L’accent québécois renié dans les médias

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Texte d'un collaborateur pour la Fédération des Québécois de souche… 

 

Le nouvel accent pointu, que l'on peut entendre depuis quelques temps dans les médias, ça vous plaît ?

Voyez comme il est facile de s'en prendre à l'accent québécois, de le modifier impunément et silencieusement….

Depuis environ un an déjà, au 98,5 FM surtout, et de plus en plus sur d'autres stations de radio et de télévision, on peut entendre ce qu'on appelle en linguistique des «T et des D prononcés pointus» (ou «semi»-pointus, pour l'instant); vous savez, un peu à la française?

Donc, après avoir commencé, depuis longtemps, à effacer leur passé, leur histoire, leurs traditions, voilà maintenant que les Québécois sont prêts à effacer leur accent, morceau par morceau. Comme quoi ils ne tiennent pas vraiment à leurs symboles.

L'importance des accents

Quiconque sur cette Terre tient à son accent, à sa langue, tient par le fait-même à sa culture, à son identité, à son appartenance à un peuple. L'accent fait partie de la culture d'un peuple; lorsqu'il est bafoué, c'est toute sa culture qui l'est. Un accent se forge au fil du temps, selon le vécu d'un peuple, ses us et coutumes. Il évolue dans le temps, mais sur des décennies seulement, voire des siècles.

Il est important de préserver les accents. C'est ce qui différencie les peuples, nous permet de nous identifier rapidement. L'accent fait même une partie de notre charme (individuel et collectif)! C'est notre empreinte digitale, notre ADN collective. Évidemment, il y a tous les sous-accents, régionalismes, etc.; nous nous en tiendrons ici qu'aux accents en général.

Bien qu'un accent évolue dans le temps, c'est quelque chose de sacré, un symbole; on ne doit pas s'y attaquer (au sens de «modifier subitement»). Or, il semblerait que tous les peuples sur cette Terre aient droit à leur accent… sauf les Québécois. Dès qu'il y a une imperfection… «ah, c'est du joual !». Non, tout n'est pas joual; «accent québécois» n'égale pas «joual». 

Un accent, C'EST un imperfection en soit, une intonation, une mise en relief d'une syllabe, propres à un peuple ! Qui oserait reprocher à un animateur (radio, télé), exemple, haïtien, de prononcer des R comme des W (propre à l'accent créole) ? Personne. Sous peine de se faire ridiculiser, même traiter de raciste. Même chose envers un animateur, exemple, britannique. Ou marseillais, où le mot, exemple, «arrangement» sonne comme «arraign gemaing» ? Personne. Mais pour les Québécois, on le fait: dès qu'un Québécois démontre une imperfection dans son parlé, «c'est du joual, c'est un colon». Il faut que cette mentalité change. 

Ce qui est constaté

L'on sait que le 98,5 FM est la radio la plus écoutée au Québec. Il a donc beaucoup d'influence, surtout chez les jeunes, qui, dû à leur âge, sont plus «malléables». Bien que le «changement soudain» (décrit en détails plus bas) concerne principalement le 98,5 FM étant donné qu'il touche, à des degrés divers, tous le personnel-radio (animateurs, chroniqueurs, journalistes; même le personnel des sports), il peut également être observé (écouté) dans les stations de radio et de télé de Radio-Canada, un peu à RDS, et même chez certains de nos politiciens et de nos artistes (même les plus nationalistes). 

Ce que l'on entend depuis plusieurs mois maintenant, au 98,5 FM surtout (v. ci-haut), sera décrit ici en termes de linguistique, plus précisément de phonétique, qui est, par définition, «la science de la communication parlée». 

Afin d'éviter les exemples multiples, ce qui allongerait le texte, résumons le problème par les 4 syllabes qui causent problème, que l'on peut affectueusement appeler «les 4 syllabes maudites»: «ti, tu, di, du». Ici, au Québec, nous les prononçons et les avons toujours prononcées de façon qu'on dit, en phonétique, «appuyée» (par opp. à «pointue»), de sorte qu'elles sonnent comme «tsi, tsu, dzi, dzu». Exemples: «gardZien, rendZu, vertSige, battSu, etc.». IL N'Y A PAS DE FAUTE LÀ-DEDANS, C'EST NOTRE ACCENT, NOTRE COULEUR ! Ce n'est pas du joual (v. ci-bas). 

Or, ce qui est entendu un peu partout, c'est une prononciation plus pointue de ces syllabes (disons «semi-pointue»; et dans certains cas c'est carrément pointu), comme si l'on voulait les prononcer à la française MAIS qu'on ne voudrait pas que cela paraisse. On peut clairement entendre un «frein» lorsque vient le moment de prononcer les T et les D! Cela sonne un peu Acadien, Radio-Canadien, mais chose certaine sonne faux et sûrement pas Québécois. Et dieu sait que ce sont des syllabes qui reviennent souvent dans un discours, une conversation etc.. En bref, pour faire un peu d'humour… c'est carrément «la chasse aux tssu, dzzu, etc.»; une vraie jambette à notre accent québécois.

Ce n'est pas de la bagatelle, de la futilité que de parler de ces choses-là, comme pourraient le prétendre certains. Il est question de défendre sa culture, son histoire par la linguistique, plus précisément par la phonétique, la science de la «communication parlée, de la sonorité de la prononciation». Donc, il ne faut pas hésiter à aborder ce sujet avec d'autres, ou de faire des reproches de ce genre aux gens des médias, de peur de se faire dire «que cela est ridicule». C'est peut-être même un service à leur rendre, pour contrer, justement, ceux qui leur font des reproches non-fondés, erronés, ou qui militent pour effacer l'accent québécois.

Il est primordial de mentionner que ce n'est pas au niveau de la «sonorité» que ce changement dérange/agresse (c'est une petit changement à ce niveau), mais bien au niveau du «raisonnement», du «bien-fondé» de celui-ci, bref de tout ce qu'il y a derrière.

Il est aussi important de mentionner qu'il ne s'agit pas d'être «contre l'amélioration de la langue» (v. ci-bas), de préconiser la médiocrité, mais plutôt de s'interroger sur la pertinence d'un changement soudain, survenu récemment et qui touche l'accent et donc la culture québécoises en plein coeur. De plus, il est en apparence totalement injustifié et l'on peut sérieusement s'interroger à savoir il provient de qui. En effet, il est tout-à-fait pertinent de se poser cette question, vue l'instabilité du parlé des animateurs/chroniqueurs (tantôt à la Québécoise tantôt au français international), et qu'il n'est pas rare qu'au retour d'une pause, un animateur va dire: «merci aux auditeurs qui m'ont corrigé sur ceci/cela» [alors qu’il n’y avait pas toujours faute]. Il ne faut pas que ces ignorants/imbéciles l'emportent.

Au lieu de changements dérisoires et irrespectueux, comme celui qui est dénoncé dans cet article, «améliorer la langue» devrait plutôt vouloir dire: enrichir son vocabulaire, trouver des synonymes, utiliser le moins possible les anglicismes (trouver l'équivalent français), améliorer son débit, éliminer les tics de la langue (ex: «genre…», les ricanements inutiles, faire entendre de façon marquée sa respiration pour avoir l'air passionné).

Un exemple de joual pourrait être ceci: le mot «toute», qu'on utilise à toutes les sauces, exemple: «les gars sont toutes partis». Nous n'entendons plus cela dans les médias (et nous applaudissons); voilà un exemple d'amélioration. Mais pour les petites «imperfections» de prononciation (l'accent), les Québécois y ont droit…. aussi. 

Conclusion

Cet article a été écrit dans le but de diffuser, de faire connaître au plus de gens possible une constatation d'un changement subtil, mais bien présent, qui semble inacceptable et qui dure depuis déjà trop longtemps. Ceux qui feront le même constat sont invités à le dire/écrire, poliment mais sûrement, aux personnes/stations/médias concernés. Il ne faut pas laisser aller les choses parce que bientôt ce changement sera trop bien ancré et donc irréversible.

Ce qui ajoute à l'absurdité de ce changement est ceci: s'il s'agit vraiment d'une «amélioration», comme le prétendraient plusieurs, et que selon eux le but ultime, l'idéal à atteindre au Québec, la «vraie bonne façon de parler le français» serait qu'on en vienne qu'à parler comme en France, alors pourquoi perdre du temps et ne pas le faire tout de suite ?!? Pourquoi y aller petit-à-petit… par plusieurs détours… comme un si l'on faisait un strip-tease ?!

Ce n'est pas normal que, pendant des décennies, les Québécois aient prononcé d'une façon X et que, soudainement, du jour-au-lendemain, parce que des quidams ont décidé «que cela ne faisait plus l'affaire», notre parlé (donc notre accent) changeait. C'est ce qui est dénoncé dans cet article.

Plus de pointu, plus d'anglicismes dans les médias québécois… le modèle français quoi ! L'on est en droit de se demander si ce n'est pas le vieux réflexe du peuple québécois d'imiter les autres (les Américains, maintenant les Français, etc.) qui revient au galop !

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2 commentaires

    • Très bon article! Merci pour le partage! J’ai bien peur que ce soit ça qui se passe ici aussi. Quel désastre… effacer son passé, se plier aux nouveaux, au lieu de leur transmettre pleinement qui on est. Par contre je remarque (fin de l’article) qu’en Suède ils réagissent pas mal plus [négativement] qu’ici! Ici c’est «ah pas grave, c’est un détail…».

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