Le multiculturalisme comme religion politique

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Le multiculturalisme comme religion politique, de Mathieu Bock-Côté, est un essai politique incontournable qui décrit avec précision la nouvelle gauche mondialiste dont la religion est le multiculturalisme.  Bock-Côté analyse les adeptes de ce courant politique, dévoile leur mode de pensée, leur racine idéologique, leurs objectifs, et les moyens qu’ils prennent et qu’ils prendront pour arriver à l’avènement d’une société moulée selon leur utopie. Ce livre est d’un intérêt particulier pour nous, nationaliste canadien-français attaché à nos racines, car cette gauche mondialiste est notre principal adversaire.  À terme, la gauche multiculturelle et mondialiste désire notre disparition; notre identité culturelle, linguistique, ethnique sera broyée par cette ennemie qui se couvre de déclarations bienpensantes pour mieux cacher ses aspirations totalitaires.

La grande force de cet essai de 331 pages est la profondeur de l’analyse et le niveau de détails qui est apporté.  Cet essai a aussi le défaut de ses qualités, le lecteur qui est un néophyte par rapport aux thématiques abordées risque d’être perdu et de ne pas être en mesure de cerner toute la richesse de l’essai. En guise d’introduction, le néophyte fera probablement mieux de se procurer « Les imposteurs de la gauche québécoise » de l’auteur Philippe Sauro Cinq-Mars qui explore à peu près le même sujet, mais avec une bonne dose de vulgarisation. À l’inverse, le lecteur politisé et déjà initié à cette thématique verra sa compréhension de celle-ci largement décuplée.

Le livre s’articule autour des huit chapitres suivants : 1, le malaise conservateur occidental; 2, La mutation de la gauche ou le moment mai 68; 3, La grande noirceur occidentale ou l’histoire comme expiation; 4, La société diversitaire et la société inclusive; 5, Fabriquer un nouveau peuple; la question de l’identité nationale; 6, L’idéologie de la mondialisation; 7, Le conservatisme est-il une pathologie; 8, Chapitre conclusif.

Nous avons pris soin de résumer l’essentielle de chacun des huit chapitres du livre en faisant un usage intensif au texte original. Ainsi, c’est par les mots de Bock-Côté que le lecteur appréciera ce résumé de lecture.

 Chapitre 1 : le malaise conservateur occidental

Si dans l’ensemble du livre, l’auteur s’attarde à décrire l’idéologie derrière le multiculturalisme, le premier chapitre diffère dans le sens où il présente l’évolution du mouvement conservateur, qui depuis mai 68, bat en retraite à chaque fois que la gauche progressiste mène une offensive.

L’auteur présente ainsi le malaise conservateur : « à l’origine de ce conservatisme, il y a un diagnostic sur la santé des sociétés occidentales : les institutions les plus fondamentales auraient été compromises par les radical sixties. On peut parler plus généralement du malaise politique conservateur des sociétés occidentales qui correspond surtout au sentiment d’une fragmentation trop profonde de la nation qui va jusqu’à compromettre son existence. On cherche à comprendre la mutation des repères identitaires, culturels et politiques. Personne n’en doute : les années 1960 ont généré des nouvelles lignes de fracture politique et sociologique. Cette révolution a fait des vainqueurs et des vaincus et le nouvel ordre qui a pris forme n’est pas tendre pour les seconds. Un nouveau régime est sorti de cette révolution et il fait ce qu’il faut pour disqualifier ses ennemis. […] Il faut en revenir à la première impression des témoins conservateurs de mai 1968 qui y reconnaissait la conséquence d’une culture antisystème qui arrivait à maturation et qui comprenait que la civilisation dont ils étaient les gardiens était agressée. »

Chapitre 2 : La mutation de la gauche ou le moment mai 68

L’auteur démontre que mai 68 est le point de basculement où la gauche française s’est radicalement modifiée. Pour le monde occidental, on parlera des années soixante en général. « On peut décrire aisément ce passage dans les termes du militantisme de gauche : la critique du capitalisme cède le pas à la critique de la civilisation, la critique économique cède le pas à la critique culturelle […] l’autorité s’effrite. »

La classe des travailleurs est abandonnée, le marxisme qui était à la base économique, deviendra un marxisme culturel.  « Le marxisme se serait rendu coupable de réductionnisme économique : il ne faudrait plus réduire la référence à l’aliénation à celle générée par les rapports de classe […] L’ouvrier déclasser pour cause d’entêtement non révolutionnaire, le marginal le remplacera. […] L’autre sera le nouveau point d’appui à partir duquel à partir duquel mener une critique sans cesse reprise de la société occidentale […] En un sens, il faut se le redire, c’est la diversité elle-même qui s’impose à la manière d’un sujet révolutionnaire de substitution. »

C’est avec des penseurs comme Michel Foucault que s’est articulé le nouveau mode de pensée gauchiste. Celui-ci « théorisera explicitement l’idée d’une diffusion des pouvoirs et des contrepouvoirs partout dans le corps social. La domination serait partout, surtout là où on ne la voit pas.

La nouvelle gauche se résumerait ainsi : « l’égalité pour lequel travaillera la troisième voix ne sera pas l’égalité entre les individus, mais plutôt l’égalité entre les groupes […] La tendance lourde du progressisme depuis cinquante ans le porte à centrer son programme sur les questions sociétales plutôt que sur les questions économiques. »  La gauche changeant de base électorale en sacrifiant les classes populaires virées conservatrices pour miser désormais sur les cadres supérieurs, les bourgeois bohèmes, les marginaux culturels et les immigrées. » C’est ainsi que la classe des travailleurs fut abandonnée par la gauche, car selon la nouvelle idéologie « une politique basée sur les classes populaires serait une politique conservatrice ».  L’héritage de la société occidentale devra être abattu : « c’est le principe même d’une institution soutenue et alimentée par une tradition qui sera aplatie, évacué, exécuté. »

Chapitre 3 : La grande noirceur occidentale ou l’histoire comme expiation

Bock-Côté démontre que la nouvelle gauche travaille ardemment à corrompre notre perception de l’histoire.

« L’histoire devrait désormais dévoiler et expliciter les structures discriminatoires […] Dans sa formulation la plus grossière et caricaturale, l’historiographie victimaire finit toujours par désigner à la vindicte publique l’homme blanc hétérosexuel coupable d’une société qu’il aurait construite à son avantage exclusif […] La mémoire de l’holocauste joue un rôle central dans l’imaginaire politique de la gauche multiculturelle qui a tendance à associer ses adversaires aux jours les plus sombres du XX siècle […]  On en trouvera même parmi l’historiographie victimaire pour criminaliser la découverte des Amériques ». En résumé l’auteur résume la chose ainsi, « les sociétés occidentales ont appris à avoir honte de leur histoire. Elles la croient entachée par une faute grave, indélébile, comme si la tradition était définitivement souillée. »

« Écrire l’histoire d‘un peuple ou d’une nation deviendra pratiquement impossible dans le cadre académique – l’histoire nationale en sera pratiquement bannie sauf lorsqu’il s’agira d’en faire procès […] L’histoire n’est plus éduquant au patriotisme ou inculquant les vertus de la gratitude. L’histoire n’enseigne plus la continuité et ne saurait pousser au développement d’un sentiment d’enracinement ou d’appartenance à une nation ».  On comprend ainsi que l’histoire est modifiée afin d’éviter qu’elle serve au développement d’une identité nationale, car « l’identité nationale serait raciste »

Chapitre 4 : La société diversitaire et la société inclusive

Mathieu Bock-Côté présente la nouvelle idéologie comme « un nouvel égalitarisme radical ».

Si les marxistes du début du 20e siècle faisaient une fixation pathologique sur l’égalitarisme économique, c’est maintenant au niveau culturel que l’on s’entête à chercher l’égalité et cela par tous les moyens. « La sociologie antidiscriminatoire repose effectivement sur une ressaisie de la vieille aspiration socialiste à l’égalité réelle, désormais remaniée et adaptée à la société pluraliste et multiculturelle. »  Le dogme du droit à l’égalité est ancré dans les fondements de cette nouvelle idéologie. « La sociologie antidiscriminatoire est là pour proposer une analyse des processus sociaux en les plaçant en contraste avec l’aspiration à une société radicalement égalitaire soutenue et construite à partir du droit à l’égalité. » Le groupe majoritaire serait toujours tenu pour responsable des inégalités d’un groupe marginal, « un groupe qui ne parvient pas à s’intégrer à une nation n’en serait jamais responsable, c’est plutôt la structure sociale qu’il faut remettre en question… cette dernière aurait failli à tenir compte des traits spécifiques de ce groupe qui serait victime d’un système d’exclusion. »

Le sociologue présente comment les apôtres de cette nouvelle religion politique ont infiltré nos institutions, quand ils n’en ont pas créé de nouveau, dans le but d’imposer leur doctrine à la société. « En un seul mot, l’utopie diversitaire ne s’implante pas toute seule, sans l’action intensive de l’état qui travaille à reconstruire la société à son image. »  On comprend qu’en s’infiltrant dans les institutions publiques, les apôtres de la diversité contournent les processus démocratiques de notre société, c’est ainsi « un transfert de pouvoir toujours plus massif vers une administration non élue qui tire sa légitimité de la pratique des sciences sociales et de sa prétention paradoxale à reconstruire une société qui ne serait pas habilitée à se gouverner elle-même ».  Le fanatisme de ces nouveaux zélotes va jusqu’à mettre en place des mesures pour convaincre certains groupes marginaux qu’ils seraient victimes de la société alors que ceux-ci n’ont pas le sentiment d’être opprimé : « la commission des droits de la personne et de la jeunesse, annonçait son intention d’investir dans les milieux qu’elle croit victimisés sans qu’ils ne le sachent pour les amener à prendre conscience pleinement de la domination qu’ils subiraient ».

Chapitre 5 : Fabriquer un nouveau peuple; la question de l’identité nationale

Il devient clair que l’objectif est de détruire le peuple actuel pour en fabriquer un nouveau, à l’image de l’idéologie diversitaire. À propos du peuple actuel, celui-ci « associé à l’ancien monde, et qui existe encore, résiste de bien des manières à sa dissolution – il continue de penser en des termes classiques la question de son appartenance au monde. » Pour les adeptes de cette nouvelle religion politique, « la majorité doit vouloir la fin de ses privilèges; elle doit désirer ardemment s’en déprendre, s’en délivrer […] il faut réformer la majorité pour consentir à ce nouveau monde où elle ne sera plus qu’une communauté […] La majorité doit s’enthousiasmer du fait qu’elle deviendra une minorité, elle doit aimer le multiculturalisme. » C’est un ainsi qu’un véritable lavage de cerveau s’opère auprès du peuple.

L’Identité nationale doit s’effacer au profit du multiculturalisme.  Ainsi, « de la décolonisation extérieure, nous passerons à la décolonisation intérieure. La fin de l’impérialisme devrait s’accompagner de la fin de l’état nation ».  Si l’identité nationale n’est plus qu’une culture majoritaire n’ayant pour elle que le privilège démographique, il faut donc encore une fois mettre à plat la communauté politique pour qu’une diversité d’identité puisse s’y manifester,

Par rapport à la gestion de l’immigration, la nation devient ainsi une sorte de bazar culturelle dans lequel sont invitées toutes les cultures et l’assimilation devient un péché mortel. « Le multiculturalisme entend neutraliser et même déconstruire la notion même d’une culture de convergence […]  Il faudrait démanteler radicalement les processus sociologiques et politiques qui travailleraient à l’assimilation des nouveaux arrivant […] Le démographe Hervé Le Bras a résumé l’état d’esprit de la gauche multiculturelle à ce sujet en réduisant l’identité française à une simple estampe administrative « pour moi, être français c’est avoir la nationalité française, un point c’est tout ».  Pour démontrer que pour la gauche l’idée de l’assimilation est devenue abjecte, Bock-Côté cite Daniel Cohn Bendit qui affirme que « lorsqu’une société ne laisse d’autre choix à ses nouveaux arrivant que celui de l’assimilation, cette mesure est en complète contradiction avec les droits civils. »

L’auteur fait la démonstration que les tribunaux et les droits individuels sont instrumentalisés pour contourner la démocratie. « Les questions concernant les droits des minorités ne devant pas être soumises à la majorité […] La gauche multiculturelle voyant justement dans les droits humains un instrument privilégié pour piloter à l’abri des controverses politiques classiques l’avancement des revendications minoritaires […]  On parle de l’inflation des droits ou encore de la judiciarisation du politique […] Un changement de régime s’opère sans dire son nom […] Dans les débats entourant l’immigration, on assiste ainsi à l’instrumentalisation des « droits humains » dont la liste est en perpétuelle expansion par des communautés qui parvienne ainsi à s’imperméabiliser contre la société d’accueil en faisant valoir leur droit à l’identité culturelle.  […] La judiciarisation du politique vient ainsi consacrer une nouvelle dynamique politique de neutralisation de la démocratie classique où les enjeux fondamentaux sont transférés dans un domaine où l’exercice du pouvoir ne se réfère plus à la souveraineté populaire, mais bien à une rationalité censée correspondre à l’exigence du vivre ensemble… La tentation du despotisme éclairé n’est pas loin. »

L’auteur résume la pensée diversitaire par rapport à la démocratie :« une société démocratique ne trouverait plus sa légitimité dans l’exercice d’une souveraineté majoritaire, mais justement dans la neutralisation de sa majorité hégémonique […] Il faudra vider de leur contenu politique les élections […] Le référendum serait l’instrument privilégié de la tyrannie de la majorité. »

Par rapport à la liberté d’expression, elle sera forcément amputée, car « il faudra créer la culture commune la moins offensante […] criminaliser les propos offensants dans la mesure où la liberté d’expression ne devrait pas tolérer de propos en contradiction avec les formes contemporaines du vivre ensemble […] À propos de la rectitude politique, « on pourrait parler de la reformulation postmoderne de la censure. »

Chapitre 6 : L’idéologie de la mondialisation

Mathieu Bock-Côté montre que la destruction des identités nationales et l’instauration du multiculturalisme comme religion politique mènent à l’avènement du mondialisme.  « Le progressisme n’a jamais considéré la nation, au mieux, qu’à la manière d’un stade temporaire dans le développement politique du genre humain. » Les multiculturalistes voudront « rééduquer la conscience historique des peuples pour déconstruire l’attachement à un destin national singulier ».  Ainsi, l’identité des peuples est présentée « comme un stock de croyance désuète prête à se dissoudre dans un grand bond en avant dans le métissage mondialisé, disqualifie dans ses fondements même l’aspiration de chaque peuple à se gouverner lui-même. »

Le sociologue prévoit que « la mondialisation de l’économie entrainerait une dissolution de l’état social, désormais voué à l’impuissance et ne pouvant espérer au mieux que de gérer les conséquences négatives de la libéralisation des marchés, plus souvent qu’autrement en décentralisant ses fonctions protectrices à l’économie  sociale, désormais appelée à humaniser une nouvelle pauvreté générée par une économie ne favorisant que les populations les plus mobiles, les plus éduqués, les plus à même de suivre le mouvement du capital à la manière de ressource humaine sans localisation définitive, sans enracinement géographique particulier. » Cette nouvelle pauvreté mondialisée amènera forcément la gauche mondialisée à prôner « le concept de « redistribution des richesses mondiale » [qui]aboutira à une mondialisation de l’État social, où la notion même de justice distributive ne posera la question des inégalités non plus au sein d’une société particulière, mais bien entre les sociétés elles-mêmes, ce qui ne sera pas sans conséquence, on s’en doute, pour le niveau de vie des populations occidentales ». En d’autres mots, on peut prévoir que les classes moyennes occidentales s’appauvriront puisqu’on prélèvera la richesse des travailleurs des pays les plus riches pour les distribuer aux citoyens des pays les plus pauvres au plus grand bénéfice d’une oligarchie mondiale.

Au final, le peuple perdra le pouvoir ; l’auteur citant Bertrand de Jouvenel qui affirmait qu’un « état universel reposerait nécessairement sur l’abolition de la démocratie et sur la tentation d’une hégémonie idéologique globale. »

Chapitre 7 : Le conservatisme est-il une pathologie

Dans cette nouvelle société « le conservatisme devient de plus en plus impensable et surtout, sous la loi du nouveau régime diversitaire. À bien des égards, il est devenu inintelligible. On ne le comprend plus, et surtout, on ne le voit plus : il est passé de tradition politique et intellectuelle à résidu historique inutile – la béquille ne serait plus nécessaire, la modernité pourrait s’en passer en devenant exclusivement progressiste […] La persistance du conservatisme, qui ne meure pas et qui trouve encore des adeptes, même s’ils ne savent plus dire son nom, deviendra vite intolérable aux militants et sectateurs du nouveau régime. » Et n’en déplaise aux mondialistes, « le conservatisme existe encore […] à la manière d’une aspiration incompressible, liée à cette part de l’homme qui veut s’inscrire dans un monde qui le précède et qui lui survivra – cette part de l’homme qui le pousse à se voir comme un héritier gardien d’un monde qu’il doit transmettre et non pas comme un petit dieu appeler à recrée le monde selon ses désirs ».

Naturellement, le conservatisme s’oppose à l’avènement du mondialisme et à l’instauration du multiculturalisme comme religion; il faudra donc discréditer le conservatisme, lui trouver une maladie mentale, le démoniser. « Les études sur la personnalité des électeurs conservateurs sont symptomatiques de cette conviction tranchée : le conservatisme est une anomalie et c’est nécessairement un dysfonctionnement psychologique ou sociologique qui mènerait des individus par millions à voter contre le sens de l’histoire. La psychologisation du conservatisme permet sa pathologisation et évite d’avoir à tenir compte des arguments ou des perspectives qu’il met de l’avant dans le débat public. Nous assistons à une psychiatrisation de la dissidence en régime diversitaire ». Au sujet des classes populaires qui peuvent avoir des tendances conservatrices, « on a vu plus haut le sort qui lui est réservé : il faut le reconditionner et le rééduquer ».

Pour démoniser le conservatisme, on utilisera l’expression « extrême droite » pour qualifier d’indésirables les idées en opposition avec l’idéologie du nouveau régime qui commence à prendre place. « L’extrême droite devient un terme flou dont on remanie systématiquement la définition pour l’élargir sans cesse et lui associer des idées autrefois associées au conservatisme le plus convenable. » L’auteur explique que « l’hégémonie progressiste est parvenue peu à peu à définir les critères de respectabilité dans l’espace public, la droite devant se définir dans le petit espace qu’on lui réservait à moins de consentir à sa diabolisation » et c’est ainsi que « cette dynamique idéologique entrainera progressivement une déportation des positions autrefois associées à la droite classique vers l’extrême droite. » Et on s’inquiètera de ceux qui sortent du cadre imposé par la rectitude progressiste; « on s’inquiètera d’une droite désormais décomplexée, comme si la droite n’était légitime qu’avec des complexes, et qu’elle devait toujours se justifier de ne pas être de gauche. »

Chapitre conclusif 

Au sujet de l’idéologie progressiste actuelle, Mathieu Bock-Côté conclue que celle-ci « couve une tentation du fanatisme et ouvre la porte à la désignation comme ennemi public le réactionnaire […] Elle autorise une intolérance à la prétention vertueuse. Dans un tel monde, celui qui sait ce qu’est la société parfaite ne discute pas politiquement : il multiplie les exercices pédagogiques et lorsque la chose est nécessaire, il peut user légitimement de la violence ou de la censure notamment pour empêcher l’expression d’opinion politique allant à l’encontre de l’utopie. » Il affirme que « c’est le propre des religions politique que de conduire au totalitarisme. »  Ainsi nous somme « les victimes de l’utopie soixante-huitarde qui devra un jour être considérée pour ce qu’elle fut vraiment : un terrible fantasme régressif cherchant à redonner à l’humanité sa pureté virginale, celle d’une enfance non encore corrompue par la logique du monde adulte et celle des institutions. »

Ainsi, à l’opposé du conservatisme, « l’homme, désormais, ne doit plus être considéré comme un héritier. La pluralité humaine doit s’abolir pour que l’homme soit partout le même et puisque la civilisation occidentale est celle qui est à l’origine de cette division funeste du monde […] c’est elle qui doit d’abord se dissoudre […] L’homme nouveau n’est plus déterminé par le passé, mais par l’avenir, par l’utopie sociale qu’entendent implanter les ingénieurs sociaux qui disent avoir une connaissance scientifique du bien. »

Le sociologue explique également qu’à la longue, tous les courants politiques, incluant ceux de gauches, finiront tôt ou tard par être classés à droite lorsque ceux-ci ne cadrent avec l’idéologie totalitaire qui se met en place. Il cite d’ailleurs Denis Tillinac qui résume très bien la chose ainsi : « Quoi de commun entre un libéral disciple de Hayak, un monarchiste, un conservateur anticlérical, un intégriste catholique ou un fasciste ? Rien. C’est le regard de la gauche qui les jette dans le même sac ».  Par rapport aux gauchistes qui ne se reconnaissent pas dans cette nouvelle mouvance, Bock Côté affirme que « l’homme de gauche, raisonnable, désillusionné par son propre camp, devient souvent conservateur. »

Par rapport au totalitarisme du 20e siècle, Bock-Côté affirme que ce n’est pas les apôtres bienpensants du multiculturalisme qui ont sauvé la civilisation occidentale des horreurs du nazisme ou de ceux du communisme, mais bien les patriotes qui ont versé leur sang pour leur patrie.  « Les hommes ne luttèrent pas contre le totalitarisme seulement pour sauver leurs droits, mais aussi pour défendre leur pays, leur culture, leur civilisation ». Ainsi, « ce n’est pas l’hédoniste jouisseur qui a résisté contre la fascinante capacité du totalitarisme à pulvériser l’existence humaine, à avilir l’âme des hommes en les habituant à consentir à leur mise en esclavage.  [..] Les soixante nuitards laissés à eux-mêmes auraient été incapables de défendre la société dont ils profitaient : ils ont tiré avantage d’une victoire qui n’était pas la leur. » Sans fierté nationale, sans patriotisme, une nation serait à la merci de ses ennemis : « une démocratie déracinée, étrangère au patriotisme et à la mémoire, et seulement fait d’individu replier sur leur droit, serait probablement incapable de se défendre le jour où elle sera vraiment attaquée ».

Nous retiendrons en guise de conclusion qu’ « une nation n’est pas une population interchangeable qu’on pourrait dissoudre par coquetterie dans le grand brassage démographique planétaire. Un peuple c’est une histoire […], mais aussi une certaine manière de vivre […] C’est l’utopisme et le désir de déraciner l’homme pour le faire renaitre dans un paradis enfin advint sur terre qui est le fil conducteur du totalitarisme […] Le multiculturalisme comme religion politique écrit une nouvelle page dans l’histoire de l’assujettissement de l’homme et dans la tentative de la décharner pour le libérer ».

Si nous vous avons donné le goût de lire le livre au complet, vous pourrez le commander en ligne chez Archambault ou encore chez Renaud-Bray :

 


 

Référence

Bock-Côté, Mathieu (2016), « Le multiculturalisme comme religion politique », Les Éditions du Cerf, ISBN 978-2-204-11091-4

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