Le grand mirage économique : « L’immigration pour combler le déficit de main-d’œuvre »

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Vous ne serez sans doute pas étonnés d’apprendre que le gouvernement libéral de Philippe Couillard nous annonçait dernièrement qu’il comptait sur l’immigration pour combler le « déficit » de main-d’œuvre (Le Devoir, 16 septembre 2017). Ce qui devait être une bonne nouvelle, un faible taux de chômage, est ainsi transformé en mauvaise nouvelle par ce gouvernement qui doit promouvoir l’agenda immigrationniste. Ce court texte aura pour but d’expliquer qu’un faible taux de chômage est souhaitable, que les emplois disponibles sont principalement à faible salaire, que les citoyens à faible revenu coûtent plus cher en charge sociale que ce qu’ils ne rapportent en impôts et finalement que l’immigration n’est pas rentable telle que pratiquée au Canada. 

Un faible taux de chômage est souhaitable

Déficit de main-d’œuvre ou faible chômage ? Mauvaise ou bonne nouvelle ?

Depuis le début de l’été, le Québec a un taux de chômage oscillant autour de 6%, un record des 40 dernières années. Le travailleur devrait se réjouir, car un faible niveau de chômage signifie un meilleur rapport de force par rapport au patronat: plus d’emplois disponibles sur le marché pour le travailleur désirant changer d’emploi, plus facile pour lui de négocier des augmentations de salaire puisqu’il est plus difficile à remplacer. 

Dans les faits, il est abusif de parler de déficit de main-d’œuvre généralisé tel que l’affirme notre premier ministre. À titre de comparaison, le taux de chômage américain est de 4.3%, celui des Britanniques, de 4.4% et celui des Allemands, de 3.9%. C’est en utilisant des exemples très pointus et spécifiques que les médias et les politiciens vous diront qu’il y a pénurie de main-d’œuvre. Le cas de la pénurie de main-d’œuvre en restauration en est un exemple (Radio-Canada, 19 septembre 2017). D’ailleurs, il n’est pas anodin de constater que le gouvernement libéral, tant de Charest que de Couillard, ramène depuis des années sur la place publique un manque de main-d’œuvre criant qui ne s’est toujours pas concrétisé.

De plus, vous aurez sans doute remarqué que les médias nous présentent toujours le manque de mains-d’œuvre comme quelque chose de négatif; prenons par exemple le journal de Québec du 16 octobre 2017 « Un manque cruel de main-d’œuvre dans la région de Québec »; on y apprend que les employeurs doivent maintenant payer leurs soudeurs 30$ de l’heure au lieu du 19 à 24$ habituelle; on y apprend aussi que le salaire des développeur web est passé de 25 000$ à 45 000$ en l’espace de 5 à 10 ans à cause de la rareté de la main d’œuvre; la réalité c’est le manque de main d’œuvre est un très bonne nouvelle pour le travailleur et un mauvaise nouvelle pour le patronat. En utilisant des titres négatifs, les médias se positionnent pour les employeurs contre les employés. 

Vous aurez compris que c’est dans l’intérêt du patronat d’inonder le bassin de main-d’œuvre en vue de mettre les travailleurs en compétition les uns par rapport aux autres, ce qui permet de maintenir les salaires bas. Ainsi, le gouvernement libéral se tient également du côté du patronat. 

La majeure partie des emplois disponibles sont à faible salaire

Une simple analyse du marché de l’emploi en allant sur le moteur de recherche Indeed permet de constater que les offres d’emploi se trouvent principalement au niveau des tâches faiblement rémunérées. En effet, sur 43 923 postes trouvés au Québec, 26 133 (59% des postes) affiche en moyenne 20 000$/an, tandis que 10 873 (25% des postes) affiche en moyenne 40 000$/an. Ainsi, les emplois ayant des rémunérations moyennes de 20 000 et de 40 000 $ annuellement regroupent 84% des postes affichés, tel que présenté sur la figure suivante :

Les employeurs en tête de liste sont : Wal-Mart (807), Loblaw (722), IGA (665), Jean Coutu (367), Couche-Tard (348), Rona (365), Bombardier (328) et Bell (265). À l’exception de Bombardier, on comprendra que les employeurs en tête de liste offrent généralement des postes au salaire minimum ! 

Les emplois disponibles et en demande sont donc des emplois faiblement rémunérés!

Les citoyens à faible revenu coûtent cher à l’État 

Selon le HEC de Montréal, l’administration publique (fédéral, provincial, municipal) dépense 16 000$ par habitant au Québec (Deslauriers, 2013). On comprend donc que les habitants qui payent moins de 16 000$ en impôts et en taxes de toute sorte coûtent plus cher à l’État que ce qu’ils ne rapportent. 

Le journal Les Affaires, citant le rapport Godbout sur la fiscalité québécoise, nous expliquent que 25% des contribuables gagnent plus de 50 000$ et qu’ils contribuent pour 77% des impôts perçus par le gouvernement (Les Affaires, 19 mars 2015). Autrement dit, 75% des gens gagnent moins de 50 000$ et ne contribuent que pour 23% des recettes fiscales, tel que présenté sur la figure suivante : 

Quand on creuse dans les données de sociodémographie, on observe que les ménages des quatre premiers quintiles gagnent respectivement 17 600$, 37 700$, 57 100$ et 85 300$, et qu’ils paient respectivement 400$, 2 500$, 6 600$, et 13 700$ en impôt (Institut de la statistique du Québec, 2016). Ainsi, sachant que chaque habitant coûte 16 000$ à l’État, vous comprendrez que les quatre premiers quintiles, qui constituent 80% de la population québécoise, profitent plus qu’ils en donnent à l’État – ce qui est tout à fait normal dans une société qui distribue la richesse de ceux qui gagnent plus vers ceux qui gagnent moins. 

(À titre informatif, un ménage peut constituer aussi bien une personne seule qu’une famille. Il est donc normal qu'un ménage gagnant en moyenne 37 000$ ne paie que 2 500$ d’impôts, puisque le calcul comprend aussi bien les familles avec enfant ayant deux parents au salaire minimum qui ne paie presque pas d’impôt qu’un ménage d’une personne seule payant un peu plus d’impôt.)

Tel que discuté dans la section précédente, les emplois présentement en demande sont principalement des emplois à bas salaire qui ne contribuent que de manière négligeable aux recettes fiscales de l’État. Ainsi, ce type de travailleur en demande coûte plus cher à la société que ce qu’il rapporte, le réel bénéfice du travail de ces citoyens sera récolté par l’entreprise privée. Il faut donc conclure que nous aurions avantage à maintenir un faible chômage dans ces secteurs pour donner un rapport de force au travailleur face au patronat, ce qui permettrait de promouvoir l’augmentation des salaires de ceux-ci et bénéficiera à l’ensemble de la société québécoise. 

C’est donc dans l’intérêt des travailleurs ET dans l’intérêt de l’État québécois de maximiser les emplois bien rémunérés, mais aussi de faire en sorte que les salaires des travailleurs en bas de l’échelle augmentent pour leur permettre de mieux contribuer aux recettes de l’État. 

À l’inverse, l’arrivée d’immigrants pour combler ces postes faiblement rémunérés aurait pour effet de faire baisser les salaires. Les chercheurs Abdurrahman Aydemir et George J Borjas, de l’Université de Harvard, ont démontré en 2006 que l’immigration réduit les salaires en augmentant le bassin de main-d’œuvre par rapport à l’offre d’emploi. Ils ont ainsi constaté que pour les États-Unis qui accueillent généralement une main-d’œuvre mexicaine peu qualifiée, les travailleurs les plus pauvres ont vu leur salaire diminuer. Au Canada, ces chercheurs ont remarqué que l’arrivée d’immigrants qualifiés et éduqués faisait chuter le salaire des Canadiens les plus scolarisés. Maintenant, c’est au tour des travailleurs les moins qualifiés du Québec d’y goûter, car c’est sur ce genre d’emploi que les libéraux ont leurs viseurs. 


L’immigration n’est pas rentable telle que pratiquée au Canada

Selon Herbert Grubel de l’Institut Économique Fraser, « le système [d’immigration canadienne] dans les dernières années a permis l’entrée d’immigrants payant moins de taxes et d’impôts en moyenne que les citoyens nés au Canada. Ces immigrants imposent à la société un fardeau financier substantiel qui excède de loin les gains d’efficacité économique et d’échelle en provenance de la complémentarité du travail et des autres gains, tels que la réduction de charge sociale et d’éducation en lien avec l’arrivée d’adultes éduqués à l’extérieur. » (traduction libre) En effet, en considérant les bénéfices et les coûts de l’immigration, on constate que l’immigration est une dépense nette de 20 milliards de dollars annuellement (Grubel 2013). 

Citant une étude de the National Academy of Sciences, intitulé « The New Americans: Economic, Demographic, and Fiscal Effects of Immigration », l’écrivain Anthony Browne dans son livre « Do we need mass immigration » rapporte que « des études américaines démontrent que la contribution fiscale ou le coût d’un immigrant est corrélé avec le niveau de développement économique du pays d’origine. Des études précédentes ont démontré que les immigrants en provenance de pays riches (Europe, Canada, Royaume-Uni, Japon, etc.) sont une source de revenus nets en impôts, alors que l’immigration en provenance de pays pauvres est une dépense pour l’État ». Ainsi, il va de soi que l’immigration visant à combler les postes à faible salaire, qui sont en demande actuellement, aura pour effet de nous appauvrir globalement, puisque cette main-d’œuvre peu spécialisée viendra probablement de pays peu développés.


Près de la moitié des emplois des canadiens sont menacés par l'automatisation et l’intelligence artificiel

Selon une étude du Brookfield Institute for innovation and entrepreneurship, d’ici 10 à 20 ans, la moitié des emplois au Canada risquent d’être automatisés (Lamb 2016); vous trouverez un résumé sur le site de Radio-Canada, voir référence (Radio-Canada, 6 juillet 2016). On dit par exemple que les commis aux ventes (660 000 emplois), les assistants administratifs (330 000 emplois), les caissiers (310 000 emplois) et les chauffeurs de camion (260 000 emplois) ont 92%, 96%, 97% et 79% de chances d’être automatisé dans les 10 à 20 prochaines années. 

On montre que les emplois situés dans le domaine des affaires, de la finance, de l’administration, des ventes, des services, des transports et des opérations d’équipements et de machinerie sont très à risque d’être remplacé par l’intelligence artificielle, voir figure suivante :

Quand on regarde le marché de l’emploi actuel, on constate que ces mêmes emplois qui sont présentement en demande sont ceux qui sont menacés par l’automatisation et l’intelligence artificielle. 

Ainsi, la supposée crise de main-d’œuvre dont on parle est un évènement temporaire et sera forcément remplacée par une crise du chômage.
 

Ce qu’il faut retenir

Ainsi, ce court texte devrait vous avoir convaincu qu’un faible taux de chômage est souhaitable contrairement à ce que pense Philippe Couillard. De plus, nous avons exposé que les emplois en demande sont principalement des emplois faiblement rémunérés, qu’il serait désirable de garder un faible taux de chômage pour que le salaire des travailleurs augmente afin de leur permettre de mieux contribuer aux recettes fiscales de la société et que l’immigration coûte au final plus que ce qu’elle rapporte. Ainsi, nous nous opposons fortement à ce que le gouvernement se serve de l’immigration pour inonder le bassin de travailleurs, faire chuter nos salaires et augmenter notre fardeau fiscal. 

Considérant l’automatisation croissante et l’arrivé de l’intelligence artificiel qui mettra en danger la moitié des emplois des Canadiens, il serait très imprudent de vouloir régler une pénurie temporaire de main-d’œuvre temporaire en inondant le marché du travail avec des immigrants qui tomberons forcément au chômage d’ici 10 à 20 ans. De nombreuses solutions s’offrent aux employeurs pour régler ce problème temporaire. De un, ils devraient pratiquer eux-mêmes la loi de l’offre et la demande, offrant de meilleurs salaires et conditions pour attirer les futurs travailleurs, ce que l’immigration leur permet de ne pas faire. De plus, la réorganisation du travail dans certains domaines, ainsi que l’automatisation de certains emplois sont des pistes à envisager. Mieux, ils faudraient axer sur la main-d’œuvre locale, non seulement celle au chômage, mais celle qui a jeté l’éponge et est abonnée à l’aide sociale. Avec une formation adéquate, il est fort probable que nombre d’entre eux reprendraient en main leur destin et pourraient combler ces fameux postes qui pour le moment restent fictifs.

 



Références


Abdurrahman Aydemir et George J, Borjas (2006), A comparative analysis of the labor market impact of international migration : Canada, Mexico, and the United States, National Bureau of Economic Research, 1050 Massachusetts Avenue, Cambridge, MA 02138

Browne, Anthony. (2002) Do we need mass immigration : The economic, demographic, environmental, social and developmental arguments against large-scale net immigration to Britain. CIVITAS Institute for the Study of the Civil Society, 77 Great Peter Street, London, 153p.

Deslauriers, Jonathan (2013), « Dépenses publiques au Québec : comparaisons et tendances », Centre sur la productivité et la prospérité, HEC Montréal, ISBN : 978-2-924208-03-8

Fédération des Québécois de Souche (3 novembre 2016), « Do We Need Mass Immigration?”, Compte Rendu de Lecture, http://quebecoisdesouche.info/do-we-need-mass-immigration-anthony-browne/

Herbert Grubel (2013), Canada's Immigrant Selection Policies : Recent Record, Marginal Changes, Needed Reform, Fraser Institute, ISSN 1925-4628

Institut de la statistique du Québec (2016), « Données sociodémographiques en bref », Volume 20, numéro 3, ISSN 1715-6378

Indeed.com (consulté le 17 septembre 2017), Recherche sans mot clé pour la province de Québec, https://ca.indeed.com/jobs?q=&l=QC

Journal de Québec (16 octobre 2017), « Un manque cruel de main-d’oeuvre dans la région de Québec », http://www.journaldequebec.com/2017/10/16/un-manque-cruel-de-main-doeuvre-dans-la-region

Lamb Creig (2016), “The Talented Mr. Robot : The impact of automation on Canada’s workforce”, Brookfield Institute for innovation and entrepreneurship, June 2016, ISBN 978-1-926769-56-1, http://brookfieldinstitute.ca/wp-content/uploads/2016/08/TalentedMrRobot_BIIE-1.pdf​

LeDevoir (16 septembre 2016), « L’immigration pour combler le déficit de main-d’œuvre ». http://www.ledevoir.com/politique/quebec/508180/quebec-mise-sur-l-immigration-pour-son-deficit-de-main-d-oeuvre

LesAffaires (19 mars 2015), « Portrait-robot des contribuables québécois en un graphique », http://www.lesaffaires.com/mes-finances/fiscalite/impot-des-particuliers-qui-paie-quoi/577210

Radio-Canada (6 juillet 2016), « Près de la moitié des emplois canadiens menacés par l'automatisation, selon une étude », http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/791359/automatisation-etude-emplois-menace-canada

Radio-Canada (19 septembre 2017), « Une pénurie d'employés lourde de conséquences pour des restaurateurs », http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1056515/penurie-employes-lourde-restaurants-fermetures?fromBeta=true

US National Academy of Sciences (1997) The New Americans: Economic, Demographic, and Fiscal Effects of Immigration.

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Un commentaire

  1. Pierre Sanders le

    Remplacer des Canadiens dont le quotient intellectuel moyen est de 97, par des surplus de population, économiquement peu performants, de pays du tiers monde dont le Q.I. moyen est compris entre 63 (Ethiopie) et 85 (Maroc), n’est pas de bon augure pour l’avenir du Canada.

    Source : R. Lynn, Tatu Vanhanen – IQ and the Wealth of Nations.

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