Le mouvement indépendantiste contre l’identité

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Confidentiel, no. 12, mai 1994, p. 4. par Gilbert Gendron.


Prenant la parole le 13 avril lors d’une assemblée d’un groupe ethnique minoritaire, le président du Parti québécois, Jacques Parizeau, aurait déclaré : « La diversité est un enrichissement pour les Québécois. Le mélange, bravo. Qu’il s’amplifie ». Un autre reportage sur cet événement attribue au chef du PQ des propos semblables : « Les Québécois ne sont ni xénophobes, ni racistes. Il faut rechercher l’intégration, mais en maintenant cette reconnaissance de l’enrichissement que l’apport des communautés culturelles représente pour la société québécoise. Il n’y a aucun mérite à rechercher la pureté de ses origines. Le mélange continue et bravo »

De son côté, le leader du parti indépendantiste qui évolue sur la scène fédérale, M. Lucien Bouchard, a expliqué récemment quelle conception il se faisait de la nation : « Une nation est un groupe de gens qui partagent la même culture, la même histoire, les mêmes valeurs fondamentales et qui disposent d’une économie viable ainsi que d’un territoire. Nous ne devrions pas, dans notre société, du moins en Amérique, définir une nation à partir de la réalité ethnique ». Le journaliste qui a recueilli ces propos écrit que «Bouchard affirme que la génération de Québécois à laquelle il appartient a dépassé le nationalisme fondé sur l’ethnie », pour ensuite laisser le chef du Bloc québécois conclure : «En vérité, nous avons découvert que nous faisions partie du monde, qu’il y a des immigrés à Montréal et dans plusieurs régions du Québec. Nous devons accepter le fait que constitue la diversité du Québec, ainsi que la nécessité de composer avec le monde.»

Le président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, Jean Dorion, a exprimé des idées du même ordre que celles du PQ et du BQ, lorsqu’il a prononcé, le 16 mars 1994, une allocution à l’invitation de l’organisme représentatif d’une minorité ethno-religieuse. «Le Québec français a atteint la maturité; dans une société pluraliste, comme la nôtre, il y a place pour des organismes de promotion des intérêts des minorités. Il y a place aussi pour des organismes qui s’adressent à l’ensemble des composantes de la population. Depuis plusieurs années, la Société Saint-Jean-Baptiste est en voie de se "déethniciser" et elle compte davantage que par le passé des membres de toutes origines, sans égard non plus aux étiquettes confessionnelles. […] J’ai dit que la majorité, quand elle occupe toute sa place, n’a pas besoin d’organisations mono-ethniques pour la représenter; mais les groupes minoritaires, eux, ont besoin d’organismes de promotion de leurs intérêts.» M. Dorion ne semble pas se rendre compte que si la nation canadienne-française occupait vraiment toute la place qui lui revient au Québec – ce qui n’est pas certain – elle n’en demeurait pas moins une infime minorité dans le contexte géopolitique continental. L’indépendance du Québec, que favorise M. Dorion, ne changerait rien à cet état de fait.

Par conséquent, la promotion de la nation canadienne-française demeure de toute façon impérative, en dépit du mélange qui enthousiasme M. Parizeau, malgré la négation de la dimension ethnique de l’identité par M. Bouchard et nonobstant la prétendue maturité qui, selon M. Dorion, est censée encourager cette nation à s’infliger à elle-même une sorte de «purification ethnique» au soin des institutions ayant la mission historique de la défendre.

On aura noté le peu de cas que fait M. Dorion de la dimension religieuse de l’identité nationale – vulgaire problèmes d’étiquettes confessionnelles. Ces termes trahissent l’état d’esprit qui a manifestement contribué à l’élection de Louise Laurin à la présidence du Mouvement national des Québécois, la fédération qui regroupe la plupart des sociétés patriotiques du Québec, dont la SSJB de Montréal. Mme Laurin, championne en 1988 des faux réfugiés turcs, élue en 1990 au conseil de la Commission des écoles catholiques de Montréal (CECM), qui «rêve du jour où les commissions scolaires cesseront d’être confessionnelles pour devenir linguistiques» et qui «s’en prend surtout aux "intégristes" de la CECM». Indépendantiste convaincue, Mme Laurin souhaiterait que la question scolaire serve de prétexte à rouvrir la boîte de Pandore de la Constitution. Étant donné que l’article 93 de cette dernière devrait être abrogé «pour adapter le système scolaire aux réalités actuelles, le déconfessionnaliser, et pour se sortir du bourbier actuel», une coalition «dirigée par la commissaire indépendante de la CECM Louise Laurin vient d’être créée». 

Cette nouvelle ligne a cependant masqué ses batteries en annonçant son existence, au congrès de l’Alliance des professeurs de Montréal (APM), sous le nom de «Coalition pour la défense de l’école publique». Néanmoins, la participation en son sein du Mouvement pour une école moderne et ouverte (MEMO), parti de la laïcisation à la CECM, affirme bien qu’elle en est l’orientation. La présidente de l’APM, Diane Fortier, a juré que la coalition «ne visait en ce moment qu’un objectif : rien d’autre que des "états généraux" sur l’éducation»; mais cela, elle a cru bon de le prétendre lors d’un dîner-bénéfice du… MEMO – auquel assistèrent peu de gens, mais quand même les députés du PQ Louise Harel, André Boisclair, André Boulerice et Michel Bourdon, le candidat du PQ Jean Campeau et le député du BQ Michel Daviault. 

Comme il se doit, la présidente du MEMO, Diane De Courcy, fit une causerie à cette occasion; or, elle compte parmi les trois collaborateurs immédiats du député Daviault.


1. La Presse, 14-4-1994, p. B6.
2. Le Devoir, 14-4-1994, p. A4.
3. The Financial Post, 23-4-1994, notre traduction.
4. En français dans le texte original.
5. Le Devoir, 14-4-1994, p. A8

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