Le génocide arménien et l’hypocrisie politique

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Il y a cent ans en 2015 débutait un génocide quasiment oublié aujourd’hui, le génocide arménien. Premier royaume à se rallier au christianisme, l’Arménie fut toujours un symbole de la chrétienté au Proche-Orient et si les événements décrits ci-dessous datent d’un siècle, il est clair qu’aujourd’hui encore, les chrétiens de cette région, notamment de Syrie, sont toujours menacés et vivent dans un état de précarité difficile à décrire.

L’Empire ottoman, fer de lance de l’islam en Europe, comptait au 19ième siècle une grande proportion de chrétiens slaves, grecs, assyriens et arméniens. Ces derniers vivaient sous l’administration musulmane en tant que « dhimmis », un statut les protégeant, certes, mais les obligeant à payer un impôt spécial et leur interdisant le port des armes. A cette époque, l’Empire ottoman, avec une population totale de 36 millions, comptait environ 2 millions d’Arméniens. 

A la fin du 19ième siècle, les violences turques contre les Arméniens débutent. Le sultan fait massacrer plusieurs centaines de milliers d’Arméniens. Des centaines de milliers d’autres seront dépossédés de leurs biens, alors que d’autres seront convertis de force, et plusieurs lieux de culte chrétiens seront rasés ou transformés en mosquée. 

En 1908, c’est l’arrivée au pouvoir des Jeunes Turcs, des jeunes laïcs qui souhaitent moderniser l’État turc. Leur projet, bien que ne basant pas sur l’islam, repose sur une vision raciale panturquiste. Les Arméniens présents sur ces terres depuis des millénaires dérangent, non plus en raison de leur religion, mais à cause de leur ethnie. Des campagnes de boycott contre les Grecs, Arméniens et autres minorités chrétiennes sont donc organisées, et des massacres ont lieu. Cette fois-ci, on parle de dizaine de milliers d’Arméniens assassinés.

L’entrée en guerre de l’Empire ottoman, ainsi que ses défaites contre la Russie tsariste en 1915, permettra aux Arméniens de la ville de Van de se soulever et de se déclarer indépendants en avril. Cette insurrection, justifiée par les nombreuses exactions subies au cours des dernières décennies, scellera le sort des Arméniens.

Le gouvernement des Jeunes Turcs juge maintenant les Arméniens comme une menace intérieure et se sert du soulèvement de Van pour justifier le génocide qu’il orchestrera. Au matin du 24 avril 1915, des centaines d’intellectuels et notables arméniens de Constantinople (Istanbul) sont arrêtés et exécutés à l’extérieur de la ville. 

Le processus se répand dans toutes les villes. Les intellectuels et notables arméniens sont exécutés. Viendra ensuite le tour des hommes d’âge mûr qui sont conduits à l’extérieur des villes pour y être fusillés. C’est ensuite le tour des femmes, des enfants et des vieillards qui, eux, seront déportés. Les longues marches, durant de 3 à 5 semaines, verront la grande majorité de ces Arméniens mourir en route. De nombreuses femmes furent également violées, enlevées comme esclaves ou bien converties de force à l’islam.

A la fin de juillet, la majorité des Arméniens d’Asie mineure est déjà anéantie. Dans les autres régions, la nouvelle se propage et les Arméniens tentent de résister. Cette résistance fut souvent vaine, mais à Moussa Dagh, 4 000 Arméniens survivront après quarante jours de siège grâce à l’arrivée providentielle des forces françaises. 

Les massacres continuèrent jusqu’en 1920, alors que la Turquie annexait des territoires anciennement russes. La population arménienne y fut totalement annihilée. Au total, c’est entre 1,2 et 2 millions d’Arméniens qui furent ainsi exterminés. La fin des massacres eut lieu en septembre 1922, l’incendie de Smyrne étant le dernier épisode de cet événement tragique.

Le 31 mars 1923, Mustafa Kemal Ataturk, président de la République turque, amnistia les responsables du génocide, évitant ainsi qu’ils soient traînés en justice. Depuis lors, la Turquie, dans un style tranchant nettement avec les discours auto-flagelleurs des nations occidentales, refuse d’assumer la responsabilité de ce génocide et nie même qu’il s’agisse d’un génocide à proprement parler. 

Le parlement de l’Uruguay fut le premier à reconnaître ce génocide en 1965. Le Canada n’emboîta le pas qu’en 2004. Les organisations juives  occidentales (tout comme Israël) s’opposant ardemment à une reconnaissance de ce génocide, celle-ci fut controversée. D’ailleurs, en 2000, le péquiste Yves Michaud releva publiquement ce double standard, ce qui lui coûta sa carrière politique et sa liberté d’expression pour une période de 10 ans. Aux Etats-Unis, l’Anti Defamation League du B’nai Brith qui milite pour que des lois protègent l’Holocauste nie toujours le caractère génocidaire du drame arménien. 

Aujourd’hui, si de nombreux politiciens et religieux reconnaissent symboliquement l’importance de se souvenir de ce génocide qui frappa nos frères chrétiens, il est clair qu’aucune action n’est posée pour éviter qu’il se reproduise. En Syrie, les « rebelles » financés par l’Occident continuent leurs exactions contre les chrétiens. Viols, meurtres, destruction de lieux de culte et menaces constantes font maintenant partie du quotidien de ces chrétiens qui subissent une terreur financée par nos capitales. Non seulement les chrétiens du Proche et Moyen Orient sont abandonnés par nos gouvernements, mais ils sont en fait les victimes silencieuses de nos politiques internationales qui, évidemment, ne nous apportent rien.

 


Sources :
http://www.imprescriptible.fr
http://tinyurl.com/fqsarmenie
Gibbons, Herbert. (1916) La page la plus noire de l’Histoire moderne. Berger-Levraut. 48 p.

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