine, particulièrement médiatique.

Le mémoire de la SSJB (centre du Québec) à la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables représente une source concise et officielle sur sa définition de la nation et de l'identité.

Ces dernières n'ont maintenant qu'une dimension purement intellectuelle et ressemblent à un jeu de rôle ouvert à tous ceux qui veulent y jouer. L'accent est mis sur la langue et la Fête nationale. En voici un résumé tiré de son adresse à la commission, lors de la remise de son mémoire:

"Dans son mémoire intitulé Agir maintenant pour vivre ensemble demain, la SSJBCQ établit clairement que la langue française et la célébration de la Fête nationale du Québec sont des éléments clé de l’identité québécoise. La Fête nationale est un moment phare de notre vie collective. C’est pourquoi nous demandons au gouvernement québécois de mieux la soutenir. Il se doit de réaffirmer l’importance de cette fête en lui consacrant des ressources financières appropriées. Ces journées de célébrations demeurent une occasion exceptionnelle d’inviter les immigrants à participer activement aux réjouissances avec l’ensemble de la population."

C'est un "vivre ensemble" dénué de toute relation à l'ethnie. Dans le mémoire il est déclaré:

"Toute personne qui habite le territoire du Québec doit être considérée comme Québécois ou comme Québécoise."

Cette nouvelle définition apparaît artificielle. La nation n'est cimentée que par des mimiques collectives financées par l'État.

En plus de la langue et de la Fête nationale, la SSJB parle des "valeurs québécoises" pour compléter le tableau:

"Sans vouloir énumérer une longue liste des valeurs québécoises, nous estimons que celles-ci doivent être reconnues et maintenues : le droit à la vie, la famille, l’égalité entre les hommes et les femmes, la liberté de conscience, d’expression, de religion et d’orientation sexuelle, le droit à l’éducation, l’égale protection devant la loi, la démocratie, la langue française, le patrimoine culturel, la protection de l’environnement, sans oublier l’ouverture sur le monde."

Il faut donc conclure que le Québec n'était pas lui-même québécois pour l'essentiel de son histoire! La plupart de ces valeurs ne sont vraiment promues que depuis très récemment et les autres sont si larges qu'elles ne peuvent le caractériser. La famille d'ailleurs semble bien mieux respectées au sein de plusieurs autres communautés culturelles que par ce Québec moderne. L'ouverture sur le monde n'a toujours été qu'un slogan lancé par les adversaires de la Nation, pour nous faire avoir honte de vouloir nous préserver. C'est le comble de l'opportunisme d'en faire une valeur québécoise!

La SSJB cherche aussi à profiter politiquement et financièrement de la situation. Elle se dit optimiste face à l'avenir – dans ce contexte de multiculturalisme. Ayant établi que la Fête nationale est un élément clé de notre identité, elle croit que le gouvernement devrait accroître son aide financière pour sa tenue, tenue dont elle est elle-même responsable.

L'avenir promet d'être fait de cette même dilution du sens de notre appartenance nationale. Mario Beaulieu vient d'être élu à la présidence de la SSJB. Il est connu pour ses "actions dans le secteur des relations interculturelles". Il fut organisateur des premières fêtes nationales dans le quartier multiethnique de Parc-Extension et membre fondateur du club politique Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre (SPQ Libre). Il croit que "les relations interculturelles et le statut du français au Québec sont les deux côtés d'une même médaille. Faire du français la langue publique commune à Montréal est un facteur essentiel de l'inclusion des nouveaux arrivants à la société québécoise."

Nous croyons plutôt que de très nombreux Québécois ne se reconnaissent pas dans la fête nationale concoctée par la SSJB aujourd'hui et qu'il s'agit d'une dénaturation profonde de notre véritable identité, celle que nous portons dans notre coeur. Nous croyons que le premier contact à l'idéologie du multiculturalisme a été répugnant pour chacun d'entre nous, comme la première bouffée de cigarette à être inhalée et que c'est seulement par le conditionnement qu'un enthousiasme populaire factice a été créé par d'habiles propagandistes.

Nous devons refuser d'être intoxiqués plus avant et réaffirmer la dimension organique de notre peuple dont les membres sont unis par les liens du sang, contrôlant un territoire au fil du temps pour assurer sa survivance.

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