La Société fabienne: les maîtres de la subversion démasqués

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Avec La Société fabienne: les maîtres de la subversion démasqués, l’auteur et éditeur québécois Guy Boulianne peut se revendiquer comme étant le Pierre Hillard québécois. Dans ce travail étoffé et dense, mais pourtant facile et agréable de lecture, l’auteur donne un portrait de la société fabienne à travers le temps et à travers le monde, un « think tank » fort peu connu des francophones, et pourtant fort influent.

Ce groupe socialiste, la Société fabienne, vit le jour à Londres au XIXe siècle, alors que se multipliaient les groupuscules socialistes, communistes et anarchistes. Ce qui différencia les Fabiens de leurs homologues est qu’ils ne préconisaient pas tant une révolution à la bolchévique, mais une approche gradualiste, sociale-démocrate, pour en arriver au même résultat. La société occidentale étant impossible à révolutionner à cause de la force d’inertie qui la protégeait, il valait mieux imposer les changements par le haut, par « l’élite », et ce petit à petit, plutôt que de se lancer dans une révolution qui mènerait à un échec assuré et les ramènerait au point de départ. Leur symbole annonçait le programme : un loup déguisé en agneau.

Cette Société discrète, mais pas nécessairement secrète, compta au fil de son histoire de nombreux membres éminents, de George Bernard Shaw à H.G. Wells, en passant par Tony Blair et Aldous Huxley, mais son influence se fit sentir bien plus loin avec la London School of Economics, son école bien à elle, qui forma autant Jacques Parizeau que Pierre Elliott Trudeau. En fait, la myriade de personnalités liées de proche ou de loin à la Société est tout simplement étourdissante.

Mais comme toute entreprise métapolitique, les buts originaux en vinrent rapidement à se travestir et à perdre toute leur substance. On se souvient que l’École de Frankfort avait comme objectif de changer les mentalités dans le but de parvenir à l’avènement d’une société socialiste, mais que son œuvre dévia et qu’elle se mit à prôner toutes les dérives sociétales inimaginables en s’appuyant sur le néo-libéralisme. Les Fabiens suivirent grosso modo un développement semblable et les socialistes qui défendaient le petit peuple en vint à s’allier à la haute finance et aux mondialistes pour prôner le changement de peuple et un monde globalisé sans frontière.

Concernant les liens plus qu’évidents entre les Fabiens et la City de Londres, l’auteur en profite pour retracer les débuts de la puissance financière à ses origines anglaises, car ce monde de la finance n’est pas né instantanément, mu par un besoin du peuple, mais s’est levé pour ses propres intérêts qui depuis les tous débuts se heurtent à ceux des nations et des peuples. Leur rêve d’un monde dans lequel toutes les ressources seraient entre leurs mains se marient avec les prétentions mondialistes des adeptes du fabianisme. C’est là pourquoi les organismes comme le FMI, dans lesquelles on retrouve un grand nombre de Fabiens, ou les fondations de Rockfeller et Rothschild, entres autres, financent allègrement les travaux des Fabiens. D’ailleurs, les industriels ont toujours apprécié la Société fabienne qui avec son approche sociale-démocrate exigeait de l’État qu’il prenne en charge le bien-être des travailleurs qu’ils sous payaient.

Toujours est-il que les prises de positions d’origine de la Société ont bien changé. L’immigration est l’exemple parfait. Si au nom de la défense des travailleurs, les Fabiens s’opposaient à l’arrivée en masse de travailleurs du Tiers monde, ils appuient désormais sans réserve l’immigration de masse, l’immigration de remplacement, telle que promue par l’ONU et son Agenda 21, reprenant ainsi à leurs comptes les paroles pourtant ironiques de Bertol Brecht sur la nécessité de changer le peuple pour atteindre un monde meilleur.

Aujourd’hui, la cause que l’on brandit n’est plus celle de la répartition des richesses, mais bien la lutte aux changements climatiques pour laquelle les peuples sont priés d’abandonner leur souveraineté aux grands organismes. C’est aussi dans cet état d’esprit qu’on promeut la régionalisation, notamment en Europe, question de briser la nation, dernier maillon restant contre les projets mondialistes.

Si certains fils de la toile d’araignée que Boulianne nous tisse pour nous présenter ce monde nébuleux sont parfois tenus et peu solides, il reste que l’ensemble de l’œuvre représente un tout cohérent et surtout convaincant. Certains liens sont parfois tirés par les cheveux, ce qui pourrait fragiliser la toile complète si les ramifications et les liens n’étaient pas si nombreux.

On peut mettre un bémol sur certaines conclusions hâtives, notamment au niveau des motivations. Par exemple, que le Front de Libération du Québec ait été instrumentalisé par Trudeau père est un fait incontestable, mais d’attribuer leurs gestes à une concertation du fait que certains felquistes aient collaboré à Cité Libre relève de la conclusion hâtive. Les felquistes, bien que mal avisés, avaient des intentions qu’ils considéraient louables. Ils n’ont pas agi sciemment pour le bénéfice d’Ottawa. De la même façon, si le mouvement de la contre-culture fut rapidement coopté par des gens qui y avaient un intérêt certain, il est peu probable que les acteurs de cette contre-culture, les John Lennon et Mick Jagger, aient eu des arrière-pensées sournoises. L’enfer est pavé de bonnes intentions.

Ajoutons aussi que si Boulianne nous convainc du danger lié aux mondialismes, il ne prouve pas que le moteur de cette grande machine à broyer les peuples soit la Société fabienne qui semble plutôt être un rouage parmi plusieurs autres au sein de cette nébuleuse.

Cependant, on peut remercier Boulianne pour son analyse très étoffée de l’imposition du multiculturalisme au Canada, chapitre qui à lui seul vaut le prix de l’ouvrage, de même que celui sur la naissance de la gauche québécoise. On le mentionne peu souvent, mais Trudeau père fut un disciple du socialiste Harold Laski de la London School of Economics et mit en application le programme fabien. Malheureusement, les opposants souverainistes de Trudeau, tels Gérald Godin, se contentèrent de copier le programme de Trudeau en substituant au rouge de l’en-tête, le bleu azur.

Dans tous les cas, les élites mondialistes se sont lancées dans l’ingénierie sociale à grande échelle, un phénomène bien disséqué par Boulianne ainsi que les auteurs français Lucien Cerise et Michel Drac. La haute technologie vient ici décupler les possibilités de ceux qui cherchent à manipuler et diriger l’opinion publique. Ceux qui voient là une théorie complotiste sont naïfs : les élites qui nous dirigent ont par le passé déstabilisé la Chine avec l’opium et lancé les Musulmans contre les Hindous pour contrer ces derniers. Il est peu probable que ceux-ci renoncent à une carte gagnante. L’éthique ne fait pas partie de leurs préoccupations, ni d’ailleurs notre bien-être.

En conclusion, « la Société fabienne fait partie d’un réseau d’organisations subversives qui cherchent à étendre leur pouvoir et leur influence et à imposer un programme non-démocratique à l’Amérique, à l’Europe et au monde par des moyens non démocratiques et en collaboration avec des intérêts monétaires internationaux non démocratiques. » Voilà un fait irréfutable qui est le socle de ce livre incontournable pour mieux comprendre non seulement la Société fabienne, mais le monde qui nous entoure.

Les Fabiens voulaient en finir avec les bourgeois occidentaux, conservateurs et chrétiens, désormais, ils veulent en finir avec les Occidentaux, point.

Guy Boulianne, La Société fabienne: les maîtres de la subversion démasqués, Éditions Dédicaces, 2019, 484 p.

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