Lancement du livre « À la défense de Maurice Duplessis », de Martin Lemay

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12790835_1087429454621685_5711551101607266723_nLe 2 mars 2016 avait lieu, à la librairie Olivieri à Montréal, le lancement du dernier ouvrage « , À la défense de Maurice Duplessis » de Martin Lemay, historien et ancien député du Parti Québécois dans Sainte-Marie-Saint-Jacques. Une cinquantaine de curieux s’étaient alors rassemblés pour assister à la causerie animée par Mathieu Bock-Côté, qui signe également la préface du livre. L’ouvrage intitulé « À la défense de Maurice Duplessis » se donne pour principal objectif de déboulonner les mythes entourant celui que l’auteur qualifie de « plus grand premier ministre de l’histoire du Québec ». 

D’emblée, la première question lancée par l’animateur donnait le ton à la soirée : pourquoi un tel ouvrage aujourd’hui, en 2016? La réponse fut sans équivoque.

C’est une façon de répondre à la haine et au mépris dont sont victimes les Canadiens-français. Pour une grande partie des Québécois, la mémoire des années pré-1960 continue d’être sombre et on observe un mouvement de recul automatique à la mention de Duplessis. Pour l’auteur, c’est problématique. Soulignant que la plupart des analyses historiques qui ont été faites de Duplessis s’appuient essentiellement sur les discours de ses adversaires politiques et de ceux qui l’ont combattu toute leur vie, que ce soit Jean Lesage ou Gérard Pelletier, il convenait enfin de rétablir les faits. 

Le livre propose ainsi une relecture de l’histoire qui permet d’éviter de tomber dans la controverse factice qui ne manque d’être soulevée chaque fois que le personnage est évoqué. Tel que le souligne Lemay, il est essentiel de replacer l’homme dans son époque. Si on sortait les Laurier, Trudeau, Lévesque ou Taschereau de leur contexte et qu’on ne les considérait uniquement à la lumière des standards actuels, ils passeraient eux aussi pour des monstres à plusieurs égards. Pour Lemay, l’étude des faits montrent que Duplessis a été un bon premier ministre pour son époque. Le piège est d’appréhender une situation par rapport à ce qui s’est passé après, comme on a l’habitude de le faire avec la Révolution tranquille, qui marque un moment de rupture importante entre un « avant » supposé sombre et opaque, et un « après » radieux et légers. Or, toute société se doit de remettre en question ses mythes de temps à autres, une fois que l’émotion est retombée. Elle ne peut, à terme, qu’en bénéficier. Voici donc pourquoi un tel ouvrage était nécessaire aujourd’hui. 

Duplessis, un nationalisme victorieux et une source d’inspiration

Pour Lemay, Maurice Duplessis représente une source d’inspiration importante à laquelle devraient aller puiser nombre de politiciens actuels. C’était un nationaliste convaincu, en plus d’être un homme politique, un vrai. L’un des derniers que le Québec ait connu. Ce n’était pas un intellectuel, un prof, ou un homme d’affaires. C’est pourquoi il importe de le juger non pas tant sur ses discours, mais sur ses décisions et sur ses actions. Catholique fervent, il a combattu toute sa vie les idées subversives et destructrices qui menaçaient la collectivité canadienne-française, notamment le socialisme et le communisme. C’était un homme de convictions véritables, droit et ferme. Lemay affirme sans ambages que si un politicien combattait aujourd’hui le multiculturalisme avec la même ferveur, il voterait pour lui, même s’il n’était pas nationaliste! 

Ceci étant dit, si Duplessis devait représenter une source d’inspiration pour les nationalistes actuels, c’est de manière plus importante encore parce qu’il avait la mentalité sans faille d’un gagnant. Il refusait d’accepter la défaite. Pour Lemay, la plupart des nationalistes d’aujourd’hui sont englués dans un imaginaire de la défaite dont ils ont de la difficulté à se départir : « On a perdu le référendum de 80, on a perdu celui de 95. Perdre, ça laisse des traces dans la psyché collective. Quand on est toujours dans la défaite et que l’on ne peut s’imaginer dans la victoire, ça devient lourd à porter ». Duplessis est le seul représentant d’un nationalisme victorieux au Québec, mais à cause d’une lecture de l’histoire exagérée qui le construit comme un monstre, on se coupe de lui. 

Déconstruire le mythe de la Grande noirceur

Les Canadiens-français ont élu Maurice Duplessis comme député pour neuf mandats consécutifs et comme premier ministre pour cinq mandats. Du jamais vu dans l’histoire de la province. Il devait bien représenter quelque chose de positif. Or, les historiens et les intellectuels de l’époque ont noirci à outrance cette période de notre histoire. Tel que le souligne Lemay, les Canadiens-français ont souvent tendance à empirer les choses. On donne l’impression que les gens de l’époque ont vécu une enfance terrible et qu’ils étaient quotidiennement témoins d’exactions, d’arrestations, d’exécutions publiques. Ça donne l’impression que ce qui se passait à la même époque en Allemagne se produisait ici au Québec. Or, dans la vraie vie, on était loin de cette situation. Le problème, c’est que tout le monde qui a accéder au pouvoir après Duplessis s’était fait battre par lui. Ils ont naturellement cherché à le descendre.

L’importance, encore une fois, est de replacer les événements historiques dans leur contexte. Actuellement, le mythe de la Grande noirceur paralyse la conscience historique. Il faut assumer ce que nous avons été et les Québécois d’aujourd’hui doivent reconnaître que leurs ancêtres ont fait du mieux qu’ils ont pu avec ce qu’ils avaient. Il ne faut pas oublier que les années 30 ont été l’une, sinon la, pire période de l’humanité (crise économique de 1929, l’apogée du colonialisme, la montée des totalitarismes, le nazisme, le stalinisme, la guerre civile d’Espagne, la guerre de Mandchourie, etc.). La stabilité politique était importante à l’époque. Les gens n’avaient pas envie de politiciens qui promettaient l’aventure. On les comprend d’avoir voulu un gouvernement fort et stable. 

L’importance de replacer les événements dans le contexte vaut aussi pour la relation que le gouvernement de Duplessis entretenait avec le clergé catholique. Si cela lui a valu des critiques acerbes après les années 1960, période où le Québec a renié son héritage historique, Lemay rappelle que la religion catholique était profondément ancrée dans les mœurs et la culture de l’époque et qu’elle revêtait une valeur spirituelle incommensurable pour les gens. Qui plus est, le clergé représentait alors une force sociale impossible à ignorer, de la même manière que le sont les syndicats aujourd’hui. Les syndicats sont une force sociale, ils ont des membres à protéger, de l’argent pour se défendre, etc.

Pour Lemay, l’un des problèmes à partir des années 60, c’est que les héritiers de la Révolution tranquille ont craché sur ce qui leur avait été légué par leurs ancêtres. Ils n’ont pas compris, comme l’affirmait Thomas Chapais, que le progrès n’est pas le renversement, mais le perfectionnement de ce qui existe. Les Québécois de la Révolution tranquille ont plutôt fait preuve d’une attitude adolescente en manquant de reconnaissance. Duplessis a été un gestionnaire prudent des fonds publics, ce qui a permis aux Libéraux de Jean Lesage d’hériter d’un État sans dette. Ça a donc été facile pour eux de développer et de penser à l’avenir avec des projets de grande envergure. Mais cette latitude, ils la devaient à ceux qui sont venus avant. Duplessis a laissé l’avenir ouvert. Aujourd’hui, qu’est-ce qu’on va laisser à nos enfants afin de créer la société qu’ils voudront se construire pour eux-mêmes? 

Bien sûr, tout n’était pas rose sous Duplessis. Il semble clair, notamment que celui-ci aurait pu investir davantage dans l’éducation. On peut également lui reprocher d’avoir écarté les nationalistes les plus authentiques après avoir accédé au pouvoir. Lemay rappelle toutefois qu’il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Chaque époque a ses misères. On a souvent l’impression que le régime Duplessis est le plus corrompu de l’histoire du Québec alors que, pourtant, d’autres avant (et après) lui l’étaient beaucoup plus. Lemay note par exemple que les ministres de Taschereau siégeaient sur les conseils d’administration de compagnies ayant des contrats avec le gouvernement, une pratique que Duplessis a éradiqué par des lois dès son arrivée au pouvoir. Le fameux 10% versé au régime pour les contrats de voiries était utilisé pour les élections, pour l’avancement du parti, pas pour engraisser les ministres comme c’est le cas avec les Libéraux d’aujourd’hui. Ainsi, pour Lemay, Duplessis était peut-être corrompu électoralement, mais sur le plan moral, on ne peut pas en dire autant. Tandis que les libéraux représentaient le grand patronat urbain, Duplessis était tourné vers les populations rurales. Il était conscient que son peuple était pauvre et il n’a certes pas apprécié de donner l’Ungava à l’Iron Ore, mais avait-il le choix? Cet investissement a permis la construction d’un quai, d’un pont aérien et il a généré 300 millions de dollars américains avant même que le premier chargement de minerai arrive à Sept-Îles. S’il ne fait pas de doute que Duplessis aurait préféré donner le contrat à des Canadiens-français, il ne pouvait pas attendre qu’une entreprise d’ici amasse les fonds suffisants pour entreprendre les travaux. Il devait faire travailler son monde dans un contexte de crise économique majeure. C’est précisément la force d’un homme politique que de prendre des décisions difficiles comme celle-ci. 

À une époque où le fédéral cherchait à envahir tous les champs de compétences du provincial, Dupelssis a tenu tête et n’a jamais reculé jusqu’à sa mort. Ne serait-ce que pour ça, il devrait encore nous inspirer. Mais comment faire lorsqu’on est convaincu que c’est le diable en personne? Sous le régime de Maurice Duplessis, le Québec a connu l’électrification des campagnes; la création du conservatoire d’art dramatique; la fondation de l’Institut de cardiologie; la fondation de l’université de Sherbrooke; la première livraison de fer de Schefferville à Sept-Îles. « Si ça c’est de la Grande noirceur et que ça représente une période honteuse de l’histoire du Québec, je me demande comment nos petits enfants vont juger de la période d’aujourd’hui », lance l’auteur. 

Pour Lemay, le fait qu’une société ne soit pas capable, 60 ans après, de faire la paix avec son passé est exaspérant. Le Québec d’avant les années 60 n’était pas si noir qu’on veut bien le raconter. Et si on veut avancer, il serait préférable de regarder le passé avec plus de positivisme ou, du moins, avec davantage de nuance. L’ouvrage de Martin Lemay tombe ainsi à point et permettra sans doute de remettre plusieurs pendules à l’heure. 

FQS
Pour la reconquête de notre peuple

Lemay, Martin. 2016. À la défense de Maurice Duplessis. Montréal : Éditions Québec-Amérique

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